Le rendez-vous ressemble à l'une de ces réunions d'anciens élèves, où on se retrouve des années plus tard avec l'espoir de faire partie de ceux qui ont le mieux réussi. Quand son PSV d'enfance lui demande ce qu'il est devenu, à l'occasion d'une rencontre amicale au Qatar, Hans Vanaken répond avec les pieds, activés sur le flanc gauche par une passe de Dion Cools. Un contrôle orienté, un double contact, un petit pont, une feinte de corps, un ballon glissé entre les jambes du gardien. Le capitaine des Brugeois n'a pas attendu le 16 janvier dernier pour avoir de l'or au bout des pieds.
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Le rendez-vous ressemble à l'une de ces réunions d'anciens élèves, où on se retrouve des années plus tard avec l'espoir de faire partie de ceux qui ont le mieux réussi. Quand son PSV d'enfance lui demande ce qu'il est devenu, à l'occasion d'une rencontre amicale au Qatar, Hans Vanaken répond avec les pieds, activés sur le flanc gauche par une passe de Dion Cools. Un contrôle orienté, un double contact, un petit pont, une feinte de corps, un ballon glissé entre les jambes du gardien. Le capitaine des Brugeois n'a pas attendu le 16 janvier dernier pour avoir de l'or au bout des pieds. " Aux Pays-Bas, j'ai appris l'aspect technique. Tout faire avec le ballon. Ça m'a aidé à devenir le joueur que je suis ", explique le Limbourgeois. Le jeu est forcément teinté d'orange. Lors de ses premières saisons à Lommel, certains le comparent d'ailleurs avec Orlando Engelaar, alors joueur de Genk. Un Néerlandais, évidemment. Les racines de son football se trouvent donc de l'autre côté de la frontière, sur les terres où le ballon rond n'est jamais loin de Johan Cruyff. Friand de sentences footballistiques, le numéro 14 a évidemment gardé quelques saillies pour définir la technique : " Ce n'est pas être capable de faire 1.000 jongles. Ça, ça peut te servir pour travailler dans un cirque. La vraie technique, c'est passer le ballon en une touche, à la bonne vitesse et sur le bon pied de son coéquipier. " La passe semble souvent mesurée avec une minutie mathématique. Hans Vanaken joue comme un golfeur, et ses jambes contiennent tout l'arsenal de clubs nécessaires pour remplir sa mission : déposer la sphère exactement là où elle doit être. " Il a un don : celui de déposer exactement le ballon où il le veut ", explique Alessandro Cerigioni, son associé offensif en D2 lors des années lommeloises. Pour son match-test chez les Limbourgeois, le petit attaquant avait marqué à trois reprises, dont deux fois sur des offrandes de Vanaken. " Tous les attaquants aiment jouer avec des footballeurs comme Hans Vanaken ", renchérit Hamdi Harbaoui. " Il joue simplement et sa technique lui permet de faire ce qu'il a en tête. " Les compliments rappellent une phrase de Paco Seirul-Lo, préparateur physique historique du Barça, appelé à définir le jeu de passes d' Andrés Iniesta : " Il te passe la balle comme un père qui joue au tennis avec son fils pour la première fois. " Juchée près de deux mètres au-dessus de son Soulier doré, à une hauteur anormale pour une récompense généralement réservée aux gabarits plus modestes (seuls Jan Köller et Vincent Kompany l'ont remporté depuis l'an 2000 en atteignant ou dépassant le mètre nonante), la tête de Vanaken est le véritable moteur de son football en or. C'est d'ailleurs l'aspect qu' Ivan Leko, alors en fin de carrière à Lokeren, met en avant pour définir son successeur dans le bureau d'architecture du jeu waeslandien, quelques semaines après leur rencontre : " Ce qui le distingue des autres, c'est son sens de l'espace, son timing et sa vision. " Michel Preud'homme renchérit : " Il voit ce qu'il se passe longtemps avant les autres. Il a une vue panoramique. " Peut-être est-ce inné. Ou alors, c'est hollandais. À Eindhoven, Vanaken travaille sous les directives de Pepijn Lijnders, jeune prodige du coaching batave aujourd'hui devenu le bras droit de Jürgen Klopp à Liverpool. Lijnders est alors un adepte de la méthode propagée par Wiel Coerver, entraîneur du Feyenoord des années septante, notamment passé à la postérité pour cette phrase : " Vous jouez 20% d'un match avec vos pieds, 20% avec votre coeur et 60% avec votre tête. " L'objectif de sa méthode d'entraînement est de développer des capacités techniques suffisantes avant d'apprendre à faire des choix cohérents face à différents problèmes posés par le jeu. " Qu'il s'agisse de rester en position, de bouger, de décrocher ou d'accélérer, tout est une question de timing ", explique Lijnders. " Les meilleurs joueurs sont toujours éveillés, bougent dans l'espace et savent ce qu'il se passe autour d'eux. Ils voient tout. " La définition s'imprime sur le CV footballistique de Vanaken, qui affiche ces qualités dès son retour à Lommel. " La première fois que je l'ai vu, c'était le lendemain de mon arrivée au club, j'avais accompagné l'équipe au match même si je ne pouvais pas encore jouer ", raconte Jérôme Colinet, ancien de Lommel qui a aujourd'hui mis un terme à sa carrière après une ultime pige avortée à Ciney. " Quand on le voyait, avec son physique particulier, on se demandait ce qu'il pourrait faire avec un ballon. Et puis, quand il l'a reçu pour la première fois, j'ai compris. Il avait une grosse vision du jeu, il restait calme quand il était mis sous pression, et quand on lui passait le ballon, il était rarement perdu. " La vista s'affûte encore au contact de routiniers comme Robin Henkens ou Harald Pinxten. " À l'entraînement, ils interceptaient toujours mes passes ", rembobine le Soulier d'or. " J'ai vite appris qu'il fallait deviner ce que l'adversaire allait faire et tenter d'anticiper. " Entre les lignes du football de zone, Hans Vanaken brille dans l'art du démarquage. Posté à proximité de l'attaquant, il a le gabarit d'un pivot mais les pieds d'un maestro. Pour ses débuts en première division, sur la pelouse du Parc Astrid, il confirme dès son premier ballon, cueilli de la poitrine dans le dos du milieu mauve, ramené délicatement au sol, puis envoyé dans la course de Jordan Remacle. Hans applique les conseils d'Ivan Leko, distillés avant la rencontre : " Prends le temps d'entrer dans le match, joue simple, reste en place. " Ses cinq premiers ballons ne donnent rien. Le sixième est au fond des filets. Sous les ordres de Peter Maes, Vanaken adapte son registre à celui de la D1 et à son nouveau rôle de neuf et demi : " Le coach veut que je reste près de la surface et que je cherche de l'espace entre les lignes. " Il augmente la cylindrée de son moteur, pour tenir le rythme d'un football plus exigeant, et apprend les subtilités de l'élite dans le sillage d'Hamdi Harbaoui. " À Lokeren, mon jeu était différent ", raconte plus tard un Vanaken devenu Brugeois. " On n'était pas toujours dominant et quand on amenait le ballon devant, il fallait souvent le conserver, le temps que les autres me rejoignent. " Hans parle alors avec sa protection de balle, et affûte son sens du timing, prenant le temps de voir la passe idéale avant de la laisser décoller de son pied. Il boucle l'année 2012 sur le podium du Soulier d'or, avec douze buts et autant de passes décisives au compteur. Il y ajoute une Coupe de Belgique, des play-offs 1 réussis (3 buts, une passe décisive) et deux buts dans une campagne européenne qui lui vaut les compliments de Steve Bruce, coach de Hull City : " Il a le sens du ballon, de la vista et il bouge bien. " Le niveau grimpe, mais les atouts restent identiques. " Ce qui m'impressionne, c'est qu'il a gardé les mêmes atouts dans son jeu, mais plusieurs crans au-dessus ", affirme Jérôme Colinet. Face au roi de l'espace, les adversaires ne tardent pas à trouver la parade. Le plan anti-Vanaken consiste généralement en un marquage individuel, qui l'empêche de rencontrer des espaces entre les lignes et d'y obtenir la liberté de se retourner pour chercher l'action décisive. Michel Preud'homme, par exemple, décide d'inciter Timmy Simons à le suivre comme son ombre. Souvent, le plan est un succès. Vanaken manque effectivement de vitesse pour éliminer son opposant par le dribble. Le geste est là, mais il manque toujours le coup de reins qui envoie l'adversaire se conjuguer au passé. Une carence que certains jugent trop pénalisante au moment où Bruges