On ne peut effacer 23 ans de sa vie. C'est la conclusion à laquelle est arrivé Fred Rutten en 2003, après avoir successivement travaillé comme joueur, adjoint et entraîneur principal pour le FC Twente. Le club d'Enschede considérait l'ancien libéro comme un véritable Tukker. Jusqu'à ce qu'en 2001, une divergence de vues sur l'avenir du club ne provoque une rupture abrupte.

" J'aurais pu rester ", a déclaré Rutten, international à une seule reprise, à l' Eindhovens Dagblad. " Mais ce n'est pas mon genre. Le projet allait à l'encontre de mes principes et comme j'y tiens, j'ai quitté le club. Je ne l'ai jamais regretté. Pendant mon année à la tête de l'école des jeunes du PSV, la pression des matches et l'implication qu'ils suscitent m'ont manqué. Je ne sentais plus l'adrénaline gicler dans mes veines. Par contre, je peux compartimenter ma vie. Dès que je suis chez moi, j'oublie le football. "

C'est Frank Arnesen, le directeur technique du Sporting, qui a convaincu le successeur de Hein Vanhaezebrouck. Sa principale mission est de conduire l'équipe à une place européenne. Rutten est authentique et autonome. Ainsi, pendant l'année de ses 50 ans, il n'a rien fait. " Je pensais à cette année sabbatique depuis longtemps ", a-t-il confié à Voetbal International. " J'étais dans un TGV. Ces trois années au PSV ont passé en un éclair. Je ne voyais pas les gares défiler. J'aime visiter les villes mais en général, je dois me contenter d'un petit jogging matinal à travers les rues. Le reste n'est que football. Tout le temps. "

© BELGAIMAGE

Cette année de paix lui a fait du bien. Il a perdu sept kilos en se nourrissant plus régulièrement et il a découvert des coins perdus de l'Europe. Dans sa ferme d'Overdinkel, à cent mètres de la frontière allemande, il a réfléchi à des événements cruciaux, en compagnie de sa femme et de ses deux filles. " Mon père est décédé à 50 ans d'un cancer du poumon ", a expliqué le nouvel entraîneur d'Anderlecht à VI il y a cinq ans.

" Mon père est entré à l'hôpital en homme fier. Il en est ressorti comme un vieil homme de 80 ans. Il avait baissé les bras. Tout est allé très vite. Il ne sortait plus de son lit. J'ai beaucoup pensé à lui quand j'ai moi-même eu 50 ans. On ne sait pas pour combien de temps on en a encore. Ma soeur aînée est décédée à 61 ans, un frère n'avait que 57 ans. Ça m'a touché et troublé. Je me suis soumis à un check-up approfondi. J'ai téléphoné à une clinique à Gronau. J'ai obtenu un rendez-vous deux jours plus tard. Je suis arrivé à huit heures et demi et je suis ressorti trois heures plus tard, en sachant qu'il ne me manquait rien. "

Un climat propice

Rutten a été le bras droit de l'autoritaire Allemand de l'Est Hans Meyer et du globe-trotter Guus Hiddink. Il a appris à suivre sa voie, avec une priorité : mettre en place un climat propice au sport de haut niveau. " L'équipe première est au centre de mes préoccupations. Il faut lui conférer une organisation. À Vitesse, pendant le repas, des tas de gens pénétraient dans la salle à manger, des jeunes qui utilisaient les installations des professionnels ou des sponsors qui, pendant un déplacement européen, se servaient au buffet de joueurs. Pas question. "

© BELGAIMAGE

Il faut protéger ceux qui doivent être performants. Rutten emploie la métaphore du cercle, formé par les joueurs et le staff technique. Un ensemble qui doit être fermé et solidaire. Le vestiaire doit être très discret. L'entraîneur paraît paisible et courtois face au monde extérieur mais en interne, il peut piquer de fameuses crises de colère. " Le calme rouille ", répète Rutten. " Un club doit être constamment en mouvement et rester ambitieux. "

Partisan d'un football de combinaisons, Rutten insiste très fort sur la concentration et l'autodiscipline. Il lui faut un certain temps pour implémenter ses méthodes et sa vision. Le plus difficile est de les transposer en prestations. " Je préfère dire ce qu'il faut faire. Pour un joueur, un adjoint ou un attaché de presse, c'est montrer ses qualités. " Au PSV, il a avancé l'heure d'arrivée aux matches en déplacement de dix minutes, pour disposer de plus de temps pour insister sur chaque détail avec fanatisme.

