L'élégant invité prend à peine le temps de saluer l'assemblée. Il vient tout juste de repousser les portes du terrain, au bout d'un long tunnel de séances de kiné et d'heures en salle de sport. Et pourtant, c'est déjà lui qui choisit la musique. Monté au jeu à la place de Peter Zulj, dans un Clasico confus où Anderlecht semble plus intéressé par les points que par le jeu pendant que le Standard cherche encore comment dominer son rival amoindri, Albert Sambi Lokonga met tout le monde d'accord.

" Lui, c'est tiki-taka, les courses le menton levé, pied gauche-pied droit... C'est vraiment un beau joueur. " - Paul-José Mpoku, grand frère

Le milieu de terrain des Mauves prend le ballon comme un crayon, et écrit minutieusement la suite de l'histoire de la rencontre. Personne sur la pelouse, quel que soit le maillot porté, ne semble avoir l'envie ou les moyens de sortir du cadre de son récit.

Le script détaille trente minutes de règne technique, avec de la classe à tous les paragraphes. Sambi est de ceux qui ne donnent jamais l'impression de faire un effort quand le ballon s'approche. " Depuis qu'il est tout petit, il se déplace avec le ballon comme s'il n'en avait pas ", décrit Mohamed Ouahbi, l'un de ses formateurs chez les jeunes de Neerpede.

Dans un cocktail de flair et de grâce, agrémenté d'une dose d'insolence tout droit sortie de l'usine à talents du RSCA, le petit frère de Paul-José Mpoku donne une leçon de trente minutes autour du rond central. Sa longue revalidation est déjà oubliée. Une courte demi-heure a suffi pour rappeler à tout le monde pourquoi Anderlecht ne s'est pas positionné sur le dossier d'un milieu défensif durant ce mercato sur le point de s'achever.

Est-ce la présence de son grand frère, conseiller admiratif et protecteur, qui l'inspire ? Au bout du mois de janvier 2018, c'est également contre le Standard qu'Albert avait livré au football belge sa première masterclass. Une démonstration de sang-froid et de style éclipsée par le triplé d'adieu de Sofiane Hanni, mais saluée à même la pelouse par les seigneurs de Sclessin (Mpoku évidemment, mais aussi Réginal Goreux) dès le coup de sifflet final, puis par Hein Vanhaezebrouck quelques volées d'escaliers plus haut, dans la salle de presse du stade liégeois : " C'était un test et il l'a réussi. Je pense qu'il est capable de faire une grande carrière. "

Explication entre frères avec Paul-José Mpoku., BELGAIMAGE
Explication entre frères avec Paul-José Mpoku. © BELGAIMAGE

Déposé par son coach au milieu de l'enfer, Albert Sambi Lokonga a dansé comme un diable.

DE DRIES À ALBERT

À l'époque, son arrivée dans le onze, effectuée contre Eupen à la période des cadeaux de Noël, est le symbole du retour en grâce de l'académie, après l'épisode René Weiler. Le Suisse avait placé sur la liste des indésirables le talent de Dodi Lukebakio, et vu partir sans trop de regret Orel Mangala.

Tout juste arrivé à Neerpede, Vanhaezebrouck organise un stage hivernal commun entre les pros et les U21, devient un spectateur récurrent des rencontres des espoirs mauves, et ne tarde pas à inviter Sambi Lokonga à l'entraînement des pros, en compagnie de son grand pote Alexis Saelemaekers ou de l'ailier Francis Amuzu.

Armé d'un gabarit encore frêle, celui que ses amis surnomment Welbeck - pour sa ressemblance avec l'international anglais - impressionne par sa capacité à faire vivre le ballon avec un naturel irrigué de sang mauve. " Lui, c'est tiki-taka, les courses le menton levé, pied gauche-pied droit... C'est vraiment un beau joueur ", esquisse Polo le grand frère.

Pas impressionné par ceux avec qui il partage le terrain, Albert demande le ballon sans arrêt, le conserve comme si aucun adversaire ne pouvait s'approcher de lui, et cherche toujours une solution propre. Pour qu'il perde des duels, encore faut-il être au bon endroit pour le contraindre à en jouer.

Longtemps handicapé par sa silhouette fine lors de sa formation, Sambi Lokonga est l'incarnation d'un adage souvent asséné par Johan Cruyff : " On apprend sur base de son propre corps. " Le sien l'oblige à développer une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne, pour se libérer du marquage adverse et éviter un duel physique qui tournerait systématiquement en sa défaveur.

