Nous sommes à la fin avril et Lommel United se déplace au Stade Robert Urbain de Boussu Dour pour le dernier match de la saison 2012 - 2013. Il n'y a plus beaucoup d'enjeu pour les Limbourgeois, qui sont longtemps restés calés à la huitième place et peuvent tout au plus ambitionner la sixième au terme d'un sprint final effréné.

L'entraîneur Philip Haagdoren en profite pour aligner une équipe expérimentale. Les deux révélations de la saison, Hans Vanaken et Leandro Trossard, s'assoient fraternellement côte à côte sur le banc. À la 65e minute, alors que le marquoir affiche le score de 1-1, les 300 spectateurs voient s'allumer le panneau indiquant les numéros de Vanaken et Trossard.

© belgaimage

Ce sera la dernière fois que les deux virtuoses s'aligneront sous le même maillot. Au total, ils auront passé un peu moins de 700 minutes ensemble sur le terrain. Assez pour comprendre que Lommel possédait deux véritables pépites. C'était le point final d'une saison durant laquelle Vanaken et Trossard ont illuminé la deuxième division belge.

Retour à l'été 2012. Les ambitions de Lommel sont nobles - favoriser les jeunes - et la direction ne met aucune pression. Le message est clair : essayer de lutter le plus longtemps possible pour une place au tour final. L'ambiance dans le groupe est très bonne. Celui-ci est composé aux trois quarts de joueurs limbourgeois.

Au sein de cet ensemble renforcé par deux Néerlandais et un Kenyan, c'est encore un Wallon perdu dans le coin qui fait figure de joueur le plus exotique. Il n'a aucun mal à se fondre dans le groupe : des dîners sont régulièrement organisés entre tous les coéquipiers. Après les matches à domicile, les joueurs s'attardent longtemps au stade avant de rejoindre le centre-ville pour continuer la fête.

" C'était l'un des meilleurs vestiaires que j'ai fréquentés ", témoigne Yannick Thoelen, qui a quitté Lommel United en 2015 pour rejoindre Gand. " On allait jouer au billard, on se regroupait après l'entraînement pour jouer aux cartes, on sortait ensemble... Et tout ça dans une très bonne ambiance. "

HANS LE MAGICIEN

Vanaken n'a pas besoin de plus pour poser sa griffe sur la Proximus League. À Lommel United, il devient très vite incontournable. Il existe des joueurs qui rendent meilleurs leurs équipiers les plus proches. Vanaken, lui, a le don de rendre toute l'équipe meilleure. Chaque coéquipier peut lui céder le ballon en toutes circonstances, et certainement lorsqu'il se trouve dos au but. Il bouge de telle manière qu'il se rend toujours disponible.

Certaines équipes essaient de pratiquer un marquage individuel sur sa personne, mais sans beaucoup de succès. Contre Dessel, Stijn Vreven sacrifie un joueur à la garde rapprochée de Vanaken et lui demande de le suivre partout, y compris jusqu'aux toilettes. Lorsqu'un harceleur se fait trop intrusif, les équipiers s'engouffrent dans l'espace. Ce que Vanaken apprécie particulièrement.

Sous son impulsion, Lommel United devient une équipe très agréable à voir jouer. " Avec Jérôme Colinet, Johanna Omolo et Hans, nous avions le meilleur entrejeu de deuxième division ", se souvient Sam Vanaken, le frère aîné de Hans. " Et Hans officiait comme un aimant, il attirait tous les ballons et n'en perdait quasiment aucun. "

© belgaimage

Le premier miracle se produit lors du match à domicile contre Tubize, le 15 décembre : à la 90e minute, Vanaken met quatre hommes dans le vent dans un mouchoir de poche et marque. Résultat final : 2-1 pour Lommel. Éblouis par tant de maîtrise technique, certains joueurs se demandent comment il parvient à faire cela. Thoelen se souvient que Vanaken a inscrit un but similaire, quelques mois plus tard, à domicile contre Westerlo.

