On est fin juin 2018. Jusqu'ici, le mercato du Standard est calme de chez calme. Deux joueurs seulement ont été recrutés : Samuël Bastien et Senna Miangue. Entre fin juin et fin août, il n'y aura que trois autres arrivées : Maxime Lestienne, Obbi Oulare et Orlando Sà. C'est très vite dit, Michel Preud'homme va faire avec le noyau de Ricardo Sa Pinto.
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On est fin juin 2018. Jusqu'ici, le mercato du Standard est calme de chez calme. Deux joueurs seulement ont été recrutés : Samuël Bastien et Senna Miangue. Entre fin juin et fin août, il n'y aura que trois autres arrivées : Maxime Lestienne, Obbi Oulare et Orlando Sà. C'est très vite dit, Michel Preud'homme va faire avec le noyau de Ricardo Sa Pinto. Un an plus tard, le raisonnement est complètement différent. MPH veut changer beaucoup de choses. Pendant une saison, il a eu le temps de calibrer les profils faits pour jouer le foot qu'il a en tête. Quand le championnat s'est terminé, il savait déjà très bien de quel matériel il avait besoin. Et donc, le Standard a pu finaliser très vite un tas de dossiers. " Quand on sait ce qu'on veut et qu'on peut réaliser ce qu'on veut, autant le faire directement ", a lâché le coach. Evidemment, quand on encaisse une quarantaine de millions en vendant trois joueurs clés (Christian Luyindama, Razvan Marin et Moussa Djenepo), ça aide. Le club n'est pas du tout radin pendant ce mercato. " Fier de pouvoir annoncer ma signature au Standard de Liège, hâte de défendre les couleurs des Rouches " : c'est le discours officiel d'une des recrues de cet été. Pour l'anecdote, c'est le communiqué du champion de Belgique... FIFA. Cet e-gamer professionnel, Quentin Vande Wattyne, alias ShadooW, avait des offres pour aller s'éclater sur des manettes en France et en Suisse, mais il a choisi Sclessin. Il arrive de Mouscron, où il était... en fin de contrat. Oui, il y a des pros et des contrats en bonne et due forme dans l' e-game. C'est pour l'anecdote... Avec toutes les arrivées déjà enregistrées, Preud'homme se retrouvera à la tête d'un noyau d'une quarantaine de joueurs quand tout le monde aura repris. On s'attend depuis plusieurs mois à quelques départs de cadres (Memo Ochoa, Mehdi Carcela, Paul-José Mpoku) mais jusqu'à nouvel ordre, ils sont toujours dans l'effectif. Il y aura du dégraissage d'ici fin août, c'est clair. Intéressons-nous ici à quelques secrets de fabrication de néo-Rouches. La vie de Selim Amallah a basculé quand il avait une quinzaine d'années, le jour où sa mère a fait une rupture d'anévrisme fatale alors qu'elle venait de glisser des tartines dans le grille-pain familial. Il s'est retrouvé complètement désoeuvré, il n'a plus voulu travailler à l'école - dès qu'il ouvrait un cahier, il voyait sa mère au sol. À l'époque, il était en équipe d'âge à Anderlecht, avec Charly Musonda notamment. Son drame personnel a eu une incidence sur son niveau de jeu, le club connaissait son histoire mais n'en a pas tenu compte au moment de faire le bilan de chaque jeune en fin de saison : game over. Au bout du compte, il a eu beaucoup de mal à s'imposer dans la jungle des pros. À Tubize, en D2, il n'était même pas titulaire. Puis il a fait un deuxième séjour à Mouscron, il a enfin explosé. Et un assist de génie contre le Standard, cette saison, a continué à le rapprocher de son rêve : un transfert chez un grand. Mërgim Vojvoda connaît le Standard, il a déjà passé trois ans dans ce club. Il s'est retrouvé chez nous à cause de la guerre en ex-Yougoslavie, ses parents ont fui les conflits et ont atterri ici un peu par hasard. De sa première vie en