HorstBrackmann a dû se remettre de sa surprise lorsque son fils Marco lui a annoncé avec enthousiasme que DenizUndav était non seulement leader du championnat avec son club belge, mais aussi le meilleur buteur de la compétition. "Mon fils et Deniz, qui jouaient au football ensemble, sont toujours restés en contact."
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HorstBrackmann a dû se remettre de sa surprise lorsque son fils Marco lui a annoncé avec enthousiasme que DenizUndav était non seulement leader du championnat avec son club belge, mais aussi le meilleur buteur de la compétition. "Mon fils et Deniz, qui jouaient au football ensemble, sont toujours restés en contact." Brackmann est l'homme qui a fait venir Undav au Werder Brême. Il se souvient exactement du lieu et du moment où il a vu pour la première fois le jeune attaquant à l'oeuvre. "C'était un dimanche matin, lors d'un tournoi qu'il disputait avec les U12 d'Achim. J'entraînais les U12 du Werder à l'époque. Il avait onze ans, mais il était déjà très bon dans les seize mètres. Il n'était pas très grand, mais il maniait très bien le ballon. Un vrai petit footballeur de rue, un peu téméraire, mais qui savait où se placer. J'ai discuté avec lui après le match et je lui ai demandé s'il voulait venir à Brême." Brackmann a donc entraîné Undav chez les U12 du Werder. "Ensuite, il est passé en U15 et là, on a jugé qu'il était trop petit." En tant que coordinateur des jeunes des U8 aux U15 à Brême, ThorstenBolder a été l'une des personnes qui a pris cette décision. Aujourd'hui, il affirme être heureux pour le joueur. "C'est vrai qu'à l'époque, nous avons décidé de ne pas le garder. Il n'était pas très grand, pas très fort de la tête et avait quelques kilos en trop. Un petit grassouillet, si vous voulez. On ne pensait pas qu'il serait capable de réussir dans une catégorie supérieure, d'autant qu'il n'était pas le plus grand travailleur à l'entraînement. Courir, ce n'était pas son truc. Il marquait déjà à l'époque, mais pas autant qu'aujourd'hui. Après coup, c'est facile de juger, mais à ce moment-là, c'était très difficile de prédire qui allait réussir ou pas. Il a fallu faire un choix. J'ai entendu que, plus tard, il a travaillé son corps. C'est ce qui l'a amené là où il se trouve aujourd'hui, et ça signifie qu'il a compris où le bât blessait." La bouée de sauvetage lui a été lancée par le SV Weyhe, un petit club situé à une dizaine de kilomètres de Brême. Entre-temps, Brackmann y était devenu entraîneur des jeunes. Il se dit encore étonné que Brême l'ait renvoyé: "À son âge, il était l'un des meilleurs joueurs de la région, extrêmement dangereux dans la surface de réparation. Simplement, il ne courait pas énormément. Souvent, on ne le voyait pas pendant 80 minutes, puis il marquait soudainement un but." "Deniz était une personnalité sur le terrain, il n'en faisait qu'à sa tête. Il n'était pas seulement un bon footballeur, mais aussi un gars sympa. Toujours positif, toujours souriant. Je pense qu'il ne connaissait pas la signification du mot négatif." Depuis 2018, Brackmann n'est plus formateur. "Après Braunschweig, je l'ai un peu perdu de vue. Il espérait jouer en D2 avec l'équipe première de l'Eintracht, mais il s'est retrouvé en D4 avec l'équipe réserve." Aujourd'hui, le TSV Havelse évolue en D3, où il végète en bas de classement parmi des clubs de tradition comme Munich 1860 et le FC Magdebourg. Lorsque Undav a atterri là-bas, les RougeetBlanc jouaient en Regionalliga Nord, le quatrième niveau du football allemand. MatthiasLimbach y est toujours le directeur sportif, comme à l'époque d'Undav. Avec l'ancien entraîneur des jeunes StefanGehrke, il a fait venir le jeune Deniz dans ce club de la région de Hanovre, et lui a également trouvé une place à l'école. Est-il surpris du succès d'Undav? "Pas du tout. Nous l'avons fait venir à 18 ans, alors que personne d'autre ne croyait en lui. Nous lui avons découvert une qualité rare chez les footballeurs: il marque toujours. À Weyhe, il jouait souvent comme milieu défensif, mais nous nous sommes rapidement aperçus que c'était un véritable attaquant. Il a aidé nos équipes de jeunes à monter de la Regionalliga à la Bundesliga. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: lors des 72 matches qu'il a disputés avec nous, il a marqué 37 fois et délivré quinze passes décisives. Avec Daniel- KofiKyereh, qui joue désormais au FC Sankt Pauli, il faisait la différence. On l'a donc invité au stage d'entraînement de l'équipe première en Turquie. Il a tiré son épingle du jeu. À partir de là, il est resté avec l'équipe A et il n'a plus joué avec les jeunes que lors des gros matches." Quel est le facteur-clé qui a permis à Undav de réussir à Havelse? "La confiance. Il en était dépourvu auparavant. L'entraîneur Stefan Gehrke a trouvé les mots qu'il fallait. On savait qu'il n'était pas celui qui courait le plus de kilomètres à l'entraînement, et qu'il ne défendait pas énormément, mais il marquait systématiquement. Souvent dans des positions impossibles. Il avait aussi un oeil pour ses coéquipiers. De nombreux attaquants ne voient le but que lorsqu'ils ont le ballon." La seule chose qui a surpris Limbach est qu'Undav n'ait jamais reçu d'offre d'un club de Bundesliga. "Peut-être n'ont-ils pas osé prendre le risque. Aujourd'hui, Deniz serait un renfort pour de nombreux clubs de D1 allemande au poste d'attaquant. Mais pour une raison ou une autre, ils ne se sont pas aperçus de ses qualités à l'époque alors qu'il ne coûtait rien. Aujourd'hui, son prix a forcément augmenté." Lorsque Sport/Foot Magazine a demandé à Undav, il y a quelques mois, qui avait joué un rôle déterminant pour sa carrière, il a donné le nom de Stefan Gehrke: "Sans lui, je ne serais probablement pas ici aujourd'hui." Gehrke était alors entraîneur des jeunes à Havelse, avant de devenir entraîneur principal de l'équipe première. Lorsqu'il entend qu'Undav a mentionné son nom comme étant l'homme le plus important dans sa carrière de footballeur, il en resté bouche bée. "C'est le plus beau compliment que l'on puisse recevoir en tant que formateur, et j'en suis très heureux." Il a vu Undav à l'oeuvre avec Weyhe à plusieurs reprises. "Là-bas, il jouait surtout comme milieu défensif, mais ça ne l'a pas empêché d'inscrire 26 buts. Pour moi, il était clair que son avenir se situait dans le rectangle. Lorsqu'il est arrivé, il pesait 92 kilos. Il était gros. Mais dès le premier jour, il a presté sous nos couleurs. C'est pourquoi je l'ai fait monter en équipe A lorsque j'en suis devenu le coach. Au début, les joueurs plus âgés trouvaient qu'il était un peu trop gras. J'ai répondu: Tant qu'il marque... Et il marquait, de tous les angles, dans toutes les positions possibles et imaginables." "En dehors du terrain, il était aussi super-sympa. Et il gardait les pieds sur terre. Je ne comprends toujours pas pourquoi le Werder Brême l'a renvoyé. Bien sûr, il avait ses défauts. Avec nous non plus, il n'était pas le plus assidu à l'entraînement. Lorsqu'il fallait courir, il avait tendance à lever le pied. Mais lorsqu'il y avait des exercices avec le ballon, il était très motivé et enthousiaste. Je lui ai accordé beaucoup de liberté et il m'a donné beaucoup en retour. Avec mon successeur, ça n'a pas marché. Il insistait trop sur la forme physique. Aujourd'hui, on voit clairement que Deniz est plus affûté, qu'il a perdu ses kilos en trop. Mais son style de jeu n'a pas changé. C'est simple: soit on est capable de marquer, soit on n'en est pas capable. Ça ne s'apprend pas. Deniz a toujours eu cette capacité, et il l'aura toujours." L'histoire de la réussite d'Undav en Belgique est désormais connue en Allemagne, déclare Gehrke: "C'est une belle histoire à laquelle j'ai collaboré pendant un an et demi, mais le plus grand mérite lui revient. Nous lui avons redonné la joie de jouer, car lorsqu'il est arrivé chez nous, il ne savait pas s'il allait continuer à jouer au football. Je serais ravi si un club comme Mayence ou Fribourg l'attirait en Bundesliga." Après Havelse, l'attaquant a atterri à l'Eintracht Braunschweig à l'âge de 21 ans. Un club de tradition, qui a fait partie des seize heureux élus qui ont inauguré la Bundesliga en 1963 et qui est même devenu champion d'Allemagne en 1966-67. En 2014, le club a quitté l'élite. Undav espérait une place dans l'effectif de l'équipe de D2, mais à sa grande déception, il s'est retrouvé dans l'équipe U23 qui, complétée par quelques joueurs plus âgés, évoluait en D4, la Regionalliga. À la fin de la saison, l'équipe fanion est descendue de D2. DenizDogan était l'un des joueurs les plus