La première fois que l'agent de joueurs limbourgeois Nico Vaesen a vu Siebe Schrijvers à l'oeuvre, c'était au cours d'un match d'U16 à Genk, où il évoluait depuis l'âge de 9 ans. Il avait été frappé par son sens du but, sa vitesse et son intelligence. Le jeune attaquant savait parfaitement quand et où il devait se déplacer. Il était capable de dribbler et de passer son homme mais se montrait également très collectif, cherchant toujours l'homme libre et conservant sa lucidité plutôt que de songer uniquement à faire le show. Bref, c'était un joueur complet.
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La première fois que l'agent de joueurs limbourgeois Nico Vaesen a vu Siebe Schrijvers à l'oeuvre, c'était au cours d'un match d'U16 à Genk, où il évoluait depuis l'âge de 9 ans. Il avait été frappé par son sens du but, sa vitesse et son intelligence. Le jeune attaquant savait parfaitement quand et où il devait se déplacer. Il était capable de dribbler et de passer son homme mais se montrait également très collectif, cherchant toujours l'homme libre et conservant sa lucidité plutôt que de songer uniquement à faire le show. Bref, c'était un joueur complet. Marino Sabbadini, qui avait joué avec Vaesen à Tongres et suivait tous les matches de son fils à Genk, expliquait alors à Vaesen que Schrijvers jouait comme ça chaque semaine. Il n'en fallait pas plus pour que l'ancien gardien du CS Bruges, d'Alost, de Huddersfield Town, de Birmingham City, de Crystal Palace et du Lierse contacte les parents du jeune joueur. Il découvrait un papa et une maman qui ne rêvaient pas de grands clubs à l'étranger mais des gens calmes et modestes qui voulaient avant tout que leur fils reçoive une bonne éducation. Selon Vaesen, rien n'a changé. " L'aspect sportif passe toujours au premier plan. L'argent n'a jamais joué un rôle déterminant pour eux. " Lorsqu'il a signé son premier contrat, Siebe n'en connaissait même pas les termes. Ceux-ci avaient été négociés par Rob, son père, lui-même ancien joueur de provinciale limbourgeoise, et par Vaesen. " Nous ne voulions pas qu'il sache combien il allait gagner et ça ne l'intéressait pas non plus. Lui, il voulait juste jouer au football, comme cela devrait être le cas de tous les gamins de 16 ans. " A l'époque, pourtant, la moitié de l'Europe était déjà sur ses traces, comme sur celles de ses équipiers de l'équipe nationale U16. La Belgique découvrait Siebe grâce à des déclarations de Jan Boskamp, connu pour apprécier les jeunes talents. Après avoir vu un match de l'équipe nationale U16 au cours duquel Schrijvers avait brillé aux côtés de Charly Musonda Jr et Zakkaria Bakkali, Boskamp affirmait que Schrijvers était l'un des plus grands espoirs du football belge. " Quand je n'arrive pas à m'endormir, je me repasse la vidéo des U16 belges ", ajoutait-il. Vaesen : " Boskamp n'avait pas tort mais, en disant cela, il a placé la barre très haut et a mis la pression sur un gamin de 16 ans qui, à cause de cela, risquait de se comporter comme une star. Heureusement, Siebe et ses parents n'ont jamais plané. " Cela s'est vu par la suite. Alors que Musonda Jr quittait Anderlecht pour Chelsea, Schrijvers restait fidèle à Genk. Il avait pourtant reçu une invitation de Lille, où Eden Hazard avait été formé. Une fois la voiture entrée dans le centre d'entraînement, la grande barrière s'était refermée sur lui. Les jeunes ne sortaient jamais, c'étaient les enseignants qui se déplaçaient. Schrijvers et son père n'avaient pas aimé cela. " Tout semblait formidable mais c'était une cage dorée ", dit Nico Vaesen. " Nous voulions que Siebe vive sa jeunesse, qu'il aille à l'école, qu'il puisse se balader dans le village avec ses potes après les matches ou aller à la fête locale comme tous les jeunes de son âge. Pour certains, l'isolement est une bonne chose mais ce n'était pas ce que nous voulions pour Siebe. La formation dans les grands clubs belges comme Genk est très bonne. Et elle permet aux gamins d'évoluer normalement en dehors du terrain. " Le jeune joueur était toutefois sorti de l'anonymat. Les déclarations de Boskamp avaient créé des expectatives auxquelles Schrijvers, qui n'avait que 15 ans, n'était pas encore capable de répondre. En juillet 2012, lorsque Mario Been le faisait monter au jeu à 20 minutes de la fin du match de gala face au PSV, alors qu'il n'avait pas encore 16 ans, un frisson parcourait la Luminus-Arena. Les fans de Genk se réjouissaient d'enfin voir à l'oeuvre ce gamin dont Boskamp avait parlé. Mais le frêle attaquant était incapable de résister aux assauts des adultes. Entre les matches, Schrijvers allait à l'école normalement. Il tenait à obtenir son diplôme de l'enseignement secondaire, même si cela ne lui permettait pas de participer à tous les entraînements du noyau A, dont il faisait partie depuis l'âge de 16 ans. Après un an et demi, il passait à Waasland Beveren. Son père et son agent estimaient que, pour son évolution, il valait mieux qu'il joue chaque semaine dans un club moyen qu'un quart d'heure de temps en temps dans un grand club. " La plupart des joueurs de 18 et 19 ans ne sont pas suffisamment mûrs pour prétendre à un poste de titulaire dans un grand club ", dit Vaesen. " A Saint-Trond ou à Waasland Beveren, on leur donne une chance. Il faut donc pouvoir reculer pour