Une bonne partie des 18.000 spectateurs massés dans les tribunes de la Ghelamco Arena font écho au coup de sifflet de Nathan Verboomen. Après un passage par la case VAR, l'arbitre offre au Standard un penalty de dernière minute, et Razvan Marin se charge de l'envoyer dans la lucarne pour offrir trois points aux Rouches de Michel Preud'homme. Présent pour assister à la rencontre entre deux de ses anciens clubs en ce début de mois d'avril 2019, Mbaye Leye parle avec l'homme fort de Sclessin d'un avenir potentiel à ses côtés. Pas spécialement en odeur de sainteté auprès des joueurs, à cause d'un style décrié - même si certains cadres reconnaîtront ses qualités tactiques par la suite - Emilio Ferrera voit son contrat avec le Standard ne pas aller jusqu'à son terme, et Preud'homme est en quête d'un successeur pour celui qui a tant inspiré son football depuis leur collaboration dans le Golfe.
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Une bonne partie des 18.000 spectateurs massés dans les tribunes de la Ghelamco Arena font écho au coup de sifflet de Nathan Verboomen. Après un passage par la case VAR, l'arbitre offre au Standard un penalty de dernière minute, et Razvan Marin se charge de l'envoyer dans la lucarne pour offrir trois points aux Rouches de Michel Preud'homme. Présent pour assister à la rencontre entre deux de ses anciens clubs en ce début de mois d'avril 2019, Mbaye Leye parle avec l'homme fort de Sclessin d'un avenir potentiel à ses côtés. Pas spécialement en odeur de sainteté auprès des joueurs, à cause d'un style décrié - même si certains cadres reconnaîtront ses qualités tactiques par la suite - Emilio Ferrera voit son contrat avec le Standard ne pas aller jusqu'à son terme, et Preud'homme est en quête d'un successeur pour celui qui a tant inspiré son football depuis leur collaboration dans le Golfe. L'attaquant sénégalais, qui sort d'une fin de saison exceptionnelle dans le Mouscron de Bernd Storck, n'est pas difficile à convaincre. En aparté, celui qui avait abandonné ses études d'éducation physique pour se consacrer au football raconte volontiers que le ballon rond n'a été pour lui qu'une étape intermédiaire vers les bancs de touche. Pour enfin entrer dans le vif du sujet, qui de mieux que celui qui l'avait impressionné par la qualité de ses séances lors de leur première rencontre, déjà dans un contexte buffalo, une décennie plus tôt. Il se dit qu'en rentrant de l'entraînement, Mbaye note soigneusement dans un carnet certains exercices professés par un MPH alors au sommet de son art du coaching. À dire vrai, la transition avait déjà commencé, avec cette dernière pige à Mouscron où le buteur encadre les jeunes Manuel Benson, Taiwo Awoniyi, Mërgim Vojvoda ou Selim Amallah. "C'était mon joueur le plus expérimenté, et il n'était jamais avare en conseils pour ses coéquipiers", rembobine son autoritaire coach allemand, pas franchement réputé pour la qualité de ses relations humaines, mais qui passe de longues heures à échanger autour du ballon avec le vétéran de son vestiaire. Dans la foulée de cette dernière expérience, conclue par quelques apparitions en play-offs 2, Mbaye Leye raccroche les crampons. Il ne les rechaussera plus, même pas pour un match entre amis. Comme s'il avait finalement hâte que la page se tourne. On dit souvent des attaquants qu'ils se muent plus rarement en ténors des bancs de touche. Par rapport aux gardiens, aux défenseurs ou au milieux défensifs, bien plus nombreux à réussir leur reconversion avec un brassard rouge au bras, ils auraient le désavantage de ne pas "avoir le jeu devant eux", et de penser à l'instinct, en termes plus individuels que collectifs. Un raisonnement qui néglige probablement le fait qu'en deuxième partie de carrière, le Leye polyvalent des débuts s'est mué en un pivot qui passait beaucoup de temps avec les yeux tournés vers son équipe, pour tenter de fluidifier son jeu. Le Sénégalais des dernières saisons a presque des airs de faux 9, qui décroche entre les lignes pour faire jouer ses coéquipiers. Dans le sprint final de sa carrière de joueur, Mbaye Leye ajoute donc la corde "relais du coach" à un arc qui compte déjà depuis longtemps celle de "patron du vestiaire". "Dans le vestiaire, j'ai toujours eu mon mot à dire", confirme l'intéressé dans nos colonnes à l'aube de la dernière finale de Coupe de Belgique de sa carrière. "Je faisais toujours partie de ceux à qui on demandait l'avis sur les grandes questions." De ceux qu'on respecte, aussi. Au point de ne pas provoquer de tollé collectif quand il ferme la porte du vestiaire derrière lui pour une discussion animée avec un coéquipier. La carrière de Mbaye Leye parle pour lui et, depuis les terrains de l'Académie, on entend souvent parler en termes élogieux de celui dont le CV sur les pelouses nationales force le respect. Pourtant, le bras droit de Michel Preud'homme n'était