"J'avais une photo de Willy Geurts sur mon plumier, j'étais supporter d'Anderlecht et j'assistais à des matches européens des Mauves pour le voir en live ", commence Luc Ernès. " Alors, je ne te dis pas ma joie quand je l'ai eu, plus tard, comme coéquipier à Liège. "
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"J'avais une photo de Willy Geurts sur mon plumier, j'étais supporter d'Anderlecht et j'assistais à des matches européens des Mauves pour le voir en live ", commence Luc Ernès. " Alors, je ne te dis pas ma joie quand je l'ai eu, plus tard, comme coéquipier à Liège. " À 52 ans, il a toujours la même bonhomie et le même débit sympa, avec cet accent liégeois que l'on pourrait toujours trancher au grand couteau de boucherie. Et qu'est-ce qu'il fait dans la vie ? Lui, au moins, il n'en raconte pas, il n'essaie pas de faire croire qu'il est actuellement inactif de façon simplement provisoire, en attendant un poste dans le foot ou ailleurs. "Je ne travaille pas. Je n'ai jamais travaillé. Et je n'ai jamais cherché à travailler. Parce que je n'en ai pas besoin. Les salaires qu'on touchait à l'époque n'avaient rien à voir avec ce qu'on donne maintenant, mais j'ai bien géré. Je n'ai pas flambé quand je jouais, je n'ai pas déconné après non plus. Je n'ai jamais eu besoin d'une Ferrari, je n'ai jamais carburé au champagne, j'ai toujours refusé les paillettes, la grande vie. Un Hesbignon, ça connaît la valeur de l'argent." Luc Ernès, c'est une partie de la grande histoire du FC Liège. Deux joueurs seulement, BernardWégria et Raphaël Quaranta, ont disputé plus de matches que lui pour ce club. Il pointe à 420 piges. Et, accessoirement, 90 buts. Un souvenir, plus fort que tous les autres ? " Mon seul trophée, la Coupe de Belgique en 1990. J'ai marqué en finale contre le Germinal Ekeren. Le retour à Liège sur le toit du bus, c'était quelque chose. " Il y a eu aussi, évidemment, quelques affiches européennes. " Je pointerais Benfica en priorité parce qu'on s'était qualifiés. Mais aussi les gros matches contre la Juventus. Antonio Cabrini m'a offert son maillot et son brassard. Une sacrée légende du foot italien, quand même. Et puis je pourrais citer mon premier goal en Coupe d'Europe, contre Bilbao avec Andoni Zubizarreta dans le but. Un beau goal en plus. Mais bon, il n'avait pas servi à grand-chose. " Un ex-footballeur des années 80 et 90 qui n'a jamais quitté le championnat belge, qui ne jouait pas dans un club de l'ultratop mais qui peut se permettre de ne pas bosser après sa carrière... il faut qu'il explique. " J'ai eu un tout bon contrat de trois ans à Liège. Le club allait fêter son centenaire en 1992 et son patron, André Marchandise, voulait marquer le coup en ayant une grosse équipe. Le Standard me voulait absolument. J'étais une priorité de Georg Kessler. On s'est vus deux fois, en Hollande, pour ne pas être repérés. C'était une belle proposition de contrat, je n'avais plus qu'à signer. Je suis rentré au FC Liège et j'ai demandé un rendez-vous en urgence à Marchandise. Il voulait voir le contrat du Standard. Là, j'ai un peu triché, j'ai bluffé, j'ai maquillé les chiffres. Quand il a vu ces chiffres, il m'a dit qu'il ne pouvait pas s'aligner. Puis, il a craqué, il a appelé sa secrétaire, je l'entends encore lui dire : - Prépare le contrat de Luc, on s'aligne. Ça tournait autour de 500.000 francs par mois, 12.500 euros, pas mal pour l'époque. Et 100.000 francs, 2.500 euros par victoire. Et c'était une période où on gagnait beaucoup de matches ! " Il ne voulait clairement pas quitter Rocourt. Son biotope. D'ailleurs, ses expériences ailleurs ne se sont pas bien passées. " Au RWDM, j'ai eu la seule grave blessure de ma carrière, on m'a opéré pour une pubalgie. Avant ça, pendant toutes mes années à Liège, je n'avais jamais souffert de rien, même pas d'une entorse. Et en fin de carrière, à Charleroi, ça n'a pas été mieux. Je retrouvais RobertWaseige. Et je n'en touchais pas une. Il m'a apostrophé : -Mais qu'est-ce que tu fous ? Tu déconnes ou quoi ? J'étais méconnaissable. On m'a diagnostiqué un sérieux problème de thyroïde, j'avais perdu une dizaine de kilos. Aujourd'hui encore, je prends des médocs pour traiter ça. À vie. " Ses godasses à peine rangées, Luc Ernès a découvert le job d'entraîneur, par hasard. " J'ai commencé dans le club de mon village, on a perdu nos dix premiers matches. Puis on a fait une série de vingt matches sans perdre et on a failli jouer le tour final. J'y ai pris goût. Après ça, j'ai fait six saisons à Oreye avec une montée, puis neuf ans à Beaufays, où on a aussi gagné un titre. Depuis l'année passée, je suis à Faimes, avec un nouveau titre. C'est assez festif. J'ai remplacé les amendes par des bacs de chopes. Il y a un système de barrettes pour un retard, l'oubli du training ou le GSM qui sonne dans le vestiaire. À cinq barrettes, c'est un casier. " Et sa passion légendaire pour les pigeons, héritée de son grand-père ? Pas pris une ride. " J'en ai près de 150, c'est du boulot. Je passe la matinée à nettoyer mes pigeonniers, ça fait des kilos de fientes ! Il faut les trier (les jeunes et les vieux, les mâles et les femelles, ...), les faire sortir. Les concours ne reprendront que fin mars, mais pour le moment, c'est la saison de la mue et des accouplements. On doit les soigner différemment, prévoir des bains pour un beau plumage. Il y a aussi les opérations de ventes. Mon record, c'est un pigeon à 7.500 euros. Mais c'est loin des plus gros prix d'aujourd'hui. Pour le moment, il y a sur internet un pigeon à 100.000 euros. L'année passée, il y en a un qui a été vendu à 360.000 euros. C'est devenu de la folie. Les acheteurs asiatiques ont fait exploser le marché. "