" J'ai tout vu à la perfection, car j'avais pris place sur le banc ce jour-là. Hans a commencé son action dans l'entrejeu, a sollicité un une-deux avec un partenaire, a ensuite dribblé au moins trois joueurs et a trompé le gardien d'un tir appuyé. Le commentateur radio assis derrière moi est devenu hystérique "

LEANDRO LE CHÉTIF

Après la trêve hivernale, Vanaken reçoit la concurrence d'un autre magicien du ballon : Leandro Trossard. Suite à la vente d'Alessandro Cerigioni à OHL et à la blessure de l'expérimenté Dieter Dekelver, Lommel United se retrouve sans attaquant. Les joueurs espèrent que la direction engagera un grand nom pour renforcer la pointe de l'attaque.

Mais le directeur sportif Stefan Cuypers se souvient que, pendant l'été, un journaliste du Belang van Limburg lui avait soufflé le nom d'un certain Trossard. Le jeune Limbourgeois de 18 ans inscrit un but en match amical contre Lommel United - pour le reste, il passera inaperçu - et le contrat de location est rapidement signé.

De nombreux piliers de l'équipe se montrent sceptiques en voyant pour la première fois ce petit footballeur chétif appartenant à Genk, qui a la taille d'un scolaire. " Je revenais du boulot et j'ai aperçu un enfant assez maigre dans le vestiaire ", se souvient Wouter Scheelen.

" Je n'étais pas au courant du transfert et je pensais qu'ils avaient fait venir l'un de nos jeunes dans le noyau A. Mais, après quelques entraînements, j'ai vite découvert que ce Leandro avait quelque chose de spécial. Son contrôle du ballon était toujours très bon et il était attiré par le but. "

Les doutes concernant l'adolescent se dissipent rapidement lorsqu'il monte une première fois au jeu pour 27 minutes dans le derby contre Saint-Trond. Haagdoren sait que la place de prédilection de Trossard est le n°10, mais il possède déjà une plaque tournante en la personne de Vanaken.

Pas question de toucher à la position de Vanaken, et Trossard ne voit pas d'inconvénient à évoluer plus haut, comme centre-avant. Malgré sa corpulence frêle, Trossard fait mieux que se débrouiller en pointe. Il évite les duels et se montre toujours une fraction de seconde plus rapide que son opposant. Une semaine après ses débuts, il est titularisé contre Ostende. Il inscrira cinq buts dans les trois matches qui suivent.

L'UN CONSCIENCIEUX, L'AUTRE DILETTANTE

Leandro a rapidement été surnommé Lea, c'était plus facile pour ses collègues. Il faisait forte impression à l'entraînement par son tir précis, tant du pied gauche que du pied droit. Le trashtalk du gardien Thoelen était la seule chose qui pouvait parfois le perturber. " Dans les petits matches à deux contre deux ou trois contre trois, il valait mieux éviter Leandro ", se souvient Dieter Dekelver, qui a mis un terme à sa carrière la fin de la saison 2012-2013.

" Il pouvait dribbler et pivoter dans un espace très réduit, et rendait son adversaire complètement fou. Je ne suis pas le meilleur défenseur, et à 33 ans, je n'étais plus le plus agile non plus. Lorsqu'on était opposé à Leandro dans ce genre de petit match, on était heureux lorsque l'entraînement se terminait. "

Progressivement, les petits défauts du joueur appartenant à Genk apparaissent également. Trossard est un brin fainéant. Lorsque les joueurs voient Trossard traîner les pieds à l'entraînement, ils savent qu'il n'a pas envie. Parfois, les patrons de l'équipe lui remontent les bretelles.

" Lea est arrivé à Lommel dans la peau d'un joueur de Genk et il était bien décidé à le montrer ", confirme Sam Vanaken. " On a dû se fâcher d'innombrables fois avec lui et on a eu de sérieuses discussions concernant son attitude à l'entraînement. Peut-être a-t-il tenu compte de nos remarques, mais on ne pouvait pas s'en apercevoir à sa réaction. Il semblait s'en désintéresser. Ce n'était pas un mauvais garçon, et on pouvait rigoler avec lui, mais il avait une mentalité je-m'en-foutiste. "