Ceux qui suivent la voie qu'il leur indique peuvent aller loin. Arjen Robben est toujours reconnaissant envers Rutten, qui lui a conseillé de consulter l'ostéopathe Hub Westhovens, qui a réduit sa fragilité et allongé sa carrière. Il est aussi heureux qu'après chaque séance au PSV, il ait travaillé sa prise de balle pendant un quart d'heure. Dries Mertens a décrit le conseil que Rutten lui a donné pour marquer : " Rutten répétait : - Tu dois être excité devant le but. "

© BELGAIMAGE

Une patience d'ange

Beaucoup de joueurs et d'anciens collaborateurs dépeignent Rutten comme un maître ès motivation. Un homme qui détaille avec clarté ses choix sportifs. En néerlandais car il ne parle pas français. Rutten attache énormément d'importance à l'aspect technique. Les séances intègrent donc beaucoup d'exercices de finition, davantage que de travail purement tactique.

Il n'hésite pas à travailler avec les jeunes. Dans le passé, Rutten s'est coltiné des joueurs difficiles comme Memphis Depay, Eljero Elia, Elvis Manu, Marko Arnautovic et Zakaria Labyad. " J'ai étudié leur passé et leurs origines ", a-t-il expliqué à VI. " Des familles monoparentales, des problèmes à la maison... Le savoir permet de comprendre les jeunes. Quand on établit un itinéraire avec un joueur, il faut être consistant. Ça requiert une patience d'ange de la part de l'entraîneur et du staff mais c'est une des voies vers le succès. L'entraîneur doit offrir une solution. Inciter les joueurs à réfléchir avec lui, c'est rétrograde. "

Fiche de Fred Rutten

Nom complet : Fredericus Jacobus Rutten

Né le : 5 décembre 1962, Wijchen

Carrière professionnelle de joueur : 1979-1992 FC Twente (Ned)

Carrière d'entraîneur :

93-11/95: FC Twente (Ned) (adjoint)

11/95-12/95: FC Twente (Ned) (interim)

12/95-09/99: FC Twente (Ned) (adjoint)

09/99-06/01: FC Twente (Ned)

07/01-06/02: PSV (Ned) (responsable de la formation)

07/02-06/06: PSV (Ned) (adjoint)

07/06-06/08: FC Twente (Ned)

07/08-03/09: Schalke 04 (Ger)

07/09-03/12: PSV (Ned)

07/12-06/13: Vitesse (Ned)

07/14-05/15: Feyenoord (Ned)

07/16-01/17: Al-Shabab (UAE)

01/18-11/18: Maccabi Haifa (Isr)

11/18-01/19: FC Twente (Ned) (conseiller)

Le coach le plus âgé depuis Jean Dockx

Le dimanche 6 janvier, jour de son embauche, Fred Rutten avait 56 ans, un mois et un jour. Le Néerlandais est le coach le plus âgé depuis Jean Dockx, qui avait 57 ans, trois mois et 23 jours en septembre 1998, quand il avait pris la relève, avec Frank Vercauteren, d'Arie Haan, limogé.

