C'est le Sclessin des grands soirs. Celui qui transforme les bords de Meuse en un embouteillage géant dont on ne semble jamais devoir sortir. Qui gronde ou s'enflamme. Qui paraît prêt à descendre sur la pelouse quand le douzième homme doit devenir le onzième, à cause du carton rouge précoce d' Ameen Al-Dakhil. Qui fait trembler une bonne partie des jambes posées sur le terrain. Un peu comme si le football revenait vraiment en même temps que les tribunes remplies et les parcages visiteurs.
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C'est le Sclessin des grands soirs. Celui qui transforme les bords de Meuse en un embouteillage géant dont on ne semble jamais devoir sortir. Qui gronde ou s'enflamme. Qui paraît prêt à descendre sur la pelouse quand le douzième homme doit devenir le onzième, à cause du carton rouge précoce d' Ameen Al-Dakhil. Qui fait trembler une bonne partie des jambes posées sur le terrain. Un peu comme si le football revenait vraiment en même temps que les tribunes remplies et les parcages visiteurs. Sur la pelouse, pourtant, le jeu s'évapore très vite. On ne saura jamais vraiment quel était le plan du Standard pour contrarier le 4-2-2-2 anderlechtois. Disposés en losange au coeur du jeu, les hommes de Mbaye Leye conservent leur duo offensif pour peser sur des centraux mauves pas toujours irréprochables. João Klauss joue la partition du héros solitaire presque à merveille, mais ne parvient jamais vraiment à animer la soirée d' Hendrik Van Crombrugge. À l'autre bout du terrain, Anderlecht envoie quelques munitions dans les gants d' Arnaud Bodart et oublie de se mettre à l'abri, sans jamais dégager une réelle sérénité face à un adversaire en infériorité numérique. Les Mauves prennent les points, mais quelqu'un sort-il vraiment gagnant de ce duel? Entre leurs réponses face aux caméras et celles en conférence de presse, Leye et Vincent Kompany s'arrêtent quelques minutes dans les couloirs de Sclessin. Dialogue confraternel et confidentiel entre deux hommes qui ne cachent pas leur estime mutuelle. Le Prince de City prend presque le Sénégalais sous son aile en demandant une dernière fois la parole en fin de conférence de presse, pour saluer le temps de jeu et le droit à l'erreur accordés à Ameen Al-Dakhil, héros malheureux du début de rencontre. Le coach des Mauves parle de "faire confiance à un jeune joueur belge qui, je l'espère, deviendra peut-être Diable rouge un jour. Il ne faut pas sous-estimer ce choix et le comprendre. On sait que ces jeunes joueurs prendront de la valeur, mais le prix à payer est sportif." Des travées du Lotto Park à celles de Sclessin, la remarque est devenue refrain. Des jeunes souvent lancés et des points parfois perdus. De part et d'autre, le risque est assumé. À Bruxelles, quand Wouter Vandenhaute a dû trancher entre un Vincent Kompany et un Franky Vercauteren devenus footballistiquement incompatibles, le président des Mauves a fait le choix de l'avenir. Un coach peut-être moins prêt, mais plus prometteur. Quelques mois plus tard, la cellule sportive de Neerpede choisit de chercher une solution ailleurs pour Michel Vlap pour gonfler le temps de jeu d' Anouar Ait El Hadj. En interne, on confie que ces choix minimisent peut-être les chances de succès à très court terme, tout en étant persuadé qu'Anderlecht en sortira grandi. In Youth We Trust, dit le slogan. Tant pis si sur la pelouse liégeoise, seuls Ait El Hadj et Yari Verschaeren représentaient les talents de la maison. Au coeur de la Principauté, le business-plan est aussi tourné vers la jeunesse. Quand Mbaye Leye parle d'Ameen Al-Dakhil après la rencontre, il dit notamment qu'il a déjà pris de la valeur depuis le coup d'envoi de la saison, et qu'il en prendra encore. Comme à Anderlecht, le club a notamment privilégié le "mercato interne", comme aime l'appeler Benjamin Nicaise, pour résoudre une situation financière qui ne permet plus de regarder les locomotives du nord du pays dans les yeux sur le long terme. Charge aux jeunes, donc, de porter le club sur le terrain avant de lui donner un dernier coup de pouce sur les comptes en banque, à l'image d'un Michel-Ange Balikwisha parti pour l'Antwerp cet été. "Ces dernières saisons, notre groupe rajeunit. Un peu comme le football en général, d'ailleurs", diagnostique Arnaud Bodart, capitaine rouche au coup d'envoi du haut de ses 23 printemps et témoin d'un foot belge devenu industrie de la post-formation. Quel autre match incarne mieux cette nouvelle tendance que le Clasico? Parmi les 32 joueurs qui ont participé à la rencontre, 22 ont moins de 25 ans. Unique buteur, Lior Refaelov est également le seul trentenaire à avoir pris part au duel. Un Soulier d'Or pour gagner des matches et encadrer les jeunes. La formule n'est peut-être pas magique - d'aucuns grincent des dents à Anderlecht en voyant le temps de jeu des enfants de Neerpede fondre depuis le début de saison - mais elle laisse certains esprits songeurs du côté du Sart-Tilman. "Il faudrait pouvoir apporter des joueurs qui amènent de l'expérience en équipe première pour aider nos jeunes à devenir meilleurs", confiait récemment Réginal Goreux, directeur sportif du SL16 Football Campus. "Quand on regarde notre noyau actuel, les jeunes sont quasiment