Après avoir pris un peu d'ambiance liégeoise en apéritif, à l'occasion d'une reprise du championnat vécue depuis les tribunes, Aron Dønnum croque un morceau d'histoire des tribunes. Le Norvégien troque son t-shirt Gucci et sa banane Vuitton contre un polo rouge et blanc, et arpente les travées rafraîchies de la T4 de Sclessin au gré des déplacements de l'objectif. Pensionnaires habituels de la tribune qui tourne le dos à la Meuse, les membres du PHK ont profité du long huis clos sanitaire pour graver dans les murs du stade les plus grands moments de leurs dix-sept années de soutien aux couleurs rouches. De Tony Montana à la Casa de Papel en passant par Bob Marley ou le Joker, tous sont désormais immortalisés à la bombe de couleur. Avec, en vedette, ce personnage emblématique du groupe qui masque mal une hystérie inscrite jusque dans le nom. Tout ce qu'il faut pour que Crazy Dønnum se sente dans son élément.
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Après avoir pris un peu d'ambiance liégeoise en apéritif, à l'occasion d'une reprise du championnat vécue depuis les tribunes, Aron Dønnum croque un morceau d'histoire des tribunes. Le Norvégien troque son t-shirt Gucci et sa banane Vuitton contre un polo rouge et blanc, et arpente les travées rafraîchies de la T4 de Sclessin au gré des déplacements de l'objectif. Pensionnaires habituels de la tribune qui tourne le dos à la Meuse, les membres du PHK ont profité du long huis clos sanitaire pour graver dans les murs du stade les plus grands moments de leurs dix-sept années de soutien aux couleurs rouches. De Tony Montana à la Casa de Papel en passant par Bob Marley ou le Joker, tous sont désormais immortalisés à la bombe de couleur. Avec, en vedette, ce personnage emblématique du groupe qui masque mal une hystérie inscrite jusque dans le nom. Tout ce qu'il faut pour que Crazy Dønnum se sente dans son élément. Le joueur transféré du club de Valerenga a la peau aussi richement garnie que les murs de la T4. Pas de plan d'évasion façon Michael Scofield, mais une autobiographie éparpillée sur l'épiderme dès ses 17 ans. Les lettres K-I-N-G sur quatre doigts d'une main en hommage à son père qui l'a toujours appelé "mon roi", sa mère sur le biceps ou encore un enfant ballon sous le bras tatoué sur l'avant-bras, représentant ses rêves d'enfant devenus réalité. En un peu moins de quatre ans, Aron Dønnum est passé d'un premier but sous les couleurs de Valerenga à un transfert vers cette Europe continentale qu'il souhaite conquérir depuis toujours. La première rose a tout du symbole, parce qu'elle est plantée au Lerkendal Stadion, siège du géant local de Rosenborg. Aron n'a que cinq ans et demi quand il pénètre dans l'enceinte pour la première fois, pendu au bras de son père Per Age, pour assister à un duel de prestige entre le club de Trondheim et le grand Real Madrid de Raúl, Roberto Carlos ou David Beckham. Douze ans après Guti, c'est à lui de faire trembler les filets des Troillongan. Isolé au coin de la surface alors que la mi-temps approche, le gaucher aux cheveux alors peroxydés claque une frappe croisée puissante hors de portée du gardien local. Aux premières loges, depuis le banc de Rosenborg, Kare Ingebrigtsen concède "ne plus se souvenir précisément" de l'égalisation de Dønnum. L'ancien coach d'Ostende se rappelle par contre très clairement de la première impression laissée par l'ailier: "Il n'était pas encore assez productif, mais il avait déjà de très bons skills. Depuis ses premiers pas, c'est un joueur très fun à regarder jouer." "C'est un mec qui te fait dire waow plusieurs fois par match", embraie Kjetil Rekdal. L'ancien milieu de terrain du Lierse décroche son téléphone sur la route d'Oslo, où il s'apprête à analyser sur un plateau TV la soirée européenne bien remplie des clubs locaux. Longtemps passé par Valerenga, il est aujourd'hui le coach d'Hamarkameratene. HamKam, pour les intimes ou les paresseux. Sa trajectoire a donc croisé, sans jamais l'épouser, celle de Dønnum, prêté dans ce club de l'antichambre au début de l'année 2018. "Si j'ai été prêté en D2, c'était pour jouer. Parce qu'en foot, tu peux être aussi bon que tu veux, si tu ne joues pas, personne ne le verra", justifie l'ailier lors de sa présentation dans les locaux liégeois. Six mois, un but et une passe décisive plus tard, le joueur revient métamorphosé à l'Intility Arena. "C'est vraiment ces deux dernières années qu'il s'est développé de manière fantastique", raconte Amin Nouri, bref latéral droit d'Ostende et équipier de Dønnum à Valerenga. "Pas spécialement dans son professionnalisme, parce qu'il n'y a jamais rien eu à lui reprocher à ce niveau-là, mais on sentait que l'homme avait grandi, qu'il avait pris de la confiance. Le fait de jouer, de se sentir important pour une équipe, ça lui a fait énormément de bien." En quittant HamKam, le gaucher réserve à ses coéquipiers éphémères un speech plein de personnalité et de remerciements, conscient de leur importance pour la suite de son parcours. De plus en plus souvent aligné par le coach Ronny Deila sur le flanc droit de Valerenga, Dønnum vit toujours dans l'ombre de Chideru Ejuke, qui fait la pluie et le beau temps chez les Osloïtes. Quand le Nigérian s'envole pour Heerenveen, qui le revendra un an après son arrivée au CSKA Moscou contre 11,5 millions d'euros au bout d'une saison néerlandaise à dix buts et six passes décisives, le gaucher spectaculaire reprend le