Rafael Romo:"Je suis originaire de Turén, une commune qui compte un peu plus de 70.000 habitants, dans l'État de Portuguesa, au Venezuela. C'est vraiment la campagne, là-bas. Les gens y vivent essentiellement de l'agriculture. Moi aussi, j'ai grandi dans une ferme, où l'on prolonge la tradition familiale. Nous avons des vaches et nous utilisons le lait pour produire notre propre fromage. Notre économie est fortement basée sur le troc, mais nous livrons aussi à de grands distributeurs."
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Rafael Romo:"Je suis originaire de Turén, une commune qui compte un peu plus de 70.000 habitants, dans l'État de Portuguesa, au Venezuela. C'est vraiment la campagne, là-bas. Les gens y vivent essentiellement de l'agriculture. Moi aussi, j'ai grandi dans une ferme, où l'on prolonge la tradition familiale. Nous avons des vaches et nous utilisons le lait pour produire notre propre fromage. Notre économie est fortement basée sur le troc, mais nous livrons aussi à de grands distributeurs." "J'envisageais d'aller étudier à l'université pour être vétérinaire, mais la passion du football a pris le dessus. Durant toute ma jeunesse, j'ai donné un coup de main à la ferme. Nous élevions des chevaux, des chèvres et des cochons, que nous abattions également. Nous mangions nous-même la viande, lorsque nous ne la vendions pas. Mes parents, qui sont séparés depuis lors, travaillaient jour et nuit. Aujourd'hui, il arrive encore que ma mère se lève à cinq heures du matin et travaille jusqu'à 21 ou 22 heures le soir. J'ai énormément de respect pour elle. J'ai un frère, José, qui a trois ans de moins et joue aussi au football comme professionnel: il est attaquant à Karmiotissa Pano Polemidion, un club chypriote. Et j'ai encore deux autres demi-frères du côté de mon père. À neuf ans, je me suis affilié à l'académie des jeunes de l'Atlético Turén. Mes ancêtres étaient originaires d'Espagne et ils avaient un lien très fort avec le football. Mon grand-père était l'un des fondateurs de l'Atlético Turén. Mon père a défendu les buts de ce club, et est devenu professionnel au Venezuela. Il était donc logique que je choisisse, moi aussi, d'évoluer entre les perches. Mais le football n'est pas le sport le plus populaire chez nous. Nous sommes très proches des Caraïbes, et le baseball arrive en tête de liste. J'ai, moi aussi, tâté de ce sport, mais je me suis rapidement orienté vers le football: il y a plus d'action et on est plus impliqué dans le jeu." "Six mois à peine après avoir débuté en deuxième division avec l'Atlético Turén, à l'âge de 17 ans, j'ai eu l'occasion de signer pour Llaneros de Guanare. Tout s'est passé très rapidement et j'ai très vite été sélectionné en équipe nationale U20, qui disputait les qualifications pour le Championnat du monde de la catégorie. Nous avons terminé quatrièmes de la zone sud-américaine et nous nous sommes qualifiés pour le Mondial 2009. Là, j'ai été repéré par les recruteurs de l'Udinese. À 19 ans, l'occasion de rejoindre la Serie A s'offrait à moi. J'ai directement accepté la proposition, car chaque Sud-Américain rêve de jouer dans l'un des cinq grands championnats européens. Mais j'ai effectué le pas trop rapidement. Je n'étais pas encore prêt. Tactiquement et techniquement, je n'avais pas le niveau, et j'ai en réalité perdu trois ans. Je n'ai aucune honte à l'admettre. Le titulaire était un certain Samir Handanovic. Un mec plein de classe. Aujourd'hui, à 36 ans, il défend toujours les buts de l'Inter. Mais c'était un bon apprentissage. En découvrant le football professionnel, j'ai découvert un autre monde. Les infrastructures dont disposait l'Udinese étaient une révélation pour moi. Je ne devais me concentrer que sur le football. Le club et ses collaborateurs s'occupaient du reste. Il y avait même quelqu'un qui payait vos factures. Au Venezuela, je n'avais jamais travaillé avec un entraîneur de gardiens spécifique. L'adaptation à l'Europe a donc été plus compliquée que prévu. Après deux ou trois mois, je me suis rendu compte que l'intégration était compliquée et que l'on ne me faisait pas confiance, parce que j'étais un véritable amateur. Sur le plan purement technique, je partais quasiment de zéro, malgré le fait que je n'étais pas dénué de talent. Malheureusement, dans une telle compétition, on ne reçoit pas le temps nécessaire pour s'adapter. À ma demande, comme j'étais encore inconnu et que les propositions émanant de clubs européens n'affluaient pas, j'ai été prêté à l'Estudiantes de Mérida, au Venezuela. Un choix mûrement réfléchi, guidé par le fait que ce championnat m'était familier et aussi par le fait que je pourrais m'y mettre en évidence dans l'optique de l'équipe nationale ( il compte quatorze sélections, ndlr). Au début, l'Udinese s'est montrée hésitante, mais le club a rapidement compris