Le coup de fil remonte au mois de mai 2018. On contacte Philippe Emond, pas pour parler du parcours de son fils mais pour témoigner sur Thierry Siquet, coach demi-finaliste du Championnat d'Europe avec nos U17 et autrefois passé par son club, Virton, comme directeur technique de l'école des jeunes.
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Le coup de fil remonte au mois de mai 2018. On contacte Philippe Emond, pas pour parler du parcours de son fils mais pour témoigner sur Thierry Siquet, coach demi-finaliste du Championnat d'Europe avec nos U17 et autrefois passé par son club, Virton, comme directeur technique de l'école des jeunes. Le Monsieur BMW des Ardennes belges et françaises (Renaud ne sait pas nous dire exactement s'il possède sept ou huit concessions) parle donc de Siquet. Il évoque aussi Frank Defays, son ex-entraîneur actif à Mouscron. Mais surtout, il fait dévier spontanément la conversation sur son gamin qui est alors en pleine bourre avec le Standard. Les hommes de Ricardo Sa Pinto sont occupés à tout déchirer dans les play-offs. Et Renaud tient la forme de sa vie. Cette dernière partie de la saison 2017-2018 est la sienne : cinq buts en PO (contre Gand, Anderlecht, Bruges et Genk) après avoir planté le seul goal en finale de la Coupe contre Genk quelques semaines plus tôt. Philippe Emond est, si pas anxieux, en tout cas préoccupé - et (un tout petit peu) optimiste. Roberto Martinez prépare sa liste pour la Coupe du monde en Russie et le père de l'attaquant garde un petit espoir que son fils soit dedans. Tout petit... " On ne pourrait quand même pas être choqué si Renaud allait au Mondial ? Regarde l'état actuel de tous les autres attaquants susceptibles d'y aller. Tu en as qui sont à moitié blessés, d'autres qui ne jouent pas beaucoup, d'autres encore qui jouent mais marquent peu. Qui est vraiment au-dessus du lot ? Ces derniers temps, Renaud est performant contre toutes les meilleures équipes du championnat de Belgique. Je veux y croire. Mais pas sûr que Martinez voie les choses de la même façon que moi. " Il y a un message subliminal derrière le discours de l'homme : Renaud Emond ne serait pas apprécié à sa juste valeur. Délit de sale gueule ? Manque de confiance en tout cas. Aujourd'hui, il est à nouveau dans sa meilleure forme. Il joue la tête du classement des buteurs, il bataille à distance avec David Okereke, Lior Refaelov, Ally Samatta. On retrouve le Renaud Emond qui a été le puncheur belge de l'année civile 2018, toutes compétitions confondues. L'année dernière, il a marqué 24 buts. Récemment, il a par exemple planté deux roses contre Zulte Waregem, à l'occasion de son centième match en championnat avec le maillot du Standard. Et puis il a passé un cap dans la hiérarchie du noyau du Standard quand Michel Preud'homme lui a confié le brassard de capitaine. Tout va pour le mieux ? Pas exactement ? Comme il le dit lui-même, il n'arrive pas à faire taire les doutes qui circulent sur lui. Quand il dit " J'ai parfois l'impression de me faire tacler plus vite que les autres ", il résume bien la situation. A-t-il le niveau d'un club comme le Standard ? Lors de la dernière interview qu'il nous a accordée, il a répondu franco à cette question : " Je ne me suis jamais demandé si j'avais le niveau, j'ai toujours été persuadé que j'allais finir par y arriver, par prouver que je méritais de jouer dans ce club. Au moment où j'ai signé ici, je pouvais aller dans tous les grands clubs en Belgique. Ça veut quand même dire quelque chose. " Parmi les reproches faits à Renaud Emond, il y a les passages à vide qui pourrissent régulièrement ses saisons. Il est capable d'enchaîner plusieurs semaines sans mettre un ballon au fond alors qu'il est généralement le pion le plus avancé sur l'échiquier liégeois. Et si c'était ça, le vrai problème ? Et s'il souffrait du fait de ne pas avoir toutes les qualités spécifiques requises pour jouer en numéro 9 ? " C'est exactement ça, le souci avec lui ", témoigne Nordin Jbari. Point commun entre les deux hommes : des doutes permanents, hier pour le Bruxellois, aujourd'hui pour le Gaumais. Jbari passait pour un buteur, mais un buteur à qui il manquait un petit quelque chose pour être vraiment au top. " Un véritable 9, c'est un gars qui pèse sur les défenses, qui dévie des