Le soleil de plomb d'un mercredi d'avril vide son chargeur sur l'écosystème belge du ballon rond. Derrière la gâchette, la Commission des licences tire à balles réelles. Au sud du pays, elle touche trois des cinq cibles du football professionnel belge. Si Charleroi, élève modèle drivé par le président de la Fédération, est épargné, au même titre que ces Pandas nourris par l'argent qatari, le reste du gratin wallon se voit indiquer la porte de sortie du monde pro. Il y a l'habitué mouscronnois, plombé par des histoires d'agents et d'argent, le gourmand gaumais de Virton, embourbé dans des ennuis de pécule et d'infrastructures qui l'ont même amené à ne pas se présenter face aux fines gâchettes juridiques de la Commission. Et le géant liégeois, surtout, qui soufflait pourtant en coulisses ne pas s'inquiéter pour l'obtention du précieux sésame, finalement refusé pour des raisons que le club prétend bureaucratiques, alors que les examinateurs pointent du doigt la légèreté de son coffre-fort.

Au Standard, Bruno Venanzi se dit confiant quant à l'issue du recours introduit auprès de la CBAS.

CAP SUR L'IMMOBILIÈRE

Afin de soulager ses comptes, le Standard devait trouver de l'argent frais sans dépendre démesurément d'un mercato qui s'annonce chamboulé par la crise sanitaire et ne permettra peut-être pas d'obtenir les millions espérés en échange des départs de Samuel Bastien ou de Selim Amallah. Le salut devait venir d'une société immobilière, officiellement renommée " Immobilière du Standard de Liège ", le 5 février dernier, et appelée à devenir propriétaire des installations de Sclessin. Un projet de longue date du président Bruno Venanzi, passé à la vitesse supérieure ces derniers mois, sans doute parce que les fonds qu'il allait apporter à la S.A. Standard de Liège étaient indispensables pour s'assurer le matelas financier nécessaire à l'obtention de la licence.

Publiés le 11 février dernier au Moniteur belge, les nouveaux statuts de l'Immobilière étaient encore chauds quand le club a dû rendre, six jours plus tard, son premier rapport à la Commission des licences. Dès juillet 2015, le président du Standard ne cachait pas ses ambitions pour dynamiser les environs de Sclessin, parlant déjà d'installer des bureaux autour du stade. Un projet qui a suivi son cours avec les lenteurs administratives d'usage, surtout parce qu'il ne se conçoit pas sans que ses courbes soient épousées par le nouveau tracé du tram liégeois, sorte de Nessie des bords de Meuse. L'année suivante, dans les colonnes de L'Écho, Bruno Venanzi esquissait plus précisément les contours de ses rêves en brique : " Il y aura des projets immobiliers dans lesquels ce n'est pas le Standard en tant que tel qui investira, mais bien un groupe d'investisseurs immobiliers, dont je ferai partie. "

Ses soutiens, l'homme fort des Rouches va les chercher jusqu'à Mougins, autrefois village d'artistes devenu repaire de fortunés sur les hauteurs de Cannes, en France, et par ailleurs terre d'accueil de la fratrie Bayat à leur départ d'Iran au siècle dernier. Au printemps 2018, deux jours après la première qualification de son règne pour les play-offs 1 arrachée par Mehdi Carcela et consorts à Ostende, le président et sa femme - notaire de profession - débarquent sur la croisette à l'occasion du Mipim, le rendez-vous mondial des magnats de l'immobilier. Ils n'y côtoient pas seulement les acteurs pratiques du projet, mais aussi des partenaires privés prêts à occuper et à cofinancer le Sclessin du futur. Le couple Venanzi lunche ainsi au golf de Mougins, à l'occasion d'un événement organisé par le Groupement de redéploiement économique de la province de Liège (GRE). Soit, l'occasion idéale de nouer des contacts teintés d'ancrage local à un bon millier de kilomètres de la Cité Ardente.

" Ce projet va concerner des Liégeois ", n'a cessé de répéter Bruno Venanzi à ceux qui s'intéressaient à l'identité de ses partenaires. En juillet dernier, le président du Standard évoquait " beaucoup d'intérêts marqués ", mais des associés " pas encore définitivement choisis ". Depuis, seul le nom d'Axel Witsel a filtré. Ainsi qu'un montant, censé soulager les comptes rouches : douze millions d'euros devraient être versés au Standard par l'Immobilière d'ici au 30 juin prochain. La Commission des licences ne demande qu'à voir. Le matricule 16 a pris acte. En privé, Bruno Venanzi se dit confiant quant à l'issue du recours introduit auprès de la CBAS, prévue au mois de mai.