Rouche, il ne garde pas que des grands souvenirs : on n'a jamais vraiment cru en lui, il n'a jamais eu une place dans le noyau A malgré un contrat pro. C'était à l'époque de Roland Duchâtelet, qui l'a parqué dans deux clubs de sa galaxie, Saint-Trond et Carl Zeiss Iena (en D4). Au bout du compte, Mouscron l'a reçu gratuitement. Là-bas aussi, il a passé trois saisons, très pleines avec plus de 100 matches joués. Il ne faut pas le taquiner sur le thème de la guerre qui a très vite orienté sa trajectoire. Il voue un amour culte au Kosovo, avec lequel il est international. Et son aversion pour les Serbes est terrible. Il ne tolère à la limite que ceux qui sont dans le même noyau que lui. Pas ceux qu'il croise en dehors d'un stade de foot. Waasland-Beveren n'a pas l'habitude de vendre ses joueurs pour un très gros prix. Jusqu'à cet été, deux joueurs partants seulement avaient permis de faire entrer plus de 2 millions dans la caisse. Deux gars qui ont fait un gros flop dans leur nouvelle équipe : Ryota Morioka à Anderlecht et Zinho Gano à Ostende. Quand le Standard s'est renseigné sur l'ailier monténégrin Aleksandar Boljevic, la direction flamande a placé la barre assez haut et a refusé une première offre. Les Liégeois ont accepté de monter et ils ont finalement le joueur pour un peu plus de 2 millions. Une babiole pour un joueur censé prendre la place de Moussa Djenepo, vendu à Southampton pour dix fois plus (en comptant les bonus possibles). Faire oublier un gars pesant 20 briques, c'est déjà une pression pour Boljevic. Et jouer avec le numéro 18 libéré par Razvan Marin, ça ajoute encore un peu. Son nom complet est : Dario José Castro Guzmán. Il est Colombien, il a des caractéristiques spécifiques d'ailier, il aura 20 ans en septembre et il est à Liège, en test, depuis la fin du mois de mars dernier. Pendant des semaines, le staff l'a observé, puis finalement jugé apte. Le Standard le loue pour une saison à l'Independiente Santa Fe. Un autre Colombien, Maykel Hernandez, était à l'essai avec lui, mais celui-là n'a pas convaincu. La direction et le staff ont constaté que les Colombiens pouvaient très bien s'adapter chez nous, ils ont assisté à distance aux éclosions de Carlos Bacca, José Izquierdo et Jhon Lucumi à Bruges et à Genk. Ils ont certainement remarqué, aussi, que des joueurs de ce pays arrivés ici pour rien pouvaient être assez vite revendus pour un gros pris. L'agent de Guzman affirme que son poulain a des caractéristiques très proches de celles d'Izquierdo... Cet arrière gauche français formé et devenu pro à Auxerre sort d'une très bonne saison à Utrecht. Le jour de la reprise des entraînements là-bas, il manquait à l'appel et le coach, John van den Brom, avait compris : Nicolas Gavory avait des envies d'ailleurs. Anderlecht s'était mis sur le coup il y a quelques semaines, Gand aussi, mais ils ont traîné et le Standard a tiré les marrons du feu. Les Liégeois ont le mérite d'avoir su faire baisser le prix de son transfert à environ 3 millions alors que les Néerlandais en réclamaient 5 aux Mauves. " On a trouvé un deal qui arrange tout le monde ", résume un directeur d'Utrecht. Ce joueur qui se fait remarquer par son nombre d'assists a été international en catégories d'âge avec Adrien Rabiot, Anthony Martial, Thomas Lemar, Clément Lenglet, mais aussi Marco Ilaimaharitra et Thomas Didillon. Ils ne sont pas tous devenus champions du monde mais c'est une belle ligne sur son CV. L'année qu'il vient de passer à Nantes, ça n'a été que des emmerdes. Sur le terrain, ça n'a pas été terrible alors qu' Anthony Limbombe était arrivé dans la peau du joueur le plus cher