C'était le 27 juin. Ce jour-là, la colère des supporters liégeois atteignait son paroxysme, en marge du Business Meeting organisé par le Standard de Liège dans ses locaux de Sclessin. Cette déferlante de 3.000 à 5.000 supporters montrait que le désamour entre le public et son président, Roland Duchâtelet, n'était pas l'apanage de quelques enragés clairsemés mais bien de tout un public désemparé par les décisions présidentielles. Cela avait déjà grondé dans les travées du club durant la saison mais jamais à ce point. Le public n'avait pas du tout apprécié la mise à l'écart de Mircea Rednic et son remplacement par un inconnu, Guy Luzon. Deux mois plus tard, les voix se sont calmées. Les joueurs-cadres ont été prolongés, des transferts de qualité ont été réalisés, l'entraîneur inconnu s'est fait un nom et le club liégeois a réalisé un début de championnat sans fautes. Que reste-t-il de cette révolte et comment le club a-t-il fait pour redresser la barre ? Sport/Foot Magazine a mené l'enquête.

L'histoire se passe à l'aéroport de Liège, le 17 juillet, lors du départ des Standardmen pour leur premier match européen, au coeur de l'Islande. Roland Duchâtelet se tient près des guichets d'enregistrement de bagages et répond, avec tout son coeur, aux questions des journalistes. Ces réponses vont une nouvelle fois soulever quelques haut-le-coeur auprès des supporters. Pourtant, la présence présidentielle avait pour but une tout autre visée médiatique : montrer son soutien à ses troupes avant un voyage qu'il ne pouvait pas effectuer et prouver que, même au coeur de la tempête, il était là pour tenir la barre. Raté.

Quelques jours plus tard, en privé, certains lui reprochent cette sortie. Il réfléchit et finit par acquiescer. "Peut-être était-ce encore trop tôt pour parler", finit-il par reconnaître. Depuis lors, il s'est tenu au silence et compte bien rester dans l'ombre. Cette saison, les interventions de Roland Duchâtelet se compteront sur les doigts d'une main. Voire seront nulles. Changement de cap donc au niveau de sa communication. Là où après le départ de Mircea Rednic et le choix de Guy Luzon, il pensait devoir monter au créneau pour expliquer ses motivations et calmer la colère des fans, il a compris que cela ne remettait que de l'huile sur le feu et que, diabolisé comme il l'était, toute sortie jouerait en sa défaveur. D'autant plus que les supporters, portés par Louis Smal, occupaient le terrain médiatique. Les qualités de tribun de l'ancien syndicaliste métallurgique, avec une rhétorique centrée sur des phrases chocs, marchaient à plein régime.

Le geste de Vainqueur plus fort que la rue Face à la pression populaire, Duchâtelet a cédé à trois reprises. Dans un premier temps, il affirme qu'il est prêt à se retirer si le club ne finit pas dans le top-3. Comme ce geste ne calme pas la désapprobation populaire, il lâche, après le business meeting, qu'il est prêt à se retirer, sans condition de classement, ni de temps, si un repreneur se manifeste. Enfin, comme cette déclaration avait déchaîné les passions et devant les discours politiques quelque peu démagogiques voulant le pousser dehors le plus vite possible, il établit un agenda. Voilà les trois seules décisions dictées à Duchâtelet sous la pression de la rue. Pas question d'y inclure la politique sportive ! D'après nos sources, les transferts et les revalorisations de contrat en cascade ne sont aucunement une conséquence de la révolte des supporters.

Cette politique sportive lui a été dictée par le comportement des joueurs, et surtout par le coup de force de William Vainqueur, invoquant la loi de 1978 pour casser son contrat. "Ce jour-là, il s'est rendu compte qu'il pouvait non seulement perdre un de ses piliers pour rien mais que tous les autres allaient peut-être suivre", explique un proche de Duchâtelet. "Dans sa tête, un joueur est un employé comme un autre. Juste qu'il est un peu mieux payé. Mais il a un contrat qu'il doit respecter. Pour lui, c'est inimaginable qu'un joueur auquel il reste encore trois ou quatre ans de contrat vienne foutre le bordel, ou qu'un joueur revalorisé en cours de saison vienne frapper à la porte quelques mois plus tard pour demander une nouvelle revalorisation, l'encre du précédent contrat à peine sèche."

