Les hommes forts des bords de Meuse semblent se passer le mot. Parce qu'au printemps dernier, si le dossier a été mis en lumière par certaines zones d'ombre aux yeux de la Commission des Licences, Bruno Venanzi donne un gros coup d'accélérateur au projet qui doit moderniser Sclessin. Parmi les interlocuteurs joints par le président des Rouches au cours d'un confinement agité pour le Standard, on trouve Roland Duchâtelet, son prédécesseur sur le siège présidentiel de la Principauté.
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Les hommes forts des bords de Meuse semblent se passer le mot. Parce qu'au printemps dernier, si le dossier a été mis en lumière par certaines zones d'ombre aux yeux de la Commission des Licences, Bruno Venanzi donne un gros coup d'accélérateur au projet qui doit moderniser Sclessin. Parmi les interlocuteurs joints par le président des Rouches au cours d'un confinement agité pour le Standard, on trouve Roland Duchâtelet, son prédécesseur sur le siège présidentiel de la Principauté. L'entrepreneur flamand vend lui-même la mèche dans les colonnes du Nieuwsblad: "Il m'a demandé si je ne voulais pas investir dans l'Immobilière du Standard de Liège. Il ne me semble pas anormal de vendre le stade, parce que j'ai fait la même chose avec Saint-Trond", explique alors Duchâtelet. Une visite au Stayen permet d'ailleurs de découvrir, en version réduite, une partie des ambitions que l'ancien homme fort du Standard avait pour Sclessin: un stade aux allures de centre commercial, avec un hôtel et une esplanade qui sert de paysage aux fenêtres des call-center installés au dernier étage des tribunes. Impossible pour l'oeil novice qui passerait sur la chaussée de Tirlemont de déceler la présence de l'une des dix-huit enceintes de l'élite nationale. Moins extrême dans sa vision des rives de la Meuse, sans doute parce qu'à l'inverse de son prédécesseur, il est tout autant supporter qu'homme d'affaires, Venanzi imagine un quartier de Sclessin orienté autour de l'Enfer, accueillant sur une large zone piétonne des supporters rendus plus nombreux par l'augmentation de la capacité du stade. "Stratégiquement, cette décision me semble très bonne", relance Duchâtelet. "De plus, le site est très bien situé sur les rives de la Meuse." Pour augmenter l'intérêt géographique d'un quartier qui ne vit que pour et par son enceinte, Lucien D'Onofrio a longtemps charmé les hommes politiques locaux. Ceux-là même qui aimaient s'afficher à ses côtés à une époque où le Standard régnait sur le pays, transformant la loge présidentielle en suite impériale. L'idée d'emmener le tram, projet liégeois de longue date aux allures de serpent de mer, jusqu'à Sclessin fait son chemin. Au bout de la réflexion, les façades rouges les plus célèbres de la Principauté devraient même servir de terminus au chemin de fer local, et ainsi donner aux environs une valeur exponentielle. "Tout le marché immobilier liégeois va changer", confirme Michael Markowicz, vice-président de Liège Basket, mais surtout patron de CIM Immobilier et connaisseur d'un métier qu'il exerce en bords de Meuse depuis plus de vingt ans. "J'ai visité des villes où un projet de tram a été mis en oeuvre, comme Istanbul ou Montpellier, et je suis persuadé que ça va faire revivre certains quartiers de Liège. J'ai d'ailleurs conseillé à Axel d'investir sur le tracé du tram." Axel, c'est Axel Witsel, associé de Markowicz au sein de Home2Be et conseillé par ce dernier au sein de TAWSS, une société présente au sein de l'Immobilière du Standard de Liège. Les deux hommes investissent de concert depuis plusieurs années, avec Markowicz dans le costume du conseiller. Le dénominateur commun de ces investissements, c'est la Principauté, comme en témoignait encore l'information révélée par Sudpresse en novembre dernier, affirmant que le Diable rouge s'était positionné pour acheter le château de Harzé, à une petite trentaine