Il n'y a eu qu'un seul Standard - Charleroi dans l'histoire des play-offs 1 : la seule saison où les deux clubs se sont qualifiés ensemble, c'était en 2014-2015. Fiche technique raccourcie : 2-0 pour les Rouches, les buts par Imoh Ezekiel et Jorge Teixeira. C'était le 24 mai 2015, dixième et dernière journée, devant 25.000 personnes. Ce choc wallon a été une petite bombe, un match un peu historique, pour pas mal de raisons. Retour arrière.

" Pour Charleroi, ça va être une finale de Coupe du Monde ". Mehdi Bayat ne fait pas dans la demi-mesure. Et c'est clair que l'enjeu est XXL. Durant la semaine, le Standard a été battu à Gand, ce qui a valu à ce club de fêter son premier titre. Et Charleroi a perdu chez lui contre Bruges. Ça donne ceci au classement : le Standard, quatrième, a un point d'avance sur Charleroi.

Un match nul suffit aux Liégeois pour rester à cette place et aller aux préliminaires de l'Europa League. La cinquième place finale est la plus moche : elle impose un barrage en deux matches contre le vainqueur des PO2, et donc une rallonge à la saison. " Même s'il faut respecter cette cinquième place, elle n'intéresse personne ", continue Bayat.

Match du siècle en Wallonie

Les Carolos jouent les PO pour la première fois de leur histoire. Felice Mazzù a déjà plus que réussi sa saison. Côté liégeois, ça gronde à nouveau sur le banc. José Riga est le troisième entraîneur de la saison après Guy Luzon et Ivan Vukomanovic. Il a pas mal de supporters sur le dos, on lui reproche des décisions tactiques surprenantes, un manque de qualité de jeu et des résultats irréguliers. Roland Duchâtelet l'a fait revenir pour que le Standard finisse dans le Top 3.

Collins Fai tente de chiper le ballon à Cristian Benavente., BELGAIMAGE
Collins Fai tente de chiper le ballon à Cristian Benavente. © BELGAIMAGE

C'est raté, et donc, Riga a déjà annoncé à sa direction qu'il ne resterait pas. Une direction qui ne compte de toute façon plus sur lui. Quand on dit sa direction, c'est le duo Bruno Venanzi (vice-président) et Axel Lawarée. Parce qu'il a très peu de contacts avec le grand chef, Duchâtelet. Riga l'a confié à Sport Foot Magazine au moment où les play-offs allaient commencer : " Mes rapports avec Duchâtelet ? Je peux les qualifier de... rares. On a parlé une ou deux fois au téléphone. "

La presse flamande évoque Le match du siècle en Wallonie. Parce qu'il y a un ticket européen en jeu mais aussi le statut de premier club du sud du pays. Honorifique mais important pour des supporters qui se détestent. D'ailleurs, la journée est marquée par plusieurs débordements, parfois très graves.

Le parquet vient d'annoncer qu'il allait en appel de la décision de la commission des litiges de l'Union Belge qui a décidé de ne pas poursuivre Charleroi dans une histoire de banderole : la bâche déroulée lors du match précédent entre les deux clubs, au Mambourg. On y lisait : Ultras islamistes, les seuls à décapiter, c'est vous. Une réaction des Carolos au fameux tifo liégeois de décapitation de Steven Defour.

Des casiers qui volent

Pendant le match, c'est parfois chaud entre les franges. Une caméra surprend un supporter carolo, installé dans une tribune supérieure, occupé à uriner sur des spectateurs installés dans la tribune en dessous. Dès que les dirigeants de Charleroi l'apprendront, ils annonceront leur intention de prononcer une interdiction de stade. Mais c'est surtout après le match que ça part dans tous les sens. Des supporters des deux camps se lancent des bouteilles de bière au-dessus d'une clôture, on voit même voler des casiers.