Virton joue la montre et dénonce les règles appliquées par la Commission des licences.

L'ARTICLE 407.2

À l'autre bout de la Région, la sérénité se veut plus rare. Il aura fallu quatre ans pour que la Commission des licences reconnaisse " l'influence notable " d'agents sur le directoire de l'Excel Mouscron. Dès avril 2016, Westerlo, Louvain et Saint-Trond, rejoints un an plus tard par Malines, avaient décrié de concert l'infraction des Hurlus à l'article 407.2 du règlement. En vain. L'article, qui traite des " conflits d'intérêts ", rappelle que " la licence ne sera pas octroyée à un club dont une ou plusieurs personnalités juridiques liées [...] exerce l'activité d'intermédiaire ".

Mercredi dernier, les gendarmes de l'Union Belge ont surligné la seconde partie de la phrase. Visiblement dans l'incapacité de s'en rendre compte par leurs propres moyens, ils se sont alignés sur une condamnation de l'antenne tournaisienne du Tribunal de l'entreprise du Hainaut, à l'encontre de l'Excel, le 24 octobre 2019. Malgré " les conclusions de la partie adverse [qui] n'ont pas été fournies ", ils ont enfin pu constater " l'existence d'activités de gestion du club réalisées par les agents de joueur ", en l'occurrence Pini Zahavi et Marc Rautenberg - très tôt parti parce qu'épinglé par la patrouille - exerçant, donc, une " influence notable " au Canonnier. Une notion à géométrie variable puisque la Commission n'a pas relevé la même " influence notable " dans le chef de Wouter Vandenhaute, actif dans une agence de management et conseiller " externe " du CEO d'Anderlecht.

En juin 2015, Pini Zahavi avait repris le matricule 216, via une coquille maltaise, pour le transformer en hall de gare. 126 joueurs ont transité depuis, soit le total le plus élevé de D1A (d'après l'Observatoire du football, en Suisse). Le système de plaque-tournante avait été détaillé dans ces colonnes, début novembre 2018, une semaine avant des perquisitions menées par le Parquet fédéral, pour de potentiels faux, usage de faux et escroquerie. Trois mois plus tard, la mise sous tutelle du REM, les comptes gelés et épiés par deux avocats administrateurs provisoires, aura définitivement raison de " l'influence notable " de Pini Zahavi, effectuant un dernier pas de côté.

" Mister Fix-It " - son surnom dans le milieu - avait confié depuis un moment les clés du camion à un autre poids lourd de la profession, son partenaire en affaires macédonien Fali Ramadani, et demandé à son ami thaïlandais Pairoj Piempongsant, de le délester de son fardeau. Piempongsant, entremetteur affûté, avait débarqué en mars 2018 du côté de la Wallonie picarde. Dès le mois de septembre suivant, le club avait changé sa forme juridique en société anonyme pour s'ouvrir à de nouveaux repreneurs. Le procès-verbal de l'époque basait déjà " l'hypothèse " d'un équilibre financier " dans le cas où la société peut continuer à compter sur le soutien de l'actionnaire majoritaire afin de réaliser [le] budget ". Pairoj Piempongsant a mis plusieurs fois la main à la poche, prêtant plus de onze millions d'euros en deux ans, mais semble avoir coupé les vannes. Un coup de pouce serait le bienvenu. La dernière enveloppe promise de 3,2 millions d'euros n'a pas été postée. Elle doit pourtant assurer le futur de l'Excel jusqu'au 30 juin 2021. Sans elle, " la trésorerie du club au 30 juin 2020 [...] devient dès lors négative ", remarque la Commission, avant d'émettre son refus.

