"Ruud, Ruud, Ruud..." C'est chaque fois le même refrain dans les tribunes du Jan Breydel quand Ruud Vormer place le cuir sur le quart de rond du piquet de corner. Aucune autre équipe n'a obtenu plus de corners que Bruges cette saison (6,84 par match), et dans l'imaginaire collectif, c'est d'abord sur ces phases-là que le médian néerlandais fait la différence.

Les statistiques démentent pourtant cette impression. Sur les quatorze assists distillés depuis l'été 2019 par Vormer, seulement trois ont découlé d'un coup de coin, et deux sont venus sur coup franc. Soit cinq sur quatorze, un ratio d'à peine 35%. Les autres ont résulté de phases de plein jeu. Et c'était déjà comme ça au cours des cinq championnats précédents. Son pourcentage de passes décisives sur phases arrêtées a oscillé entre 12,5% (en 2016-2017) et 33% (2015-2016). C'est peu et beaucoup à la fois, analyse Jonas Ivens, assistant de Philippe Clement. " Les corners et les coups francs sont systématiquement travaillés pendant le dernier entraînement qui précède le match. Ruud les donne très bien mais les adversaires connaissent aussi nos joueurs les plus redoutables sur les reprises de la tête et ils se préparent. "

Quand il est arrivé en équipe première de l'AZ, Louis van Gaal a estimé qu'un seul poste lui convenait : médian défensif.

La première force de Vormer est son art de l'infiltration et la faculté à trouver des espaces libres. Michel Preud'homme l'avait déjà compris. MPH entraînait Twente en 2010-2011 quand Vormer jouait sa troisième saison avec Roda JC. Déjà à l'époque, il allait dans la profondeur, il entrait dans le rectangle avec le ballon, il créait des situations de danger. Ce qu'il ne faisait pas avant ça, quand Harm van Veldhoven préférait aligner Marcel Meeuwis dans l'axe. Une fois Meeuwis parti à Mönchengladbach, Van Veldhoven a posté Vormer en pion central, comme contrôleur devant la défense aux côtés de Willem Janssen. " Il n'avait que vingt ans quand il est arrivé à Roda ", se souvient-il. " Il avait une endurance énorme mais on a dû travailler sa vitesse en l'obligeant à multiplier les petits sprints sur cinq ou dix mètres. "

Au début, il tirait déjà la langue après un enchaînement de quatre accélérations. Mais après quelques mois, il était le premier du groupe sur cet exercice. Et ces accélérations courtes lui ont permis de gonfler son nombre d'infiltrations et ses statistiques. Il est passé à onze buts et neuf assists. Ce n'était pas exceptionnel mais Roda n'était pas non plus un poids lourd du championnat, tandis que les coups francs et les corners étaient réservés à Anouar Hadouir. " Ça n'empêchait pas Vormer d'être décisif ", continue Harm Van Veldhoven. " Grâce à ses récupérations, son passing précis et sa façon de plonger au bon moment dans les espaces. Toutes ces séances de sprints lui ont vraiment fait du bien, on a fait émerger les aspects physiques de son jeu. "

À l'AZ, Louis van Gaal avait aussi constaté et fait remarquer que ce joueur était capable d'une précision dingue. Vormer avait pris acte du compliment et il s'était mis à prolonger régulièrement les entraînements collectifs, pour améliorer encore ce côté chirurgical de son football.

Made in Alkmaar

Ruud Vormer a eu un bon professeur : son père, grand fan de foot et joueur amateur. Ensemble, ils passaient des heures sur un petit terrain de Hoorn, où ils résidaient. Des passes, des tirs, déjà une formation semblable à celle qu'il allait suivre par la suite avec les jeunes de l'AZ. Réceptionner, donner du gauche, du droit, tirer au but. Jusqu'à treize ou quatorze ans, il a aussi pratiqué le futsal, une excellente école qui lui a appris à jouer sur des espaces réduits et à prendre des décisions rapides.