Un Carolo donne un coup de poing au visage, et des coups de pied dans les jambes d'un policier qui tente de le maîtriser. Il dira, après coup : " J'étais sous l'emprise de la boisson, je n'avais pas vu que c'était un policier "... Et l'incident le plus grave se produit entre deux supporters... du Standard - tout ça parce qu'il y en a un qui refuse de chanter des chansons en anglais que l'autre voudrait qu'il chante ! Grosse baston et, au bout du compte, un des deux gars embarqué au CHU dans un sale état : fractures multiples, plongée dans un coma artificiel, pronostic vital engagé.

Sur le terrain, ça ne s'est pas mal passé, les joueurs ont su garder la maîtrise de leurs nerfs, de leurs émotions. La victoire du Standard est logique et la série noire du Sporting continue : plus aucune victoire à Sclessin depuis 2008. Charleroi va devoir se farcir quelques jours de taf supplémentaires et affronter Malines pour espérer retrouver la Coupe d'Europe, 21 ans après sa dernière participation - si on ne compte pas les aventures en Intertoto. José Riga n'attend pas que le club annonce que son contrat ne sera pas prolongé, il prend les devants et annonce publiquement, lui-même, qu'il ne restera pas. Et il donne son ressenti à la presse.

Coup de tonnerre

" Si on ne regarde que les chiffres, mon évaluation n'est pas positive. Mais avec ce qu'on a montré, on méritait mieux. D'un autre côté, ce n'est pas mal de finir en Coupe d'Europe quand on a consommé trois entraîneurs. " Il dit aussi : " Je mentirais si je disais que je n'ai pas envie de rester le coach du Standard. Mais la presse a décidé que j'avais échoué. " Et encore : " Ce n'est pas évident de rester crédible vis-à-vis d'un groupe lorsque, dès le premier dérapage, vous êtes la seule cible. "

On écrit directement que le Standard se prépare une nouvelle fois à tout recommencer, avec un nouveau coach. A ce moment-là, on ne sait pas encore que le coup de tonnerre de l'été aura lieu dans les bureaux. Ce choc wallon a été le tout dernier match de Roland Duchâtelet à la tête du Standard. Un bon mois plus tard, il vend ses parts à Bruno Venanzi et part sur la pointe des pieds .