Hans Vanaken, lui, semblait souvent fatigué lorsqu'il poussait la porte du vestiaire, le matin. Comme s'il n'avait pas bien dormi. Mais à Lommel, il avait la réputation d'être un garçon consciencieux, même si, de temps en temps, il fallait le secouer. " Philip Haagdoren s'est montré très exigeant envers Hans pendant les deux années que nous avons passé ensemble ", témoigne Jérôme Colinet, qui a joué à Lommel United de 2011 à 2013. " Il savait qu'on dépendait de lui, il a d'ailleurs été élu meilleur joueur de Lommel. Inconsciemment, ça trotte dans la tête et on se laisse parfois aller... "

POUR LEUR GLORIOLE PERSONNELLE

Même avec deux immenses talents du calibre de Vanaken et Trossard dans ses rangs, Lommel United n'a pu obtenir mieux qu'une sixième place derrière le champion Ostende, Mouscron-Péruwelz, Westerlo, Saint-Trond et Boussu Dour. Sur l'ensemble de la saison, les deux virtuoses ont joué un rôle important pour les Limbourgeois, mais l'équipe de Haagdoren n'était pas encore assez mûre pour lutter pour les premières places.

Au lieu de contrôler le match lorsqu'ils menaient, Vanaken et Cie cherchaient plutôt à inscrire un but supplémentaire. Cela leur a parfois joué des tours. Thoelen : " Cette équipe avait fière allure. On se disait que, si on parvenait à conserver tout le monde, on pourrait viser très haut. Mais on a alors appris le départ de Hans. Et, peu de temps après, Trossard a opté pour Westerlo.

On était déçus, bien sûr. On avait créé un lien avec ces garçons et ils étaient bien acceptés dans le groupe. On comprenait la décision de Hans. C'était normal qu'après quelques années à Lommel, il aspirait à de plus hautes destinées. Mais on estimait que Trossard, qui n'a passé que six mois chez nous, pouvait encore beaucoup apprendre en restant. "

On savait depuis longtemps que Vanaken partirait. Un émissaire du Lierse prenait souvent place dans les tribunes pour le suivre et Charleroi envoyait régulièrement un scout, lui aussi. Étonnamment, les autres clubs de première division brillaient souvent par leur absence. Peter Maes, qui se sent chez lui à Lommel United et qui était à ce moment-là l'entraîneur de Lokeren, était en revanche omniprésent.

Il disait souvent au président Frans Luyckx en rigolant : " Bientôt, je viendrai vous prendre Hans ". Mais Cuypers, l'homme qui règle les transferts, préfère Genk. " On avait une très bonne relation avec Genk. Pendant le mercato hivernal, j'ai souvent informé Genk, et plus précisément Gunter Jacob, de l'intérêt de Charleroi pour Vanaken. Mais Vanaken n'était pas très chaud à l'idée de rejoindre le Pays Noir. Je me souviens avoir dit à Jacob que c'était le bon moment pour attirer Vanaken.

Hans Vanaken et Leandro Trossard sont adversaires aujourd'hui après avoir évolué jadis, de concert, à Lommel., belgaimage
Hans Vanaken et Leandro Trossard sont adversaires aujourd'hui après avoir évolué jadis, de concert, à Lommel. © belgaimage

C'est alors que Lokeren a fait une proposition concrète. J'ai repris contact avec Genk, je leur ai exposé une dernière fois mes arguments : Hans est une opportunité, c'est un Limbourgeois et ses deux parents sont originaires de Genk. Mais Genk avait des doutes... Dommage pour eux. Tout compte fait, nous devons simplement être fiers que Lommel United ait lancé Vanaken et Trossard. Le mérite leur en revient, nous n'avons fait que les accompagner. "

" Nous avons dû sortir Trossard du Carré "

Le voyage Lommel-Boussu-Lommel en avril 2013 reste dans la mémoire de tous ceux qui l'ont vécu. La route du retour, depuis Boussu vers le nord du Limbourg, soit un périple de deux heures et demi, s'est déroulée dans une ambiance joyeuse. Les bouchons des bouteilles de cava et de champagne ont sauté, le car s'est arrêté en route dans une station-service pour acheter des chips, et dans tout ce tumulte, l'entraîneur adjoint s'est fait chiper sa chemise par Egon Wisniowski.

