ÉLÉMENT À CHARGE N°1 " Il ne change jamais de tactique "

Au moment de présenter le sélectionneur catalan, la fédération belge avait mis en exergue sa flexibilité tactique, atout majeur du profil établi pour dénicher le successeur de Marc Wilmots. Pourtant, Roberto Martinez n'a que rarement quitté sa défense à trois, trouvaille mise en place dès sa deuxième rencontre à la tête des Diables, après une défaite amicale dans le traditionnel 4-2-3-1 face à l'Espagne. Depuis, et malgré les failles souvent exploitées par les adversaires de la Belgique dans le dos de Thomas Meunier ou de Yannick Carrasco, la mise en place semble immuable. Le système change très rarement au coup d'envoi, presque jamais en cours de match. À tel point que la question commence à se poser: Roberto Martinez est-il vraiment flexible?
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Au moment de présenter le sélectionneur catalan, la fédération belge avait mis en exergue sa flexibilité tactique, atout majeur du profil établi pour dénicher le successeur de Marc Wilmots. Pourtant, Roberto Martinez n'a que rarement quitté sa défense à trois, trouvaille mise en place dès sa deuxième rencontre à la tête des Diables, après une défaite amicale dans le traditionnel 4-2-3-1 face à l'Espagne. Depuis, et malgré les failles souvent exploitées par les adversaires de la Belgique dans le dos de Thomas Meunier ou de Yannick Carrasco, la mise en place semble immuable. Le système change très rarement au coup d'envoi, presque jamais en cours de match. À tel point que la question commence à se poser: Roberto Martinez est-il vraiment flexible? Faut-il vraiment changer un plan de jeu qui a rapporté 37 victoires et 145 buts en 48 rencontres jouées? Selon Roberto Martinez, la question ne s'applique qu'aux grandes occasions. Le retour à une défense à quatre s'opère parfois en cours de rencontre, comme face au Panama, à la mi-temps du premier match du Mondial. Au coup d'envoi, c'est évidemment le plan contre le Brésil qui reste dans les mémoires: un 4-3-3 avec Romelu Lukaku dans le couloir droit et Kevin De Bruyne en pointe qui a surpris les Brésiliens et offert l'avantage aux Diables. Ce jour-là, à la mi-temps, c'est le coach d'en face qui a dû se montrer flexible. Longtemps snobée par son prédécesseur, la Pro League a fait son retour en force dans les sélections de Roberto Martinez. Dans son sillage, le retour des polémiques partisanes devait forcément finir par mettre le nez à la fenêtre. Déjà soupçonné d'un amour inconsidéré pour le mauve quand il emmenait fréquemment Youri Tielemans et Leander Dendoncker dans ses bagages, jusqu'au Mondial russe, le Catalan a ravivé les polémiques ces derniers mois. Après Elias Cobbaut, retenu en défense avant Zinho Vanheusden ou Sebastiaan Bornauw, ce sont les sélections précoces de Yari Verschaeren (pourtant souvent remplaçant à Bruxelles) et Jérémy Doku, ou la présence en septembre de Landry Dimata qui ont fait dire aux détracteurs du sélectionneur qu'il avait confié les clés des Diables à Vincent Kompany. " Je ne regarde pas la couleur du maillot quand je sélectionne un joueur ", rétorque le sélectionneur, qui a des arguments bien précis pour chacun des Mauves de son groupe: Elias Cobbaut était le seul profil gaucher parmi les jeunes défenseurs belges, et la particularité a son importance pour intégrer une défense à trois dominante. Yari Verschaeren est capable, comme peu de joueurs, de se retourner sous pression, et n'avait jamais déçu chez les Diables avant le dernier rassemblement. Jérémy Doku dispose d'un talent exceptionnel en un-contre-un qui charme Martinez. Et Landry Dimata était l'un des rares 9 disponibles en septembre. L'intérêt de Dijon dans la foulée ne serait donc qu'une coïncidence? Face aux micros, le discours du sélectionneur est souvent sans saveur. À tel point que ses mots tombent rapidement sous le soupçon du mensonge. Rôdé à la communication à l'anglaise, Roberto Martinez transporte sous son costume l'impression d'en dire toujours le moins possible. Sa langue semble tout droit sortie de chez l'ébéniste