Du côté de Neerpede, le directeur de l'académie, Jean Kindermans est souvent monté au créneau pour protéger ce talent, classé dans la catégorie late mature où se retrouvent ceux dont les pieds et la tête sont prêts bien avant le reste du corps. Plus question, pour les Bruxellois, de voir un Dries Mertens du futur leur filer entre les doigts.

LE GUARDIOLA DE NEERPEDE

Arrivé de Verviers en U11, vêtu des costumes de milieu offensif et de grande promesse, il brille dans le losange axial du 3-4-3 pratiqué par les Mauves chez les jeunes, avant de retomber progressivement dans l'anonymat auquel le confinent ses limites physiques. Pas assez rapide, pas assez présent dans les zones de vérité, pas assez puissant dans les duels, il reste couvé par les penseurs de Neerpede jusqu'à son éclosion, qui coïncide avec son arrivée dans le pôle U19-U21.

Là, les late mature bénéficient d'un préparateur physique spécifique, qui travaille avec eux le développement de la puissance au moyen d'exercices pensés pour le terrain, et pas pour la salle de fitness. Une formule grâce à laquelle des joueurs comme Sambi Lokonga, Saelemaekers ou Amuzu percent le plafond de verre de la post-formation, qui sépare souvent les jeunes talents en devenir du monde réel du football professionnel.

Une fois son corps mieux préparé aux exigences du jeu belge, Albert Sambi Lokonga rattrape son retard et prend même de l'avance. En quelques mois, grâce à un brillant tournoi U20 en Suisse dans le sprint final de la saison 2016-2017, il se retrouve dans le groupe mené par Emilio Ferrera en U21, puis grimpe jusqu'au onze de Vanhaezebrouck.

Ralenti par les blessures, certains lui reprochent d'être parfois plus présent dans les médias que sur le terrain. D'autres concentrent leur analyse sur ses carences : pas assez présent dans la surface défensive, dans le domaine aérien ou dans les duels musclés pour devenir un numéro 6.

Une analyse qui convoque, à nouveau, des mots de Cruyff, sortis de son autobiographie : " Ils trouvaient que c'était une grande asperge, mauvais en défense, sans puissance et nul dans le jeu aérien. On l'a attaqué sur tout ce qu'il ne savait pas faire alors que tout ça, ça s'apprend. Ce que personne ne voyait, c'est qu'il avait les qualités de base pour arriver au top : l'intelligence de jeu, la vitesse d'exécution et la technique. " L'homme dont parle le Néerlandais s'appelait Pep Guardiola.

LA TÊTE AVANT LES MUSCLES

Pour trouver le modèle d'Albert Sambi Lokonga, c'est d'ailleurs du côté de Barcelone qu'il faut regarder. Même si son frère aime comparer son élégance à celle de Toni Kroos et que certains, à Neerpede, voient en lui le successeur naturel d' Axel Witsel par sa faculté à anticiper les trajectoires pour récupérer des ballons sans passer par le duel, Sambi ne jure que par Sergio Busquets.

" J'aime son calme au ballon, mais aussi les risques qu'il prend. C'est un pilier du Barça et on s'en rendra compte quand il partira ", détaille l'enfant prodige de la maison mauve. Comme le mediocentro des Blaugranas, Albert aspire à devenir ce milieu installé devant la défense, qui récupère plus de ballons avec la tête qu'avec les muscles et joue les architectes dès que la possession est de son côté.

Le casting semblait parfait pour devenir le numéro six du Sporting de Vincent Kompany. Impression renforcée par la métamorphose physique du Verviétois, revenu mieux bâti de sa longue indisponibilité quand beaucoup entament leurs retours de blessure avec quelques kilos superflus.

Une détermination affichée au corps, une conscience des progrès à effectuer (" défensivement, je dois m'améliorer dans l'impact ") et affirmée sur la pelouse contre un Standard dévoré autour du rond central dès que Sambi Lokonga est monté au jeu pour y faire la loi.

Des qualités qui ont tapé dans l'oeil de Monchi, célèbre recruteur à succès de Séville, qui pose toujours un regard attentif sur la Belgique (il a envisagé les transferts de Dennis Praet ou de Sven Kums dans le passé) et n'a pas manqué de noter le nom du milieu des Mauves.

Revenu à Bruxelles avec son expérience et son costume de pompier, Franky Vercauteren a décidé de rebattre les cartes du jeu mauve, et a fini par placer celle de Sambi un peu plus haut dans le paquet. Devant la défense, l'ancien Petit Prince du Parc préfère installer les muscles et les kilomètres d'Edo Kayembe, et offre à Albert un rôle de relayeur qui permet au Sporting de conserver le ballon sans souffrance quelques mètres plus haut dans le camp adverse.