Les joueurs (et surtout leurs agents) ont, eux, profité de la situation et des événements pour mettre la pression sur le président. Ainsi, certains ont brandi la menace de la loi de 1978 lors des négociations, ce qui n'était jamais arrivé en deux ans de présidence de Duchâtelet. Pour ne plus arriver à ce qu'un joueur-cadre se serve de cette loi, le président a donc décidé de revoir les contrats et de revaloriser Vainqueur, Imoh Ezequiel, Michy Batshuayi et prochainement Kanu et Laurent Ciman. Non seulement, comme les salaires sont plus conséquents, les joueurs devront débourser davantage pour racheter leur contrat s'ils utilisent la loi de 1978 mais en plus, le Standard a veillé à insérer dans chaque contrat une clause de départ. Ils sont désormais liés au Standard par des clauses de sortie "très élevées".

Mais revenons en arrière : le 29 juin, deux jours après la tornade du Business meeting, Vainqueur invoque donc la loi de 1978. Pour forcer un départ ? Ce n'est pas l'idée première. Vainqueur n'a jamais cessé de s'entraîner et surtout, à part Anderlecht, il n'a pas de propositions concrètes. Or, dans sa tête, un départ passe par l'étranger. Pour lui, cette rupture de contrat sert surtout à mettre la pression sur les dirigeants du Standard. Le vestiaire a mal digéré la revalorisation offerte au capitaine Jelle Van Damme, pourtant pas un des meilleurs joueurs des derniers mois, et Vainqueur a souffert du peu de considération de la direction et de l'impasse des négociations. Pourtant, de négociation, il n'y en a pas vraiment eu. Le Standard lui a fait une proposition que les agents de Vainqueur ont refusée. Basta. Or, Duchâtelet attendait une contre-proposition. Quant au camp Vainqueur, il attendait un nouveau rendez-vous.

Le 29 juin tombe donc la nouvelle. Acculé par les supporters, Duchâtelet ne peut plus se permettre de faux pas. Pourtant, cette manière de procéder n'est pas du tout à son goût. Il n'aime pas qu'on lui dicte sa conduite et il sait que s'il donne suite aux revendications de Vainqueur et qu'il se met autour de la table avec son agent, il ouvre la boîte de Pandore et que, derrière, les autres (Kanu, Batshuayi et Ezekiel) vont suivre. Ses avocats lui garantissent que la rupture de contrat de Vainqueur n'a pas été faite complètement dans les règles mais en signe d'ouverture, il décide de le rappeler à la table des négociations et de lui offrir un nouveau contrat. Ezekiel et Batshuayi suivent en une semaine. Courtisés, le premier par Bruges, le second par Anderlecht, ils sont sans conteste ceux qui possèdent le plus grand potentiel à la revente. Duchâtelet devait, très vite, couper l'herbe sous les pieds des prétendants vautours.

Cette vague de revalorisation inattendue - en mai, Duchâtelet avait insisté devant les présidents des clubs de supporters sur la nécessité de... réduire la masse salariale - a fortement calmé la contestation. Pendant un mois, le Standard a donc pu se remettre au travail. Avec un stage à l'abri de l'agitation, perdu au milieu des bois de la région d'Arnhem. Avec deux tours européens qui ont rempli de confiance et de rythme le groupe. Et avec des transferts ambitieux. Car non content de garder ses cadres, Duchâtelet a même décidé de renforcer son groupe.