de l'histoire du club. Un prix de transfert (8 millions) qui était la conséquence de son explosion à Bruges avec Preud'homme, de son Soulier d'Ebène, même d'une cap chez les Diables. Il ne s'est jamais vraiment adapté, il a rarement été décisif. Et puis, il y a quelques mois, il a été mouillé dans une drôle d'affaire d'agents. Ça lui a permis d'apparaître en Une de L'Équipe. La justice française s'est intéressée à son transfert, à des commissions qui se seraient perdues, à une prime à la signature douteuse. La justice belge aussi, dans le tourbillon du Footgate. Il a été confronté par vidéoconférence à Fabien Camus, apprenti agent à la solde de Mogi Bayat, larbin de Bayat dans cette affaire. S'il n'avait pas auparavant plaqué son fidèle agent de ses débuts, Christian Negouai, pour partir subitement avec Bayat, il n'aurait pas eu ces soucis. Ce n'est pas tout. Pendant qu'il négociait son prêt au Standard, il y a eu du grabuge à Carquefou. Rappelez-vous, une ville popularisée en 2008 quand sa toute petite équipe de foot avait éliminé Marseille en Coupe de France, pour ne chuter qu'en quart de finale. C'est là, près de Nantes, que la famille Limbombe résidait. Quand il négociait à Liège, des bandits ont défoncé à coups de pieds la porte de leur propriété, ils ont braqué une arme sur la compagne de l'ex-Diable puis emporté tout ce qui avait de la valeur. L'arme sur la tempe de la femme, c'est exactement le même modus operandi que les policiers venus arrêter Mogi chez lui dans le Brabant Wallon, le jour où nos scandales ont éclaté. " On pense bien que Memo Ochoa a des envies d'ailleurs et il faudra étudier toutes les possibilités mais sans brader le joueur " : cette phrase d'Alexandre Grosjean, le directeur général du Standard, confirme que le Mexicain va s'en aller. Son remplaçant dans le but sera un géant de 202 centimètres, une bonne quinzaine de plus qu'Ochoa. Vanja Milinkovic-Savic est le frère de Sergej, qu'on a connu à Genk, aujourd'hui à la Lazio. C'est aussi l'histoire d'un parcours international qui, dès le départ, a été dicté par la guerre dans les Balkans. Leur père, Nikola, était aussi footballeur. Il est né en Bosnie-Herzégovine, qui faisait encore partie de la grande Yougoslavie. Les conflits l'ont poussé vers la Serbie puis il s'est retrouvé en Espagne, c'est comme ça que Vanja a vu le jour sur le sol espagnol. Après ça, le père a aussi transité par le Portugal et l'Autriche. Le fils gardien, lui, a déjà goûté à l'Angleterre (Manchester United), à la Serbie, à la Pologne et à l'Italie. Le Standard le loue à Torino. " En Belgique, il n'y a que Bruges et Anderlecht qui sont capables de l'acheter ", nous lâchait un membre de son entourage il y a quelques semaines. Le Standard voulait Felipe Avenatti, Olivier Renard était chaud avant de se faire dégager. Mais le joueur semblait décidément trop cher. Bologne, qui le louait la saison passée à Courtrai, voulait 7 millions. " On ne mettra pas autant d'argent pour un joueur qui, à ce stade-ci de sa carrière, ne les vaut pas. " Poker, jeux d'influences. Au final, les Liégeois ont réussi à faire baisser le prix de moitié, environ. L'Uruguayen gardera de son séjour en Flandre l'une ou l'autre bonne prise de bec avec Glen De Boeck. Mais pour ce miraculé, c'est de l'histoire ancienne. Miraculé parce que lors de ses tests physiques à Bologne, on lui avait diagnostiqué des problèmes cardiaques synonymes de fin de carrière immédiate. " Ils m'ont conseillé d'arrêter le foot parce que je risquais de tomber mort sur le terrain. " C'est une sommité mondiale en cardiologie, consultant à New York, qui a infirmé le diagnostic.