La salle de presse de la Luminus Arena est presque trop étroite pour ces encombrantes caméras qui surplombent les ordinateurs installés face au pupitre. Venus en nombre, les claviers installent en fond sonore un cliquetis qui couvre presque les voix qui résonnent dans les baffles. C'est un peu comme si tout le monde avait voulu voir de ses propres yeux que l'info diffusée quelques heures plus tôt sur les réseaux par le champion en titre était bien réelle.

" Quand j'ai entendu son nom, ça a vraiment été une surprise ", glisse un ancien adversaire du nouveau coach des Limbourgeois. " Je m'attendais plutôt à ce qu'ils aillent chercher un Bernd Storck ou un Marc Brys. " Pourtant, c'est bien Felice Mazzù qui s'installe sur le banc de Genk, à l'aube d'une saison qui oscillera entre confirmation et transition. Avec son étiquette de coach défensif et sa méconnaissance du néerlandais qui, au vu des questions posées à la direction du Racing, ressemble à une affaire d'état (alors que son prédécesseur donnait tous ses entraînements en anglais), Mazzù réalise que son droit à l'erreur est réduit. Il doit convaincre, et l'opération séduction commence face à ces médias devant lesquels il glisse quelques mots dans la langue de Shakespeare avant de passer à celle de Dante. Tout ça entre deux éclats de rire.

Au Club, le choix opéré dans la quête du remplaçant de Wesley pourrait être capital dans la lutte pour le titre.

Surtout, le Carolo a faim, et sait transmettre son appétit à un groupe. " On sait que c'est un motivateur ", explique Dimitri De Condé. " Et il a travaillé pendant six ans à Charleroi, c'est un symbole de stabilité. C'est important pour Genk qui, par le passé, a souvent chuté après avoir atteint le sommet. " Huitième en 2000, dans la foulée de son premier titre, le Racing n'a effectivement jamais confirmé ses exploits aux airs de one-shot : champion en 2002 mais sixième en 2003, encore sacré en 2011 et tout juste sur le podium l'année suivante, à plus de dix points du sacre. Le challenge de Mazzù est posé, et l'équation devra probablement se résoudre sans l'aide de Sander Berge, Ruslan Malinovskyi et Leandro Trossard. C'est sans doute à eux que pense De Condé quand il dit espérer limiter l'exode à trois transferts sortants.

Pour entamer sa reconstruction, Mazzù pourra compter sur les arrivées de Theo Bongonda et de Benjamin Nygren, hot prospects qui doivent encore confirmer au plus haut niveau. S'il pourra probablement compter sur l'appui de Sébastien Dewaest, son ancien soldat carolo devenu l'un des piliers du vestiaire limbourgeois, Mazzù devra convaincre rapidement et réaliser l'un des rêves du club en décrochant un premier succès historique en Ligue des Champions. Là, son football zébré et sa faculté à reconstruire rapidement un projet de jeu avec un groupe décapité de ses leaders pourraient rendre de fiers services à un Genk qui semble chercher la continuité dans la tempête du mercato.

AVEC CLEMENT, SANS WESLEY

Au coup d'envoi du carrousel des coaches, Genk campait le rôle de la victime. Cinq petits jours après le dernier coup de sifflet de la saison, Philippe Clement mettait un terme au secret le moins bien gardé du championnat en faisant son retour au Jan Breydel. Inquiet de l'état dans lequel se retrouverait le vestiaire de Genk après la grande saignée de l'été, le coming-man des deux dernières saisons a pris la décision de retourner dans la Venise du Nord, devenue la référence nationale au bout d'un cinquième championnat consécutif conclu dans le top 2.

Philippe Clement a préféré relever le défi brugeois plutôt que de s'atteler à la saison de la confirmation à Genk., BELGAIMAGE
Philippe Clement a préféré relever le défi brugeois plutôt que de s'atteler à la saison de la confirmation à Genk. © BELGAIMAGE

Le Club se plonge donc volontairement dans un lifting complet. Après deux saisons sportivement irréprochables sous la conduite d' Ivan Leko, Bruges décide de faire un retour aux recettes de Michel Preud'homme en nommant son ancien bras droit, qui avait déjà pris du galon lors de la dernière année de MPH chez les Blauw en Zwart, profitant des libertés hebdomadaires que lui offrait son T1. Clement retrouve donc un groupe qu'il connaît, mais qui reste sur deux saisons de succès et de progrès individuels marquants dans un système à trois défenseurs qui, selon toute vraisemblance, devrait être classé dans les archives brugeoises.

De la même manière que le changement de système instauré par le Croate avait mis au frigo des joueurs du titre acquis sous Preud'homme, comme Laurens De Bock ou Lior Refaelov, l'arrivée de Clement pourrait réduire les possibilités ou le rendement de Mats Rits, de Siebe Schrijvers ou de Brandon Mechele. Certains principes de jeu devraient aussi évoluer sous les ordres du coach champion en titre, qui a déjà prouvé à Beveren et à Genk sa capacité à installer dans des délais relativement courts un plan de jeu fonctionnel et efficace.

Si le marché d'été ne devrait pas trop bouleverser le noyau brugeois, et qu'on se dirige vraisemblablement vers un bail prolongé dans la Venise du Nord pour Hans Vanaken et Ruud Vormer, le cerveau et le coeur du Club, Clement devra toutefois composer avec le départ de Wesley Moraes, auteur d'une saison avec des doubles chiffres dans les cases " buts " et " passes décisives ". Le choix opéré dans la quête de son remplaçant pourrait être capital dans la lutte pour le titre, que Bruges abordera une nouvelle fois dans la peau du favori. Vingt ans après Aimé Antheunis, le nouveau coach du Club semble être le favori pour parvenir à enchaîner un second titre de rang à la tête de deux équipes différentes.