Par Pierre Danvoye

Il n'y a eu qu'un seul Standard - Charleroi dans l'histoire des play-offs 1 : la seule saison où les deux clubs se sont qualifiés ensemble, c'était en 2014-2015. Fiche technique raccourcie : 2-0 pour les Rouches, les buts par Imoh Ezekiel et Jorge Teixeira. C'était le 24 mai 2015, dixième et dernière journée, devant 25.000 personnes. Ce choc wallon a été une petite bombe, un match un peu historique, pour pas mal de raisons. Retour arrière. " Pour Charleroi, ça va être une finale de Coupe du Monde ". Mehdi Bayat ne fait pas dans la demi-mesure. Et c'est clair que l'enjeu est XXL. Durant la semaine, le Standard a été battu à Gand, ce qui a valu à ce club de fêter son premier titre. Et Charleroi a perdu chez lui contre Bruges. Ça donne ceci au classement : le Standard, quatrième, a un point d'avance sur Charleroi. Un match nul suffit aux Liégeois pour rester à cette place et aller aux préliminaires de l'Europa League. La cinquième place finale est la plus moche : elle impose un barrage en deux matches contre le vainqueur des PO2, et donc une rallonge à la saison. " Même s'il faut respecter cette cinquième place, elle n'intéresse personne ", continue Bayat. Les Carolos jouent les PO pour la première fois de leur histoire. Felice Mazzù a déjà plus que réussi sa saison. Côté liégeois, ça gronde à nouveau sur le banc. José Riga est le troisième entraîneur de la saison après Guy Luzon et Ivan Vukomanovic. Il a pas mal de supporters sur le dos, on lui reproche des décisions tactiques surprenantes, un manque de qualité de jeu et des résultats irréguliers. Roland Duchâtelet l'a fait revenir pour que le Standard finisse dans le Top 3. C'est raté, et donc, Riga a déjà annoncé à sa direction qu'il ne resterait pas. Une direction qui ne compte de toute façon plus sur lui. Quand on dit sa direction, c'est le duo Bruno Venanzi (vice-président) et Axel Lawarée. Parce qu'il a très peu de contacts avec le grand chef, Duchâtelet. Riga l'a confié à Sport Foot Magazine au moment où les play-offs allaient commencer : " Mes rapports avec Duchâtelet ? Je peux les qualifier de... rares. On a parlé une ou deux fois au téléphone. " La presse flamande évoque Le match du siècle en Wallonie. Parce qu'il y a un ticket européen en jeu mais aussi le statut de premier club du sud du pays. Honorifique mais important pour des supporters qui se détestent. D'ailleurs, la journée est marquée par plusieurs débordements, parfois très graves. Le parquet vient d'annoncer qu'il allait en appel de la décision de la commission des litiges de l'Union Belge qui a décidé de ne pas poursuivre Charleroi dans une histoire de banderole : la bâche déroulée lors du match précédent entre les deux clubs, au Mambourg. On y lisait : Ultras islamistes, les seuls à décapiter, c'est vous. Une réaction des Carolos au fameux tifo liégeois de décapitation de Steven Defour.Pendant le match, c'est parfois chaud entre les franges. Une caméra surprend un supporter carolo, installé dans une tribune supérieure, occupé à uriner sur des spectateurs installés dans la tribune en dessous. Dès que les dirigeants de Charleroi l'apprendront, ils annonceront leur intention de prononcer une interdiction de stade. Mais c'est surtout après le match que ça part dans tous les sens. Des supporters des deux camps se lancent des bouteilles de bière au-dessus d'une clôture, on voit même voler des casiers. Un Carolo donne un coup de poing au visage, et des coups de pied dans les jambes d'un policier qui tente de le maîtriser. Il dira, après coup : " J'étais sous l'emprise de la boisson, je n'avais pas vu que c'était un policier "... Et l'incident le plus grave se produit entre deux supporters... du Standard - tout ça parce qu'il y en a un qui refuse de chanter des chansons en anglais que l'autre voudrait qu'il chante ! Grosse baston et, au bout du compte, un des deux gars embarqué au CHU dans un sale état : fractures multiples, plongée dans un coma artificiel, pronostic vital engagé. Sur le terrain, ça ne s'est pas mal passé, les joueurs ont su garder la maîtrise de leurs nerfs, de leurs émotions. La victoire du Standard est logique et la série noire du Sporting continue : plus aucune victoire à Sclessin depuis 2008. Charleroi va devoir se farcir quelques jours de taf supplémentaires et affronter Malines pour espérer retrouver la Coupe d'Europe, 21 ans après sa dernière participation - si on ne compte pas les aventures en Intertoto. José Riga n'attend pas que le club annonce que son contrat ne sera pas prolongé, il prend les devants et annonce publiquement, lui-même, qu'il ne restera pas. Et il donne son ressenti à la presse. " Si on ne regarde que les chiffres, mon évaluation n'est pas positive. Mais avec ce qu'on a montré, on méritait mieux. D'un autre côté, ce n'est pas mal de finir en Coupe d'Europe quand on a consommé trois entraîneurs. " Il dit aussi : " Je mentirais si je disais que je n'ai pas envie de rester le coach du Standard. Mais la presse a décidé que j'avais échoué. " Et encore : " Ce n'est pas évident de rester crédible vis-à-vis d'un groupe lorsque, dès le premier dérapage, vous êtes la seule cible. " On écrit directement que le Standard se prépare une nouvelle fois à tout recommencer, avec un nouveau coach. A ce moment-là, on ne sait pas encore que le coup de tonnerre de l'été aura lieu dans les bureaux. Ce choc wallon a été le tout dernier match de Roland Duchâtelet à la tête du Standard. Un bon mois plus tard, il vend ses parts à Bruno Venanzi et part sur la pointe des pieds .Par Pierre Danvoye