quand il doit justifier le retour d'un joueur dans son club en plein rassemblement. Summum de ce reproche, ses arguments pour expliquer l'absence de Radja Nainggolan de la sélection pour le Mondial russe n'ont toujours pas été digérés par les nombreux admirateurs du Ninja, laissé de côté au bout d'une saison qui l'avait vu atteindre les demi-finales de la Ligue des Champions dans le costume de joueur-phare de la Roma, avec un doublé contre les Reds en guise de chant du cygne européen. S'il donne toujours l'impression de protéger ses joueurs en dissimulant la vérité, comme quand Thibaut Courtois doit retourner au Real en plein rassemblement, Martinez avait pourtant été clair dans le cas du Ninja, retenu comme le symbole de sa langue de bois quand le Catalan avait invoqué " des raisons tactiques ": n'entrant pas dans son système, Nainggolan ne faisait pas partie du onze et était, à ses yeux, " un joueur trop important pour être un remplaçant ". La tactique était donc bien la base du raisonnement pour sortir Radja du onze, même si c'est la personnalité débordante de l'ancien Romain qui l'a finalement privé d'une place dans les 23. Coqueluche des tribunes sur la route de l'EURO français, quand son but en match amical face à la Norvège avait créé une ambiance inattendue dans les travées du stade national, Laurent Ciman croit embarquer pour un troisième grand tournoi de rang quand Roberto Martinez l'aligne face à l'Égypte, à quelques semaines du Mondial russe. Finalement, le sélectionneur lui préfère Dedryck Boyata, et son raisonnement échappe aux supporters belges. Un épisode qui en évoque d'autres, entre les explications variables d'un joueur à l'autre pour justifier une sélection, ou les changements souvent tardifs depuis le banc de touche. Pour le grand public, il est généralement difficile de lire dans les cartes du Catalan, capable de poser des choix impopulaires sans s'inquiéter démesurément qu'ils restent incompris. Les proches de Roberto Martinez ne manquent jamais de le confier: l'ancien manager d'Everton n'agit pas comme un sélectionneur traditionnel, mais plutôt comme un entraîneur de club, préparant l'avenir en pleine campagne qualificative ou préférant un jeune pas encore prêt à un homme en forme et dans la force de l'âge. Les sélections " récompense ", pour un joueur qui aligne les bonnes prestations en club, n'existent pas dans son esprit si le joueur n'est pas considéré comme apte à entrer dans son système. Le choix du quatrième gardien, dont l'identité importe souvent très peu et qui est là pour faire le nombre aux entraînements, est un autre exemple de ce raisonnement. Au bout du but de Samuel Umtiti, il n'y a que de longues minutes d'impuissance. Jamais Roberto Martinez ne semble en mesure de redresser la situation depuis son banc de touche, par un changement d'hommes ou de système. Pire, ses joueurs donnent l'impression d'avoir déjà perdu la rencontre. Un sentiment que le supporter belge retrouvera à deux reprises en Ligue des Nations, quand la Suisse renverse les Diables rouges à Lucerne, puis lorsque Mason Mount lobe involontairement Simon Mignolet sur le pré mythique de Wembley. Quand les événements ne tournent pas en leur faveur, les Belges semblent subir, sans véritable esprit de révolte, attendant vainement un grain de folie qui sortirait de nulle part. Ne devrait-il pas sortir du chapeau du sélectionneur? En quatre années de mandat, Roberto Martinez a surtout montré qu'il était un coach rationnel. Son schéma est préparé pour faire briller ses éléments offensifs, et ses plans initiaux sont généralement bien agencés pour appuyer sur les faiblesses défensives de l'adversaire. Par contre, le Catalan semble toujours refuser de perdre le contrôle sur les événements. Laisser le match sombrer dans une forme de folie, très peu pour lui. Les matches se gagnent avec la structure, plutôt qu'avec les émotions. Et si on les perd, c'est parce que le plan n'a pas été assez bien exécuté, pas parce qu'il était mauvais. Mais parfois, un changement ne peut-il pas être émotionnel, plus que tactique?