Personne ne peut dire combien de joueurs sont ressortis sobres du bus à Lommel. Et les festivités ne faisaient que commencer. Toute une bande s'est dirigée vers la discothèque LeCarré à Willebroek. " Nous avons dû nous y mettre à trois pour porter notre ami Leandro et le sortir du Carré ", rigole Toon Lenaerts, qui a joué pour Lommel de 2008 à 2017.

" Il ne supporte pas l'alcool et il en a un peu trop abusé cette nuit-là. Mais il n'était pas le seul, loin de là. Tout le groupe était dans un piteux état, et cela en dit long sur l'ambiance qui régnait. On s'entendait tous très bien. On avait sagement laissé le staff technique à la maison... "

Hans Vanaken durant la saison 2012/2013

Matches : 32

Buts : 10

Minutes jouées : 2.766

Titularisations : 31

Montée au jeu : 1

Remplacé : 4

Leandro Trossard durant la saison 2012/2013

Matches : 12

Buts : 7

Minutes jouées : 879

Titularisations : 9

Montées au jeu : 3

Remplacé : 3

Nous sommes à la fin avril et Lommel United se déplace au Stade Robert Urbain de Boussu Dour pour le dernier match de la saison 2012 - 2013. Il n'y a plus beaucoup d'enjeu pour les Limbourgeois, qui sont longtemps restés calés à la huitième place et peuvent tout au plus ambitionner la sixième au terme d'un sprint final effréné. L'entraîneur Philip Haagdoren en profite pour aligner une équipe expérimentale. Les deux révélations de la saison, Hans Vanaken et Leandro Trossard, s'assoient fraternellement côte à côte sur le banc. À la 65e minute, alors que le marquoir affiche le score de 1-1, les 300 spectateurs voient s'allumer le panneau indiquant les numéros de Vanaken et Trossard. Ce sera la dernière fois que les deux virtuoses s'aligneront sous le même maillot. Au total, ils auront passé un peu moins de 700 minutes ensemble sur le terrain. Assez pour comprendre que Lommel possédait deux véritables pépites. C'était le point final d'une saison durant laquelle Vanaken et Trossard ont illuminé la deuxième division belge. Retour à l'été 2012. Les ambitions de Lommel sont nobles - favoriser les jeunes - et la direction ne met aucune pression. Le message est clair : essayer de lutter le plus longtemps possible pour une place au tour final. L'ambiance dans le groupe est très bonne. Celui-ci est composé aux trois quarts de joueurs limbourgeois. Au sein de cet ensemble renforcé par deux Néerlandais et un Kenyan, c'est encore un Wallon perdu dans le coin qui fait figure de joueur le plus exotique. Il n'a aucun mal à se fondre dans le groupe : des dîners sont régulièrement organisés entre tous les coéquipiers. Après les matches à domicile, les joueurs s'attardent longtemps au stade avant de rejoindre le centre-ville pour continuer la fête. " C'était l'un des meilleurs vestiaires que j'ai fréquentés ", témoigne Yannick Thoelen, qui a quitté Lommel United en 2015 pour rejoindre Gand. " On allait jouer au billard, on se regroupait après l'entraînement pour jouer aux cartes, on sortait ensemble... Et tout ça dans une très bonne ambiance. " Vanaken n'a pas besoin de plus pour poser sa griffe sur la Proximus League. À Lommel United, il devient très vite incontournable. Il existe des joueurs qui rendent meilleurs leurs équipiers les plus proches. Vanaken, lui, a le don de rendre toute l'équipe meilleure. Chaque coéquipier peut lui céder le ballon en toutes circonstances, et certainement lorsqu'il se trouve dos au but. Il bouge de telle manière qu'il se rend toujours disponible. Certaines équipes essaient de pratiquer un marquage individuel sur sa personne, mais sans beaucoup de succès. Contre Dessel, Stijn Vreven sacrifie un joueur à la garde rapprochée de Vanaken et lui demande de le suivre partout, y compris jusqu'aux toilettes. Lorsqu'un harceleur se fait trop intrusif, les équipiers s'engouffrent dans l'espace. Ce que Vanaken apprécie particulièrement. Sous son