mieux sauter. Tant que les espoirs de D1 ne peuvent pas jouer en D1 ou en D2 amateurs, mieux vaut qu'ils soient prêtés à un petit club de D1 ou à une formation ambitieuse de D2. Le championnat espoirs, c'est bien jusqu'à l'âge de 18 ans mais pas après. Les plus âgés ont besoin d'une étape intermédiaire. A moins d'être hyper-talentueux comme Leon Bailey, Kevin De Bruyne ou Thibaut Courtois. " A Waasland Beveren, Schrijvers apprenait à diriger, à affirmer sa personnalité. Albert Stuivenberg avait besoin d'un joueur comme lui et un retour à Genk constituait une bonne affaire pour toutes les parties même si, après le départ de Bailey, Stuivenberg alignait surtout l'attaquant sur les flancs. La saison dernière, Schrijvers débutait en fanfare, inscrivant trois buts et délivrant deux assists au cours des cinq premiers matches. La blessure d' Alejandro Pozuelo lui permettait de jouer à sa meilleure place, derrière l'attaquant de pointe. Mais dès que Pozuelo revenait, il retournait sur le flanc. Pozuelo était, intrinsèquement, le meilleur joueur de Genk. L'entraîneur tentait donc d'aligner un entrejeu avec l'Espagnol, Schrijvers, Sander Berge et Ruslan Malinovski. Philippe Clement, le remplaçant de Stuivenberg, optait, lui, pour un autre système. Lentement mais sûrement, Schrijvers perdait sa place. Ce n'était pas tout à fait illogique puisqu'on ne le faisait jouer que sur le flanc alors que ce n'est pas un ailier de débordement. Lui, il aime rentrer dans le jeu. Mais là, il y avait déjà beaucoup de monde. Vaesen reconnaît que, pour un club formateur comme Genk, il n'est pas non plus facile de jouer pour les trophées et de lancer des jeunes. " Si on demande à l'entraîneur de terminer parmi les trois premiers, il ne va pas aligner Nordin Jackers, Schrijvers et Gerkens. Les supporters veulent à la fois des victoires et des jeunes mais ce n'est pas toujours possible. " Avant la fin de la saison, Genk souhaitait prolonger le contrat de Schrijvers, qui prenait fin en juin 2019. Mais en pleine négociations, lors d'un match de play-off 1 à domicile le joueur se retrouvait dans la tribune. Pour lui et son entourage, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. " Quand on veut convaincre un jeune de rester, il faut lui envoyer des signaux pour lui montrer qu'on compte vraiment sur lui ", dit Vaesen. " L'envoyer dans la tribune à ce moment-là, ce n'était pas bon signe. Là, nous avons pris une décision. " Voyant que le joueur hésitait, Genk lui mettait un ultimatum. Si l'objectif était de mettre la pression, c'était loupé car Schrijvers avait des propositions de grands clubs belges et de clubs étrangers. " Sans cet ultimatum, Siebe et sa famille auraient attendu de voir si Pozuelo restait ou partait ", dit Vaesen. Car après 13 ans, Siebe se sentait chez lui. Son père et sa mère ont toujours été supporters de Genk. " A ce moment de sa carrière, une expérience à l'étranger était exclue. Le PSV est un bon club mais le championnat hollandais n'est pas meilleur que le championnat de Belgique. Les clubs allemands ou méditerranéens, c'était bien mais, une nouvelle fois, le joueur voulait privilégier l'aspect sportif à l'aspect financer. Mieux vaut partir après avoir été titulaire dans un grand club belge pendant quelques années. Vaesen a vu trop de joueurs choisir l'argent et le prestige pour revenir quelques années plus tard en Belgique, la queue entre les jambes. Pratiquement tous les clubs belges du G5 étaient intéressés. Schrijvers discutait avec quelques entraîneurs qui le voulaient. Ça se passait bien mais tous les clubs n'étaient pas prêts ou n'avaient pas les moyens de mettre beaucoup d'argent sur la table pour un joueur à qui il ne restait qu'un an de contrat. Hein Vanhaezebrouck savait de quoi l'attaquant limbourgeois était capable mais Anderlecht était près de ses sous. Luc Devroe et l'entraîneur voulaient Siebe mais Marc Coucke n'était pas d'accord de payer 3 millions. Après le premier entretien avec Ivan Leko, Schrijvers semblait convaincu que le Club Bruges constituait le bon choix, notamment parce que cet entraîneur le voulait déjà deux ans plus tôt à Saint-Trond. Leko, qui avait vu tous les matches des Espoirs belges, savait parfaitement ce que Schrijvers pouvait lui apporter. Le but n'est pas d'en faire un concurrent de Ruud Vormer ou de Hans Van Aken dans l'axe ni de le faire jouer sur un flanc : Leko veut l'aligner derrière l'attaquant de pointe ou dans un système à deux attaquants. Et Bart Verhaeghe n'a pas hésité à sortir les trois millions que les autres clubs ne voulaient pas débourser. Schrijvers est aujourd'hui beaucoup plus polyvalent qu'avant. Il peut jouer en 7, en 8, en 9, en 10 ou en 11. L'approche de Leko, très exigeant avec ses joueurs en semaine comme en match, devrait lui convenir car, outre son intelligence de jeu, son sens du but et de la passe, le Limbourgeois est aussi très fort physiquement. Il adore courir. La saison dernière, il a parcouru 12 à 13 kilomètres de moyenne par match. On lui a même parfois reproché de trop en faire et de manquer de fraîcheur devant le but. Bref, c'est un joueur qui a une grande VO2 max, ce qui plaît beaucoup à des entraîneurs comme Leko et Vanhaezebrouck. Schrijvers aura 22 ans la semaine prochaine. L'âge idéal pour écrire un nouveau chapitre de son histoire.