Francis Blanche, Gérard Depardieu, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo... Ils sont tous là. En moyen ou grand format, les photos des plus grands acteurs du cinéma français tapissent les murs du Café de La Poste à travers quelques passages de leurs films les plus célèbres.
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Francis Blanche, Gérard Depardieu, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo... Ils sont tous là. En moyen ou grand format, les photos des plus grands acteurs du cinéma français tapissent les murs du Café de La Poste à travers quelques passages de leurs films les plus célèbres. Au milieu de ces monstres, un cadre plus modeste. Celui d' Éric Joly, qui écarte les bras, un léger sourire en coin, sous le maillot de Gand. " Je ne me compare pas à tous ces noms ", assure-t-il. " C'est simplement un hommage que l'on rend, avec ma femme, à ces personnalités qui ont marqué la France. " C'est à sa ville de La Bassée, située entre Lille et Lens, que Joly a voulu apporter quelque chose en lançant son bar-tabac, il y a onze ans. De son comptoir, le Valenciennois de naissance discute le coup avec la dizaine de clients présents en ce milieu d'après-midi. Avant de plonger pour nous dans ses souvenirs. " Je jouais en CFA avec Rouen quand Michel De Wolf, actif à Courtrai à l'époque, m'a repéré en 1998 lors d'un match dans la région parisienne ", débute Joly. " Je voulais évoluer en D1, que ce soit en France ou en Belgique, donc j'ai sauté sur l'opportunité. " Au Plat Pays, le jeune homme retrouve une atmosphère conviviale qui lui correspond totalement. L'épanouissement est tel qu'après une petite saison seulement, il est transféré à Gand. Titulaire dans le milieu de terrain, Joly fait parler sa patte pour distribuer les caviars à droite et à gauche, notamment à Ole Martin Aarst, qui termine co-meilleur buteur du championnat 1999-2000 avec 30 buts - " dont 25 que je lui ai offert ", rigole le Français. Mais le tableau est, parfois, moins idyllique et Éric Joly en fait les frais un jour de février 2001. La veille, Gand s'était imposé difficilement à Saint-Trond sur un but de Gunther Schepens. " Je n'avais pas été très bon, mais il a profité de ma faiblesse pour me tuer dans la presse. Ça a causé ma fin là-bas. Schepens ne voyait que sa gueule et s'en foutait de l'équipe. Pourtant, il n'était bon que 4-5 matchs par an. Le reste, il le passait sur la touche. " Après cet épisode, Éric Joly ne disputera plus que dix matchs pour les Buffalos. Mais ne quittera jamais le coeur des fans, qui l'avaient élu l'année précédente Joueur de la saison devant Aarst, le goleadort. " J'ai encore le Ballon qu'ils m'ont offert à la maison ", dit-il. Au top de sa forme, Éric Joly était un des meilleurs demis de Belgique. Au point de susciter l'intérêt de formations telles que le Standard, Anderlecht, Naples et même Dortmund. " Ça m'a complètement perdu ", rembobine-t-il. " Mais je me souviens qu'il n'y avait qu'un club qui m'excitait : Anderlecht. C'était la classe, les Vanden Stock, le costume... Je voulais y aller. Mais je n'ai pas eu le bon manager à ce moment-là et Gand n'a pas voulu me perdre après avoir cédé déjà Aarst et Ivica Dragutinovic. " Par la suite, Joly aura également des contacts avec les Glasgow Rangers, séduits par le Nordiste au terme d'un match amical entre les deux équipes. " Tout s'est décidé dans le bus du retour... mais je n'ai pas eu mon mot à dire. " Après un court passage à l'Eendracht Alost, Joly rejoint Mons au début de la saison 2002. Il y bosse sous les ordres de Marc Grosjean puis de Sergio Brio. Deux coachs qui l'ont marqué de manière radicalement opposée. " Grosjean était top, un des plus grands que j'ai connus. Mais il a déconné au niveau de sa communication : il s'est emballé à certains moments devant les journalistes au lieu de faire le beau. C'est ça qui l'a perdu. " Quant à l'Italien, D'Artagnan doit souffler un coup avant de pouvoir dire ce qu'il en pense. " J'ai su dès notre première rencontre que je ne jouerais pas avec lui. Alors qu'il serrait la main des joueurs en silence, il s'est arrêté près de moi et a dit " Éric Joly ? Ok ! " et c'était bon, j'avais compris. J'ai eu beau être exemplaire à l'entraînement, ça n'a rien changé. Après le Tondreau, Joly transite par Kilmarnock, Ostende et Roulers, où il ponctue sa carrière pro. " C'est là que j'ai commencé à connaître la vie. J'ai repris le bar-tabac et j'étais moins sérieux. Je ne tenais plus la route, tout simplement. Et quand c'est comme ça, on arrête. " Situé en plein centre de La Bassée, le café de La Poste ne désemplit pas de monde. Mais ici, pas de télévision : c'est le contact et l'échange qui priment. " J'aime l'amitié des gens. Il y a un peu un rôle social derrière le comptoir : on parle famille, boulot, on écoute les gens, on partage. " Plus de dix ans après avoir ouvert l'établissement, Éric Joly est désormais une vraie personnalité du centre-ville. Il n'est plus " Éric le footballeur ", mais " Éric le barman ". " Je parle très rarement de ma carrière. Les gens savent que j'ai été footballeur pro, mais je ne dévoile pas mes souvenirs... sauf quand j'ai bu un verre. " La fameuse table des Tontons Flingueurs.