Il y a eu l'enthousiasme et les certitudes. Celles qui semblent confirmer que la voie choisie par Mbaye Leye est la bonne, quand le mandat rouche du Sénégalais commence par quatre victoires de rang. Et puis, les doutes et la recherche, quand les victoires disparaissent en même temps que le choc psychologique. Même si la Coupe sert de bouteille d'oxygène, la situation liégeoise en championnat devient peu à peu irrespirable, quand huit matches se succèdent sans la moindre victoire. Le plan initial de Leye, celui qui semble mimer les mouvements du Bruges de Michel Preud'homme avec Hugo Siquet dans le costume de Thomas Meunier et Selim Amallah à la baguette à la manière d' Hans Vanaken, s'essouffle quand le jeune latéral connaît son premier creux. Surtout qu'il coïncide avec la baisse de forme de Nicolas Raskin au milieu de terrain, lui qui sert depuis le début de saison de baromètre à l'énergie de ses couleurs.
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Il y a eu l'enthousiasme et les certitudes. Celles qui semblent confirmer que la voie choisie par Mbaye Leye est la bonne, quand le mandat rouche du Sénégalais commence par quatre victoires de rang. Et puis, les doutes et la recherche, quand les victoires disparaissent en même temps que le choc psychologique. Même si la Coupe sert de bouteille d'oxygène, la situation liégeoise en championnat devient peu à peu irrespirable, quand huit matches se succèdent sans la moindre victoire. Le plan initial de Leye, celui qui semble mimer les mouvements du Bruges de Michel Preud'homme avec Hugo Siquet dans le costume de Thomas Meunier et Selim Amallah à la baguette à la manière d' Hans Vanaken, s'essouffle quand le jeune latéral connaît son premier creux. Surtout qu'il coïncide avec la baisse de forme de Nicolas Raskin au milieu de terrain, lui qui sert depuis le début de saison de baromètre à l'énergie de ses couleurs. Alors, Mbaye Leye cherche. La bonne formule se trouve-t-elle dans une défense à trois, qui protège un peu plus cette arrière-garde devenue trop perméable? Lancé en Coupe contre Bruges, avec l'entrée dans le onze de Moussa Sissako et le retour d'un système qui rappelle les meilleures sorties des Rouches de Philippe Montanier, le trio défensif survit jusqu'au partage à Genk. Dans les arrêts de jeu, sur la pelouse de la Luminus Arena, Konstantinos Laifis reçoit un carton jaune synonyme de suspension, et le désaveu affirmé pour Noë Dussenne depuis la défaite à Zulte Waregem force Leye à retourner au laboratoire. Après un retour au classique 4-3-3 contre La Gantoise, avec une défense beaucoup trop exposée aux offensives maladroitement conclues des hommes d' Hein Vanhaezebrouck, l'ancien attaquant innove sur la pelouse du Kehrweg, dans un 4-4-2 en losange qui tourne au festival offensif après un premier quart d'heure hésitant. Avec quelques ingrédients qui donnent l'impression que le Standard a trouvé son système idéal. En multipliant les hommes au coeur du jeu, le club des bords de Meuse appuie sur ses forces plutôt que de souligner ses carences. Autour du rond central, le carré royal formé par Amallah, Raskin, Samuel Bastien et Gojko Cimirot permet de mettre chacun de ces quatre hommes dans sa position idéale: l'international marocain reste dans l'axe, lui qui disparaît souvent du jeu quand on l'exile dans un couloir ; Raskin et Bastien peuvent faire parler à tour de rôle leurs infiltrations, avec ballon pour le premier et à la course pour le second, sans trop regarder dans le rétroviseur où l'impérial Bosnien veille au grain. Cerise sur le gâteau, le dispositif permet d'associer deux attaquants, péché mignon des tribunes de Sclessin sublimé par l'alléchante complémentarité entre un João Klauss épatant depuis son arrivée et un Jackson Muleka de plus en plus létal à la finition. Surtout, l'alternative permet de décharger le poids démesuré qui pesait sur les ailes liégeoises, dont aucun des occupants ne semblait vraiment à la hauteur. Maxime Lestienne est plus frustrant que concret, concluant souvent par une erreur technique un appel de balle impeccable, et Mehdi Carcela n'a plus les coups de reins de ses vingt ans, ceux qui lui permettaient de menacer l'adversaire tout au long d'un match. Reste Michel-Ange Balikwisha, aux chiffres exceptionnels pour une première saison chez les professionnels, mais formé dans l'axe du terrain et trop jeune pour porter les offensives de ses couleurs. L'ailier décisif est rare. Et donc, il est cher. Pour lever l'option d'achat de Noa Lang, Bruges a dû libérer six millions d'euros. Deux de moins que ce dont Genk s'était acquitté pour faire venir Theo Bongonda dans le Limbourg. Les game-changers des couloirs sont devenus les hommes les plus prisés du football, et leur tête est donc mise à prix pour des montants hors de portée de nombreux portefeuilles. Ce n'est sans doute pas un hasard si les systèmes sans véritables ailiers font la loi dans de nombreux vestiaires du Royaume, pour tenter d'amenuiser cette dépendance à l'exploit individuel venu de la ligne de touche. Ostende en 3-5-2, l'Antwerp en 3-5-1-1, ou même Anderlecht avec Anouar Ait El Hadj et Yari Verschaeren dans un costume de meneur excentré plutôt que de véritable dynamiteur du flanc en sont les exemples les mieux classés. Loin d'être assez riche pour s'offrir les services d'un ailier immédiatement déterminant, le Standard doit lui aussi se montrer inventif au tableau noir. Progressivement rejoint par Philippe Montanier au bilan comparatif face aux mêmes adversaires, Mbaye Leye fera finalement mieux que son prédécesseur s'il prend au moins un point lors de la réception du Beerschot. Moins grâce à la solidité défensive (quatorze buts concédés sous Montanier, vingt sous Leye) que grâce à une verve offensive retrouvée (quinze buts sous les ordres du Français, 27 depuis l'arrivée du Sénégalais). Les occasions sont-elles réellement plus nombreuses pour autant? Un regard vers les expected goals (ou xG) permet de le nuancer. Cette statistique permet d'évaluer le nombre de buts qu'une équipe aurait dû marquer en fonction des situations de frappe qu'elle s'est procurée. Sur ses quatorze sorties en championnat, le Standard de Leye aurait dû marquer 21,02 buts (pour 27 effectivement inscrits). Quant à celui de Montanier, il aurait dû faire trembler les filets à 20,44 reprises, mais ne l'a finalement fait que quinze fois. Malchance, ou manque de qualité à la finition? Une nouvelle statistique permet d'affiner le raisonnement. Si les expected goals estiment le nombre de buts marqués en fonction des situations obtenues, les post shot expected goals le font en fonction de la qualité des frappes. Un tir hors-cadre rapportera ainsi systématiquement 0 post shot xG, puisqu'il n'a aucune chance de finir au fond. L'examen des post shot xG révèle que la qualité des frappes sous Montanier était bien en-deçà de celle des situations créées (16,12 post shot xG avec 20,44 xG), montrant que la qualité de finition était alors loin d'être à la hauteur, Obbi Oulare en tête (2,91 xG mais seulement 1,52 en post shot). Avec Leye, et surtout l'arrivée de Klauss, la qualité a augmenté (21,92 post shot xG), et la réussite s'en est mêlée pour faire décoller le total de buts. Parce que les bons attaquants ont toujours de la chance?