La veille, la Croatie reçoit le Kosovo mais doit couper court aux ébats après vingt-cinq petites minutes de jeu. Le score est nul et vierge quand la pluie lave tout le monde. La partie est remise au lendemain. Mais pas besoin d'aller jusqu'à Zagreb pour entendre parler croate et savourer des spécialités locales, des vraies. Le jour du report, le Croatia Wandre dispute aussi une rencontre tout à fait capitale. Avec trois défaites, en autant de rencontres, l'entité liégeoise de la communauté à damier accueille Oupeye, premier de cette P3C.
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La veille, la Croatie reçoit le Kosovo mais doit couper court aux ébats après vingt-cinq petites minutes de jeu. Le score est nul et vierge quand la pluie lave tout le monde. La partie est remise au lendemain. Mais pas besoin d'aller jusqu'à Zagreb pour entendre parler croate et savourer des spécialités locales, des vraies. Le jour du report, le Croatia Wandre dispute aussi une rencontre tout à fait capitale. Avec trois défaites, en autant de rencontres, l'entité liégeoise de la communauté à damier accueille Oupeye, premier de cette P3C. Au beau milieu de baraquements ocres qui fleurent bon la mine, sous les vallons et sur la route des contrées néerlandophones, le club se cache derrière une grille et un minuscule parking. Déjà, on se laisse guider par les sonorités venues de la côte adriatique. Branko Pletikosa, le président de toujours, fixe rendez-vous à la fin de la joute. Derrière le premier but, la buvette affiche ses couleurs : rouge, blanc, bleu. Une banderole avec le logo de l'Hajduk Split termine les présentations. En lettres capitales, le RFC Croatia Wandre s'impose timidement mais tient debout. Les vingt-deux acteurs entrent à leur tour sur le pré. Oupeye joue en noir, avec une touche élégante de rouge et de blanc. Le Croatia évolue évidemment avec un maillot bleu des Vatreni, surnom de l'équipe nationale qui signifie "les flamboyants". Damier rouge et blanc sur le coeur, un joueur de l'écurie locale veut propager la flamme à ses partenaires. À sa manière : "On se chie pas dessus, les gars !" Un moyen comme un autre d'éviter les pertes et les infiltrations imprévues. Quelque chose de DalmatieLa technique marche un petit quart d'heure. À la 14e, Oupeye transperce déjà la défense wandrezienne. Avant d'enchaîner deux nouveaux pions, à dix minutes d'intervalle chacun. Si la déculottée qui s'annonce n'émeut pas plus que ça en tribune, où une trentaine de personnes s'installent, elle rend fou un fervent supporter du Croatia. Suite à une faute sifflée sur l'un de ses poulains, le seul ultra maison s'emporte dans un mélange de bosnien et de français : "Pas correct ! Arbitre, poubelle !" Des mots qui ont le don de faire sourire l'assistance et le referee en personne, qui n'est autre que le frère de Yahya Boumediene, tout juste parti jouer au Pérou, après des passages à Tanger ou Mouscron. Né en 1913 sous le nom de FC Wandre Union, doté du matricule 74 en 1926, le club grimpe jusqu'en Promotion dans les années 50. Il ne fera jamais mieux. En 84, il accueille Éric Deflandre avant son départ à Liège. Redescendu en P3, il fusionne en 1998 avec le FC Croatia Boirs, qui se produit un poil plus haut dans la province, au même échelon. "À Wandre Union, on n'avait plus suffisamment de sous pour maintenir l'équipe première. Et puis, on a appris que les Croates voulaient un peu redescendre dans la vallée. Ça tombait bien", se réjouit encore Tiziano Cozzoli, alors dans le comité du club originel et désormais délégué du Croatia. Dans la foulée des sixties, toute une communauté croate s'installe dans le coin pour venir proposer ses