de kilomètres au sud de Liège. Une preuve supplémentaire de l'implication de l'ancien joueur des Rouches dans sa ville natale. "On l'a beaucoup critiqué lors de son passage en Chine, les gens se sont souvent emballés sur son salaire, mais au final, cet argent a fini par bénéficier en partie aux Liégeois", défend Michael Markowicz, se rappelant qu'au coup d'envoi de leur collaboration, Witsel avait insisté pour investir sur ses terres. "Pour l'Immobilière, c'est aussi une belle réalisation personnelle, puisque ça lui permet de joindre ses investissements à l'avenir de son club de coeur." En devenant l'un de ses premiers investisseurs, notamment grâce aux bonnes relations entre Michael Markowicz et le couple Venanzi (dont la femme, Catherine Jadin, est notaire), Axel Witsel est également devenu le meilleur ambassadeur de ce nouveau projet de Sclessin. Quelques mois après la mise en route de l'Immobilière, Nacer Chadli venait en gonfler les rangs et le portefeuille par l'acquisition d'actions validée lors d'une assemblée générale extraordinaire de la société. Chadli, c'est l'ami de toujours d'Axel Witsel. Les deux Diables tapaient le ballon ensemble à Vottem lors de leur enfance, avant de prendre ensemble la route de Droixhe pour y rejoindre Mehdi Carcela ou Christian Benteke sur la mythique agora du "FC Lidl", en bas de ces blocs qui donnent à la Meuse des airs de station balnéaire, plage et mode de vie ostentatoire en moins. Tous deux affiliés au Standard, les deux hommes sont séparés par le football quand Chaloupe monte sur la pelouse de Sclessin alors que Chadli, pointé du doigt pour son manque d'implication et de professionnalisme, doit franchir la frontière pour se relancer dans l'antichambre de l'élite néerlandaise. Liégeois toujours, c'est Michel Preud'homme qui donnera à sa carrière une dimension internationale en l'installant dans le onze de son Twente. "C'est Axel qui m'a parlé de ce projet en premier, il y a un an déjà", raconte à la Dernière Heure l'ailier de Basaksehir au coeur de l'automne dernier. "J'ai 31 ans et il faut penser à l'après. Il faut pouvoir rebondir pour continuer à vivre. Le but, c'est de me mettre à l'abri, mais aussi d'aider ma ville d'origine et son club où j'ai fait mes classes." Bruno Venanzi accueille le nouveau venu avec le sourire. Parce que s'il a élargi son spectre et s'est montré astucieux pour que le projet résiste à la crise (la DH a évoqué des prêts réalisés par Michel Preud'homme et Marouane Fellaini), l'idée initiale du président rouche était de donner à cette Immobilière un accent liégeois prononcé. Les connaisseurs du milieu des affaires liégeois reconnaissent effectivement au sein de l'assemblée générale quelques noms familiers. Suite au retrait inattendu et fracassant de François Fornieri, c'est Jean-Yves Reginster, célèbre docteur en médecine de l'ULg, qui s'est porté acquéreur d'une série d'actions au sein d'une société qui a augmenté son capital au terme de l'année 2020. On trouve également parmi les actionnaires Juan Rizzo, directeur chez Balteau, un groupe d'installations électriques immanquable pour tout habitué d'un trafic liégeois où se multiplient ses camionnettes blanches. Son père, Salvatore "Sylvain" Rizzo, s'était associé à Fornieri et D'Onofrio fin 2015 pour donner un nouvel élan au festival Les Ardentes, l'un des rendez-vous musicaux majeurs de la Principauté. Dans cette association très liégeoise, on trouve donc également des agents immobiliers dont Evelyn Demarche, à la tête de la société Solico, et donc Michael Markowicz. Avant d'y voir entrer Noshaq, l'influent bras financier de la Principauté qu'on dit intéressé par la perspective de développer ses projets immobiliers et celle de voir le tram prendre son élan depuis Sclessin? Le grand village liégeois voit, en tout cas, les choses en grand. Reste à voir si la crise ne devra pas obliger tout ce beau monde à reporter ses ambitions.