En équipes d'âge de l'AZ, il jouait en numéro dix, et donc les buts et les assists s'accumulaient. Une fois arrivé en équipe première, Louis van Gaal a estimé qu'un seul poste lui convenait : médian défensif. Parce qu'il était habile avec le ballon, parce qu'il avait une bonne passe longue et parce qu'il avait une intelligence supérieure à la moyenne. Côté points faibles : sa petite taille, son manque de répondant dans les duels et sa vitesse limitée. Une fois qu'il a corrigé ce déficit de rapidité au moyen des fameux sprints courts, ses entraîneurs l'ont autorisé à s'approcher du but adverse. " Mais même à l'époque, il restait un joueur au service du collectif, il savait quand il devait se concentrer sur la fermeture des espaces ", se souvient Harm van Veldhoven.

À Feyenoord, Jordy Clasie était incontournable au poste de six. Et donc, Vormer a dû se contenter d'un rôle dans l'ombre pendant deux saisons (trois buts, six assists). Une seule fois, ils se sont retrouvés ensemble dans l'équipe, mais Ronald Koeman n'a pas été sous le charme tandis que Vormer estimait lui-même qu'il valait mieux qu'un rôle de contrôleur devant la défense. Ça a été confirmé avec Michel Preud'homme. " Avant ma signature à Bruges, il m'avait dit qu'il voulait me faire jouer en huit. Donc un peu plus haut, même si c'est un poste que je n'avais encore jamais occupé. "

Cette saison, le compteur de Ruud Vormer affiche quatorze assists en Jupiler Pro League, ce qui lui permet d'emmener ce classement particulier., BELGAIMAGE
Cette saison, le compteur de Ruud Vormer affiche quatorze assists en Jupiler Pro League, ce qui lui permet d'emmener ce classement particulier. © BELGAIMAGE

De buteur à passeur

Pendant ses trois saisons sous les ordres de Preud'homme, quand Timmy Simons et/ou Claudemir évoluaient dans son dos, Ruud Vormer a signé plus de buts que de passes décisives : sept buts lors des deux premiers championnats (trois et six assists), puis neuf goals lors de la dernière saison de MPH (huit assists). Vormer passait sans peine d'une responsabilité offensive à un rôle défensif. Il pouvait même, en tant que back droit, créer une supériorité numérique en s'infiltrant dans le camp adverse.

Ce caméléon s'est vite adapté au football prôné ensuite par Ivan Leko. Preud'homme ne jurait que par des duels engagés et une reconversion rapide, le Croate voulait une équipe dominante, un Club qui combinait, des joueurs capables d'exploiter les espaces. Avec, dans des rôles clés, Hans Vanaken (onze buts et douze assists) et un Vormer version 3.0 qui a plus que doublé son total de passes décisives (19 en championnat) et aussi plus marqué que durant ses saisons précédentes avec Bruges (treize).

Des chiffres qui couronnaient un deuxième titre national consécutif avec, dans le match décisif sur le terrain du Standard, une action à la Vormer : il chasse dans les seize mètres adverse, tacle puis passe à Jelle Vossen. Quelques jours plus tôt, il avait envoyé un coup franc direct dans la lucarne contre Charleroi. " Après l'entraînement, Vormer et Vanaken restaient régulièrement sur le terrain pour tirer des coups francs ", se souvient Rudi Cossey, qui était l'assistant de Leko.

