Son 22e match dans un grand tournoi va lui laisser un sale souvenir pour la vie. Contre le Portugal, Thibaut Courtois a encore pu faire des miracles. Permettre une qualification qui, au vu match, n'aurait pas dû venir. Il a de nouveau fait le taf pour ce 22e face aux Italiens, mais impossible d'empêcher ces deux buts qui nous éjectent du tournoi et font de cet EURO un échec pour les Diables.
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Son 22e match dans un grand tournoi va lui laisser un sale souvenir pour la vie. Contre le Portugal, Thibaut Courtois a encore pu faire des miracles. Permettre une qualification qui, au vu match, n'aurait pas dû venir. Il a de nouveau fait le taf pour ce 22e face aux Italiens, mais impossible d'empêcher ces deux buts qui nous éjectent du tournoi et font de cet EURO un échec pour les Diables. Son niveau de performance sur les cinq rencontres a été dans la lignée de ce qu'il fait avec le Real depuis la reprise post-Covid: irréprochable. C'est lui, l'homme de la saison des Madrilènes, pour une presse espagnole qui ne l'a pourtant pas raté dans une autre vie. Comment et pourquoi a-t-il encore progressé depuis un peu plus d'un an? On a fouillé et discuté pour découvrir les secrets les mieux gardés de notre numéro 1. Mars 2020. La vie est suspendue, le foot s'arrête. Les joueurs sont confinés, réduits à l'inactivité. Ou pas. Thibaut Courtois, lui, se met en tête de "profiter" du lockdown pour revenir encore plus fort quand les matches pourront reprendre. Il engage un préparateur physique perso, il fait aussi venir un cuistot qui doit l'aider à s'alimenter de la meilleure façon. Entre-temps, il prend du repos. Qu'il n'a plus eu depuis plusieurs années à cause des phases finales de tournois, mais aussi des obligations promotionnelles imposées aux grands clubs. Ça fait longtemps qu'il n'a plus eu une vraie préparation estivale, par exemple. Parce qu'au Real, à peine les entraînements repris, les joueurs sont envoyés au bout du monde, en Amérique ou en Asie, pour disputer des amicaux. Des matches contre des bonnes équipes, donc interdiction de lever le pied. En Europe, le Real peut aussi être amené à disputer des matches sans enjeu contre l'Atlético ou l'Inter. On n'a pas le droit de se cacher quand l'adversaire est prestigieux. Ça use. Physiquement et mentalement. Alors, Thibaut Courtois voit dans l'interruption forcée une occasion de recharger une bonne fois ses batteries. Il est aussi privé d'activités qu'il aime en temps normal: aller au resto, accueillir sa famille et des amis à Madrid. Aujourd'hui, avec le recul, il se rend compte que cette vie tout à fait différente lui a fait du bien. Il était arrivé au rassemblement à Tubize avec la conviction que les Diables pouvaient gagner l'EURO. "Il était en pleine confiance", nous dit son père Thierry sur l'esplanade de l'Allianz Arena de Munich quelques heures avant le match contre l'Italie. Toute la famille a fait le déplacement, comme pour les matches précédents: Thierry, la maman Gitte, le frère Gaétan, la soeur Valérie. Et ce n'est pas tout: il y a aussi la compagne israélienne de Thibaut et ses parents. "Il est en confiance parce qu'il pète les flammes depuis plus d'un an. Ce qu'il a fait avec le Real la saison passée était dans la lignée de ce qu'il avait fait au moment de la reprise post-Covid." Mais il y a quelque chose de paradoxal dans son parcours des derniers mois. Alors qu'il vient peut-être de faire sa meilleure saison, il n'a rien gagné. Et une année sans gagner au moins un prix, collectif ou individuel, ça ne lui était pratiquement jamais arrivé. "Le Real a fini à deux points de l'Atlético et a joué les demi-finales de la Ligue des Champions", dit Thierry. "Il y a beaucoup de footballeurs qui signeraient pour ça..." Il s'est fait une raison: le Real est financièrement dans le dur. Ça va encore durer un moment, il le sait et il l'accepte. Ce sera encore le cas au moins pendant une saison. C'est à cause de ces soucis de trésorerie que le club a laissé partir Sergio Ramos. Et Thibaut Courtois a accepté de diminuer son salaire pour la deuxième saison d'affilée. La nouvelle politique consiste à prêter beaucoup de joueurs, histoire d'économiser des salaires, et à lancer des jeunes formés sur place. On a vu apparaître plusieurs produits de l'académie en équipe A la saison passée. Ajoutez-y une cinquantaine de blessures, dont plusieurs cadres, et l'absence de trophée au bout de la route obéit à la logique. "Ils ont fait avec les moyens du bord", continue Thierry. "Ils ont eu deux occasions de passer en tête, mais ils ont fait deux matches nuls contre les clubs de Séville. S'ils avaient gagné ces matches, ils auraient finalement pu être champions, et c'était inespéré." Thibaut Courtois pourrait être tenté d'aller voir ailleurs, vu les ambitions du club revues à la baisse. Mais il n'y a jamais pensé, et d'ailleurs il n'y eu aucun intérêt concret d'une autre grosse équipe. Il