DROIT À LA CONCURRENCE

Livrées à elles-mêmes, les têtes pensantes du Canonnier s'activent pour trouver des solutions. Ni le directeur général Paul Allaerts ni le président Patrick Declerck ne souhaitent commenter le dossier, concentrés sur leur mission. Il s'agit de paraître crédible devant la CBAS, saisie en appel. Les deux hommes connaissent le chemin, tant ils sont habitués à l'emprunter. Si les embûches sont sérieuses, ils peuvent compter sur l'avocat du club, Renaud Duchêne, qui défendait auparavant les intérêts d'Anderlecht et est au fait des ficelles de la Cour, où il officie également en tant qu'arbitre. En mai 2016, la même CBAS avait finalement accordé la licence professionnelle à Mouscron. La position d' Humberto Païva, directeur sportif, agent et salarié non pas du club, mais de l'agence de Pini Zahavi, ne révélait toujours pas une " influence notable ".

À Mouscron, c'est " l'influence notable " d'agents sur le directoire de l'Excel qui pose notamment problème.

Nul doute que, quatre ans plus tard, l'affaire sera suivie avec une attention particulière par les détracteurs de la première heure. Le KVC Westerlo en tête. Descendus en 2016, les Campinois pourraient profiter de la tournure des événements pour suivre le vent et se glisser dans le bon wagon. En D1B, Virton se montre aussi attentif. Conscient de la faiblesse de son dossier, le board gaumais a choisi de répondre par l'offensive et de solliciter directement la CBAS, fin mars. " Selon le RE Virton, les règles appliquées par la Commission des licences sont en partie illégales, pour violation du droit de la concurrence ", rappelle-t-on, via un communiqué, au Faubourg d'Arival.

En clair, l'Excelsior dénonce une atteinte à la liberté économique des clubs de football, mais joue surtout la montre. Une stratégie audacieuse, mise à l'épreuve sur deux audiences : une première le 23 avril prochain, pour l'histoire des " violations ", une seconde dans la foulée, pour la licence. Invité à comparaître devant la Commission le 1er avril, le matricule 200 a ainsi prévenu par mail, le jour-même, qu'il ne participerait pas aux débats le concernant. Résultat : une flopée d'irrégularités qui l'éloignent, pour l'instant, des rêves provinciaux de figurer un jour parmi l'élite et l'envoient plutôt au quatrième échelon ( voir cadre).

" Tout avait été budgétisé pour rester stable financièrement et pour répondre aux exigences de la licence ", affirmait en février l'ancien directeur financier Vincent Olimar, démissionnaire en début de saison. " Je ne sais pas qui a explosé le budget, mais c'est un peu facile de tout mettre sur la tête de Toppmöller ( Dino, le coach remercié en décembre, ndlr). Hayes a également amené des joueurs, ce qui pose la question des doubles casquettes. " En août, Alex Hayes, ex-agent et directeur sportif de l'Union, a été intronisé CEO par le propriétaire luxembourgeois Flavio Becca. Il n'a pas non plus voulu s'exprimer. " Tactiquement, la direction n'a peut-être pas mal joué le coup. Le verdict était connu d'avance, donc je ne suis pas surpris. En revanche, ce qui me surprend, c'est le nombre de clubs concernés ", relaie Christian Bracconi, coach - en théorie - sous contrat jusqu'au 30 juin et mis au chômage technique, à l'instar de l'ensemble du groupe.

La manoeuvre a d'ailleurs érigé le RE Virton au rang de précurseur dans le Royaume. Plus bas, le RFC Seraing et l'AFC Tubize affrontent des fortunes similaires, mais se déclarent confiants et optimistes. Ils sont là, les bienfaits du printemps.

Par Guillaume Gautier et Nicolas Taiana

Le verdict de la commission

STANDARD

Licence demandée

D1A

Raisons du refus

Remise hors-délais d'un document prouvant le paiement des primes, manque de garanties concernant le projet de rachat des installations par l'Immobilière du Standard de Liège et inquiétudes quant au manque de liquidités.

Sanction requise

Renvoi en D2 Amateurs avec trois points de pénalité.

MOUSCRON

Licence demandée

D1A

Raisons du refus

Plusieurs personnalités juridiques liées exercent une activité d'intermédiaire, la trésorerie sera négative sans l'apport de 3,2 millions d'euros promis par le propriétaire, dont aucune preuve n'est disponible, et doutes sur la faisabilité des économies budgétaires avancées.

Sanction requise

Renvoi en D1 Amateurs.