Ces deux joueurs ont encore pris de l'ampleur avec l'entraîneur croate. Il fallait trouver des nouveaux joueurs décisifs après le départ de José Izquierdo. Les responsabilités ont été partagées. Les prix individuels aussi... Le Soulier d'Or pour Vormer en 2017, la même récompense deux fois de suite pour Vanaken (2018 et 2019). " Les joueurs de flancs ne devaient plus trop rentrer dans l'axe mais Leko voulait plus de monde dans le rectangle. C'est comme ça que Vormer et Vanaken ont hérité d'un rôle plus offensif. Et avec leurs qualités techniques, on savait qu'ils allaient être décisifs. "

Pourquoi il marque moins

Pendant la deuxième saison de Leko, les statistiques de Vormer ont baissé (dix buts et six assists) mais Cossey explique le phénomène par le parcours en Ligue des Champions. " Inconsciemment, le focus est plus porté sur ces matches. Pourtant, le style de jeu n'a pas changé, il fallait beaucoup de monde dans le rectangle et ça permettait à beaucoup de joueurs de marquer. Il n'y a rien de plus prévisible qu'un match contre des médians qui bougent peu. "

Cette saison, Ruud Vormer en est à quatorze passes décisives. Ce qui lui vaut la première place dans notre championnat. Derrière lui, on trouve Vadis Odjidja (neuf) et Jonathan David (huit). " Il fait les bonnes courses, il a une excellente technique de frappe et un bon passing. On doit aussi tenir compte de son expérience ", détaille Jonas Ivens. " Il voit et sait où tel coéquipier va se placer. "

Certains joueurs de Bruges, comme Emmanuel Dennis, voient aussi les espaces mais les utilisent mal ou jouent leur propre carte. Vormer, c'est d'abord un footballeur collectif. Un joueur dont la production, en termes de buts, a baissé de façon spectaculaire au cours des derniers mois (trois, dont un seul en championnat). " Il a pourtant eu des occasions mais il a été moins efficace que les années précédentes ", poursuit Ivens. " Et il n'a pas toujours été en réussite non plus. "

Pendant la saison du titre avec Leko, quatre joueurs de Bruges ont marqué au moins dix fois : Abdoulay Diaby (onze, + trois en PO1), Vormer (dix + trois), Vanaken (neuf + deux) et Wesley (sept + quatre). La saison dernière, trois joueurs y sont parvenus : Vanaken (onze + trois), Wesley (dix + trois) et Siebe Schrijvers (onze + un). Cette saison, en 29 matches, seul Vanaken a franchi la barre symbolique de la dizaine (douze). " Avec sa technique de frappe, il pourrait aussi être très bon en donnant les corners, mais grâce à son gabarit, il est plus dangereux à la réception ", signale Ivens.

Il y a donc moins de buteurs prolifiques au Club version 2019-2020 mais le nombre de goals par match reste dans la même moyenne qu'au cours des deux saisons précédentes. Ce qui revient à dire que plus de gars ont participé à la fête. David Okereke totalise neuf goals, Krépin Diatta est à cinq, Dennis et Mats Rits ont le même total, Schrijvers en a quatre comme Mbaye Diagne, Percy Tau suit avec trois. Rien d'illogique à ça, dit encore Ivens. " Vu notre programme chargé, l'entraîneur a beaucoup fait tourner. " Autant de buts qu'avant, plus de gars qui participent au festin, et régulièrement sur un assist tranchant de Ruud Vormer. CQFD.

Vormer en chiffres bruts

200

Son nombre de matches en Jupiler Pro League. Dans ses 152 matches de phase classique, il a marqué 33 buts et donné 48 assists. En play-offs 1, il en est à dix buts et douze assists. Dans ces 200 matches, il a été averti 32 fois et il a été exclu une fois, sur double carte jaune.

Vormer et les buts

21

Le nombre de buts marqués du pied droit. Ses 22 autres buts ont été marqués du pied gauche (huit), de la tête (quatre), sur coup franc (six) et sur penalty (quatre).

43

Son nombre de buts en Jupiler Pro League.

50

Son nombre total de buts en 269 matches : 43 en championnat, un en Europa League, deux en Ligue des Champions, trois en Coupe de Belgique, un en Supercoupe de Belgique.

Vormer et les assists

10

Le nombre d'assists distillés à Hans Vanaken : trois sur corner, cinq sur passe/centre, un sur coup franc, un grâce à un penalty provoqué. Sur ces passes décisives, Vanaken a plus marqué avec la tête (six) qu'avec les pieds (quatre).