expérimentés cette année-là à Braunschweig II, où il était également co-entraîneur. "Deniz avait des problèmes de genoux à l'époque", se souvient-il. "C'est pourquoi la direction du club n'a pas voulu prendre de risques et l'a envoyé dans la deuxième équipe. Il avait un caractère un peu spécial, il savait très bien ce qu'il voulait: aller le plus haut possible et progresser. Si vous lui disiez qu'il n'était pas capable de faire ceci ou cela, il faisait tout pour vous prouver le contraire. Deniz est le prototype du footballeur de rue qui a suivi sa propre voie et n'a jamais abandonné. Un vrai tueur dans les seize mètres, le genre de finisseur très difficile à trouver." Dogan comprend-il que Undav n'ait pas reçu sa chance dans l'équipe première de Braunschweig? "Non. Je ne partageais pas l'avis du directeur sportif. Aujourd'hui, Deniz démontre que la direction de Braunschweig a eu tort à l'époque. Il est un exemple de ce que l'on peut accomplir si l'on persévère. Il ne s'est jamais plaint lorsque ça ne tournait pas, il a redoublé d'efforts. Maintenant, il doit veiller à ce qu'il y ait un prolongement à la fantastique saison actuelle. Comme on dit ici: einmalistkeinmal ( Une fois, ce n'est rien, en VF, ndlr)." Outre Gehrke au TSV Havelse et Brackmann au Werder Brême et à Weyhe, ChristianNeidhart est la troisième personne qui a joué un rôle important dans l'éclosion d'Undav dans le football professionnel. "Je l'ai fait venir à Meppen", raconte Neidhart, aujourd'hui entraîneur du Rot-Weiss Essen en D4. "Il est parti alors que Meppen était sur le point de monter en 2e Bundesliga. À une journée de la fin, il a demandé s'il pouvait partir en Belgique, car il avait un accord avec l'Union. Nous avons gagné le dernier match sans lui, mais la 2e Bundesliga était d'un niveau trop élevé pour un club aux moyens modestes comme le nôtre." Pourquoi Neidhart a-t-il été chercher Undav à Braunschweig, où il croupissait dans l'anonymat de la D4? "Chaque année, à la fin du championnat, nous nous demandions: quel est le meilleur attaquant que nous avons vu cette année? Qui s'est le plus distingué? Depuis quelques années, c'était Deniz." Comment se fait-il que les autres ne s'en soient pas aperçus? "Bonne question. Nous étions peut-être un peu plus imaginatifs. Nous avons vu le potentiel de Deniz, un potentiel qui a échappé aux autres. Ça peut arriver, mais je ne comprends toujours pas pourquoi Braunschweig l'a jugé trop limité pour l'équipe première. Deniz avait tout ce que nous recherchions: il jouait dos au but, se rendait toujours disponible, perdait rarement le ballon, même sous la pression de deux adversaires. Il marquait et délivrait des assists. Que peut-on demander de plus à un attaquant?" Quel a été le déclic, selon Neidhart? "La confiance. Avant, elle lui faisait défaut, mais il l'a trouvée chez nous. Chaque joueur, et encore plus un attaquant, a besoin de confiance. Il nous a récompensé avec de bonnes performances et des buts. Il s'intégrait parfaitement dans notre système en 4-2-3-1, en tant que numéro 10 avancé. La première année, il ne marquait pas toujours, on avait alors un autre attaquant de pointe qui marquait beaucoup: NickProschwitz ( qui a joué à Saint-Trond deux années avant cela, ndlr). Lorsque Proschwitz est parti l'année suivante, Deniz s'est décomplexé et a marqué davantage. Dans la seconde moitié de la saison, il a été vraiment super." Quand Undav lui a annoncé qu'il avait eu un bon contact avec une équipe de D2 belge, Neidhart a froncé les sourcils. "Ça ne semblait pas être la prochaine étape idéale pour faire carrière. Je m'attendais à ce qu'il rejoigne un club de Bundesliga, mais aucun ne s'est manifesté et l'Union a sauté sur l'occasion. On n'a pas pu le retenir. Quand je le vois aujourd'hui, je dois admettre qu'il a fait le bon choix. Il a également travaillé son physique, mais ses qualités de base n'ont pas changé. Deniz a toujours été un joueur qui gagne ses duels, et qui marque tout en se montrant collectif." Quelles conclusions les jeunes joueurs peuvent-ils tirer de l'histoire d'Undav? "Que la patience doit rester le maître mot et qu'il faut toujours croire en soi, même dans les moments difficiles, lorsque les autres ne croient pas en vous. Il faut continuer à travailler, car tout peut changer très vite en football."