pas du genre à prendre son rôle comme celui d'exutoire des joueurs déçus, posture souvent adoptée par les adjoints. "Comme T2, tu ne dois pas être la poubelle des joueurs. Tu dois établir le dialogue, parce que l'entraîneur principal n'a pas le temps de parler avec vingt-cinq joueurs tout le temps, mais tu dois surtout transmettre les idées de l'entraîneur", explique le Sénégalais à l'automne, sur le plateau de Super Sunday, le talk-show foot de LN24 où il était devenu un consultant régulier ces derniers mois. Parfois, le relais des idées véhiculées par son supérieur hiérarchique est un exercice d'équilibriste pour un T2. C'est visiblement loin d'être le cas pour Mbaye Leye quand il tape sur les clous plantés par Michel Preud'homme. Sur les bancs de l'école fédérale des entraîneurs, en tout cas, les rares apparitions de l'ancien attaquant - qui bénéficiait de plusieurs dispenses - évoquent à ses condisciples des idées proches de celles de son double champion de Belgique de mentor. Quand le Sénégalais développe sa vision du football, on entend ainsi souvent parler d'ailiers qui entrent dans l'intervalle à l'intérieur du jeu et de pics en profondeur. Deux aspects qui se retrouvent dans le jeu de Preud'homme depuis son retour du Golfe, et qui étaient inculqués à l'époque d'Al-Shabab par Emilio Ferrera. Le pic en profondeur est un dérivé de picar, un terme utilisé par Marcelo Bielsa, devenu l'inspiration principale de Ferrera depuis leur rencontre au Mexique au coeur des années nonante, quand le Schaerbeekois travaillait à l'América. Appel en profondeur qui ouvre de l'espace à des moments bien précis, il se retrouve également dans le jeu de Philippe Clement, indirectement influencé par Ferrera via Preud'homme. Le verra-t-on faire son retour dans le Standard de 2021, après un passage de Philippe Montanier qui aura bien moins mis en exergue le travail des courses offensives? Le jeu enseigné par MPH lors de son séjour commun avec Leye à Sclessin pourrait bien influencer le nouveau coach des Rouches, qui cite souvent son ancien T1 comme mentor de référence, sans jamais oublier Christian Gourcuff, son premier coach chez les pros à Lorient, et qui lui a enseigné ses premières bases tactiques chez les Merlus. Admirateur d' Arrigo Sacchi et de son 4-4-2 en zone, le coach récemment remercié par le FC Nantes propose un football certes différent, mais pas incompatible avec les idées de Ferrera et Preud'homme. "Quand j'ai quitté Lorient, c'était comme si je sortais du centre de formation", explique l'ancien attaquant pour résumer le cours de rattrapage tactique enseigné par Gourcuff en l'espace de deux saisons. Pour suivre plus loin les traces encore invisibles du football de Mbaye Leye, le plus simple est sans doute de se raccrocher à ses mots. Dans la foulée de la défaite du Standard à Benfica, il explique ainsi sur le plateau de LN24 que "pour un déplacement en Europa League, c'est peut-être mieux de jouer son jeu que d'attendre avec un bloc bas pour défendre le zéro. Mieux vaut jouer avec ses qualités." Quelques semaines plus tard, on l'entend dire que "le football où l'ailier suit son back, c'est un football dépassé. On demande à un attaquant de défendre en avançant parce que quand il récupère le ballon, il est dans une zone beaucoup plus haute." L'approche orientée vers la solidité défensive de Philippe Montanier n'est vraisemblablement pas celle que partage Mbaye Leye. "Je ne vois pas le Standard que j'ai envie de voir. Je ne vois pas de jeu", déplore le Sénégalais à l'heure d'évoquer le football proposé par les Rouches sous la houlette du coach français. Il laisse même apercevoir l'esquisse d'une solution qu'il proposerait quand il souligne que le Normand n'a sans doute "pas le temps de travailler des shadows ou des sorties de balle, mais ils en ont besoin parce qu'on ne voit pas de construction de derrière jusque devant." Comme Preud'homme avant lui, Mbaye Leye semble vouloir dessiner un chemin précis et minutieux, qui part d' Arnaud Bodart et qui finit en occasion de but, alors qu'il se dit que Montanier travaillait principalement son équipe en perte de balle et insistait presque exclusivement sur la réaction à avoir au moment de la récupération. En répétant des circuits sans opposition (ce qu'il appelle "des shadows") à l'entraînement, par exemple? S'il n'a pas encore eu l'occasion de la mettre en oeuvre sur un terrain de football, Mbaye Leye semble avoir une idée bien précise du football qu'il veut proposer en tant que coach du Standard. Et dans l'assemblée des gens convaincus de sa réussite, il s'assied lui-même au premier rang. "J'ai rarement vu quelqu'un être persuadé à ce point qu'il allait devenir un grand coach", confirme l'un de ses compagnons d'écolage à la Fédération. Reste à voir si comme dans les surfaces adverses, Mbaye Leye aura là aussi tout vu un peu plus vite que les autres.