60

Son nombre total d'assists en championnat (phase classique et play-offs). 41 sur passe/centre, douze sur corner, quatre sur coup franc, trois sur penalty provoqué.

72

Son nombre total d'assists avec Bruges, en 269 matches : 60 en championnat, deux en Europa League, quatre en Ligue des Champions, six en Coupe de Belgique.

Vormer en 2019-2020

0,96

Son nombre de fautes commises par match. Il est plus propre qu'en 2015-2016 (1,6) et 2016-2017 (1,74).

1,25

Le nombre de fautes commises par match sur lui. Ce ratio n'avait jamais été aussi élevé que cette saison.

1,28

Son nombre de tirs par match, dont 25 % sont cadrés. Sur ce point précis, son meilleur bilan remonte à la saison du titre (2017-2018) avec Ivan Leko. Il tentait sa chance 1,58 fois par match et cadrait 39% de ses tentatives.

2,42

Son nombre de centres par match, dont 50% sont réussis. C'était 2,76 et 46 % en 2017-2018 ; 2,74 et 45 % en 2018-2019. Conclusion : il centre moins cette saison mais il est plus précis.

12

Le nombre de duels qu'il dispute par match. Il en remporte 51 %. Sa moyenne n'avait jamais été aussi basse depuis quatre ans.

46,55

Son nombre de passes par match, dont 86 % arrivent à destination. Il n'y a que pendant la dernière année avec Michel Preud'homme qu'il a fait mieux (50,4 et 88 % de réussite).

