La balle en main. Même si ça peut surprendre, c'est ainsi que Marius Mouandilmadji a découvert le football. Né à Doba le 22 janvier 1998, le jeune garçon commence à jouer dans les rues de cette ville du sud du Tchad. À l'époque, celui qui avait pour idole Grégory Coupet est surtout attiré par son propre but. Mais dès ses premiers jours au centre de formation, il passe plus de temps à dribbler ses adversaires qu'à plonger dans leurs pieds. De quoi convaincre son entraîneur de l'envoyer à l'autre bout du terrain, sur le front de l'attaque. Une reconversion payante puisque le principal intéressé remporte ensuite le tournoi jeunes talents, en 2011 et 2012. Malgré les prouesses de Marius sur le rectangle vert, ses parents envisagent sa réussite autrement, à travers les études. C'est avec appréhension qu'ils acceptent le départ de leur fils pour la capitale, N'Djamena.
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La balle en main. Même si ça peut surprendre, c'est ainsi que Marius Mouandilmadji a découvert le football. Né à Doba le 22 janvier 1998, le jeune garçon commence à jouer dans les rues de cette ville du sud du Tchad. À l'époque, celui qui avait pour idole Grégory Coupet est surtout attiré par son propre but. Mais dès ses premiers jours au centre de formation, il passe plus de temps à dribbler ses adversaires qu'à plonger dans leurs pieds. De quoi convaincre son entraîneur de l'envoyer à l'autre bout du terrain, sur le front de l'attaque. Une reconversion payante puisque le principal intéressé remporte ensuite le tournoi jeunes talents, en 2011 et 2012. Malgré les prouesses de Marius sur le rectangle vert, ses parents envisagent sa réussite autrement, à travers les études. C'est avec appréhension qu'ils acceptent le départ de leur fils pour la capitale, N'Djamena. De la province tchadienne, Marius rejoint le Gazelle FC. Le jeune homme fait face à un nouveau défi: se faire une place au sein d'une équipe souveraine, championne en titre. Ses premiers pas sont difficiles. La faute à un comportement individualiste sur le terrain qui l'empêche d'exploiter ses qualités. Mais avec l'aide d'un coéquipier plus expérimenté, qui le prend sous son aile, le garçon comprend un aspect essentiel du football: la force du collectif. Progressivement, ses performances s'améliorent, et le joueur grandit, jusqu'à faire l'unanimité chez les Gazelles. En janvier 2018, le Coton Sport de Garoua décide de miser sur lui. Marius traverse la frontière, direction le Cameroun. Il débute le championnat en tant que titulaire, et ne tarde pas à se mettre en évidence (meilleur jeune en mars et joueur du mois d'avril). Le Cotonnier enchaîne les buts sous ses nouvelles couleurs. L'un d'eux déclenche même une polémique. Porté par l'euphorie d'un doublé, le jeune homme cède à un élan de folie et marque avec les fesses. Un événement qu'il regrette aujourd'hui, comme il l'a confié à l'Association des Jeunes pour le Développement du Football Tchadien (AJDFT). "Si c'était à refaire, je ne le referais pas. Je n'étais pas très mature à l'époque. C'était un manque de respect pour l'adversaire. Je l'ai appris plus tard." Avec lui, le Coton Sport est sacré champion, et le Tchadien termine deuxième meilleur buteur de Mtn Elite One avec 18 réalisations. Des performances qui attisent les convoitises en Europe. Le 17 juillet 2018, Marius débarque à Porto, malgré l'intérêt du Grasshopper Zurich. Son intégration est facilitée par Vincent Aboubakar, né à Garoua de parents tchadiens. Il fait ses débuts avec l'équipe première le 11 août, dès la première journée de Liga NOS. Quelques minutes après son entrée en jeu, il trouve la faille contre Chaves. "Je ne m'attendais pas à jouer ce match. Je ne me suis pas rendu compte de tout ce qu'il s'était passé. J'ai réalisé après, quand je suis rentré à la maison. C'était un sentiment inoubliable." Sur le moment, l'attaquant célèbre son but par une danse au poteau de corner. "Quand on était sorti déjeuner le jour du match, quelqu'un avait mis une chanson et je me suis mis à faire la danse de la guitare. Là, Yacine Brahimi m'a dit: Si tu marques aujourd'hui, tu fais cette danse, et si je marque, je ferai pareil." Marius achève l'exercice 2018-2019 avec cinq buts et deux passes décisives en 18 matches joués avec le noyau B. Des bonnes performances qui lui ouvrent les portes de la sélection nationale. Le natif de Doba fête sa première cap avec le Tchad le 5 septembre 2019, contre le Soudan, dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du monde 2022. En 35 minutes sur le terrain, l'avant-centre délivre un assist, mais manque une grosse occasion, après avoir dribblé le gardien. Un coup dur pour le joueur puisque son équipe finit par s'incliner (1-3). En club, le néo-international ne parvient pas à convaincre son entraîneur, Sérgio Conçeicão, de lui faire confiance. En manque de temps de jeu, il est prêté au Desportio Aves, en D2 portugaise, de janvier à juillet 2020. Les difficultés de l'équipe l'empêchent toutefois de s'épanouir. De retour à Porto, Marius est réintégré au noyau A. Mais après une première partie de saison blanche, il rompt son contrat, en accord avec le club. "Je ne peux m'en vouloir qu'à moi-même. Je n'ai pas saisi ma chance. Mais je ne pouvais pas continuer comme ça. C'était la meilleure décision pour la suite de ma carrière." Sans club, Marius Mouandilmadji continue à travailler dans l'ombre, en espérant qu'une porte s'ouvre à lui. Après des mois d'attente, il trouve un nouveau point de chute. Le 9 juillet, le Tchadien s'engage avec Seraing jusqu'en juin 2023. Marc Grosjean, T2 des Métallos, raconte les circonstances de son arrivée. "Une connaissance m'a envoyé des vidéos de Marius, puis je les ai analysées. J'en ai parlé au club, à l'entraîneur, et on l'a pris en test. On a tout de suite senti qu'il y avait des perspectives pour lui chez nous. Des histoires telles que celle-là, on en connaît plus beaucoup aujourd'hui." L'entraîneur belge loue également le tempérament du joueur en dehors du terrain. "C'est une bonne personne, très discrète, très humble. C'est quelqu'un de simple." En effet, loin des exigences démesurées qui sont parfois exprimées par certains footballeurs, Marius est arrivé en Belgique sur la pointe des pieds. Une simplicité dont il avait déjà fait preuve au Cameroun. "Quand tu arrives dans un nouvel environnement, ton adaptation dépend de la manière dont tu te comportes avec les autres. Moi j'étais arrivé de manière simple ( à Garoua, ndlr), et tout le monde m'avait bien accueilli", a-t-il expliqué à l'AJDFT. À Seraing, l'objectif est clair: les Métallos doivent se maintenir en D1A après 25 ans passés hors de l'élite. Pour y arriver, ils pourront compter sur un attaquant puissant, doté d'une grosse capacité d'accélération et adroit devant le but. "Il a une grosse marge de progression. Mais c'est un garçon qui est resté longtemps sans jouer. On sent qu'il manque de repères. Il doit retrouver du temps de jeu. Je suis convaincu qu'il est encore loin d'avoir atteint son plafond et qu'il nous réserve de belles choses à l'avenir." Mais pour l'heure, l'ancien Dragon a déjà marqué le présent en claquant deux buts et deux passes dé' en six journées de Pro League. 2021-2022 sera-t-elle son année?