"Le sport, c'est de l'émotion", expliquait Wouter Vrancken (41 ans) dans ce magazine, il y a un an. C'est dans cette optique que l'entraîneur de Malines a traversé la crise du coronavirus. Les joueurs doivent prendre leurs repas à la maison, ne peuvent plus prendre leur douche au stade. Pour un coach qui aime avoir ses joueurs près de lui, c'est compliqué.
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"Le sport, c'est de l'émotion", expliquait Wouter Vrancken (41 ans) dans ce magazine, il y a un an. C'est dans cette optique que l'entraîneur de Malines a traversé la crise du coronavirus. Les joueurs doivent prendre leurs repas à la maison, ne peuvent plus prendre leur douche au stade. Pour un coach qui aime avoir ses joueurs près de lui, c'est compliqué. Pendant les matches, ses gars témoignent encore d'assez d'énergie et de passion. "La manière dont ils se comportent est fantastique, je ne peux rien leur reprocher au niveau de la mentalité et de l'attitude". Mais tout ce qui tourne autour - l'ambiance, la façon de vivre les matches, etc. - a disparu. Avec le huis clos, le fervent public n'est plus là pour porter l'équipe vers quelques points supplémentaires. Malines reste confiné dans le bas du classement, avec deux victoires en onze matches. Il y a un an, à la même époque, les Sang et Or occupaient la cinquième place du classement en Jupiler Pro League. Jusqu'à présent, Vrancken n'avait connu que le succès au cours de sa jeune carrière d'entraîneur. Dans les divisions inférieures, il avait enchaîné les montées, avec Gravelo et Thes Sport. Puis avec Malines: le titre en D1B, la Coupe de Belgique et l'accession (virtuelle) aux play-offs 1 en tant que néophyte en D1A. Vrancken en rigole: "Je l'ai déjà entendu à maintes reprises: lorsqu'on est confronté une première fois à une période de moindre conjoncture, on apprend beaucoup." Et qu'avez-vous appris? WOUTER VRANCKEN: Qu'il faut garder les pieds sur terre. La saison dernière, lorsque je croulais sous les éloges, je ne me suis jamais laissé gagner par l'euphorie. Aujourd'hui, j'essaie également de ne pas tomber dans le négativisme le plus noir. Heureusement, mon directeur sportif, Tom Caluwé, évalue tout de façon très rationnelle. Il connaît le football et apporte une réelle plus-value au club. Prenez-vous encore du plaisir dans votre métier, en cette période compliquée? VRANCKEN: J'ai la chance de pouvoir faire la part des choses. Mais effectivement, je ne travaille plus de la même manière. Les repas se prennent à la maison, l'accès aux vestiaires est interdit, les réunions se font en petits groupes ou dans une grande salle où la distanciation sociale peut être respectée. Il faut éviter tout ce qui fait le charme du métier d'entraîneur: l'ambiance du vestiaire, les petites blagues. Mon équipe a été très touchée par le coronavirus, il y a eu de nombreux cas. Nous avons donc décidé de maintenir les dispositions actuelles jusqu'à la fin de l'année. Après, nous procéderons à une évaluation.Mais je prends toujours autant de plaisir à me rendre aux entraînements. D'autant que j'y rencontre des joueurs qui donnent toujours le meilleur d'eux-mêmes. Ils forment toujours un véritable groupe, peut-être même plus soudé que jamais. Chaque semaine, on attend avec une certaine crainte le résultat des tests. On ne sait jamais quelle équipe on pourra aligner. On attend donc souvent la dernière minute pour communiquer certaines décisions. Car si j'annonce à un joueur qu'il ne commencera pas comme titulaire, mais que je dois quand même l'aligner au vu des circonstances, dans quel état d'esprit montera-t-il sur le terrain? Et quid des joueurs qui reviennent de quarantaine: après combien de temps auront-ils retrouvé leur condition? Prenez les cas de Thibaut Peyre et William Togui: les tests physiques ont démontré qu'ils avaient beaucoup perdu avec l'impact du virus. Ils ont pu s'entraîner sur un home-trainer à la maison, mais ils doivent malgré tout recommencer une partie de leur préparation. Avez-vous développé une certaine crainte du coronavirus? VRANCKEN: En tout cas, je n'ai pas peur de l'attraper. En revanche, je crains davantage de le transmettre à d'autres. À ma grand-mère, par exemple, qui est devenue veuve cet été. J'ai dû lui annoncer que je ne passerais plus la voir pendant un certain temps. En plus de toutes les contraintes liées au coronavirus, vous devez continuer à motiver vos joueurs malgré la perte de points, et donc de primes. VRANCKEN: Ce groupe est habitué à faire face aux