L'émergence de Dudu Dahan Et c'est là que rentre en scène un homme inattendu : l'agent israélien, Dudu Dahan. Connu pour avoir amené de nombreux joueurs de son pays (Elyaniv Barda, Salim Toama, Gil Vermouth, Shlomi Arbitman, Lior Refaelov, etc), il avait déjà joué le rôle d'éminence grise auprès d'Abbas Bayat en janvier 2011. Depuis lors, il était devenu persona non grata à Charleroi, accusé de tous les maux du club. Comment est-il entré en grâce auprès de Roland Duchâtelet ? Nul ne le sait vraiment. D'après nos sources, Dudu Dahan aurait proposé dans un premier temps l'entraîneur Guy Luzon alors que le président du Standard avait commencé à chercher un remplaçant à Rednic, en contactant notamment René Girard. Mais pourquoi lui avoir fait confiance alors que ses précédentes interventions au Standard (c'est lui qui avait placé Toama, Dudu Biton, Maor Buzaglo et Rami Gershon) sont loin d'avoir été couronnées de succès ? Duchâtelet l'a écouté, après avoir pris ses renseignements auprès d'Abbas Bayat, qu'il respecte profondément. Ce dernier lui aurait vanté les mérites de Dahan en remettant l'église au milieu du village et en défendant les joueurs qu'il avait amenés à Charleroi. "Si on avait eu ces joueurs dès le début de la saison, on ne serait pas descendu. D'ailleurs, avec la plupart d'entre eux (NDLR : Il ne restait que Mathan Ohayon, Elvedin Dzinic et Mijusko Bojovic), on est directement remonté", a affirmé Bayat au président liégeois. Ce qu'il a omis d'affirmer, c'est le trou financier béant creusé par le passage de Dahan. Avec des salaires hors normes pour Charleroi (8.000 euros pour Biton, soit le double du salaire des stars carolos de l'époque), des montants de transferts et des primes à la signature, Charleroi a dépensé 2,5 millions d'euros ! Si, sur le plan sportif, ces transferts ont aidé Charleroi, aucun joueur n'a suscité de plus-value financière (à part Biton, parti au... Standard).

Hormis les conseils d'Abbas Bayat, Duchâtelet s'est reposé sur la correction de Dahan. Depuis deux ans, le président du Standard a eu affaire à de nombreux agents et il a toujours été sensible à la fiabilité de ceux-ci. Quand il se fait avoir par l'un d'eux, il le black-liste (et la liste s'allonge d'année en année). Par contre, il a tendance à rappeler ceux avec lesquels il a pu travailler correctement. C'est le cas de Dudu Dahan, qui a fini par régler tous les transferts liégeois depuis fin juin. C'est lui qui a conclu les arrivées d'Igor De Camargo, Ron Stam et Tal Ben Haïm. Comme celle de Yohan Thuram, pourtant repéré et approché par Jean-François de Sart mais devant la complication du dossier, Duchâtelet a décidé de mandater Dahan qui a débloqué la situation.

Son influence et sa présence auprès du président liégeois furent à ce point visibles que certains se sont demandés s'il n'avait pas pris le rôle de Jean-François de Sart. L'ancien sélectionneur des Espoirs n'a pas été désavoué mais il a perdu la main sur la politique sportive. Du moins sur les transferts entrants. Face à l'émergence de Dahan, il s'est posé la question d'un départ. Son flirt avec l'Union Belge en atteste mais il a décidé de rester jusqu'à la fin de son contrat. Duchâtelet lui demande de s'occuper des contrats des jeunes et de trouver des solutions pour les joueurs excédentaires (Astrit Ajdarevic et George Tucudean). Il est également intervenu pour rétablir le contact avec l'agent de Vainqueur après sa rupture de contrat.

