"La première fois que j'ai rencontré Roberto Martinez, c'était il y a sept ans, au centre d'entraînement de Wigan ", raconte Andy De Smet, qui était alors scout au RAEC Mons et l'avait aussi été au SV Roulers. " Il m'avait salué : ' Hello Andy, tu as fait bon voyage ? ' Le fait que quelqu'un que je connaissais seulement pour l'avoir vu à Match of the Day m'ait salué aussi amicalement, en m'appelant par mon prénom, m'a fortement impressionné.
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"La première fois que j'ai rencontré Roberto Martinez, c'était il y a sept ans, au centre d'entraînement de Wigan ", raconte Andy De Smet, qui était alors scout au RAEC Mons et l'avait aussi été au SV Roulers. " Il m'avait salué : ' Hello Andy, tu as fait bon voyage ? ' Le fait que quelqu'un que je connaissais seulement pour l'avoir vu à Match of the Day m'ait salué aussi amicalement, en m'appelant par mon prénom, m'a fortement impressionné. Finalement, je n'étais qu'un petit pion dans un petit club d'un petit championnat, et mes mérites à Wigan étaient alors encore très minces. La seule chose que j'avais réalisée, c'était une compilation des meilleurs moments de Matias Suárez à l'intention du scout principal, Kevin Reeves. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises. Après cette première prise de contact, il m'a invité à assister à l'entraînement du matin sur le terrain, et lorsque je suis allé visionner les U23 contre Chelsea le lendemain, il est venu s'asseoir à côté de moi et a commencé à discuter de football. Un coach de Premier League était intéressé par mon avis ! J'ai trouvé cela incroyable. Je ne m'y attendais pas, car nous n'avons pas cette ouverture d'esprit. Chez nous, c'est plutôt : je suis le coach principal, je vois les choses de cette façon et c'est de cette façon qu'on les exécutera. En fait, Dennis van Wijk est le seul coach en Belgique avec lequel j'ai pu communiquer d'une manière comparable. " " Roberto est quelqu'un qui écoute les gens et qui adore qu'on lui donne des idées. Il filtre ce qui est important pour lui et ce qui peut lui être utile. Lorsqu'on discute avec lui, on n'a jamais l'impression qu'il veut imposer ses vues. Au contraire, il vous demande votre avis et cherche à vous comprendre. Il pose des questions et essaie d'en savoir plus. Il aime partager des avis et incite même à le faire. Je suis certain qu'il parle avec ses joueurs de la même manière qu'il l'a fait avec moi durant ce match des Espoirs : il veut savoir ce qu'ils pensent, pour les comprendre et pouvoir collaborer avec eux de façon optimale, afin de prendre les meilleurs décisions. Cela m'a ouvert les yeux. Lorsque je suis rentré en Belgique, j'ai posé sur mon bureau une photo où l'on me voit à côté de Roberto et de Kevin. Un membre du staff m'a demandé qui était la personne à mes côtés. Lorsque je lui ai dit que c'était Roberto Martinez, le manager de Wigan, il m'a répondu : 'Qu'est-ce que c'est pour une équipe, cela ? ! ' C'était pour moi un dur retour à la réalité. Ici, si l'on n'a pas un grand nom, on est directement discrédité. On ne regarde pas le potentiel. C'était pareil lors de sa nomination comme sélectionneur national : il a déjà été critiqué avant de commencer, il a même été descendu parce qu'il n'avait 'pas de palmarès'. Il avait pourtant sept ans d'expérience dans ce que l'on peut considérer comme le meilleur championnat du monde, a remporté la Coupe d'Angleterre avec un petit club et a hissé Everton à la cinquième place. Mais les médias restent souvent superficiels et préfèrent le négativisme. Les analystes se comportent souvent en critiques impitoyables, et cela crée parfois une ambiance malsaine. " " Roberto est un coach qui pense de façon rationnelle, et analyse les positions et les actions. Il est obsédé par la tactique, est très flexible et est ouvert aux nouveautés, car il aime progresser. Lorsque j'effectuais du scouting à l'étranger pour lui, il me téléphonait, m'invitait à discuter, posait des questions, et cela prenait facilement une heure. Tout en restant fidèle à sa philosophie, il cherche toujours la meilleure solution. Sa vision du football est différente de celle que l'on a l'habitude de voir en Belgique. Même dans un modeste club de Premier League comme Wigan, il cherchait toujours à avoir la possession du ballon et à faire le jeu. C'est de cette manière qu'il a réussi à remporter la FA Cup contre Manchester City. J'étais présent à Wembley ce jour-là, il m'avait invité, et j'ai été très impressionné par ce que j'ai vu de lui et de son équipe. Le plus remarquable, c'est le respect qu'il montre envers les gens. En Belgique, je vois souvent des coaches qui dénigrent les autres. Qu'ils me dénigrent moi, je peux encore le comprendre. Mais qu'ils dénigrent des collègues, parce qu'ils pensent être la nouvelle étoile au firmament des entraîneurs... sorry, cela, je ne le supporte pas. A Wigan, après une victoire contre Manchester United, le coach des battus, Alex Ferguson, est venu lui-même me féliciter pour la victoire ( il rit). Beaucoup de choses ont changé depuis que Roberto est le sélectionneur national. Avant qu'il n'arrive, j'avais déjà été invité par la fédération pour une discussion informelle, mais la manière dont on travaillait à l'époque n'avait rien de comparable avec les méthodes actuelles. L'approche est désormais moins émotionnelle, mais plus rationnelle, plus professionnelle. A l'époque, c'était : tu as une idée, OK, essaie-là, nous verrons bien si nous pouvons en faire quelque chose. Pour moi, une vraie collaboration est aussi une forme de respect. " "Ce respect, c'est une marque de fabrique chez Roberto. J'ai failli tomber de ma chaise, lorsque j'ai reçu à la maison une carte de Noël avec la mention ' Grand merci Andy pour tout le travail que tu as effectué'. Après le match contre l'Angleterre, il m'a envoyé un message pour me remercier des 'informations utiles' que je lui avais procurées. Cette reconnaissance vous incite à toujours donner le maximum pour lui. Roberto n'oublie pas ses hommes. Et c'est un gage de succès. Lorsqu'on voit le résultat de son travail à la Coupe du Monde, on ne peut qu'être content de la manière dont les Belges se sont présentés. Il a réussi à convaincre des superstars de respecter ses consignes, en les faisant évoluer dans un style de jeu qui n'est pas belge, qui n'est pas attentiste comme on en a eu l'habitude dans ce pays pendant des décennies. Et pour réaliser le meilleur résultat de l'histoire. Roberto n'est pas du genre à tout bouleverser lorsqu'il débarque quelque part. Il respecte ce qui existe déjà - et ce qui a existé - et construit à partir de là. S'il reste le sélectionneur national, il poursuivra dans cette voie et perfectionnera encore l'encadrement. Les dirigeants de la fédération seront certainement convaincus que ce qu'il demandera ne sera pas du luxe superflu. "