"Ruud, Ruud, Ruud..." C'est chaque fois le même refrain dans les tribunes du Jan Breydel quand Ruud Vormer place le cuir sur le quart de rond du piquet de corner. Aucune autre équipe n'a obtenu plus de corners que Bruges cette saison (6,84 par match), et dans l'imaginaire collectif, c'est d'abord sur ces phases-là que le médian néerlandais fait la différence. Les statistiques démentent pourtant cette impression. Sur les quatorze assists distillés depuis l'été 2019 par Vormer, seulement trois ont découlé d'un coup de coin, et deux sont venus sur coup franc. Soit cinq sur quatorze, un ratio d'à peine 35%. Les autres ont résulté de phases de plein jeu. Et c'était déjà comme ça au cours des cinq championnats précédents. Son pourcentage de passes décisives sur phases arrêtées a oscillé entre 12,5% (en 2016-2017) et 33% (2015-2016). C'est peu et beaucoup à la fois, analyse Jonas Ivens, assistant de Philippe Clement. " Les corners et les coups francs sont systématiquement travaillés pendant le dernier entraînement qui précède le match. Ruud les donne très bien mais les adversaires connaissent aussi nos joueurs les plus redoutables sur les reprises de la tête et ils se préparent. " La première force de Vormer est son art de l'infiltration et la faculté à trouver des espaces libres. Michel Preud'homme l'avait déjà compris. MPH entraînait Twente en 2010-2011 quand Vormer jouait sa troisième saison avec Roda JC. Déjà à l'époque, il allait dans la profondeur, il entrait dans le rectangle avec le ballon, il créait des situations de danger. Ce qu'il ne faisait pas avant ça, quand Harm van Veldhoven préférait aligner Marcel Meeuwis dans l'axe. Une fois Meeuwis parti à Mönchengladbach, Van Veldhoven a posté Vormer en pion central, comme contrôleur devant la défense aux côtés de Willem Janssen. " Il n'avait que vingt ans quand il est arrivé à Roda ", se souvient-il. " Il avait une endurance énorme mais on a dû travailler sa vitesse en l'obligeant à multiplier les petits sprints sur cinq ou dix mètres. " Au début, il tirait déjà la langue après un enchaînement de quatre accélérations. Mais après quelques mois, il était le premier du groupe sur cet exercice. Et ces accélérations courtes lui ont permis de gonfler son nombre d'infiltrations et ses statistiques. Il est passé à onze buts et neuf assists. Ce n'était pas exceptionnel mais Roda n'était pas non plus un poids lourd du championnat, tandis que les coups francs et les corners étaient réservés à Anouar Hadouir. " Ça n'empêchait pas Vormer d'être décisif ", continue Harm Van Veldhoven. " Grâce à ses récupérations, son passing précis et sa façon de plonger au bon moment dans les espaces. Toutes ces séances de sprints lui ont vraiment fait du bien, on a fait émerger les aspects physiques de son jeu. " À l'AZ, Louis van Gaal avait aussi constaté et fait remarquer que ce joueur était capable d'une précision dingue. Vormer avait pris acte du compliment et il s'était mis à prolonger régulièrement les entraînements collectifs, pour améliorer encore ce côté chirurgical de son football. Ruud Vormer a eu un bon professeur : son père, grand fan de foot et joueur amateur. Ensemble, ils passaient des heures sur un petit terrain de Hoorn, où ils résidaient. Des passes, des tirs, déjà une formation semblable à celle qu'il allait suivre par la suite avec les jeunes de l'AZ. Réceptionner, donner du gauche, du droit, tirer au but. Jusqu'à treize ou quatorze ans, il a aussi pratiqué le futsal, une excellente école qui lui a appris à jouer sur des espaces réduits et à prendre des décisions rapides. En équipes d'âge de l'AZ, il jouait en numéro dix, et donc les buts et les assists s'accumulaient. Une fois arrivé en équipe première, Louis van Gaal a estimé qu'un seul poste lui convenait : médian défensif. Parce qu'il était habile avec le ballon, parce qu'il avait une bonne passe longue et parce qu'il avait une intelligence supérieure à la moyenne. Côté points faibles : sa petite taille, son manque de répondant dans les duels et sa vitesse limitée. Une fois qu'il a corrigé ce déficit de rapidité au moyen des fameux sprints courts, ses entraîneurs l'ont autorisé à s'approcher du but adverse. " Mais même à l'époque, il restait un joueur au service du collectif, il savait quand il devait se concentrer sur la fermeture des espaces ", se souvient Harm van Veldhoven. À Feyenoord, Jordy Clasie était incontournable au poste de six. Et donc, Vormer a dû se contenter d'un rôle dans l'ombre pendant deux saisons (trois buts, six assists). Une seule fois, ils se sont retrouvés ensemble dans l'équipe, mais Ronald Koeman n'a pas été sous le charme tandis que Vormer estimait lui-même qu'il valait mieux qu'un rôle de contrôleur devant la défense. Ça a été confirmé avec Michel Preud'homme. " Avant ma signature à Bruges, il