Là, les vertus d'architecte du cadet Mpoku sont moins mises en évidence, et son absence d'infiltrations avec et sans ballon saute plus volontiers aux yeux, tout comme ses carences au moment de tirer au but (voir encadré). Pour briller, il lui reste toujours cette faculté à conserver le ballon grâce à un premier contrôle qui écarte toute possibilité de duel, et ce sens de la dernière passe, comme un ultime souvenir de ses jeunes aspirations de numéro 10.

UN TRIPTYQUE DE QUALITÉS

Si le registre est différent, les péripéties rappellent forcément les premiers pas de Youri Tielemans dans le grand bain national. Aujourd'hui plébiscité par tout le football anglais, le wonderboy de Neerpede a essuyé quelques critiques focalisées sur ses limites, quand d'autres ont eu la bonne idée de se focaliser sur ses atouts.

Roberto Martinez a rapidement affirmé ses coups de coeur pour Tielemans, et ses premiers ballons diaboliques ont confirmé que le talent mauve disposait d'une vertu rare : ne jamais avoir l'air d'une fausse note au coeur de l'orchestre, quel que soit le niveau des musiciens installés à ses côtés.

Un raisonnement qui pourrait également s'appliquer au football d'esthète d'Albert Sambi Lokonga, grâce à un triptyque de qualités inédiables : il ose demander le ballon, sait se retourner avec lui et est capable de jouer efficacement vers l'avant. Suffisant pour en faire le successeur d'Axel Witsel, et le futur contrôleur du football belge ?

Rares sont ceux qui oseront le croire avant de le voir, mais nombreux sont ceux qui ont envie que la réponse soit positive. Parce qu'Albert Sambi Lokonga est trop beau à voir pour ne pas être bon.

Sambi et le but

Malgré des apparitions de plus en plus fréquentes sur les pelouses belges, Albert Sambi Lokonga ne s'est pas encore montré décisif une seule fois sous le maillot mauve en championnat. Les frappes sont rares, et souvent trop mal calibrées pour faire trembler les gardiens et les filets.

Le mal remonte déjà à sa période chez les jeunes. À Neerpede, plusieurs entraîneurs aimaient charrier Sambi en lui répétant qu'il ne marquait jamais. Mohamed Ouahbi était l'un de ceux-là, tout comme Stéphane Stassin, qui est allé jusqu'à afficher ses statistiques devant tout le vestiaire avant un match : Albert, zéro but, zéro passe décisive. Monté sur la pelouse dans la foulée, Sambi a marqué. Pas une fois. Trois.

Chez les pros, on se contenterait probablement d'un but. D'autant plus que dans sa nouvelle position, au sein du 4-3-3 de Franky Vercauteren, Sambi Lokonga est installé plus haut sur le terrain, et doit donc participer à la finalisation des actions. Parce que depuis la victoire face au Cercle, même Edo Kayembe présente une feuille de stats plus flatteuse que la sienne.