bras et ses mains dans les usines Cockerill ou les mines de Seraing. Branko Pletikosa est du voyage. "Mon frère habitait déjà ici et je suis venu le voir. Je devais rester seulement quelques jours, mais finalement j'ai appris qu'il y avait du boulot", rembobine celui qui enchaîne alors statut d'ouvrier et de back gauche soyeux, à vingt-quatre printemps. Avec ses potes du bled, il inscrit d'abord une équipe à l'ALFA, le championnat amateur liégeois, en 1972. Ils trouvent un terrain à Boirs, où les joueurs défilent le dimanche matin. "On est très vite passé en P4 où on n'est pas resté longtemps. On n'est plus redescendu et à un moment donné, on a même failli monter en P1. Mais on s'est dit qu'on devait un peu lever le pied", souffle-t-il, sourire glissé sous sa moustache grisonnante. La lueur de ses yeux traduit une nostalgie heureuse. Branko s'exprime dans sa buvette, sous un poster de Rovinj qui subit les affres du temps mais transmet toujours la magnificence de la station balnéaire d'Istrie. Cochon à la broche pour fêter le maintien À la mi-temps, la TV croate crache un résumé du match arrêté de la veille. Sur le pré, le marquoir bloque toujours à 0-3. Le Croatia peine à exister et réplique par des interventions pour le moins physiques. Son capitaine de 37 balais, Mate Marin, arrive quelque peu en retard sur son homme. "T'es sérieux ?", lui demande ce dernier, au sol. "Quand je serai sérieux, tu l'entendras", réplique Marin avec un petit sourire, du haut de son mètre 99. "Des fois, je me trouve encore trop gentil", assure pourtant l'intéressé après le coup de sifflet final. En tongs, torse nu, poils au vent, serviette autour du cou et cheveux jusqu'aux épaules, l'ancien de Seraing, Liège ou Tilleur termine sa carrière à la cool. A domicile, de surcroît. "Je voulais retrouver cette ambiance, revenir aux sources pour terminer tranquillement avec des gens que j'apprécie", explique-t-il, lui qui effectue son retour en 2015. Si les siens s'inclinent 1-4, il ne se fait aucun souci. "On a connu ça aussi l'année dernière et on est remonté, donc ça ira." Ses parents viennent de Sibenik, en Dalmatie, à quelques pas de Split et Drnis, village natal de Branko Pletikosa. Le président partage plusieurs traits de ressemblance avec son neveu, le gardien Stipe, deuxième joueur le plus capé de l'histoire de l'équipe nationale croate (114 sélections). "Il va peut-être bientôt nous rendre visite. Il me l'a dit. Il doit venir voir Ivan Leko à Bruges, c'est son grand copain", s'impatiente l'oncle du portier fraîchement retraité, avant d'être coupé par un appel de Yuri Selak. Mis à part Martin, placé dans le noyau B du Dinamo Zagreb, les fils de l'ancien directeur sportif de Mouscron portent les couleurs de la réserve, en P4. Dans le passé, les ex-Rouches Vedran Runje et Ivica Morna se sont également arrêtés plusieurs fois à Wandre. "C'était une bonne pub pour le club. On est toujours en contact avec eux. Vedran passera peut-être, vu qu'il est à l'Antwerp maintenant. Il y a aussi Duje Cop qui vient d'arriver", signale Marin, bras ouverts. "C'est un club où il fait bon vivre. Il y a beaucoup de gens de la communauté, mais les jeunes ont un peu plus de mal à s'investir dans le truc. Il y a pas mal de Croates d'origine dans l'équipe B. J'espère qu'ils vont bientôt reprendre le flambeau pour fédérer tout le monde." Un flambeau qui pourrait s'avérer utile en toutes circonstances. "Quand on a remporté un tour final pour ne pas descendre en P4, on a fait une fiesta comme si on avait gagné le championnat. C'était une ambiance magnifique. Ça chantait, ça dansait, il y avait du cochon à la broche", salive Cozzoli. Que demande le peuple ?