Inflation salariale-faible coût des transferts Reste une question : écouter Dahan est une chose, transférer autant de joueurs en est une autre. Ce n'est pas la première fois que Duchâtelet fait pleine confiance à une influence extérieure (il part du principe qu'il y a plus dans deux têtes que dans une). L'année passée, il avait fortement été inspiré par le Néerlandais Rob Delahaye qui l'avait convaincu de prendre Ron Jans et Danny Verbeek. Mais c'est bien la première fois qu'un agent arrive à le faire transférer autant. Car la politique de transferts de cette saison ne ressemble en rien à ce que Duchâtelet a l'habitude de faire. Stam, De Camargo, Ben Haïm ne correspondent pas au profil habituel des joueurs achetés par le président du Standard. Ils ne sont pas jeunes et ils coûtent chers. En salaire du moins car contrairement aux autres années, le Standard n'a pas dû débourser grand-chose en somme de transferts. 1,5 millions d'euros pour Thuram et 100.000 pour De Camargo. 1,6 millions d'euros bien éloignés des 10 millions de la saison passée. Ce qui explique notamment les autres calculs de Duchâtelet. Sachant qu'il amortit ses transferts en quatre ou cinq ans, les 10 millions de la saison dernière ne lui coûtent, en réalité, que 2 millions ou 2,5 millions par saison. Cette année, cela ne lui coûtera que 400.000 euros. Ce qui fait plus ou moins 2 millions de différence d'une année à l'autre. Cette marge de 2 millions peut donc être éventuellement dépensée en salaires. Le faible coût des transferts peut expliquer l'inflation salariale (revalorisation + nouveaux arrivants).

Duchâtelet a donc consenti à toutes ces arrivées en raison du faible coût des sommes de transferts. Mais sans doute aussi parce qu'il se devait d'offrir à son entraîneur le meilleur noyau possible. Duchâtelet avait promis à Luzon de conserver les cadres et de se renforcer à certains postes. Il faut dire qu'il n'avait pas vraiment d'autre choix : un échec de Luzon, choix incompris par l'opinion publique, précipiterait la chute présidentielle. Sa rédemption passe inévitablement par la réussite du coach israélien. Or, quoi de mieux pour favoriser cette réussite que de mettre à la disposition de Luzon un matériel riche...