m'avait dit qu'il voulait me faire jouer en huit. Donc un peu plus haut, même si c'est un poste que je n'avais encore jamais occupé. " Pendant ses trois saisons sous les ordres de Preud'homme, quand Timmy Simons et/ou Claudemir évoluaient dans son dos, Ruud Vormer a signé plus de buts que de passes décisives : sept buts lors des deux premiers championnats (trois et six assists), puis neuf goals lors de la dernière saison de MPH (huit assists). Vormer passait sans peine d'une responsabilité offensive à un rôle défensif. Il pouvait même, en tant que back droit, créer une supériorité numérique en s'infiltrant dans le camp adverse. Ce caméléon s'est vite adapté au football prôné ensuite par Ivan Leko. Preud'homme ne jurait que par des duels engagés et une reconversion rapide, le Croate voulait une équipe dominante, un Club qui combinait, des joueurs capables d'exploiter les espaces. Avec, dans des rôles clés, Hans Vanaken (onze buts et douze assists) et un Vormer version 3.0 qui a plus que doublé son total de passes décisives (19 en championnat) et aussi plus marqué que durant ses saisons précédentes avec Bruges (treize). Des chiffres qui couronnaient un deuxième titre national consécutif avec, dans le match décisif sur le terrain du Standard, une action à la Vormer : il chasse dans les seize mètres adverse, tacle puis passe à Jelle Vossen. Quelques jours plus tôt, il avait envoyé un coup franc direct dans la lucarne contre Charleroi. " Après l'entraînement, Vormer et Vanaken restaient régulièrement sur le terrain pour tirer des coups francs ", se souvient Rudi Cossey, qui était l'assistant de Leko. Ces deux joueurs ont encore pris de l'ampleur avec l'entraîneur croate. Il fallait trouver des nouveaux joueurs décisifs après le départ de José Izquierdo. Les responsabilités ont été partagées. Les prix individuels aussi... Le Soulier d'Or pour Vormer en 2017, la même récompense deux fois de suite pour Vanaken (2018 et 2019). " Les joueurs de flancs ne devaient plus trop rentrer dans l'axe mais Leko voulait plus de monde dans le rectangle. C'est comme ça que Vormer et Vanaken ont hérité d'un rôle plus offensif. Et avec leurs qualités techniques, on savait qu'ils allaient être décisifs. " Pendant la deuxième saison de Leko, les statistiques de Vormer ont baissé (dix buts et six assists) mais Cossey explique le phénomène par le parcours en Ligue des Champions. " Inconsciemment, le focus est plus porté sur ces matches. Pourtant, le style de jeu n'a pas changé, il fallait beaucoup de monde dans le rectangle et ça permettait à beaucoup de joueurs de marquer. Il n'y a rien de plus prévisible qu'un match contre des médians qui bougent peu. " Cette saison, Ruud Vormer en est à quatorze passes décisives. Ce qui lui vaut la première place dans notre championnat. Derrière lui, on trouve Vadis Odjidja (neuf) et Jonathan David (huit). " Il fait les bonnes courses, il a une excellente technique de frappe et un bon passing. On doit aussi tenir compte de son expérience ", détaille Jonas Ivens. " Il voit et sait où tel coéquipier va se placer. " Certains joueurs de Bruges, comme Emmanuel Dennis, voient aussi les espaces mais les utilisent mal ou jouent leur propre carte. Vormer, c'est d'abord un footballeur collectif. Un joueur dont la production, en termes de buts, a baissé de façon spectaculaire au cours des derniers mois (trois, dont un seul en championnat). " Il a pourtant eu des occasions mais il a été moins efficace que les années précédentes ", poursuit Ivens. " Et il n'a pas toujours été en réussite non plus. " Pendant la saison du titre avec Leko, quatre joueurs de Bruges ont marqué au moins dix fois : Abdoulay Diaby (onze, + trois en PO1), Vormer (dix + trois), Vanaken (neuf + deux) et Wesley (sept + quatre). La saison dernière, trois joueurs y sont parvenus : Vanaken (onze + trois), Wesley (dix + trois) et Siebe Schrijvers (onze + un). Cette saison, en 29 matches, seul Vanaken a franchi la barre symbolique de la dizaine (douze). " Avec sa technique de frappe, il pourrait aussi être très bon en donnant les corners, mais grâce à son gabarit, il est plus dangereux à la réception ", signale Ivens. Il y a donc moins de buteurs prolifiques au Club version 2019-2020 mais le nombre de goals par match reste dans la même moyenne qu'au cours des deux saisons précédentes. Ce qui revient à dire que plus de gars ont participé à la fête. David Okereke totalise neuf goals, Krépin Diatta est à cinq, Dennis et Mats Rits ont le même total, Schrijvers en a quatre comme Mbaye Diagne, Percy Tau suit avec trois. Rien d'illogique à ça, dit encore Ivens. " Vu notre programme chargé, l'entraîneur a beaucoup fait tourner. " Autant de buts qu'avant, plus de gars qui participent au festin, et régulièrement sur un assist tranchant de Ruud Vormer. CQFD.