Vous attendiez un clash entre le PSG et Dortmund en Ligue des Champions, vous l'avez eu. Mais dans une ambiance télévisée très particulière. Entendre Axel Witsel crier quelque chose à un coéquipier, c'était possible. Percevoir les propos des joueurs parisiens, c'était faisable aussi. Comme les consignes des entraîneurs. Des gros matches de Ligue des Champions dans des stades déserts, ça c'est fait.
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Vous attendiez un clash entre le PSG et Dortmund en Ligue des Champions, vous l'avez eu. Mais dans une ambiance télévisée très particulière. Entendre Axel Witsel crier quelque chose à un coéquipier, c'était possible. Percevoir les propos des joueurs parisiens, c'était faisable aussi. Comme les consignes des entraîneurs. Des gros matches de Ligue des Champions dans des stades déserts, ça c'est fait. Le huis clos a aussi été envisagé chez nous pour la dernière journée de la phase classique, avant l'annulation pure et simple des matches. Mais le huis clos pourrait réapparaître dans quelques semaines, la Pro League tient compte de cette éventualité en tout cas. Pour Pierre François, il n'est pas exclu que notre championnat reprenne avant l'été, peut-être sans public. C'est comment, pour les acteurs, des chocs dans l'intimité ? Réaction de Thomas Tuchel après la qualification parisienne : " Normalement, le foot est une relation entre le spectateur et l'équipe, et ça donne une énergie spéciale (...) Le foot est pour les supporters, pour ceux qui aiment ce jeu. " L'analyse est à peine différente chez Victor Fernandez, le coach de Saragosse, passé par La Gantoise : " Le football sans supporters, c'est triste, c'est vide. Avoir des supporters dans un stade, c'est sacré, ça participe à la magie de ce sport. " Guillaume Gillet peut aussi en parler. En début de semaine passée, son RC Lens a reçu et battu Orléans dans un Stade Bollaert vide, en Ligue 2. Il est monté en fin de match. " Nous, on a crié sur le banc. Mais c'est sûr que ça perd de son charme. À la limite, j'ai presque envie de dire que ce n'est plus le même sport sans public. Reste qu'avant le match, le coach avait insisté pour faire passer le message que le fait de jouer à huis clos ne pouvait en aucun cas être une excuse en cas de contre-performance. À l'inverse, il voulait qu'on essaie de voir le verre à moitié plein. C'est-à-dire qu'on en profite pour communiquer un maximum. Avoir un regard vers les coéquipiers et le coach. Se parler, s'encourager. Moi-même, à partir du moment où j'ai débuté sur le banc, j'en ai profité pour conseiller les copains. On a la chance d'avoir un des meilleurs publics de France en temps normal. Rien que pour eux, et pour tout ce qu'ils nous ont déjà donné dans le passé, on ne peut pas lâcher, mais c'est sûr que sans eux, ça nous oblige à puiser notre motivation ailleurs. Mentalement, ça demande un gros effort si on ne veut pas avoir l'impression de disputer un match amical." Avec Zulte Waregem contre la Lazio (sanction de l'UEFA contre le club italien) et avec Bruges contre Naples (qui faisait suite aux attentats de Paris en 2015), Davy De fauw a connu deux fois l'expérience. " Tout est différent. L'échauffement, le match, l'atmosphère. Vu l'absence de bruit, on peut coacher plus efficacement, les consignes ont plus d'impact. Pour moi, en tant que capitaine, ça ne sert pas à grand-chose que je crie des consignes à l'attaquant de pointe. À huis clos, c'est faisable. Dans des matches sans spectateur, tu parles autant qu'à l'entraînement ou dans un match amical. Pendant les premières minutes, il faut s'y faire, puis tu es dans ton match et tu es tellement focus que cette sensation bizarre disparaît. Il y a aussi le fait que pour l'arbitre, c'est plus facile parce qu'il n'y a pas l'influence du public." Il trouve tout à fait normal qu'on ait finalement renoncé aux matches à huis clos. " Prends l'exemple de la finale pour la montée en D1A. Il y a tellement d'enjeu que jouer un match pareil dans un stade vide n'aurait ressemblé à rien. J'ai aussi trouvé bizarre, récemment, de ne pas pouvoir se serrer la main avant le coup d'envoi. Parce que quelques minutes plus tard, on y allait gaiement dans les duels. C'était paradoxal. C'est mieux que tout soit clair et net comme maintenant. " En 2015, Sébastien Bruzzese (KV Courtrai) défendait le but de Bruges contre Naples dans le stade vide. " Pour un gardien, ça a l'avantage de permettre de communiquer avec les centraux. Ce qui est toujours très difficile en temps normal. Surtout à Bruges. J'ai un assez bon souvenir de ce match. J'avais été bon, le problème, c'est que personne ne l'a vu... Sérieusement, on se rend bien compte qu'en tant que téléspectateur, ce n'est pas évident non plus de regarder un match sans ambiance. C'est tout le sel de notre sport... Par rapport à ça, je me dis que des PO2 à huis clos, ce serait difficile. Déjà que c'est un mouroir chaque saison, là, rien que l'idée de les jouer sans public, c'est un peu la déprime. Ce sera clairement des séries de matchs amicaux si on les joue. S'il n'y avait pas l'aspect financier, je te dirais bien que je préférerais annuler les PO2. Mais financièrement, pour nous, joueurs, c'est un manque à gagner important si on supprime toutes les primes de matches. Et puisqu'on est en plus de toute façon contraint de s'entraîner jusqu'au mois de mai..." Une des premières questions après l'annonce de la suspension de notre championnat : fallait-il toujours autoriser les entraînements pour les pros ? Très vite, chaque club a pris ses propres décisions. À Charleroi, les joueurs sont partis courir et ils ont dû reprendre leur linge à la maison. Ailleurs, on a décidé de programmer des entraînements en petits groupes. D'autres clubs, dont Anderlecht, ont renvoyé tout le monde avec un programme individuel. C'est ça, le télétravail pour les footballeurs : une montre cardio et l'envoi de données au préparateur physique. Joost Desender, physical coach d'Ostende, explique : " Notre plus grande incertitude, c'est qu'on ne sait pas quand le prochain match aura lieu. Si on nous dit qu'on va rejouer au début du mois d'avril, on peut programmer les joueurs avec cet objectif. À Ostende, la situation est encore plus particulière qu'ailleurs parce que le dernier match de la phase classique doit nous permettre de sauver notre place en D1A. Donc, il faudra être à 100 % pour ce jour J. C'est pour ça que j'aurais préféré qu'on dispute quand même la dernière journée le week-end passé, même sans public. Maintenant, on est dans le flou complet. Physiquement et mentalement. Comment regonfler les joueurs, et surtout, pour quelle date ? L'idéal serait de pouvoir jouer un match amical par semaine entre-temps. Mais on ne sait pas si ce sera autorisé, donc on doit donner suffisamment de volume aux joueurs pour qu'ils ne perdent pas trop de leur condition." Et puis il y a le contenu des entraînements, qu'il faut réétudier. " Trop de travail en salle n'est pas conseillé à cause de la proximité. Mais le foot est un sport de contacts. On ne peut quand même pas demander aux joueurs de rester à un mètre les uns des autres ! Ceux qui ont pris les décisions ont de bonnes intentions mais je trouve qu'on aurait mieux fait de terminer la phase classique puis de se concentrer sur la saison prochaine. "