ballons, qui sait aussi les garder pour temporiser, qui fait jouer les autres et qui devient un tueur dès qu'il a une occasion. On a vu ce que ça pouvait donner la saison passée à Genk et à Bruges, où il y avait Wesley et Samatta. Ces gars-là, dès qu'ils reçoivent un bon ballon devant, tu vois qu'ils sont formés, conditionnés pour le mettre dedans. Aujourd'hui, La Gantoise a de nouveau ce profil précis avec Laurent Depoitre. Dans le meilleur des cas, le vrai 9 est aussi un mélange de puissance et de technique. Il va au duel et il les gagne souvent. Prends Samatta : tu peux lui rentrer dedans, il reste généralement debout et il continue son action, il a un gros répondant athlétique. Si tu fais le compte de toutes ces caractéristiques, tu es obligé de conclure que Renaud Emond n'est pas un véritable attaquant de pointe. Lui, il a plutôt tendance à fuir les duels. " Jbari va encore un peu plus loin dans son raisonnement. " Si le Standard a pris Obbi Oulare alors que Renaud Emond était efficace à ce moment-là, ça prouve bien que Michel Preud'homme voulait autre chose. Oulare, lui, a les qualités spécifiques d'un 9. J'imagine que le plan de Preud'homme était de les aligner ensemble. Oulare en pointe, Emond en électron libre derrière lui. Dans ce rôle-là, il a clairement le niveau d'un club comme le Standard. Il court, il mouille le maillot, il est altruiste. Je peux comprendre qu'il se fasse parfois démonter pour ce qu'il fait, ou ce qu'il ne fait pas, en jouant tout devant. Parce que les supporters d'une grosse équipe et les observateurs neutres réclament un attaquant de pointe qui a tous les atouts pour jouer là. Si Emond faisait, avec Charleroi ou même Gand, ce qu'il fait avec le Standard, on ne dirait rien de mal sur lui. Mais il est dans un grand club. Les attentes sont complètement différentes. Souviens-toi de Lukasz Teodorczyk. OK, il a eu des périodes où il n'était vraiment pas bon. Mais même quand il était efficace, il se faisait parfois massacrer. Parce que c'était Anderlecht. S'il avait fait les mêmes matches avec un club du subtop, on l'aurait applaudi. Tu dois assumer une présence dans une équipe du haut du classement, c'est un revers de la médaille. " Le transfert d'Oulare et - aussi - le retour d'Orlando Sà donnent du crédit au raisonnement de Nordin Jbari. Comme si Michel Preud'homme ne voyait pas en Renaud Emond une pure pointe. Mais il continue à jouer là parce que ses concurrents passent leur temps chez les toubibs et les kinés. Avant de bosser avec MPH, il a connu trois coaches au Standard : avec Yannick Ferrera, Aleksandar Jankovic et Ricardo Sa Pinto, ça a parfois été très compliqué. Séjours prolongés sur le banc et même en tribune, non-inscription sur la liste liégeoise pour les poules de l'Europa League, relégation dans le noyau B, une période de 363 jours sans marquer un seul but en match officiel,... Plus d'une fois, il s'est demandé s'il avait encore un avenir au Standard. Il y a moins d'un an, il nous expliquait, en parlant de la période Sa Pinto : " Je me revois au stage de janvier. Là, je me suis dit que c'était vraiment foutu. Un soir, j'ai appelé mon père et je lui ai dit : Ça sent mauvais. Sa Pinto avait pris du monde pour aller en Espagne, plus de 22 joueurs. Quand il y avait des matches, je n'étais même pas dans les 22. Je n'avais pas ma place dans l'équipe B. Il me faisait régulièrement courir à l'écart du groupe, je faisais des tours de terrain, je n'étais plus nulle part. " Il s'est obstiné, il voulait démontrer au Portugais qu'il faisait fausse route. En travaillant comme un malade, il est revenu dans l'équipe et il a offert la Coupe à Sa Pinto en marquant le but de la finale. Il nous lâche : " Je suis revenu des morts. " " Sa force mentale est extraordinaire ", témoigne Jbari. " C'est aussi pour ça que ça se passe généralement bien pour lui, dans le stade du Standard. Les supporters apprécient sa façon de ne rien lâcher. " Emond court en moyenne une douzaine de kilomètres par match. " J'ai vu des gars qui vivaient les mêmes passages à vide et qui ne se relevaient pas ", nous dit-il. " Je peux comprendre. À un moment, c'est humain de lâcher. " Aujourd'hui, ça roule et il a placé ses pions récemment dans Le Grand Debrief : " Je suis dans une bonne période et j'ai envie de surfer là-dessus. "