Dimanche 26 avril 2015, 18h13. Gand se cale pour la première fois de la saison en tête du championnat. Parce que Danijel Milicevic vient de faire 1-0 contre Bruges, qui avait deux points d'avance avant ce match de la quatrième journée des play-offs. La Ghelamco Arena qui n'attire pas 20.000 personnes pour cette bataille des Flandres (mais 19.999, comptage officiel...) chavire complètement à la 45e minute quand Mili fait 2-0.
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Dimanche 26 avril 2015, 18h13. Gand se cale pour la première fois de la saison en tête du championnat. Parce que Danijel Milicevic vient de faire 1-0 contre Bruges, qui avait deux points d'avance avant ce match de la quatrième journée des play-offs. La Ghelamco Arena qui n'attire pas 20.000 personnes pour cette bataille des Flandres (mais 19.999, comptage officiel...) chavire complètement à la 45e minute quand Mili fait 2-0. On pense que c'est le tournant de la saison. Mais Bruges reviendra au forceps, égalisera à la 88e et quittera l'antre de l'ennemi en étant toujours leader (2-2). Pour une seule journée encore. Parce que les Buffalos passeront devant lors du sixième volet de ces PO et cueilleront au final le premier titre de leur histoire. Avec, au passage, une victoire sur la pelouse du Club lors de la huitième journée. On plante le décor de l'avant-match. Peur sur la ville après les incidents du dernier Gand - Bruges. Le bourgmestre a pris un arrêté étonnant : interdiction de se balader dans le centre avec une écharpe du Club. Réactions assez vives de certains cercles de supporters brugeois, suivies d'un discours apaisant et rassurant : " Mais bon, si on surprend un brave père de famille qui se promène sagement avec son gosse, on ne va pas faire des histoires non plus. La police n'interviendra qu'en cas d'agression ou de bagarre. " Côté Buffalos, on a la pêche : les hommes de Hein Vanhaezebrouck sortent d'une victoire convaincante sur le terrain du Standard. Mais le coach rejette la pression, il continue à dire que Bruges est favori pour le titre et qu'il faut aussi tenir compte d'Anderlecht. Durant sa conférence de presse de veille de match, où il portait un costume au lieu de son traditionnel training comme pour confirmer l'importance de l'enjeu, il a évité de tacler Michel Preud'homme, ce qu'il a fait plus d'une fois en cours de saison. Johan Boskamp prévient : " Vanhaezebrouck peut continuer à mettre la pression sur le Club et Anderlecht, aussi longtemps que Gand n'est pas premier. Mais s'ils passent en tête ce week-end, là toute la pression se déplacera sur lui et sur ses joueurs. " Côté brugeois, les joueurs sont fatigués. Trois jours avant ce clash de Pro League, les gars de Preud'homme ont affronté Dnipro, en Ukraine, en quarts de l'Europa League. C'est sans doute pour ça qu'ils ne sont nulle part quand le match commence, et carrément pendant toute la première mi-temps. Depuis son exil à Metz, Milicevic se souvient : " On avait l'impression de voler, on marchait sur Bruges, tout se passait comme dans un scénario idéal. Quand on a marqué, on a pris conscience qu'on se retrouvait en tête du championnat. C'était très spécial, très grisant. Les matches entre Gand et Bruges étaient traditionnellement équilibrés parce que les deux coaches ont des compétences tactiques au-dessus de la moyenne. Mais là, on était clairement bien meilleurs que Bruges. Et on devinait la satisfaction de Vanhaezebrouck sur le banc. Je n'irais pas jusqu'à dire que Preud'homme était une obsession, mais parfois, c'est quand même un peu l'impression qu'on avait dans le vestiaire. Il y avait clairement une lutte d'egos pour le titre honorifique de meilleur entraîneur du championnat de Belgique. " Mais ce jour-là, Vanhaezebrouck foire un peu sa prestation. Dans la dernière demi-heure, alors que c'est toujours 2-0, il sort Nicklas Pedersen puis Brecht Dejaegere. Et Preud'homme fait entrer Tom De Sutter pour les 20 dernières minutes. C'est De Sutter qui va faire basculer le match. " Dès qu'il est monté, Bruges est devenu plus efficace ", se souvient Milicevic. " On a raté notre deuxième mi-temps, c'est clair. On a beaucoup reculé, on ne s'est plus créé beaucoup d'occasions. C'est incompréhensible quand on repense au scénario de la première mi-temps, où il n'y en avait que pour nous. Mais on ne peut sûrement pas accuser le coach, ce n'est pas lui qui nous a demandé de reculer. Ça s'est fait naturellement, dans la tête des joueurs. Il y avait un peu de peur, sans doute. On connaît Vanhaezebrouck : il ne va jamais défendre. Protéger un résultat, avec lui, tu oublies. En fait, je pense qu'on a surtout payé notre débauche d'efforts de la première mi-temps. On avait vraiment beaucoup donné. " Preud'homme confirme dans son debriefing : " Ils ont peut-être payé le prix de leur départ de fous furieux. " A Gand, ce point est pris comme un uppercut. Et comme une occasion manquée. Irréparable ? " Sûrement pas ", poursuit Milicevic. " On entamait notre semaine la plus importante de la saison. On n'avait pas battu Bruges, on n'avait pas réussi à passer en tête, mais on n'avait pas perdu non plus. Et on avait produit du très bon jeu pendant trois quarts d'heure, c'était rassurant. Après ça, dès le jeudi, on recevait Anderlecht. Pour nous, ce match était aussi important. Il a été très spécial dans les émotions : on a joué le jour où Grégory Mertens est décédé. Le cousin de Sven Kums. Ça nous a énormément touchés. On a gagné contre Anderlecht et ça nous a véritablement lancés vers le titre. Deux semaines plus tard, on a gagné à Bruges, puis on a fini le boulot chez nous en battant le Standard. Ce titre, il était pour nous. Logiquement parce que Gand a été la meilleure équipe sur l'ensemble des play-offs. " Le lendemain, la presse titre sur l'absence d'incidents entre les supporters des deux équipes. Mais aussi - et principalement - sur la double physionomie du match. On lit dans un journal flamand : " La tactique du Club en première mi-temps a méchamment facilité la mission de Gand. Un artiste suédois a chanté I feel good in open landscape, c'est exactement ce que les Gantois ont trouvé. " On lit que c'est la victoire de l'engagement brugeois sur le talent gantois. Milicevic est sans doute le Gantois le plus abattu : " Tu crois pouvoir toucher les étoiles, puis tu te retrouves subitement les pieds sur terre. " Guilian Preud'homme, le fils, lui, n'a pas attendu la parution des gazettes du lundi pour s'exprimer sur Twitter. Pas content des insultes de supporters gantois à l'adresse de son père quand les Buffalos menaient : " Message aux supporters de La Gantoise. La prochaine fois que vous déciderez de vous en prendre au seul entraîneur qui a réussi quelque chose avec votre club, attendez la fin du match pour le faire. "