L'élégant invité prend à peine le temps de saluer l'assemblée. Il vient tout juste de repousser les portes du terrain, au bout d'un long tunnel de séances de kiné et d'heures en salle de sport. Et pourtant, c'est déjà lui qui choisit la musique. Monté au jeu à la place de Peter Zulj, dans un Clasico confus où Anderlecht semble plus intéressé par les points que par le jeu pendant que le Standard cherche encore comment dominer son rival amoindri, Albert Sambi Lokonga met tout le monde d'accord. Le milieu de terrain des Mauves prend le ballon comme un crayon, et écrit minutieusement la suite de l'histoire de la rencontre. Personne sur la pelouse, quel que soit le maillot porté, ne semble avoir l'envie ou les moyens de sortir du cadre de son récit. Le script détaille trente minutes de règne technique, avec de la classe à tous les paragraphes. Sambi est de ceux qui ne donnent jamais l'impression de faire un effort quand le ballon s'approche. " Depuis qu'il est tout petit, il se déplace avec le ballon comme s'il n'en avait pas ", décrit Mohamed Ouahbi, l'un de ses formateurs chez les jeunes de Neerpede. Dans un cocktail de flair et de grâce, agrémenté d'une dose d'insolence tout droit sortie de l'usine à talents du RSCA, le petit frère de Paul-José Mpoku donne une leçon de trente minutes autour du rond central. Sa longue revalidation est déjà oubliée. Une courte demi-heure a suffi pour rappeler à tout le monde pourquoi Anderlecht ne s'est pas positionné sur le dossier d'un milieu défensif durant ce mercato sur le point de s'achever. Est-ce la présence de son grand frère, conseiller admiratif et protecteur, qui l'inspire ? Au bout du mois de janvier 2018, c'est également contre le Standard qu'Albert avait livré au football belge sa première masterclass. Une démonstration de sang-froid et de style éclipsée par le triplé d'adieu de Sofiane Hanni, mais saluée à même la pelouse par les seigneurs de Sclessin (Mpoku évidemment, mais aussi Réginal Goreux) dès le coup de sifflet final, puis par Hein Vanhaezebrouck quelques volées d'escaliers plus haut, dans la salle de presse du stade liégeois : " C'était un test et il l'a réussi. Je pense qu'il est capable de faire une grande carrière. " Déposé par son coach au milieu de l'enfer, Albert Sambi Lokonga a dansé comme un diable. À l'époque, son arrivée dans le onze, effectuée contre Eupen à la période des cadeaux de Noël, est le symbole du retour en grâce de l'académie, après l'épisode René Weiler. Le Suisse avait placé sur la liste des indésirables le talent de Dodi Lukebakio, et vu partir sans trop de regret Orel Mangala. Tout juste arrivé à Neerpede, Vanhaezebrouck organise un stage hivernal commun entre les pros et les U21, devient un spectateur récurrent des rencontres des espoirs mauves, et ne tarde pas à inviter Sambi Lokonga à l'entraînement des pros, en compagnie de son grand pote Alexis Saelemaekers ou de l'ailier Francis Amuzu. Armé d'un gabarit encore frêle, celui que ses amis surnomment Welbeck - pour sa ressemblance avec l'international anglais - impressionne par sa capacité à faire vivre le ballon avec un naturel irrigué de sang mauve. " Lui, c'est tiki-taka, les courses le menton levé, pied gauche-pied droit... C'est vraiment un beau joueur ", esquisse Polo le grand frère. Pas impressionné par ceux avec qui il partage le terrain, Albert demande le ballon sans arrêt, le conserve comme si aucun adversaire ne pouvait s'approcher de lui, et cherche toujours une solution propre. Pour qu'il perde des duels, encore faut-il être au bon endroit pour le contraindre à en jouer. Longtemps handicapé par sa silhouette fine lors de sa formation, Sambi Lokonga est l'incarnation d'un adage souvent asséné par Johan Cruyff : " On apprend sur base de son propre corps. " Le sien l'oblige à développer une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne, pour se libérer du marquage adverse et éviter un duel physique qui tournerait systématiquement en sa défaveur. Du côté de Neerpede, le directeur de l'académie, Jean Kindermans est souvent monté au créneau pour protéger ce talent, classé dans la catégorie late mature où se retrouvent ceux dont les pieds et la tête sont prêts bien avant le reste du corps. Plus question, pour les Bruxellois, de voir un Dries Mertens du futur leur filer entre les doigts. Arrivé de Verviers en U11, vêtu des costumes de milieu offensif et de grande promesse, il brille dans le losange axial du 3-4-3 pratiqué par les Mauves chez les jeunes, avant de retomber progressivement dans l'anonymat auquel le confinent ses limites physiques. Pas assez rapide, pas assez présent dans les zones de vérité, pas assez puissant dans les duels, il reste couvé par les penseurs de Neerpede jusqu'à son éclosion, qui coïncide avec son arrivée dans le pôle U19-U21. Là, les late mature bénéficient d'un préparateur physique spécifique, qui travaille avec eux le développement de la puissance au moyen d'exercices pensés pour le terrain, et pas pour la salle de fitness. Une formule grâce à laquelle