Rien de cassé! Mouscron avait fait le plus dur, en début de semaine passée, en marquant à la 89e minute du match à gagner absolument contre Waasland-Beveren. Mais l'adversaire a arraché un point dans les arrêts de jeu. Non, rien de cassé dans le vestiaire! "Il y a des coaches qui auraient pété un câble dans des moments pareils", nous raconte un témoin. " Jorge Simão, lui, est resté très calme. Au lieu d'engueuler les joueurs, il a été très positif, style: Allez les gars, ce n'est pas fini, on lève la tête, on y croit. C'est une constante chez lui, il essaie toujours de trouver les mots qui réconfortent."
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Rien de cassé! Mouscron avait fait le plus dur, en début de semaine passée, en marquant à la 89e minute du match à gagner absolument contre Waasland-Beveren. Mais l'adversaire a arraché un point dans les arrêts de jeu. Non, rien de cassé dans le vestiaire! "Il y a des coaches qui auraient pété un câble dans des moments pareils", nous raconte un témoin. " Jorge Simão, lui, est resté très calme. Au lieu d'engueuler les joueurs, il a été très positif, style: Allez les gars, ce n'est pas fini, on lève la tête, on y croit. C'est une constante chez lui, il essaie toujours de trouver les mots qui réconfortent." L'Excel semblait mort quand ce jeune Portugais a débarqué à la fin du mois d'octobre. Avec trois points sur 27, difficile d'y croire encore. Aujourd'hui, l'espoir est là. Grâce à un profil d'entraîneur bien différent de ce que le club a connu ces dernières années. On nous confirme au club que Fernando Da Cruz n'avait pas le bon pedigree parce qu'il est plus un formateur qu'un entraîneur pour un groupe professionnel. Mais c'est avec les devanciers de Da Cruz que la différence est encore plus marquée. "Simão, ça nous change des Allemands", continue notre témoin. " Bernd Storck et Bernd Hollerbach, ce ne sont pas des drôles. Avec eux, la discipline passait avant tout, ils étaient très froids, très distants. Simão est beaucoup plus dans le moule méditerranéen." Le gars a clairement deux visages. Les joueurs de Mouscron côtoient un mec zen en semaine, et un excité le week-end. Il reconnaît lui-même qu'il va parfois trop loin dans l'ambiance des matches. Et chez nous, il a directement fait très fort. Premier match, à Genk: avertissement pour débordements devant son banc. Deuxième match, au Cercle: pendant les arrêts de jeu, démonté parce que son équipe tricote dangereusement en défense, il se défoule sur une bouteille d'eau. Troisième match, contre Bruges: deux cartes jaunes et donc renvoi en tribune. Forcément, la comparaison avec Ricardo Sá Pinto n'a pas tardé. Il fait son mea culpa après cette première exclusion chez nous: "Je comprends mon expulsion. J'ai beaucoup d'émotions au bord du terrain. Parfois, il arrive que j'exagère. L'arbitre a pris la bonne décision, c'est ma faute." Un Mouscronnois fait le point sur cette métamorphose, sur la différence entre le Simão des entraînements et le Simão des matches. "Il vit le foot H24, c'est un passionné, c'est ce qui nous frappe le plus. Mais pendant la semaine, il reste calme, on peut discuter avec lui, il ne hausse pas la voix à tout bout de champ. Il est poli avec tout le monde, très sympa. Par contre, le jour des matches, il est transfiguré. Et pour ça, il n'attend pas que le match commence. Plusieurs heures avant, on voit qu'il est déjà dedans. Ses traits se transforment, il n'a plus le même comportement. Son caractère méditerranéen prend le dessus, il est chaud bouillant." Mais s'il est sympa pendant la semaine, le Portugais ne lâche quand même rien. "Il est super exigeant. Il veut que l'équipe pratique un pressing permanent, et pour ça, il faut se défoncer en semaine, histoire d'avoir la condition physique qui permet un jeu pareil. Donc, ça bosse sec, tous les jours. On n'a de toute façon pas 50.000 choix. Vu qu'on a moins de qualités que beaucoup d'autres équipes, on doit s'en sortir via le pressing, en empêchant le plus possible l'adversaire d'avoir le ballon. C'est ce qui est beaucoup travaillé en semaine. Sur ce plan-là, les joueurs revoient un peu les méthodes de travail de Storck et Hollerbach, qui avaient aussi l'habitude de les pousser loin dans la dépense d'énergie. Mais c'est plus agréable maintenant parce que la relation humaine est meilleure." Les Mouscronnois voient aussi un coach "qui commence tous les matches pour les gagner. Être prudent et miser sur un nul, ce n'est pas pour lui." Jorge Simão ne fait donc jamais de complexes, quel que soit l'adversaire. Et plusieurs fois déjà, ça lui a souri. L'Excel a ainsi pris un point contre Bruges, a ensuite battu le Beerschot, le Standard et Genk. Histoire d'entretenir une réputation bâtie lors de ses expériences d'entraîneur au Portugal: un tueur de géants. Par exemple, deux jours après avoir repris Boavista, il s'était offert le scalp du grand Benfica. Avec Chaves, il avait terrassé le Sporting et Porto. L'homme a un parcours particulier. Déjà un point commun avec José Mourinho et André Villas- Boas: très vite, il a compris qu'il ne ferait pas une carrière de footballeur à un très haut niveau. Il tire donc ses conclusions et se concentre sur la préparation d'un avenir d'entraîneur. Il suit le cursus pour devenir prof d'éducation physique. À 26 ans, il arrête de jouer. Il commence à enchaîner les missions comme entraîneur adjoint tout en donnant cours de gym. En 2014, à 38 ans, il fait ses débuts comme T1 en deuxième division au Portugal. Après ça, il obtient vite une chance en D1 dans son pays. Il dirige Belenenses, Paços Ferreira, Chaves, Braga, Boavista. Ce qui frappe dans son parcours, c'est aussi sa durée de vie limitée. Ce n'est pas un entraîneur qui reste longtemps dans ses clubs. Depuis ses débuts de T1 il y a sept ans, Mouscron est déjà son neuvième employeur. Et son deuxième club à l'étranger, après une récente expérience pas très fructueuse en Arabie saoudite. Il avait choisi d'aller là-bas alors qu'il était dans les petits papiers des dirigeants de Middlesbrough. Mauvais choix. La préparation physique et le travail tactique sont des dadas de Jorge Simão. Point commun avec un entraîneur légendaire qu'on a bien connu chez nous, Tomislav Ivic: il est passionné de basket et de toutes les subtilités de ce sport (placement, pressing, motivation, leadership d'équipe, gestion des pauses, etc). Il dévore des bouquins écrits par des entraîneurs de basket et pourrait parler pendant des heures de la vie de la NBA. Quand on l'interroge sur ce qu'il a appris dans cette littérature, il cite un ouvrage rédigé par Phil Jackson, ex-coach des Chicago Bulls. Côté entraîneurs de foot, son modèle est italien. Pendant une période où il était sans club, il s'est rendu à Naples pour y découvrir les méthodes de Maurizio Sarri. Il affirme que cette expérience a transformé sa conception du jeu. Le pressing parfois agressif qu'on voit aux matches de Mouscron, le jeu court dans les petits espaces, ça vient de là, de ses longues discussions avec l'ex-coach de Chelsea et de la Juventus.