dépose quatre millions d'euros sur la table pour l'attirer dans la Venise du Nord. " Il manque un peu de vitesse, c'est vrai. Mais sa tête va beaucoup plus vite que ses jambes " analyse Luis Garcia, maître à jouer d'Eupen et grand admirateur de Vanaken. Il présente le numéro 20 des Brugeois comme le " roi belge de la pausa ", cet art espagnol de faire respirer le jeu, de l'installer à son propre tempo : " Il a cette tranquillité, et cette façon de toujours savoir quand le ballon doit aller dans les pieds ou dans l'espace. " À défaut d'aller vite, Hans se sert des jambes des autres pour accélérer le jeu. Une fois Victor Vazquez parti, il s'installe dans le costume de milieu offensif et profite des sprints d' Abdoulay Diaby ou de José Izquierdo pour faire la différence, de préférence en se déplaçant vers ce côté gauche où il semble avoir toujours aimé se promener. Le staff brugeois l'envoie aussi à la salle de musculation : " Je veux être plus costaud, m'imposer dans les duels. Pour l'heure, j'essaie de m'en tirer autrement, mais ce n'est pas toujours possible, le football est un sport de contact. " L'idée, dans le football de Preud'homme, est d'attirer l'adversaire au contact pour qu'il libère un espace dans son dos. Vanaken étoffe son registre physique, fait parler ses centimètres sur les duels aériens, et rend son jeu plus rapide pour se plier aux exigences du football vertical de son entraîneur. L'évolution l'amène deux fois au pied du podium du Soulier d'or, et attire de plus en plus le regard d'un Roberto Martinez séduit par une qualité en particulier : " Il pense vite et sa première touche de balle est très juste. " " C'est un numéro 8, comme Frank Lampard ou Steven Gerrard ", dit de lui Ivan Leko, invité à se prononcer sur l'arrivée de Vanaken à Bruges. Le Croate débarque au Jan Breydel deux ans après son ancien coéquipier du Pays de Waes, et le reste de sa pensée est le fil rouge de la dernière évolution de Vanaken : " Il a les capacités pour devenir un milieu tout terrain. Un joueur qui récupère, distribue et marque. " Dans son 3-5-2, Leko attend un apport statistique important de ses milieux de terrain. Et si Vanaken développe rapidement une nouvelle connexion prometteuse avec Anthony Limbombe, il apparaît trop rarement dans la colonne " buteurs " du Club. " Il surgit trop peu dans le rectangle, il veut plutôt délivrer la dernière passe depuis son poste sur le flanc gauche ", diagnostique son coach à la fin de l'année 2017, conclue avec neuf buts au compteur. Un an plus tard, c'est avec vingt buts et autant de passes décisives que le Limbourgeois vient à bout de 2018. Même l'Antwerp de Laszlo Bölöni et ses marquages stricts et rugueux ne parviennent plus à l'arrêter. " Avant, le marquage me frustrait alors que maintenant, je trouve des solutions pour y échapper ", reconnaît l'intéressé. Ses déplacements hors de portée de ses adversaires vont jusqu'à impressionner son idole, Thierry Henry : " Hans est un joueur très intelligent. Il fait vivre le ballon et se place toujours à des endroits où on ne sait pas l'arrêter. " Vanaken a reculé dans le jeu, dans un registre plus proche de celui qu'il occupait souvent à Lommel où il jouissait de la liberté de se déplacer là où le jeu le demandait. Le soutien d'attaque que la Pro League a découvert à l'été 2013 est devenu un véritable milieu de terrain, doté des deux atouts majeurs que réclame aujourd'hui le poste : ne pas perdre le ballon sous pression, et pouvoir transformer la possession en occasion de but. Ce dernier atout, Hans Vanaken l'exploite de plus en plus souvent. Dans le football d'Ivan Leko, où la recherche du duel est plus rare que chez son prédécesseur, l'ancien de Lokeren appuie sur l'accélérateur, profitant de sa vision du jeu hors-normes pour réduire son nombre de touches de balle tout en augmentant la vitesse du football brugeois. Un joueur qui se démarque à merveille et est capable de jouer en une touche de balle est très difficile à arrêter pour l'adversaire, même s'il manque de vitesse. Et si en plus, sa vista transforme cette touche de balle en occasion de but, ce joueur a tout pour être chaussé d'or.