impulsion, Lommel United devient une équipe très agréable à voir jouer. " Avec Jérôme Colinet, Johanna Omolo et Hans, nous avions le meilleur entrejeu de deuxième division ", se souvient Sam Vanaken, le frère aîné de Hans. " Et Hans officiait comme un aimant, il attirait tous les ballons et n'en perdait quasiment aucun. " Le premier miracle se produit lors du match à domicile contre Tubize, le 15 décembre : à la 90e minute, Vanaken met quatre hommes dans le vent dans un mouchoir de poche et marque. Résultat final : 2-1 pour Lommel. Éblouis par tant de maîtrise technique, certains joueurs se demandent comment il parvient à faire cela. Thoelen se souvient que Vanaken a inscrit un but similaire, quelques mois plus tard, à domicile contre Westerlo. " J'ai tout vu à la perfection, car j'avais pris place sur le banc ce jour-là. Hans a commencé son action dans l'entrejeu, a sollicité un une-deux avec un partenaire, a ensuite dribblé au moins trois joueurs et a trompé le gardien d'un tir appuyé. Le commentateur radio assis derrière moi est devenu hystérique " Après la trêve hivernale, Vanaken reçoit la concurrence d'un autre magicien du ballon : Leandro Trossard. Suite à la vente d'Alessandro Cerigioni à OHL et à la blessure de l'expérimenté Dieter Dekelver, Lommel United se retrouve sans attaquant. Les joueurs espèrent que la direction engagera un grand nom pour renforcer la pointe de l'attaque. Mais le directeur sportif Stefan Cuypers se souvient que, pendant l'été, un journaliste du Belang van Limburg lui avait soufflé le nom d'un certain Trossard. Le jeune Limbourgeois de 18 ans inscrit un but en match amical contre Lommel United - pour le reste, il passera inaperçu - et le contrat de location est rapidement signé. De nombreux piliers de l'équipe se montrent sceptiques en voyant pour la première fois ce petit footballeur chétif appartenant à Genk, qui a la taille d'un scolaire. " Je revenais du boulot et j'ai aperçu un enfant assez maigre dans le vestiaire ", se souvient Wouter Scheelen. " Je n'étais pas au courant du transfert et je pensais qu'ils avaient fait venir l'un de nos jeunes dans le noyau A. Mais, après quelques entraînements, j'ai vite découvert que ce Leandro avait quelque chose de spécial. Son contrôle du ballon était toujours très bon et il était attiré par le but. " Les doutes concernant l'adolescent se dissipent rapidement lorsqu'il monte une première fois au jeu pour 27 minutes dans le derby contre Saint-Trond. Haagdoren sait que la place de prédilection de Trossard est le n°10, mais il possède déjà une plaque tournante en la personne de Vanaken. Pas question de toucher à la position de Vanaken, et Trossard ne voit pas d'inconvénient à évoluer plus haut, comme centre-avant. Malgré sa corpulence frêle, Trossard fait mieux que se débrouiller en pointe. Il évite les duels et se montre toujours une fraction de seconde plus rapide que son opposant. Une semaine après ses débuts, il est titularisé contre Ostende. Il inscrira cinq buts dans les trois matches qui suivent. Leandro a rapidement été surnommé Lea, c'était plus facile pour ses collègues. Il faisait forte impression à l'entraînement par son tir précis, tant du pied gauche que du pied droit. Le trashtalk du gardien Thoelen était la seule chose qui pouvait parfois le perturber. " Dans les petits matches à deux contre deux ou trois contre trois, il valait mieux éviter Leandro ", se souvient Dieter Dekelver, qui a mis un terme à sa carrière la fin de la saison 2012-2013. " Il pouvait dribbler et pivoter dans un espace très réduit, et rendait son adversaire complètement fou. Je ne suis pas le meilleur défenseur, et à 33 ans, je n'étais plus le plus agile non plus. Lorsqu'on était opposé à Leandro dans ce genre de petit match, on était heureux lorsque l'entraînement se terminait. " Progressivement, les petits défauts du