Stéphane Vande Velde

C'était le 27 juin. Ce jour-là, la colère des supporters liégeois atteignait son paroxysme, en marge du Business Meeting organisé par le Standard de Liège dans ses locaux de Sclessin. Cette déferlante de 3.000 à 5.000 supporters montrait que le désamour entre le public et son président, Roland Duchâtelet, n'était pas l'apanage de quelques enragés clairsemés mais bien de tout un public désemparé par les décisions présidentielles. Cela avait déjà grondé dans les travées du club durant la saison mais jamais à ce point. Le public n'avait pas du tout apprécié la mise à l'écart de Mircea Rednic et son remplacement par un inconnu, Guy Luzon. Deux mois plus tard, les voix se sont calmées. Les joueurs-cadres ont été prolongés, des transferts de qualité ont été réalisés, l'entraîneur inconnu s'est fait un nom et le club liégeois a réalisé un début de championnat sans fautes. Que reste-t-il de cette révolte et comment le club a-t-il fait pour redresser la barre ? Sport/Foot Magazine a mené l'enquête. L'histoire se passe à l'aéroport de Liège, le 17 juillet, lors du départ des Standardmen pour leur premier match européen, au coeur de l'Islande. Roland Duchâtelet se tient près des guichets d'enregistrement de bagages et répond, avec tout son coeur, aux questions des journalistes. Ces réponses vont une nouvelle fois soulever quelques haut-le-coeur auprès des supporters. Pourtant, la présence présidentielle avait pour but une tout autre visée médiatique : montrer son soutien à ses troupes avant un voyage qu'il ne pouvait pas effectuer et prouver que, même au coeur de la tempête, il était là pour tenir la barre. Raté. Quelques jours plus tard, en privé, certains lui reprochent cette sortie. Il réfléchit et finit par acquiescer. "Peut-être était-ce encore trop tôt pour parler", finit-il par reconnaître. Depuis lors, il s'est tenu au silence et compte bien rester dans l'ombre. Cette saison, les interventions de Roland Duchâtelet se compteront sur les doigts d'une main. Voire seront nulles. Changement de cap donc au niveau de sa communication. Là où après le départ de Mircea Rednic et le choix de Guy Luzon, il pensait devoir monter au créneau pour expliquer ses motivations et calmer la colère des fans, il a compris que cela ne remettait que de l'huile sur le feu et que, diabolisé comme il l'était, toute sortie jouerait en sa défaveur. D'autant plus que les supporters, portés par Louis Smal, occupaient le terrain médiatique. Les qualités de tribun de l'ancien syndicaliste métallurgique, avec une rhétorique centrée sur des phrases chocs, marchaient à plein régime. Le geste de Vainqueur plus fort que la rue Face à la pression populaire, Duchâtelet a cédé à trois reprises. Dans un premier temps, il affirme qu'il est prêt à se retirer si le club ne finit pas dans le top-3. Comme ce geste ne calme pas la désapprobation populaire, il lâche, après le business meeting, qu'il est prêt à se retirer, sans condition de classement, ni de temps, si un repreneur se manifeste. Enfin, comme cette déclaration avait déchaîné les passions et devant les discours politiques quelque peu démagogiques voulant le pousser dehors le plus vite possible, il établit un agenda. Voilà les trois seules décisions dictées à Duchâtelet sous la pression de la rue. Pas question d'y inclure la politique sportive ! D'après nos sources, les transferts et les revalorisations de contrat en cascade ne sont aucunement une conséquence de la révolte des supporters. Cette politique sportive lui a été dictée par le comportement des joueurs, et surtout par le coup de force de William Vainqueur, invoquant la loi de 1978 pour casser son contrat. "Ce jour-là, il s'est rendu compte qu'il pouvait non seulement perdre un de ses piliers pour rien mais que tous les autres allaient peut-être suivre", explique un proche de Duchâtelet. "Dans sa tête, un joueur est un employé comme un autre. Juste qu'il est un peu mieux payé. Mais il a un contrat qu'il doit respecter. Pour lui, c'est inimaginable qu'un joueur auquel il reste encore trois ou quatre ans de contrat vienne foutre le bordel, ou qu'un joueur revalorisé en cours de saison vienne frapper à la porte quelques mois plus tard pour demander une nouvelle revalorisation, l'encre du précédent contrat à peine sèche." Les joueurs (et surtout leurs agents) ont, eux, profité de la situation et des événements pour mettre la pression sur le