contretemps. Je tire mon chapeau aux joueurs. Ils n'ont jamais baissé les bras, même lors des nombreux matches où nous avons abandonné des points. Une seule fois, l'adversaire nous était véritablement supérieur: à l'Antwerp. Les autres, nous les avons perdus par manque d'efficacité. Igor De Camargo a connu quelques petits soucis et Togui a été victime du coronavirus, ceci peut expliquer cela. Le manque de réalisme à l'arrière est peut-être plus problématique. Vous ne laissez pas beaucoup d'occasions à l'adversaire, mais à chacune d'elles, c'est but. Comment pouvez-vous résoudre ce problème? VRANCKEN: Ce sont souvent de petites erreurs individuelles, c'est difficile de les corriger à l'entraînement. En plus, les joueurs doivent pouvoir monter sur le terrain sans être envahis par la peur. Si un défenseur adresse une mauvaise passe et que l'adversaire en profite pour marquer, l'entraîneur ne doit pas enfoncer le clou. Le joueur se sent déjà suffisamment coupable, il ne faut pas en rajouter. Les problèmes structurels, ou les consignes qui ne sont pas respectées, c'est beaucoup plus grave. Mais ces fautes-là ne sont pas légion. Rocky Bushiri a été engagé pour pallier le départ d'Arjen Swinkels, mais on constate souvent qu'il manque de confiance. Attendiez-vous davantage de lui? VRANCKEN: Vous savez, lorsqu'on obtient moins de points qu'on ne le mériterait, cela trotte dans les têtes, en particulier chez les jeunes joueurs. Certains sont stressés lorsqu'ils entament le match comme titulaire, un petit passage sur le banc leur fait parfois du bien. Nikola Storm, par exemple, a aussi traversé un moment difficile. En l'écartant provisoirement du onze de base, il a progressivement retrouvé ses sensations à l'entraînement. Il faut alors trouver le bon moment pour le réintégrer. Aujourd'hui, je retrouve le Storm de la saison dernière. Vous maintenez votre confiance en Gaëtan Coucke, malgré les nombreux buts encaissés. Êtes-vous satisfait de lui? VRANCKEN: Je ne vois aucune raison de lui retirer ma confiance. Il y a peu de buts sur lesquels il est responsable. En outre, il apporte une énorme plus-value à la relance et reste très stable sur le plan émotionnel. Malines joue différemment de la saison dernière: davantage de combinaisons courtes, une construction depuis l'arrière, et souvent un pressing haut. C'est beau à voir, mais apparemment moins efficace. Pourquoi avez-vous choisi de changer une système qui avait fait ses preuves? VRANCKEN: J'ai toujours eu l'intention de pratiquer ce genre de football. Petit à petit, il fallait apporter une pierre à l'édifice. J'estime que nous n'avons pas perdu les qualités qui étaient les nôtres la saison dernière, comme la reconversion et le bloc, mais nous essayons désormais d'être plus créatifs en possession du ballon. Avez-vous insisté pour que l'on offre un contrat à Steven Defour? VRANCKEN: Je ne me suis tenu à l'écart des négociations. Parce que, dans un premier temps, on m'avait dit: ce joueur est impayable pour nous. Avant qu'il ne vienne s'entraîner avec nous, j'ai eu une longue conversation avec lui - je ne le connaissais pas très bien - car je ne voulais pas d'un joueur avec une mauvaise mentalité dans mon groupe. J'ai rapidement été apaisé: son approche était positive et empreinte d'humilité, il voulait simplement rendre notre club et nos joueurs meilleurs. Sa présence peut-elle avoir un effet positif sur le développement d'Aster Vranckx, par exemple? VRANCKEN: Aster discutait déjà souvent avec Onur Kaya. Il essaie d'apprendre de tout le monde. C'est un cadeau de pouvoir travailler avec un gars comme lui, qui se plaint rarement et qui fait tout pour progresser et aider l'équipe. J'espère qu'il ne partira pas dès le mercato hivernal, mais il ne faut pas se faire d'illusions pour la suite: il ne restera pas longtemps à Malines. Est-il le plus grand talent que vous ayez côtoyé, y compris durant votre carrière de joueur? VRANCKEN: J'ai joué avec Mbark Boussoufa, mais je ne peux pas encore dire où ses situent les limites d'Aster. Il a tout: une bonne technique, un bon timing pour s'infiltrer, une grande force de travail, une belle maturité, de l'engagement dans les duels, un bon pressing, le sens du but... Et une belle force mentale, il l'a démontré après son incroyable loupé contre Ostende, qui a fait le tour du monde. Il ne s'est pas laissé abattre et a réalisé un doublé une semaine plus tard, contre Saint-Trond. Sans pour autant se mettre à planer. Avec une telle mentalité, on peut aller loin.