joueur appartenant à Genk apparaissent également. Trossard est un brin fainéant. Lorsque les joueurs voient Trossard traîner les pieds à l'entraînement, ils savent qu'il n'a pas envie. Parfois, les patrons de l'équipe lui remontent les bretelles. " Lea est arrivé à Lommel dans la peau d'un joueur de Genk et il était bien décidé à le montrer ", confirme Sam Vanaken. " On a dû se fâcher d'innombrables fois avec lui et on a eu de sérieuses discussions concernant son attitude à l'entraînement. Peut-être a-t-il tenu compte de nos remarques, mais on ne pouvait pas s'en apercevoir à sa réaction. Il semblait s'en désintéresser. Ce n'était pas un mauvais garçon, et on pouvait rigoler avec lui, mais il avait une mentalité je-m'en-foutiste. " Hans Vanaken, lui, semblait souvent fatigué lorsqu'il poussait la porte du vestiaire, le matin. Comme s'il n'avait pas bien dormi. Mais à Lommel, il avait la réputation d'être un garçon consciencieux, même si, de temps en temps, il fallait le secouer. " Philip Haagdoren s'est montré très exigeant envers Hans pendant les deux années que nous avons passé ensemble ", témoigne Jérôme Colinet, qui a joué à Lommel United de 2011 à 2013. " Il savait qu'on dépendait de lui, il a d'ailleurs été élu meilleur joueur de Lommel. Inconsciemment, ça trotte dans la tête et on se laisse parfois aller... " Même avec deux immenses talents du calibre de Vanaken et Trossard dans ses rangs, Lommel United n'a pu obtenir mieux qu'une sixième place derrière le champion Ostende, Mouscron-Péruwelz, Westerlo, Saint-Trond et Boussu Dour. Sur l'ensemble de la saison, les deux virtuoses ont joué un rôle important pour les Limbourgeois, mais l'équipe de Haagdoren n'était pas encore assez mûre pour lutter pour les premières places. Au lieu de contrôler le match lorsqu'ils menaient, Vanaken et Cie cherchaient plutôt à inscrire un but supplémentaire. Cela leur a parfois joué des tours. Thoelen : " Cette équipe avait fière allure. On se disait que, si on parvenait à conserver tout le monde, on pourrait viser très haut. Mais on a alors appris le départ de Hans. Et, peu de temps après, Trossard a opté pour Westerlo. On était déçus, bien sûr. On avait créé un lien avec ces garçons et ils étaient bien acceptés dans le groupe. On comprenait la décision de Hans. C'était normal qu'après quelques années à Lommel, il aspirait à de plus hautes destinées. Mais on estimait que Trossard, qui n'a passé que six mois chez nous, pouvait encore beaucoup apprendre en restant. " On savait depuis longtemps que Vanaken partirait. Un émissaire du Lierse prenait souvent place dans les tribunes pour le suivre et Charleroi envoyait régulièrement un scout, lui aussi. Étonnamment, les autres clubs de première division brillaient souvent par leur absence. Peter Maes, qui se sent chez lui à Lommel United et qui était à ce moment-là l'entraîneur de Lokeren, était en revanche omniprésent. Il disait souvent au président Frans Luyckx en rigolant : " Bientôt, je viendrai vous prendre Hans ". Mais Cuypers, l'homme qui règle les transferts, préfère Genk. " On avait une très bonne relation avec Genk. Pendant le mercato hivernal, j'ai souvent informé Genk, et plus précisément Gunter Jacob, de l'intérêt de Charleroi pour Vanaken. Mais Vanaken n'était pas très chaud à l'idée de rejoindre le Pays Noir. Je me souviens avoir dit à Jacob que c'était le bon moment pour attirer Vanaken. C'est alors que Lokeren a fait une proposition concrète. J'ai repris contact avec Genk, je leur ai exposé une dernière fois mes arguments : Hans est une opportunité, c'est un Limbourgeois et ses deux parents sont originaires de Genk. Mais Genk avait des doutes... Dommage pour eux. Tout compte fait, nous devons simplement être fiers que Lommel United ait lancé Vanaken et Trossard. Le mérite leur en revient, nous n'avons fait que les accompagner. "