président. Ainsi, certains ont brandi la menace de la loi de 1978 lors des négociations, ce qui n'était jamais arrivé en deux ans de présidence de Duchâtelet. Pour ne plus arriver à ce qu'un joueur-cadre se serve de cette loi, le président a donc décidé de revoir les contrats et de revaloriser Vainqueur, Imoh Ezequiel, Michy Batshuayi et prochainement Kanu et Laurent Ciman. Non seulement, comme les salaires sont plus conséquents, les joueurs devront débourser davantage pour racheter leur contrat s'ils utilisent la loi de 1978 mais en plus, le Standard a veillé à insérer dans chaque contrat une clause de départ. Ils sont désormais liés au Standard par des clauses de sortie "très élevées". Mais revenons en arrière : le 29 juin, deux jours après la tornade du Business meeting, Vainqueur invoque donc la loi de 1978. Pour forcer un départ ? Ce n'est pas l'idée première. Vainqueur n'a jamais cessé de s'entraîner et surtout, à part Anderlecht, il n'a pas de propositions concrètes. Or, dans sa tête, un départ passe par l'étranger. Pour lui, cette rupture de contrat sert surtout à mettre la pression sur les dirigeants du Standard. Le vestiaire a mal digéré la revalorisation offerte au capitaine Jelle Van Damme, pourtant pas un des meilleurs joueurs des derniers mois, et Vainqueur a souffert du peu de considération de la direction et de l'impasse des négociations. Pourtant, de négociation, il n'y en a pas vraiment eu. Le Standard lui a fait une proposition que les agents de Vainqueur ont refusée. Basta. Or, Duchâtelet attendait une contre-proposition. Quant au camp Vainqueur, il attendait un nouveau rendez-vous. Le 29 juin tombe donc la nouvelle. Acculé par les supporters, Duchâtelet ne peut plus se permettre de faux pas. Pourtant, cette manière de procéder n'est pas du tout à son goût. Il n'aime pas qu'on lui dicte sa conduite et il sait que s'il donne suite aux revendications de Vainqueur et qu'il se met autour de la table avec son agent, il ouvre la boîte de Pandore et que, derrière, les autres (Kanu, Batshuayi et Ezekiel) vont suivre. Ses avocats lui garantissent que la rupture de contrat de Vainqueur n'a pas été faite complètement dans les règles mais en signe d'ouverture, il décide de le rappeler à la table des négociations et de lui offrir un nouveau contrat. Ezekiel et Batshuayi suivent en une semaine. Courtisés, le premier par Bruges, le second par Anderlecht, ils sont sans conteste ceux qui possèdent le plus grand potentiel à la revente. Duchâtelet devait, très vite, couper l'herbe sous les pieds des prétendants vautours. Cette vague de revalorisation inattendue - en mai, Duchâtelet avait insisté devant les présidents des clubs de supporters sur la nécessité de... réduire la masse salariale - a fortement calmé la contestation. Pendant un mois, le Standard a donc pu se remettre au travail. Avec un stage à l'abri de l'agitation, perdu au milieu des bois de la région d'Arnhem. Avec deux tours européens qui ont rempli de confiance et de rythme le groupe. Et avec des transferts ambitieux. Car non content de garder ses cadres, Duchâtelet a même décidé de renforcer son groupe. L'émergence de Dudu Dahan Et c'est là que rentre en scène un homme inattendu : l'agent israélien, Dudu Dahan. Connu pour avoir amené de nombreux joueurs de son pays (Elyaniv Barda, Salim Toama, Gil Vermouth, Shlomi Arbitman, Lior Refaelov, etc), il avait déjà joué le rôle d'éminence grise auprès d'Abbas Bayat en janvier 2011. Depuis lors, il était devenu persona non grata à Charleroi, accusé de tous les maux du club. Comment est-il entré en grâce auprès de Roland Duchâtelet ? Nul ne le sait vraiment. D'après nos sources, Dudu Dahan aurait proposé dans un premier temps l'entraîneur Guy Luzon alors que le président du Standard avait commencé à chercher un remplaçant à Rednic, en contactant notamment René Girard. Mais pourquoi lui avoir fait confiance alors que ses précédentes interventions au Standard (c'est lui qui avait placé Toama, Dudu Biton, Maor Buzaglo et Rami Gershon) sont loin d'avoir été couronnées de succès ? Duchâtelet l'a écouté, après avoir pris ses renseignements auprès d'Abbas Bayat, qu'il respecte profondément. Ce dernier lui aurait vanté les mérites de Dahan en remettant l'église au milieu du village et en défendant les joueurs qu'il avait amenés à Charleroi. "Si on avait eu ces joueurs dès le début de la saison, on ne serait pas descendu. D'ailleurs, avec