On ne peut effacer 23 ans de sa vie. C'est la conclusion à laquelle est arrivé Fred Rutten en 2003, après avoir successivement travaillé comme joueur, adjoint et entraîneur principal pour le FC Twente. Le club d'Enschede considérait l'ancien libéro comme un véritable Tukker. Jusqu'à ce qu'en 2001, une divergence de vues sur l'avenir du club ne provoque une rupture abrupte. " J'aurais pu rester ", a déclaré Rutten, international à une seule reprise, à l' Eindhovens Dagblad. " Mais ce n'est pas mon genre. Le projet allait à l'encontre de mes principes et comme j'y tiens, j'ai quitté le club. Je ne l'ai jamais regretté. Pendant mon année à la tête de l'école des jeunes du PSV, la pression des matches et l'implication qu'ils suscitent m'ont manqué. Je ne sentais plus l'adrénaline gicler dans mes veines. Par contre, je peux compartimenter ma vie. Dès que je suis chez moi, j'oublie le football. " C'est Frank Arnesen, le directeur technique du Sporting, qui a convaincu le successeur de Hein Vanhaezebrouck. Sa principale mission est de conduire l'équipe à une place européenne. Rutten est authentique et autonome. Ainsi, pendant l'année de ses 50 ans, il n'a rien fait. " Je pensais à cette année sabbatique depuis longtemps ", a-t-il confié à Voetbal International. " J'étais dans un TGV. Ces trois années au PSV ont passé en un éclair. Je ne voyais pas les gares défiler. J'aime visiter les villes mais en général, je dois me contenter d'un petit jogging matinal à travers les rues. Le reste n'est que football. Tout le temps. " Cette année de paix lui a fait du bien. Il a perdu sept kilos en se nourrissant plus régulièrement et il a découvert des coins perdus de l'Europe. Dans sa ferme d'Overdinkel, à cent mètres de la frontière allemande, il a réfléchi à des événements cruciaux, en compagnie de sa femme et de ses deux filles. " Mon père est décédé à 50 ans d'un cancer du poumon ", a expliqué le nouvel entraîneur d'Anderlecht à VI il y a cinq ans. " Mon père est entré à l'hôpital en homme fier. Il en est ressorti comme un vieil homme de 80 ans. Il avait baissé les bras. Tout est allé très vite. Il ne sortait plus de son lit. J'ai beaucoup pensé à lui quand j'ai moi-même eu 50 ans. On ne sait pas pour combien de temps on en a encore. Ma soeur aînée est décédée à 61 ans, un frère n'avait que 57 ans. Ça m'a touché et troublé. Je me suis soumis à un check-up approfondi. J'ai téléphoné à une clinique à Gronau. J'ai obtenu un rendez-vous deux jours plus tard. Je suis arrivé à huit heures et demi et je suis ressorti trois heures plus tard, en sachant qu'il ne me manquait rien. " Rutten a été le bras droit de l'autoritaire Allemand de l'Est Hans Meyer et du globe-trotter Guus Hiddink. Il a appris à suivre sa voie, avec une priorité : mettre en place un climat propice au sport de haut niveau. " L'équipe première est au centre de mes préoccupations. Il faut lui conférer une organisation. À Vitesse, pendant le repas, des tas de gens pénétraient dans la salle à manger, des jeunes qui utilisaient les installations des professionnels ou des sponsors qui, pendant un déplacement européen, se servaient au buffet de joueurs. Pas question. " Il faut protéger ceux qui doivent être performants. Rutten emploie la métaphore du cercle, formé par les joueurs et le staff technique. Un ensemble qui doit être fermé et solidaire. Le vestiaire doit être très discret. L'entraîneur paraît paisible et courtois face au monde extérieur mais en interne, il peut piquer de fameuses crises de colère. " Le calme rouille ", répète Rutten. " Un club doit être constamment en mouvement et rester ambitieux. " Partisan d'un football de combinaisons, Rutten insiste très fort sur la concentration et l'autodiscipline. Il lui faut un certain temps pour implémenter ses méthodes et sa vision. Le plus difficile est de les transposer en prestations. " Je préfère dire ce qu'il faut faire. Pour un joueur, un adjoint ou un attaché de presse, c'est montrer ses qualités. " Au PSV, il a avancé l'heure d'arrivée aux matches en déplacement de dix minutes, pour disposer de plus de temps pour insister sur chaque détail avec fanatisme. Ceux qui suivent la voie qu'il leur indique peuvent aller loin. Arjen Robben est toujours reconnaissant envers Rutten, qui lui a conseillé de consulter l'ostéopathe Hub Westhovens, qui a réduit sa fragilité et allongé sa carrière. Il est aussi heureux qu'après chaque séance au PSV, il ait travaillé sa prise de balle pendant un quart d'heure. Dries Mertens a décrit le conseil que Rutten lui a donné pour marquer : " Rutten répétait : - Tu dois être excité devant le but. " Beaucoup de joueurs et d'anciens collaborateurs dépeignent Rutten comme un maître ès motivation. Un homme qui détaille avec clarté ses choix sportifs. En néerlandais car il ne parle pas français. Rutten attache énormément d'importance à l'aspect technique. Les séances intègrent donc beaucoup d'exercices de finition, davantage que de travail purement tactique. Il n'hésite pas à travailler avec les jeunes. Dans le passé, Rutten s'est coltiné des joueurs difficiles comme Memphis Depay, Eljero Elia, Elvis Manu, Marko Arnautovic et Zakaria Labyad. " J'ai étudié leur passé et leurs origines ", a-t-il expliqué à VI. " Des familles monoparentales, des problèmes à la maison... Le savoir permet de comprendre les jeunes. Quand on établit un itinéraire avec un joueur, il faut être consistant. Ça requiert une patience d'ange de la part de l'entraîneur et du staff mais c'est une des voies vers le succès. L'entraîneur doit offrir une solution. Inciter les joueurs à réfléchir avec lui, c'est rétrograde. "