a signé au Real - notamment - pour inscrire son nom au tableau de la Ligue des Champions, il sait que ça va être très compliqué dans l'immédiat, mais ça ne change rien à son raisonnement. Thibaut Courtois n'est pas dans l'équipe-type de la Liga pour 2020-2021. C'est Jan Oblak qui a eu cet honneur. Le magazine FourFourTwo a publié récemment son classement des dix meilleurs gardiens du monde. Notre araignée est au pied du podium, derrière Oblak, Ederson et Manuel Neuer. Ça pourrait lui glisser sur la carapace, mais il n'est pas comme ça. Autant il a déjà gagné pas mal de récompenses, autant il continue à s'intéresser aux moindres distinctions. Par exemple, il a été très étonné de ne même pas être repris parmi les vingt nommés pour le classement du Sportif de l'Année en 2020 alors qu'il venait de gagner le titre et la Supercoupe avec le Real. "Un gardien qui fait un arrêt spectaculaire dans un gros match est apparemment plus important que celui qui empêche presque tous les ballons d'entrer pendant une saison complète", lâche Thierry. "Il faut rester sérieux." Thibaut ne voit pas comme une revanche (par rapport à la presse espagnole, entre autres) ce qu'il a fait cette saison avec le Real. Parce qu'il n'a pas un esprit revanchard au départ. Mais il savoure, surtout parce qu'il a eu l'impression qu'on lui avait fait un mauvais procès à son arrivée, qu'il avait démarré sans avoir les mêmes armes que son concurrent, Keylor Navas. Il était arrivé en août 2018, l'entraîneur voulait qu'il ait au moins trois semaines d'entraînement avant de commencer à jouer, Navas était très populaire auprès des médias et du public, il avait aussi de gros soutiens dans le vestiaire. Quand le Real est allé, à cette période, jouer des matches de préparation en Amérique du Sud, il a compris l'immensité de la popularité de Navas dans certaines parties du monde. La Ciudad Real Madrid, le centre d'entraînement, est une petite ville dans la ville. Au nord, tout près de l'aéroport de Barajas. Un quartier tranquille et beaucoup de joueurs du Real s'y sont installés. Thibaut Courtois réside à une bonne distance de là. Sa maison est située pas très loin de la Ciudad Deportiva Atlético de Madrid, le complexe d'entraînement de son ancien club, à l'ouest de la ville. C'est là qu'il habitait déjà quand il jouait pour le rival du Real. Et c'est dans ce quartier que vivent ses deux enfants avec leur maman. Logiquement, il y est retourné, pour des questions de facilité. Ça lui permet de s'en occuper très régulièrement, ou encore de les conduire à l'école. Au début de sa vie au Real, c'était compliqué parce que des paparazzi l'avaient pris pour cible. "Entre-temps, ils l'ont lâché", nous dit Thierry. La famille le sent bien plus apaisé que quand il était à Chelsea et avait du mal à voir son fils et sa fille. Il privilégiait un transfert au Real pour des raisons qui étaient sportives, mais tout autant familiales. "On a fait le forcing avec Christophe Henrotay pour qu'il puisse aller au Real en priorité", lâche encore Thierry. Les activités favorites de Thibaut quand il ne doit pas penser au foot sont ses enfants, des réceptions d'amis, des restos, des parties de golf. Il a aménagé le sous-sol de sa maison. On y trouve une salle de cinéma, un espace de musculation, des consoles de jeu et, depuis peu de temps, un immense présentoir où il expose tous ses trophées. Il est occupé à encadrer certains maillots qui lui tiennent à coeur. Certains de lui, qu'il portait dans des matches importants. D'autres qu'il a reçus d'adversaires prestigieux, et pas uniquement des gardiens de but. Il échange très souvent sa vareuse après les matches. Dans sa collection perso, il y a aussi une pièce beaucoup plus surprenante: une combinaison de Charles Leclerc, le pilote monégasque de Formule 1 qui est devenu un bon pote. Leclerc l'a invité au Grand Prix de France au Castellet, où il a suivi les essais et la course dans le paddock. Ils se sont rencontrés via une connaissance commune et la communication par les réseaux sociaux a facilité le rapprochement. Thibaut Courtois a beaucoup d'autres pilotes de F1 dans ses connaissances, comme Carlos Sainz Junior. Et son père, ex-légende du rallye. Ils sont Madrilènes et grands supporters du Real, on imagine que ça a aidé au rapprochement. En mars de cette année, le père Sainz a été fait " socio d'honneur du Real", la plus haute distinction remise par le club. Thibaut est aussi en contact avec Lando Norris, Sergio Pérez, George Russel, Antonio Giovinazzi. Des cracks qu'il affronte à distance sur console. Parmi ses amis dans le sport de haut niveau, il y a aussi Tom Brady, le plus grand joueur de l'histoire du foot américain, vainqueur de sept éditions du Super Bowl. Également pas mal de basketteurs de NBA ( Larry Nance, Ivica Zubac, Joel Embiid, Lucas Doncic) et du championnat d'Espagne. Ainsi que des champions belges comme le hockeyeur Vincent Vanasch et le cycliste Greg Van Avermaet.