VIRTON

Licence demandée

D1A

Raisons du refus

Absence de preuve de paiement de plusieurs salaires et primes, litiges financiers avec plusieurs joueurs, absence de preuves des sommes dues à l'ONSS, de documents pour les taxes et impôts, du paiement de plusieurs transferts et des primes d'assurance pour les accidents du travail, en plus de problèmes liés au stade (éclairage, capacité et arriérés).

Sanction requise

Renvoi en D2 Amateurs avec trois points de pénalité.

SERAING

Licence demandée

D1B

Raisons du refus

Plusieurs pièces fournies hors-délais, manque de preuve de paiement du salaire minimum pour cinq joueurs, manque d'éléments concernant les deux lettres de confort des sociétés Frisaye et CMI, aucune garantie que le FC Metz (club antenne) paiera les factures puisqu'il ne promet le paiement qu'en cas de montée en D1B, ce qui occasionne un besoin important de liquidités avéré et conditionné au paiement des subventions de fonctionnement.

Sanction requise

Renvoi en D2 Amateurs avec trois points de pénalité.

TUBIZE

Licence demandée

D1 Amateurs

Raisons du refus

Manque de preuve de paiementMdes salaires, de l'ONSS, du précompte professionnel, des taxes et impôts, des dettes fédérales, des créances entre clubs, et absence d'une assurance couvrant les accidents du travail.

Sanction requise

Renvoi en D2 Amateurs avec trois points de pénalité.

