Il y a des histoires qu'on n'oublie pas. Comme cette interview de Bernd Stange, datant de décembre 2004, par exemple. Au début du siècle, l'Allemand occupait le poste de sélectionneur de l'Irak. Il racontait alors l'histoire poignante de son expérience à la tête de l'équipe nationale d'un pays en guerre, et se souvenait des critiques reçues après avoir accepté l'offre irakienne, mi-2001. "L'entraîneur du diable", avait-on alors surnommé Stange. Qui pouvait moralement travailler pour une dictature, un pays placé sous le joug d'un président qui avait assassiné les Kurdes ? La question était posée.

Le coach finissait par sauter le pas et était impressionné par la soif d'apprendre de ses joueurs. Une chose l'étonnait : l'obéissance aveugle dont ceux-ci faisaient preuve. Mais les ordres venaient d'en haut. Ils devaient faire tout ce que Stange leur demandait, ils lui étaient pour ainsi dire soumis. Le football était un outil de propagande pour placer Saddam Hussein sur un piédestal et justifier le système politique. La qualif'du pays pour les JO, sous les ordres de Stange, allait immédiatement lui conférer un statut de héros.

Une équipe de jeunes, qui avait eu le malheur de perdre un match, s'est retrouvée en prison pendant une semaine et a été obligée de jouer au foot avec des pierres.

Mais l'envers du décor était hallucinant. Si les joueurs loupaient un penalty, ils étaient torturés et emprisonnés pour un moment. C'est notamment le cas de membres d'une équipe de jeunes, qui avaient eu le malheur de perdre un match, et s'étaient retrouvés en prison pendant une semaine. Le vice avait été poussé jusqu'à les obliger à jouer au football, non pas avec un ballon, mais avec des pierres.

Lorsque la guerre a éclaté, Stange a quitté le pays, disant à ses joueurs que les entraînements reprendraient le premier lundi suivant la fin des hostilités. À huit heures pétantes. Il est finalement revenu, mais pour de nouveau devoir quitter l'Irak définitivement, sur les recommandations de l'ambassade allemande. Le climat était devenu trop dangereux pour les étrangers en terre irakienne. Selon Stange, c'est le résultat de l'attitude des Americains, qui n'ont pas réussi à conquérir le coeur de la population, car ils n'avaient aucun intérêt pour leur culture et avaient blessé les gens dans leur orgueil.

Stange a ensuite continué son tour du monde, en travaillant en Biélorussie, à Singapour et en Syrie. Il est aujourd'hui âgé de 72 ans et reste toujours à l'heure actuelle un des coaches allemands les plus controversés. Avant cette aventure au Moyen-Orient, il avait dirigé l'équipe nationale de la ex-RDA pendant une décennie, puis le Hertha Berlin, avant d'avouer qu'il avait entretenu des contacts avec la Stasi, les services secrets est-allemands, pour lesquels il avait travaillé pendant treize ans. Même son épouse l'ignorait. Plus tard, Stange avait expliqué considérer cela comme moralement répréhensible, mais qu'il n'avait pas le choix. Il avait dû quitter le banc du Hertha dans la foulée, sans jamais plus revenir en Bundesliga.

Il y a des histoires qu'on n'oublie pas. Comme cette interview de Bernd Stange, datant de décembre 2004, par exemple. Au début du siècle, l'Allemand occupait le poste de sélectionneur de l'Irak. Il racontait alors l'histoire poignante de son expérience à la tête de l'équipe nationale d'un pays en guerre, et se souvenait des critiques reçues après avoir accepté l'offre irakienne, mi-2001. "L'entraîneur du diable", avait-on alors surnommé Stange. Qui pouvait moralement travailler pour une dictature, un pays placé sous le joug d'un président qui avait assassiné les Kurdes ? La question était posée.Le coach finissait par sauter le pas et était impressionné par la soif d'apprendre de ses joueurs. Une chose l'étonnait : l'obéissance aveugle dont ceux-ci faisaient preuve. Mais les ordres venaient d'en haut. Ils devaient faire tout ce que Stange leur demandait, ils lui étaient pour ainsi dire soumis. Le football était un outil de propagande pour placer Saddam Hussein sur un piédestal et justifier le système politique. La qualif'du pays pour les JO, sous les ordres de Stange, allait immédiatement lui conférer un statut de héros.Mais l'envers du décor était hallucinant. Si les joueurs loupaient un penalty, ils étaient torturés et emprisonnés pour un moment. C'est notamment le cas de membres d'une équipe de jeunes, qui avaient eu le malheur de perdre un match, et s'étaient retrouvés en prison pendant une semaine. Le vice avait été poussé jusqu'à les obliger à jouer au football, non pas avec un ballon, mais avec des pierres. Lorsque la guerre a éclaté, Stange a quitté le pays, disant à ses joueurs que les entraînements reprendraient le premier lundi suivant la fin des hostilités. À huit heures pétantes. Il est finalement revenu, mais pour de nouveau devoir quitter l'Irak définitivement, sur les recommandations de l'ambassade allemande. Le climat était devenu trop dangereux pour les étrangers en terre irakienne. Selon Stange, c'est le résultat de l'attitude des Americains, qui n'ont pas réussi à conquérir le coeur de la population, car ils n'avaient aucun intérêt pour leur culture et avaient blessé les gens dans leur orgueil. Stange a ensuite continué son tour du monde, en travaillant en Biélorussie, à Singapour et en Syrie. Il est aujourd'hui âgé de 72 ans et reste toujours à l'heure actuelle un des coaches allemands les plus controversés. Avant cette aventure au Moyen-Orient, il avait dirigé l'équipe nationale de la ex-RDA pendant une décennie, puis le Hertha Berlin, avant d'avouer qu'il avait entretenu des contacts avec la Stasi, les services secrets est-allemands, pour lesquels il avait travaillé pendant treize ans. Même son épouse l'ignorait. Plus tard, Stange avait expliqué considérer cela comme moralement répréhensible, mais qu'il n'avait pas le choix. Il avait dû quitter le banc du Hertha dans la foulée, sans jamais plus revenir en Bundesliga.