Six années se sont quasiment écoulées depuis la fin de sa carrière. Six années depuis lesquelles Dieter Dekelver continue d'entendre qu'il a été l'un des joueurs les plus sous-estimés du championnat belge au début de ce siècle. Installé dans le petit lounge qui sert d'accueil aux clients de Vastgoedservice, la boîte de services immobiliers où il travaille désormais, l'ancien attaquant est pourtant loin d'enchaîner les remords. Il l'avoue sans honte : lutter au mieux pour une place dans le ventre mou, avec Westerlo, ne l'a jamais dérangé. Surtout que le Limbourgeois a planté sa petite dizaine de buts lors de pratiquement chacune des quinze saisons disputées en pro.
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Six années se sont quasiment écoulées depuis la fin de sa carrière. Six années depuis lesquelles Dieter Dekelver continue d'entendre qu'il a été l'un des joueurs les plus sous-estimés du championnat belge au début de ce siècle. Installé dans le petit lounge qui sert d'accueil aux clients de Vastgoedservice, la boîte de services immobiliers où il travaille désormais, l'ancien attaquant est pourtant loin d'enchaîner les remords. Il l'avoue sans honte : lutter au mieux pour une place dans le ventre mou, avec Westerlo, ne l'a jamais dérangé. Surtout que le Limbourgeois a planté sa petite dizaine de buts lors de pratiquement chacune des quinze saisons disputées en pro. Printemps 2003. Lommel, le club où Dekelver a débuté en D1, est déclaré en faillite. Plutôt que de vivoter pendant les trois derniers mois de la compétition en devant organiser les matchs officiels avec ses coéquipiers (!), le jeune homme rejoint son ancien coach Harm Van Veldhoven au FC Molenbeek Brussels Strombeek, en D2. " L'atmosphère entre les joueurs était très bonne, mais le président Johan Vermeersch était quasi constamment en conflit avec le groupe. Il nous mettait beaucoup de pression et n'hésitait pas à nous engueuler dans le vestiaire à la mi-temps si on ne menait pas au score. " Dekelver, qui prend du plaisir au milieu des Patrick Nys, Didier Ernst, Alan Haydock et autres Christophe Kinet, reste 15 mois dans la capitale où il inscrit 16 buts et participe activement à l'obtention du titre. " Ça ne devait pas être suffisant ", marmonne-t-il aujourd'hui. " Sans jamais me parler de vive voix ou par téléphone, Vermeersch ne m'a pas prolongé. À ce moment-là, je me suis demandé si j'allais encore pouvoir atteindre la D1, surtout que je n'avais aucun contact avec d'autres clubs. " Heureusement, son mentor Van Veldhoven lui tend à nouveau la main pour l'emmener au Cercle. En revenant en D1, Dieter Dekelver retrouve un statut qu'il a endossé dès sa première saison en tant que professionnel : celui de bête noire d'Anderlecht. Au total, il marque sept buts contre les Bruxellois dont quatre en une saison, alors qu'il flirte seulement avec les vingt ans. " Ce club me convenait bien ", sourit-il. " Le problème, c'est que j'ai très vite reçu le surnom de Mister Anderlecht et du coup, j'étais attendu. " Cela n'empêche pas le natif de Beringen de surprendre à plusieurs reprises les défenses de cadors du championnat comme Genk (5 buts), le Standard (4), Gand (4) et Bruges (3). Rarement titulaire indiscutable au long de sa carrière, Dieter Dekelver est tout de même parvenu à se hisser à une époque dans le top 3 des meilleurs buteurs de D1 en activité en marquant à 67 reprises, sans compter ses 11 roses plantées en Coupe de Belgique. Prolifique au moment où l'équipe nationale galère avec des Stein Huysegems ou Kevin Vandenbergh devant, le Limbourgeois ne rêve même pas d'un appel du sélectionneur. " Je n'étais de toute façon pas fait pour occuper une place d'attaquant isolé comme un Cédric Roussel, grand et puissant, pouvait le faire. " Dekelver s'est donc uniquement concentré sur ses clubs, Lommel, le Brussels, le Cercle et Westerlo. Sa récompense ? Deux finales de Coupe de Belgique. " Mes deux plus beaux moments - parce que c'est le maximum que des clubs comme Lommel et Westerlo peuvent atteindre - mais aussi les pires parce qu'on a perdu. Maintenant, l'aventure était incroyable. Je pense que 11.000 fans de Westerlo sont venus au stade Roi Baudouin. C'est énorme ! " Une dernière saison terne avec Lommel en D2 mène Dieter à arrêter le foot en août 2013. Après trois mois de repos total, il débarque chez Vastgoedservice à Beringen, dans la boîte de son pote Timmy Simons. " C'est pourtant un autre ex-coéquipier qui m'a contacté en affirmant que ce job me conviendrait à merveille. " Campé derrière les annonces de vente et de location de bâtiments, l'ancien buteur prend en charge tous les documents liés à la vente d'une maison : compromis, planification d'agenda, annonce sur le site, etc. Son but : faciliter au maximum le marché. Dekelver ne s'en cache pas, tout son boulot s'effectue derrière un bureau, même si sa porte est toujours ouverte pour rencontrer le client et répondre à ses interrogations. " J'ai suivi des cours d'économie à l'école et j'ai toujours aimé les papiers. À la maison, je m'occupais déjà de l'administratif, donc j'ai tout de suite accroché. J'aime ce boulot parce qu'on n'achète pas une maison comme on va chercher du pain. C'est le choix d'une vie. Une décision difficile et importante. " Et, l'air de rien, Dekelver y voit quelques rapprochements avec le football : comme lors d'un match, les gens sont à la recherche de rêve. " Via un but ou un accompagnement, le credo commun de mes deux carrières professionnelles est de rendre les gens heureux ", sourit Dekelver, qui a depuis longtemps troqué le football pour le vélo. Ou comment passer de Cercle-Westerlo à Gand-Wevelgem.