les tauliers sur le terrain, et ça c'est problématique." Recrue la plus âgée de l'été liégeois, Aron Donnum est né le 20 avril 1998. Lors de son entrevue avec la Famille des Rouches au bout de la saison dernière, le président Bruno Venanzi avait pourtant évoqué l'arrivée de joueurs d'expérience et de caractère, citant l'exemple d'un Sérgio Conçeição qui a laissé de nombreux souvenirs enchantés en bords de Meuse. Au bout du compte, ce sont de jeunes joueurs qui sont venus gonfler le noyau de Mbaye Leye, plutôt que son onze de base. Au coup d'envoi du Clasico, Niels Nkounkou est ainsi la seule nouvelle tête liégeoise présente sur la pelouse, pour une titularisation qu'il doit sans doute à la cascade de forfaits en défense et au replacement dans l'axe de Nicolas Gavory. Le contraste est très marqué avec un Anderlecht qui se présente à Sclessin avec six recrues. Peut-on mieux incarner les divergences de vues sportives du Standard, où Mbaye Leye et Benjamin Nicaise semblent rarement sur la même longueur d'ondes? Le Sénégalais alterne entre un 3-5-2 et un 4-4-2 losange qui n'utilisent pas vraiment d'ailiers, après avoir réclamé un profil déroutant en un-contre-un qu'il a reçu avec Donnum, voire avec le retour de prêt de Denis Dragus. Des solutions ont alors été offertes au coeur du jeu, mais Daouda Peeters a déçu contre l'Union et Hamza Rafia attend toujours sa chance au coup d'envoi malgré des montées au jeu souvent réussies. À l'inverse, les noms soumis par Leye pour renforcer son équipe n'ont pas débouché sur des signatures à Sclessin. Questionné sur l'absence d'un transfert défensif, mise en lumière par le bricolage nécessaire en charnière centrale contre Anderlecht, Mbaye Leye s'est ainsi dit "content de mon noyau", parce que "on a fait tout le possible avec Bruno pour avoir ce noyau comme il est", citant uniquement son président pour évoquer un processus de recrutement dans lequel il ne joue pourtant pas un rôle majeur, contrairement à Benjamin Nicaise. En face, le travail de Peter Verbeke et de Kompany est beaucoup plus harmonieux. Pourtant, il se dit dans les couloirs de Neerpede que l'ancien défenseur central est particulièrement exigeant sur les profils amenés à se vêtir de mauve. Cet été, c'est surtout le dossier du remplaçant de Lukas Nmecha qui s'est étiré en longueur, notamment parce que les nombreuses propositions présentées trouvaient rarement grâce aux yeux du patron du jeu bruxellois. Si le directeur sportif d'Anderlecht a longtemps espéré réaliser un coup fumant en s'attachant les services du jeune prodige de Toulouse Janis Antiste - qui a finalement opté pour une découverte du Calcio sous le maillot de La Spezia - il a finalement réussi à satisfaire Kompany en attirant dans la capitale un Christian Kouamé déjà buteur à deux reprises contre Malines et particulièrement conquérant dans les duels face au Standard. "Son profil est très rare en en Belgique, il est capable de garder beaucoup de ballons qui à la base, sont pourtant des 50-50. Il est très complet." Si les trois points sont revenus aux Mauves, la fierté était presque plus présente dans le camp liégeois, lors d'une fin de match où l'égalisation semblait planer dans l'air mosan malgré un Standard réduit à neuf suite au carton rouge de Collins Fai. Le bilan à domicile est pourtant décevant, avec un maigre quatre sur douze et un seul succès glané au forceps contre un Ostende en reconstruction. Des chiffres au goût amer pour un club où tous clamaient avant le coup d'envoi de la saison que le retour des supporters au stade serait synonyme d'un gain de nombreux points par rapport à l'exercice précédent, effectué dans sa quasi-totalité à huis clos. Le carton rouge précoce d'Al-Dakhil permettait toutefois au Standard, Mbaye Leye en tête, d'écarter tout pessimisme de son analyse après la rencontre. "Avant ce match, on sortait d'un neuf sur douze. On sait qu'on va avoir une année avec des moments où on va souffrir, et d'autres où on va être très bons." Pour la reprise du championnat à domicile face à Genk et en comité restreint, les rares supporters présents avaient pourtant fait passer le message par banderole interposée: "Cette année, fini la transition, on veut des résultats et de la motivation." Si la première requête n'était pas présente au coup de sifflet final contre les Bruxellois, la suivante n'a pas fait défaut, au point de voir les Rouches acclamés par leur public après le coup de sifflet final. Les efforts ne se négocient pas, et les défaites contre l'Union, l'Antwerp et Anderlecht sont compensées par un quasi sans-faute contre les adversaires plus modestes, qui place toujours le Standard dans le bon wagon de la lutte pour les play-offs. Des jeunes, des points et de l'engagement. Sur papier, tout semble réuni. Pourtant, Sclessin charrie beaucoup plus de doutes que de sourires. Peut-être parce qu'une fois tous les éléments mis dans la balance, le Standard de Mbaye Leye ne parvient toujours pas vraiment à montrer vers où il va. "La construction, ce sera pour plus tard", balayait le Sénégalais après le succès à Seraing quand certains osaient pointer l'absence de fil conducteur collectif et offensif du doigt. Sans vraiment lever le voile sur ce qui méritait de passer avant le jeu.