flambeau. Dans la foulée du départ de son ancien équipier, il claque un but et une passe décisive contre Stromsgodset, comme pour souligner le fait qu'il reprend l'équipe sur ses épaules. S'ensuit un match majuscule contre Bergen, après lequel son coach distribue les compliments: "Il fait des choses que je vois rarement sur un terrain. En un-contre-un, il était presque impossible à arrêter." "C'est devenu le meilleur ailier du championnat", reprend Nouri. "Franchement, sur le terrain, on finissait par se contenter de lui donner la balle. On savait qu'il allait sortir un dribble de nulle part et faire la différence tout seul." En rentrant sur son pied gauche, dans un style qui amène Rekdal à dégainer l'audacieuse mais inévitable comparaison avec Arjen Robben, Dønnum fait parler sa puissance ou sa vista pour enfin alimenter son compteur. 2019 se termine avec six buts et quatre passes décisives, l'année suivante passera à huit buts et six assists. Au bout d'une saison 2020 aboutie - les Norvégiens jouent leur saison sur une année civile - Aron Dønnum commence à être l'objet de rapports de plus en plus aboutis dans les bureaux de Sclessin. La concurrence est rude et Valerenga n'est pas réputé pour brader ses talents, mais les Rouches sont rapidement convaincus par un scouting qui révèle une personnalité terriblement compatible avec la chaleur des bords de Meuse. "En match, je suis tellement dedans que je deviens parfois fou", concède le principal intéressé pour sa présentation à la presse liégeoise. En Norvège, on l'a ainsi vu demander à son entraîneur de la fermer dans le sillage d'une défaite contre Kristiansund, écoper d'un match de suspension pour des "déclarations inappropriées" à l'égard du corps arbitral suite à l'exclusion sévère de l'un de ses coéquipiers ou encore dessiner une Rolex sur un tape fixé à son poignet et la montrer à la caméra en fêtant un but, quelques jours après un entretien accordé au journal VG dans lequel la révélation du prix de sa montre avait suscité la polémique. Une célébration exceptionnelle de la part de celui qui a pris l'habitude de se manifester autrement après avoir fait trembler les filets. "En général, il fait un backflip ( un salto arrière, ndlr) quand il marque. Rien que pour ça, tu sais qu'il est capable de faire le show", se marre Amin Nouri. "En vérité, il a surtout un don pour tous les sports. Du ski, du skateboard... Chaque fois qu'il essaie autre chose que le foot, il est vraiment doué." L'héritage d'une jeunesse plus assidue dans le jardin que sur les bancs de l'école, lors de laquelle il a notamment pratiqué le ski acrobatique, le patinage, le football américain ou le handball entre des danses inspirées d' Usher ou de Michael Jackson, raconte la presse norvégienne qui va à la rencontre de sa mère en marge de sa première sélection. La panoplie complète du showman. "C'est vrai que sur un terrain, il aime bien parler", sourit un Kare Ingebrigtsen qui l'a souvent affronté sur les pelouses norvégiennes. "Je pense qu'en dehors, c'est un gars assez différent. C'est surtout un joueur qui veut tout faire pour aider son équipe une fois qu'il est dans un match." Amin Nouri confirme: "Avec tous ses tatouages, il a un peu un air de bad boy, mais il ne faut certainement pas se fier à ça, parce que c'est vraiment un bon gars. Sur le terrain, par contre, c'est clair qu'il devient spécial. Il est là pour tout donner." "Je mets de la passion dans tout ce que je fais", confirme l'intéressé, qui est allé jusqu'à se tatouer le mot dans le cou sans savoir qu'il était en tête du slogan si cher à ses nouveaux dirigeants. C'est également le premier qualificatif qui sort de la bouche de Kjetil Rekdal, évoquant spontanément "un gars qui joue avec beaucoup de passion." Une dévotion au jeu qui anime, depuis son test réussi à Valerenga à l'âge de quatorze ans, celui qui passait ses rares moments d'enfance devant la télévision à dévorer des cassettes de Manchester United. Toujours aussi investi, et plus décisif que jamais, Aron Dønnum entame la saison 2021 avec dix matches, six buts et trois passes décisives. En match d'ouverture, face à Rosenborg, il n'alimente pas son compteur, mais bien les notes de Stale Solbakken, le sélectionneur norvégien: "Il a bien choisi ses moments pour dribbler, a sorti plusieurs belles passes et sa capacité de travail est bien plus importante qu'avant." Les mots sont suivis d'actes, avec une première apparition internationale face au Luxembourg en juin dernier, montant au jeu à la place du Milanais Jens Petter Hauge pour disputer la dernière demi-heure aux côtés d' Erling Haaland et Martin Ødegaard au sein de l'une des sélections les plus prometteuses du Vieux Continent. La suite devait forcément s'écrire ailleurs. "Il était prêt pour le grand saut, il fallait simplement qu'il choisisse la meilleure destination possible", explique son désormais ancien coéquipier Amin Nouri. Pour Kare Ingebrigtsen aussi, "il était temps pour lui de voir autre chose." Les tribunes de Sclessin, par exemple. Avec un échantillon de passion déjà perçu contre Genk, et la dose de pression qui accompagne son statut de transfert majeur de l'été liégeois. "J'aime que les gens attendent des choses de ma part", rassure d'emblée le Norvégien. Après avoir vu le terrain sous tous les angles depuis les tribunes, Aron Dønnum n'attend plus qu'un passage de l'autre côté du miroir, pour enfin voir Sclessin s'animer depuis la pelouse.