la plupart d'entre eux (NDLR : Il ne restait que Mathan Ohayon, Elvedin Dzinic et Mijusko Bojovic), on est directement remonté", a affirmé Bayat au président liégeois. Ce qu'il a omis d'affirmer, c'est le trou financier béant creusé par le passage de Dahan. Avec des salaires hors normes pour Charleroi (8.000 euros pour Biton, soit le double du salaire des stars carolos de l'époque), des montants de transferts et des primes à la signature, Charleroi a dépensé 2,5 millions d'euros ! Si, sur le plan sportif, ces transferts ont aidé Charleroi, aucun joueur n'a suscité de plus-value financière (à part Biton, parti au... Standard). Hormis les conseils d'Abbas Bayat, Duchâtelet s'est reposé sur la correction de Dahan. Depuis deux ans, le président du Standard a eu affaire à de nombreux agents et il a toujours été sensible à la fiabilité de ceux-ci. Quand il se fait avoir par l'un d'eux, il le black-liste (et la liste s'allonge d'année en année). Par contre, il a tendance à rappeler ceux avec lesquels il a pu travailler correctement. C'est le cas de Dudu Dahan, qui a fini par régler tous les transferts liégeois depuis fin juin. C'est lui qui a conclu les arrivées d'Igor De Camargo, Ron Stam et Tal Ben Haïm. Comme celle de Yohan Thuram, pourtant repéré et approché par Jean-François de Sart mais devant la complication du dossier, Duchâtelet a décidé de mandater Dahan qui a débloqué la situation. Son influence et sa présence auprès du président liégeois furent à ce point visibles que certains se sont demandés s'il n'avait pas pris le rôle de Jean-François de Sart. L'ancien sélectionneur des Espoirs n'a pas été désavoué mais il a perdu la main sur la politique sportive. Du moins sur les transferts entrants. Face à l'émergence de Dahan, il s'est posé la question d'un départ. Son flirt avec l'Union Belge en atteste mais il a décidé de rester jusqu'à la fin de son contrat. Duchâtelet lui demande de s'occuper des contrats des jeunes et de trouver des solutions pour les joueurs excédentaires (Astrit Ajdarevic et George Tucudean). Il est également intervenu pour rétablir le contact avec l'agent de Vainqueur après sa rupture de contrat. Inflation salariale-faible coût des transferts Reste une question : écouter Dahan est une chose, transférer autant de joueurs en est une autre. Ce n'est pas la première fois que Duchâtelet fait pleine confiance à une influence extérieure (il part du principe qu'il y a plus dans deux têtes que dans une). L'année passée, il avait fortement été inspiré par le Néerlandais Rob Delahaye qui l'avait convaincu de prendre Ron Jans et Danny Verbeek. Mais c'est bien la première fois qu'un agent arrive à le faire transférer autant. Car la politique de transferts de cette saison ne ressemble en rien à ce que Duchâtelet a l'habitude de faire. Stam, De Camargo, Ben Haïm ne correspondent pas au profil habituel des joueurs achetés par le président du Standard. Ils ne sont pas jeunes et ils coûtent chers. En salaire du moins car contrairement aux autres années, le Standard n'a pas dû débourser grand-chose en somme de transferts. 1,5 millions d'euros pour Thuram et 100.000 pour De Camargo. 1,6 millions d'euros bien éloignés des 10 millions de la saison passée. Ce qui explique notamment les autres calculs de Duchâtelet. Sachant qu'il amortit ses transferts en quatre ou cinq ans, les 10 millions de la saison dernière ne lui coûtent, en réalité, que 2 millions ou 2,5 millions par saison. Cette année, cela ne lui coûtera que 400.000 euros. Ce qui fait plus ou moins 2 millions de différence d'une année à l'autre. Cette marge de 2 millions peut donc être éventuellement dépensée en salaires. Le faible coût des transferts peut expliquer l'inflation salariale (revalorisation + nouveaux arrivants). Duchâtelet a donc consenti à toutes ces arrivées en raison du faible coût des sommes de transferts. Mais sans doute aussi parce qu'il se devait d'offrir à son entraîneur le meilleur noyau possible. Duchâtelet avait promis à Luzon de conserver les cadres et de se renforcer à certains postes. Il faut dire qu'il n'avait pas vraiment d'autre choix : un échec de Luzon, choix incompris par l'opinion publique, précipiterait la chute présidentielle. Sa rédemption passe inévitablement par la réussite du coach israélien. Or, quoi de mieux pour favoriser cette réussite que de mettre à la disposition de Luzon un matériel riche... Stéphane Vande Velde