que je recherchais une situation qui arrangeait tout le monde. Plus tard, j'ai aussi été prêté à Mineros de Guayana. Au total, je n'ai joué qu'un seul match de Serie A, une défaite 3-1 contre la Lazio en mai 2010." "Même si mon parcours est atypique, avec beaucoup d'étapes intermédiaires et parfois de très courts passages dans un club, je ne me considère pas comme un nomade du football. Normalement, je suis quelqu'un qui recherche la stabilité. Entre-temps, j'ai appris que dans le football, il était très difficile de faire des projections à long terme. Ce n'est pas agréable de déménager souvent. Mais le fait est que j'ai roulé ma bosse un peu partout. Je prends toujours toutes mes décisions en concertation avec ma famille, et dans l'intérêt de celle-ci. Mais, souvent, on n'est pas entièrement maître de son destin. J'ai, par exemple, signé pour trois ans à l'APOEL Nicosie, mais après quelques jours, j'ai été prêté au Beerschot-Wilrijk. On m'y a surnommé Mister clean sheet, après une magnifique saison en D1B. Subitement, à Chypre, on a exigé une somme de transfert disproportionnée. J'y suis donc retourné et je suis entré en conflit avec le coach. Nous avons trouvé un accord et j'ai pu partir gratuitement au Danemark. J'ai découvert une nouvelle compétition avec le club de Silkeborg. Je n'ai pas peur de relever des défis. Au final, on est toujours récompensé de ses efforts. L'été dernier, j'étais sur le point de partir au Lech Poznan, où les conditions financières étaient très attrayantes. J'étais déjà à l'aéroport, sur le point de m'envoler pour la Pologne, lorsque OHL est arrivé avec une proposition. Mon épouse et moi avons directement compris que nous ne pouvions pas louper ce train-là. Nous avons même poussé un cri de joie, car nous étions tombés amoureux de la Belgique. Mon épouse a toujours été charmée par l'accueil chaleureux que nous avons reçu. Notre fille Rafaela est d'ailleurs née à l'hôpital universitaire d'Anvers, fin décembre 2017. Letizia est venue au monde au Venezuela, il y a un an et demi. Nous avons toujours été aidés par la Belgique ( Il sourit). Seul le temps n'est pas toujours de la partie. De ce point de vue, ça nous change du Venezuela. Comment suis-je arrivé à OHL? C'est le directeur technique Wim De Corte qui a contacté mon agent. Après, j'ai discuté avec l'entraîneur des gardiens Bram Verbist et avec le coach Marc Brys. Nous avons directement été sur la même longueur d'ondes. Nous nous connaissions déjà depuis l'époque du Beerschot et nous sentions qu'un beau projet allait se développer ici. J'aimerais aussi me bâtir une réputation de dernier rempart infranchissable avec OHL et établir de nouveaux records. On ressent une incroyable ambition dans ce club. Chacun pousse l'autre vers le haut. Tout s'imbrique parfaitement. Louvain pourrait devenir un grand club, dans les prochaines années." "Notre coach gère très bien l'aspect humain. Je le considère comme un père, mais surtout comme un ami. On reçoit constamment de l'aide de sa part. Il n'a pas son pareil pour vous convaincre. C'est une qualité que j'admire. Il fait en sorte que je repousse mes limites, il a donc sa part de mérite dans mon développement personnel. Il est dur mais très correct ( Il sourit). Sur le plan physique, c'est l'entraîneur le plus exigeant que j'ai connu. Mais ça paie. J'ai signé jusqu'en 2022, mais vu mes antécédents, je ne regarde pas trop loin. Avec la situation difficile que traverse le Venezuela, un retour me semble irréaliste. Une grande partie de notre famille habite dans les environs de Barcelone. La Catalogne est donc une possibilité. Pour l'avenir de nos enfants, ce serait mieux de rester en Europe. En ce qui me concerne, je me verrais bien jouer pendant six ou huit ans encore. À trente ans, je suis toujours dans une spirale ascendante. J'ai l'impression de n'être encore qu'à 70 ou 75% de mes possibilités. Les détails que je dois encore améliorer, c'est mon jeu au pied et la bonne prise de décision sous pression. J'observe beaucoup le jeu de Jan Oblak, le gardien de l'Atlético de Madrid. Il est très actif, et ne se repose pas uniquement sur ses réflexes sur la ligne. Il lit aussi très bien le jeu et n'a pas peur de sortir. Pour l'instant, je bénéficie de l'équilibre parfait qui règne dans l'équipe. Le staff technique a réussi un beau coup en permettant à des joueurs comme Kamal Sowah et Thomas Henry de briller autant en D1A. Après cette belle saison, OHL mériterait une place dans le top 4. Pourquoi ne pourrait-on pas rêver des play-offs 1? Il n'y a pas de mal à fixer la barre toujours plus haut. Nous pourrions écrire l'histoire. Nous n'avons aucune pression, car après tout, OHL n'est qu'un promu. Et être le Petit Poucet qui réalise des exploits, c'est ce qui existe de plus agréable dans le sport. Nous nous sentons parfaitement à l'aise dans ce rôle."