"Risquons-Tout ! " Pour beaucoup de Mouscronnois, l'origine du patronyme de leur quartier vient du cri historique lancé par les fraudeurs au moment de franchir la frontière franco-belge à pied ou à cheval. Installée derrière le comptoir de sa pharmacie du centre du faubourg, Madame Gheysens n'est pas convaincue par cette version. " J'ai toujours lié ce nom à une bataille avant laquelle les habitants du coin auraient hurlé cette formule d'encouragement ", marmonne-t-elle. Pour s'en convaincre, elle s'en va même dégoter un ouvrage reprenant l'historique de toutes les avenues du quartier.
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"Risquons-Tout ! " Pour beaucoup de Mouscronnois, l'origine du patronyme de leur quartier vient du cri historique lancé par les fraudeurs au moment de franchir la frontière franco-belge à pied ou à cheval. Installée derrière le comptoir de sa pharmacie du centre du faubourg, Madame Gheysens n'est pas convaincue par cette version. " J'ai toujours lié ce nom à une bataille avant laquelle les habitants du coin auraient hurlé cette formule d'encouragement ", marmonne-t-elle. Pour s'en convaincre, elle s'en va même dégoter un ouvrage reprenant l'historique de toutes les avenues du quartier. Et les certitudes de la pharmacienne en prennent un coup : d'après l'historien picard qui a rédigé le livre, Risquons-Tout pourrait tout aussi bien faire référence au courage d'un Mouscronnois sans le sou qui parvint à construire sa maison grâce à cette maxime... qu'à un cabaret de ce nom installé à la frontière belge en 1743. Près de 300 ans plus tard, c'est en tout cas dans un estaminet que le RAS Risquons-Tout a vu le jour. Ses créateurs ? Quelques amis qui voulaient concurrencer les deux clubs déjà présents en ville. Après plus de quatre décennies passées à affronter des équipes de Flandre occidentale, le RAS a déménagé dans le Hainaut à la fin des années 80. C'est notamment ce rapprochement géographique avec l'Hexagone qui a mené le Français Jean-Charles Lefebvre à s'affilier au club mouscronnois. " Je dois aussi dire que la mentalité autour des terrains français ne me plaisait plus ", plaide le quinquagénaire. " Et puis, là-bas, il y a beaucoup de passe-droits : les comités directifs sont constitués de présidents des clubs directement impliqués. Du coup, ils ne se sanctionnent jamais quand il le faut et il y a beaucoup de débordements. " Tour à tour entraîneur, délégué et manager général, Jean-Charles prend la présidence de Risquons-Tout en septembre 2017. Actuellement, l'équipe première hennuyère truste le ventre-mou de la P3A. " Les mois d'octobre et de février sont historiquement compliqués pour notre formation. Durant ces périodes, ça ne sert à rien de se donner à fond, on perd de toute façon des plumes ", plaisante-t-il. Au-delà de l'aspect sportif, le président estime que son club a un rôle social à jouer. Le challenge principal est clair : attirer des jeunes du quartier. À terme, et dans l'idéal, le comité du RAS aimerait aligner en P2 une équipe première constituée de joueurs exclusivement formés au club. Mais la prospection reste très délicate, vu le manque de confiance de beaucoup d'habitants du quartier. " Saturés, les anciens responsables ne s'adaptaient pas spécialement aux nouvelles méthodes et mentalités ", regrette Jean-Charles. " C'était par exemple impossible pour un parent d'avoir une discussion avec le président. Il se braquait tout de suite : Si vous n'êtes pas content, vous partez ! Ce que beaucoup ont fait... " Plus généralement, le Risquons-Tout ne se positionne pas dans le top 5 régional des quartiers à la meilleure réputation. Son tort ? Sa situation géographique. " Risquons-Tout est une plaque tournante de la mauvaise fréquentation ", explique Anthony Lefebvre, le secrétaire du club. " Beaucoup de gens de passage viennent dealer sur " Le parking ". Situé à la frontière, il est aussi juste à côté de l'autoroute, il y a donc une voie royale pour toute la Belgique et les Pays-Bas."Bien que les contrôles de police soient plutôt réguliers, l'étiquette de vilain petit quartier est très difficile à décoller pour les Mouscronnois. Sur le terrain, certains adversaires le font d'ailleurs ressentir quand ils débarquent au stade de l'Avenue de la Dynastie. " On se fait régulièrement insulter ", se désole Anthony. " De leur côté, beaucoup d'arbitres viennent avec un a priori... Mais bien souvent, ils quittent nos installations après avoir payé une tournée à tout le comité vu que ça s'est très bien déroulé. " Le sentiment de délaissement n'est pas uniquement l'apanage des footballeurs de Risquons-Tout. " Les places de parking sont rares et les voiries sont fort endommagées depuis quelques années. On se sent abandonné ", indique ainsi un commerçant de la Chaussée de Lille. Poumon du quartier il y a encore quelques années, cette artère se vide progressivement de ses magasins et cafés, en route pour les zonings. Les voyants mouscronnois ne sont pas spécialement au vert, mais ça n'empêche pas Jean-Charles de garder espoir. " Ce genre de quartier a toujours une raison de vivre ", glisse le président. " On se rend compte que beaucoup de gens préfèrent venir habiter dans des lieux où tout le monde se connaît plutôt que dans les grandes cités où personne ne se parle. " Risquons-Tout a ce potentiel. Mais sans activité, sans vie et sans dynamique, les gens partent. Du coup, le RAS contribue à la résurrection du quartier. À côté du festival de musique organisé chaque année par les commerçants du secteur, le club prévoit également sa fête durant laquelle il convie les adhérents et la population locale. " On a également décidé de laisser les entrées de nos matchs gratuites ", ajoute Anthony. " Si ça peut attirer du monde, c'est très bien. Il y a par exemple un habitant du coin qui ne bouge que pour venir au foot, c'est un bon lieu de rencontres. " Rassembler les gens tout en offrant des possibilités d'activités abordables financièrement aux enfants du coin, c'est le projet que le RAS a présenté à l'échevine des sports de Mouscron. " Endéans les trois ans, un budget devrait d'ailleurs être débloqué pour construire une nouvelle buvette. Je pense que cela aidera fortement le club à retrouver plus d'ardeur ", assure Jean-Charles. Pour le moment, 50 % des joueurs de l'équipe première sont originaires de Mouscron. Chez les jeunes, ils sont pratiquement 90 % à provenir du quartier. " À l'entraînement, ils débarquent de tous les coins du terrain à pied et à vélo, c'est très agréable pour nous et pour les parents ", sourit le président. La confiance des adhérents revient progressivement, il s'agit maintenant pour le RAS de retrouver celle des commerçants et autres potentiels sponsors. " On ne peut nier l'importance de l'Excel dans l'esprit des boutiquiers ", pointe Anthony. " Mais on est en pleine " campagne " dans les magasins du Risquons-Tout où on passe distribuer un petit fascicule qui présente le comité, les équipes, les chartes à respecter, etc. L'idée est de montrer les nouvelles valeurs du club pour retrouver des sponsors et de la fraternité. " Et le nom du quartier de se donner un nouveau sens...