Le soleil de plomb d'un mercredi d'avril vide son chargeur sur l'écosystème belge du ballon rond. Derrière la gâchette, la Commission des licences tire à balles réelles. Au sud du pays, elle touche trois des cinq cibles du football professionnel belge. Si Charleroi, élève modèle drivé par le président de la Fédération, est épargné, au même titre que ces Pandas nourris par l'argent qatari, le reste du gratin wallon se voit indiquer la porte de sortie du monde pro. Il y a l'habitué mouscronnois, plombé par des histoires d'agents et d'argent, le gourmand gaumais de Virton, embourbé dans des ennuis de pécule et d'infrastructures qui l'ont même amené à ne pas se présenter face aux fines gâchettes juridiques de la Commission. Et le géant liégeois, surtout, qui soufflait pourtant en coulisses ne pas s'inquiéter pour l'obtention du précieux sésame, finalement refusé pour des raisons que le club prétend bureaucratiques, alors que les examinateurs pointent du doigt la légèreté de son coffre-fort. Afin de soulager ses comptes, le Standard devait trouver de l'argent frais sans dépendre démesurément d'un mercato qui s'annonce chamboulé par la crise sanitaire et ne permettra peut-être pas d'obtenir les millions espérés en échange des départs de Samuel Bastien ou de Selim Amallah. Le salut devait venir d'une société immobilière, officiellement renommée " Immobilière du Standard de Liège ", le 5 février dernier, et appelée à devenir propriétaire des installations de Sclessin. Un projet de longue date du président Bruno Venanzi, passé à la vitesse supérieure ces derniers mois, sans doute parce que les fonds qu'il allait apporter à la S.A. Standard de Liège étaient indispensables pour s'assurer le matelas financier nécessaire à l'obtention de la licence. Publiés le 11 février dernier au Moniteur belge, les nouveaux statuts de l'Immobilière étaient encore chauds quand le club a dû rendre, six jours plus tard, son premier rapport à la Commission des licences. Dès juillet 2015, le président du Standard ne cachait pas ses ambitions pour dynamiser les environs de Sclessin, parlant déjà d'installer des bureaux autour du stade. Un projet qui a suivi son cours avec les lenteurs administratives d'usage, surtout parce qu'il ne se conçoit pas sans que ses courbes soient épousées par le nouveau tracé du tram liégeois, sorte de Nessie des bords de Meuse. L'année suivante, dans les colonnes de L'Écho, Bruno Venanzi esquissait plus précisément les contours de ses rêves en brique : " Il y aura des projets immobiliers dans lesquels ce n'est pas le Standard en tant que tel qui investira, mais bien un groupe d'investisseurs immobiliers, dont je ferai partie. " Ses soutiens, l'homme fort des Rouches va les chercher jusqu'à Mougins, autrefois village d'artistes devenu repaire de fortunés sur les hauteurs de Cannes, en France, et par ailleurs terre d'accueil de la fratrie Bayat à leur départ d'Iran au siècle dernier. Au printemps 2018, deux jours après la première qualification de son règne pour les play-offs 1 arrachée par Mehdi Carcela et consorts à Ostende, le président et sa femme - notaire de profession - débarquent sur la croisette à l'occasion du Mipim, le rendez-vous mondial des magnats de l'immobilier. Ils n'y côtoient pas seulement les acteurs pratiques du projet, mais aussi des partenaires privés prêts à occuper et à cofinancer le Sclessin du futur. Le couple Venanzi lunche ainsi au golf de Mougins, à l'occasion d'un événement organisé par le Groupement de redéploiement économique de la province de Liège (GRE). Soit, l'occasion idéale de nouer des contacts teintés d'ancrage local à un bon millier de kilomètres de la Cité Ardente. " Ce projet va concerner des Liégeois ", n'a cessé de répéter Bruno Venanzi à ceux qui s'intéressaient à l'identité de ses partenaires. En juillet dernier, le président du Standard évoquait " beaucoup d'intérêts marqués ", mais des associés " pas encore définitivement choisis ". Depuis, seul le nom d'Axel Witsel a filtré. Ainsi qu'un montant, censé soulager les comptes rouches : douze millions d'euros devraient être versés au Standard par l'Immobilière d'ici au 30 juin prochain. La Commission des licences ne demande qu'à voir. Le matricule 16 a pris acte. En privé, Bruno Venanzi se dit confiant quant à l'issue du recours introduit auprès de la CBAS, prévue au mois de mai. À l'autre bout de la Région, la sérénité se veut plus rare. Il aura fallu quatre ans pour que la Commission des licences reconnaisse " l'influence notable " d'agents sur le directoire de l'Excel Mouscron. Dès avril 2016, Westerlo, Louvain et Saint-Trond, rejoints un an plus tard par Malines, avaient décrié de concert l'infraction des Hurlus à l'article 407.2 du règlement. En vain. L'article, qui traite des " conflits d'intérêts ", rappelle que " la licence ne sera pas octroyée à un club dont une ou plusieurs personnalités juridiques liées [...] exerce l'activité d'intermédiaire ". Mercredi dernier, les gendarmes de l'Union Belge ont surligné la seconde partie de la phrase. Visiblement dans l'incapacité de s'en rendre compte par leurs propres moyens, ils se sont alignés sur une condamnation de l'antenne tournaisienne du Tribunal de l'entreprise du Hainaut, à l'encontre de l'Excel, le 24 octobre 2019. Malgré " les conclusions de la partie adverse [qui] n'ont pas été fournies ", ils ont enfin pu constater " l'existence d'activités de gestion du club réalisées par les agents de joueur ", en l'occurrence Pini Zahavi et Marc Rautenberg - très tôt parti parce qu'épinglé par la patrouille - exerçant, donc, une " influence notable " au Canonnier. Une notion à géométrie variable puisque la Commission n'a pas relevé la même " influence notable " dans le chef de Wouter Vandenhaute, actif dans une agence de management et conseiller " externe " du CEO d'Anderlecht. En juin 2015, Pini Zahavi avait repris le matricule 216, via une coquille maltaise, pour le transformer en hall de gare. 126 joueurs ont transité depuis, soit le total le plus élevé de D1A (d'après l'Observatoire du football, en Suisse). Le système de plaque-tournante avait été détaillé dans ces colonnes, début novembre 2018, une semaine avant des perquisitions menées par le Parquet fédéral, pour de potentiels faux, usage de faux et escroquerie. Trois mois plus tard, la mise sous tutelle du REM, les comptes gelés et épiés par deux avocats administrateurs provisoires, aura définitivement raison de " l'influence notable " de Pini Zahavi, effectuant un dernier pas de côté. " Mister Fix-It " - son surnom dans le milieu - avait confié depuis un moment les clés du camion à un autre poids lourd de la profession, son partenaire en affaires macédonien Fali Ramadani, et demandé à son ami thaïlandais Pairoj Piempongsant, de le délester de son fardeau. Piempongsant, entremetteur affûté, avait débarqué en mars 2018 du côté de la Wallonie picarde. Dès le mois de septembre suivant, le club avait changé sa forme juridique en société anonyme pour s'ouvrir à de nouveaux repreneurs. Le procès-verbal de l'époque basait déjà " l'hypothèse " d'un équilibre financier " dans le cas où la société peut continuer à compter sur le soutien de l'actionnaire majoritaire afin de réaliser [le] budget ". Pairoj Piempongsant a mis plusieurs fois la main à la poche, prêtant plus de onze millions d'euros en deux ans, mais semble avoir coupé les vannes. Un coup de pouce serait le bienvenu. La dernière enveloppe promise de 3,2 millions d'euros n'a pas été postée. Elle doit pourtant assurer le futur de l'Excel jusqu'au 30 juin 2021. Sans elle, " la trésorerie du club au 30 juin 2020 [...] devient dès lors négative ", remarque la Commission, avant d'émettre son refus. Livrées à elles-mêmes, les têtes pensantes du Canonnier s'activent pour trouver des solutions. Ni le directeur général Paul Allaerts ni le président Patrick Declerck ne souhaitent commenter le dossier, concentrés sur leur mission. Il s'agit de paraître crédible devant la CBAS, saisie en appel. Les deux hommes connaissent le chemin, tant ils sont habitués à l'emprunter. Si les embûches sont sérieuses, ils peuvent compter sur l'avocat du club, Renaud Duchêne, qui défendait auparavant les intérêts d'Anderlecht et est au fait des ficelles de la Cour, où il officie également en tant qu'arbitre. En mai 2016, la même CBAS avait finalement accordé la licence professionnelle à Mouscron. La position d' Humberto Païva, directeur sportif, agent et salarié non pas du club, mais de l'agence de Pini Zahavi, ne révélait toujours pas une " influence notable ". Nul doute que, quatre ans plus tard, l'affaire sera suivie avec une attention particulière par les détracteurs de la première heure. Le KVC Westerlo en tête. Descendus en 2016, les Campinois pourraient profiter de la tournure des événements pour suivre le vent et se glisser dans le bon wagon. En D1B, Virton se montre aussi attentif. Conscient de la faiblesse de son dossier, le board gaumais a choisi de répondre par l'offensive et de solliciter directement la CBAS, fin mars. " Selon le RE Virton, les règles appliquées par la Commission des licences sont en partie illégales, pour violation du droit de la concurrence ", rappelle-t-on, via un communiqué, au Faubourg d'Arival. En clair, l'Excelsior dénonce une atteinte à la liberté économique des clubs de football, mais joue surtout la montre. Une stratégie audacieuse, mise à l'épreuve sur deux audiences : une première le 23 avril prochain, pour l'histoire des " violations ", une seconde dans la foulée, pour la licence. Invité à comparaître devant la Commission le 1er avril, le matricule 200 a ainsi prévenu par mail, le jour-même, qu'il ne participerait pas aux débats le concernant. Résultat : une flopée d'irrégularités qui l'éloignent, pour l'instant, des rêves provinciaux de figurer un jour parmi l'élite et l'envoient plutôt au quatrième échelon ( voir cadre). " Tout avait été budgétisé pour rester stable financièrement et pour répondre aux exigences de la licence ", affirmait en février l'ancien directeur financier Vincent Olimar, démissionnaire en début de saison. " Je ne sais pas qui a explosé le budget, mais c'est un peu facile de tout mettre sur la tête de Toppmöller ( Dino, le coach remercié en décembre, ndlr). Hayes a également amené des joueurs, ce qui pose la question des doubles casquettes. " En août, Alex Hayes, ex-agent et directeur sportif de l'Union, a été intronisé CEO par le propriétaire luxembourgeois Flavio Becca. Il n'a pas non plus voulu s'exprimer. " Tactiquement, la direction n'a peut-être pas mal joué le coup. Le verdict était connu d'avance, donc je ne suis pas surpris. En revanche, ce qui me surprend, c'est le nombre de clubs concernés ", relaie Christian Bracconi, coach - en théorie - sous contrat jusqu'au 30 juin et mis au chômage technique, à l'instar de l'ensemble du groupe. La manoeuvre a d'ailleurs érigé le RE Virton au rang de précurseur dans le Royaume. Plus bas, le RFC Seraing et l'AFC Tubize affrontent des fortunes similaires, mais se déclarent confiants et optimistes. Ils sont là, les bienfaits du printemps.Par Guillaume Gautier et Nicolas Taiana