des joueurs comme Sambi Lokonga, Saelemaekers ou Amuzu percent le plafond de verre de la post-formation, qui sépare souvent les jeunes talents en devenir du monde réel du football professionnel. Une fois son corps mieux préparé aux exigences du jeu belge, Albert Sambi Lokonga rattrape son retard et prend même de l'avance. En quelques mois, grâce à un brillant tournoi U20 en Suisse dans le sprint final de la saison 2016-2017, il se retrouve dans le groupe mené par Emilio Ferrera en U21, puis grimpe jusqu'au onze de Vanhaezebrouck. Ralenti par les blessures, certains lui reprochent d'être parfois plus présent dans les médias que sur le terrain. D'autres concentrent leur analyse sur ses carences : pas assez présent dans la surface défensive, dans le domaine aérien ou dans les duels musclés pour devenir un numéro 6. Une analyse qui convoque, à nouveau, des mots de Cruyff, sortis de son autobiographie : " Ils trouvaient que c'était une grande asperge, mauvais en défense, sans puissance et nul dans le jeu aérien. On l'a attaqué sur tout ce qu'il ne savait pas faire alors que tout ça, ça s'apprend. Ce que personne ne voyait, c'est qu'il avait les qualités de base pour arriver au top : l'intelligence de jeu, la vitesse d'exécution et la technique. " L'homme dont parle le Néerlandais s'appelait Pep Guardiola. Pour trouver le modèle d'Albert Sambi Lokonga, c'est d'ailleurs du côté de Barcelone qu'il faut regarder. Même si son frère aime comparer son élégance à celle de Toni Kroos et que certains, à Neerpede, voient en lui le successeur naturel d' Axel Witsel par sa faculté à anticiper les trajectoires pour récupérer des ballons sans passer par le duel, Sambi ne jure que par Sergio Busquets. " J'aime son calme au ballon, mais aussi les risques qu'il prend. C'est un pilier du Barça et on s'en rendra compte quand il partira ", détaille l'enfant prodige de la maison mauve. Comme le mediocentro des Blaugranas, Albert aspire à devenir ce milieu installé devant la défense, qui récupère plus de ballons avec la tête qu'avec les muscles et joue les architectes dès que la possession est de son côté. Le casting semblait parfait pour devenir le numéro six du Sporting de Vincent Kompany. Impression renforcée par la métamorphose physique du Verviétois, revenu mieux bâti de sa longue indisponibilité quand beaucoup entament leurs retours de blessure avec quelques kilos superflus. Une détermination affichée au corps, une conscience des progrès à effectuer (" défensivement, je dois m'améliorer dans l'impact ") et affirmée sur la pelouse contre un Standard dévoré autour du rond central dès que Sambi Lokonga est monté au jeu pour y faire la loi. Des qualités qui ont tapé dans l'oeil de Monchi, célèbre recruteur à succès de Séville, qui pose toujours un regard attentif sur la Belgique (il a envisagé les transferts de Dennis Praet ou de Sven Kums dans le passé) et n'a pas manqué de noter le nom du milieu des Mauves. Revenu à Bruxelles avec son expérience et son costume de pompier, Franky Vercauteren a décidé de rebattre les cartes du jeu mauve, et a fini par placer celle de Sambi un peu plus haut dans le paquet. Devant la défense, l'ancien Petit Prince du Parc préfère installer les muscles et les kilomètres d'Edo Kayembe, et offre à Albert un rôle de relayeur qui permet au Sporting de conserver le ballon sans souffrance quelques mètres plus haut dans le camp adverse. Là, les vertus d'architecte du cadet Mpoku sont moins mises en évidence, et son absence d'infiltrations avec et sans ballon saute plus volontiers aux yeux, tout comme ses carences au moment de tirer au but (voir encadré). Pour briller, il lui reste toujours cette faculté à conserver le ballon grâce à un premier contrôle qui écarte toute possibilité de duel, et ce sens de la dernière passe, comme un ultime souvenir de ses jeunes aspirations de numéro 10. Si le registre est différent, les péripéties rappellent forcément les premiers pas de Youri Tielemans dans le grand bain national. Aujourd'hui plébiscité par tout le football anglais, le wonderboy de Neerpede a essuyé quelques critiques focalisées sur ses limites, quand d'autres ont eu la bonne idée de se focaliser sur ses atouts. Roberto Martinez a rapidement affirmé ses coups de coeur pour Tielemans, et ses premiers ballons diaboliques ont confirmé que le talent mauve disposait d'une vertu rare : ne jamais avoir l'air d'une fausse note au coeur de l'orchestre, quel que soit le niveau des musiciens installés à ses côtés. Un raisonnement qui pourrait également s'appliquer au football d'esthète d'Albert Sambi Lokonga, grâce à un triptyque de qualités inédiables : il ose demander le ballon, sait se retourner avec lui et est capable de jouer efficacement vers l'avant. Suffisant pour en faire le successeur d'Axel Witsel, et le futur contrôleur du football belge ? Rares sont ceux qui oseront le croire avant de le voir, mais nombreux sont ceux qui ont envie que la réponse soit positive. Parce qu'Albert Sambi Lokonga est trop beau à voir pour ne pas être bon.