L'annonce a eu l'effet d'une bombe. Lorsque Gérard Depardieu dévoile son ambition d'ouvrir une cave à vin dans le centre de Tournai, en 2014, c'est une ville entière qui se met à rêver d'un boom médiatico-économique. Las, en près quatre ans, le seul lien que l'acteur a eu avec la vitrine de la rue du Curé de Notre Dame est le message "Prochainement, ouverture de "Espace Depardieu"."
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L'annonce a eu l'effet d'une bombe. Lorsque Gérard Depardieu dévoile son ambition d'ouvrir une cave à vin dans le centre de Tournai, en 2014, c'est une ville entière qui se met à rêver d'un boom médiatico-économique. Las, en près quatre ans, le seul lien que l'acteur a eu avec la vitrine de la rue du Curé de Notre Dame est le message "Prochainement, ouverture de "Espace Depardieu"." Dans le prolongement de cette artère jouxtant la superbe cathédrale hennuyère, la rue Saint-Piat n'a jamais défrayé la chronique. Coincée entre le Palais de Justice et l'Escaut, elle constitue le terrain de jeu de FabienDelbeeke. Personnage moins célèbre que Gégé mais ô combien plus impliqué dans la ville, le Mouscronnois de naissance accueille depuis une dizaine d'années des personnes en situation précaire. " Il arrive encore que certains me reconnaissent ", dévoile modestement l'ancien défenseur. " Le foot peut être un bon moyen d'entamer la discussion avec eux. " Éducateur de rue, Fabien Delbeeke côtoie sans-papiers et SDF au quotidien. " L'objectif est de leur créer un réseau, de les resocialiser, de leur trouver un logement, de les remettre en ordre de papiers et de mutuelle ", précise notre homme. Fabien Delbeeke a toujours eu conscience de son niveau footballistique. Au moment d'intégrer le noyau A de Mouscron au milieu des années 90, il décide donc de se lancer en parallèle dans des études d'éducateur spécialisé. " Devenir footballeur pro n'était pas un objectif, c'est venu comme ça ", se souvient-il. En D2, Delbeeke parvient à gérer foot et études pendant toute la saison 1995-96. Jusqu'au tour final. Lors du dernier match face au voisin courtraisien, l'Excelsior a l'occasion de valider son ticket pour la D1. Le lendemain, Fabien a examen de psychologie. " J'ai bien fait d'anticiper en étudiant à l'avance parce qu'après la fête, je suis rentré à 4 h du matin. À 8 h, j'étais à l'école. Cette promotion sportive a eu beaucoup d'effets positifs sur la ville : les Belges ont pu placer Mouscron sur la carte et ça a créé de l'emploi en stimulant l'économie locale. " Le défenseur découvre alors la D1 et le statut de joueur pro. Pas souvent titulaire, Delbeeke est très régulièrement repris au sein de l'équipe qui bouscule la hiérarchie de l'élite. Mais après quelques mois, il est victime d'une fracture du métatarse. Les dirigeants mouscronnois lui font alors comprendre qu'un jeune défenseur comme lui a plus à gagner en prenant du temps de jeu en D2. Et l'éducateur de rejoindre La Louvière. " Les Loups avaient un public un rien plus fanatique que Mouscron. Sur le terrain, j'ai eu la chance de côtoyer des gars tels que Silvio Proto, Onder Turaci et surtout Nicolas Ouédec, un ancien international français. " Au Tivoli, l'arrière droit connaît ses plus belles heures en D1 sous les ordres de Daniel Leclerc. " Il était ultra professionnel. Au point de péter un plomb quand il a appris que certains joueurs faisaient 1h30 de route avant l'entraînement. " Après un passage par Renaix, Delbeeke est repéré lors d'un tournoi de foot en salle par un attaquant français qui lui propose de traverser la frontière pour le rejoindre à Wasquehal. " C'était une terrible opportunité : le club était situé juste en bas de chez moi et j'ai eu l'occasion de visiter toute la France, vu qu'on était professionnel. Cannes, Ajaccio... on partait trois jours pour chaque déplacement. On avait beau être en National, c'était un autre monde ! " Malheureusement, le club descend en CFA en fin de saison. Pour des raisons familiales, Fabien refuse une prolongation de contrat, accepte un poste d'éducateur pour la Ville de Tournai et en profite pour rallier le club de la cité picarde. Il se dirige alors vers une fin de carrière pépère... jusqu'à cet appel téléphonique de mars 2010. Au bout du fil, un homme qui se présente comme un journaliste de Sport/Foot Magazine. Il demande à Fabien, alors capitaine du RFC Tournai en D2, de participer à une action de lutte contre le cancer. Comment ? En relevant sa chaussette gauche juste après le toss du match face au Lierse, quelques jours plus tard. " Le soir-même, peut-être naïvement, je m'exécute. Au final, on perd le match 1-2. Le lendemain, alors que je me rends au boulot, je reçois un appel : la police était devant chez moi avec un mandat de perquisition... " Ce que Fabien ignore depuis le départ, c'est que le prétendu journaliste, Gustave Blanckaert, a contacté le Lierse en leur affirmant que si le défenseur remontait son bas, c'était le signe que Tournai allait laisser filer le match. Blanckaert demandait plusieurs milliers d'euros pour cette intervention. Heureusement, les Pallieters ont directement prévenu la police qui a mis le bandit sur écoute. " Les enquêteurs ont fouillé mon intérieur en affirmant qu'ils étaient sûrs de mon innocence. Mais j'ai eu peur quand ils sont tombés sur une enveloppe qui contenait les billets d'une opération "spaghetti" menée par ma femme institutrice (rires). Avec le recul, je ne suis pas sûr que tout se serait si bien déroulé si j'avais marqué un but contre mon camp... "