LE MÉNAGE DE MICHEL

Au bout d'un voyage qui traverse le pays en diagonale, on découvre un projet dont la tête n'a pas changé. À Liège, Michel Preud'homme est toujours là. Pour une deuxième année toujours meilleure, selon l'adage qu'il aime répéter au sujet de sa carrière. Autour du coach omnipotent, pourtant, les visages ne sont plus les mêmes. Emilio Ferrera a cédé sa place à Mbaye Leye sur le terrain, et Benjamin Nicaise remplace Olivier Renard dans les bureaux.

Le vestiaire aussi est bouleversé. Après Razvan Marin et Moussa Djenepo, d'autres départs majeurs sont attendus, celui de Guillermo Ochoa en tête, et la saison devra démarrer sans Zinho Vanheusden, pilier de la défense depuis le départ de Christian Luyindama. Quatorze mois après le dernier match joué sous les ordres de Ricardo Sa Pinto, le onze de base qui entamera le championnat dans la Principauté n'aura plus que de rares éléments en commun avec celui que le Portugais avait emmené aux portes d'un doublé inattendu.

Mbaye Leye a remplacé Emilio Ferrera dans le staff de Preud'homme au Standard., BELGAIMAGE
Mbaye Leye a remplacé Emilio Ferrera dans le staff de Preud'homme au Standard. © BELGAIMAGE

Pour avoir plus d'emprise sur le football des siens, Preud'homme et sa méticulosité tactique pourraient se séparer des talents irréguliers de Mehdi Carcela ou Paul-José Mpoku, remplacés par des profils plus disciplinés et enclins à tout donner pour progresser individuellement et amener, par la même occasion, leur club à faire un pas en avant collectivement. " J'avais espéré pouvoir le faire progresser davantage, et ça n'a pas été possible. Je ne pense pas non plus que ce sera le cas la saison prochaine ", avait récemment déclaré Preud'homme au sujet de Carcela. " Mehdi a choisi une structure de carrière dans laquelle il n'a peut-être pas spécialement encore envie de gagner trois ou quatre pourcents. "

À l'heure actuelle, imaginer Anderlecht impliqué dans la lutte pour le prochain titre semble illusoire.

Arrivés au Standard avec la ferme intention de prouver qu'ils méritent la confiance que le club leur accorde, Selim Amallah ou Aleksandar Boljevic n'ont peut-être pas le même talent que le Marocain, mais pourraient atteindre un rendement statistique de nature à faire oublier les dribbles de Carcela. Quant au départ de Marin, devenu le véritable maître du jeu liégeois lors de ses derniers mois en Principauté, il pourrait être compensé par un jeu plus direct, parti du front d' Obbi Oulare pour survoler un milieu de terrain plus accrocheur que créatif. Le pressing, devenu l'une des armes-clés des grosses cylindrées du championnat, pourrait ainsi être déclenché par les milieux rouches, alors que celui des adversaires serait contourné par la voie des airs. Reste à savoir qui s'installera derrière le géant belge. Car dans le 4-2-3-1, les hommes placés autour de l'attaquant de pointe sont souvent ceux qui font gagner des matches et des titres. Anthony Limbombe, dynamiteur du dernier titre brugeois revenu en Belgique après son échec nantais, pourra-t-il faire décoller ses stats pour devenir un influenceur de la lutte pour le podium ?

LE PROJET KOMPANY

" On doit parvenir à être à nouveau dominant. " Le discours de Simon Davies, qui semble effectuer le tirage du lotto dans un salon feutré à l'occasion d'une vidéo de présentation sur les réseaux sociaux mauves, place l'accent sur le jeu. " On veut construire depuis l'arrière et imprimer un pressing agressif sur l'adversaire ", ou encore : " On veut proposer un football offensif parce que c'est le meilleur moyen d'arriver à ses fins. " Le chantier mauve est encore trop flou pour parler de résultats.

La première mission du nouvel Anderlecht semble être de retrouver son attractivité. Pour les supporters, mais aussi pour les joueurs, qui ne cochent plus obligatoirement la case mauve quand l'intérêt des plus grands clubs du pays se pose simultanément sur leur nom. Pour contrer la morosité d'une année sans Europe, Marc Coucke a déroulé un tapis royal sous les pieds de Vincent Kompany, qui débarque dans un rôle de manager digne de la Premier League sans pour autant ranger les crampons. Jusqu'à la task list du nouveau leader de projet, les questions sont plus nombreuses que les certitudes.

Plus que jamais, les Mauves partent à l'aventure. Avec une équipe à reconstruire, même si Michael Verschueren semble convaincu que cinq transferts suffiront pour entourer Vince The Prince dans sa quête du retour aux plus belles heures de l'histoire nationale des Anderlechtois. Amoureux du football qu'il a découvert depuis trois ans sous les ordres de Pep Guardiola, Kompany semble avoir retrouvé à City des traces d'ADN mauve, mais le retour du jeu léché dans la capitale risque d'être une opération trop coûteuse en temps pour permettre aux Bruxellois d'être efficaces dès le coup d'envoi de la saison. Pas si grave, à l'heure des play-offs ? Les deux dernières saisons ont prouvé que le titre se gagnait aussi entre juillet et mars.

Contrairement à ce que beaucoup pensaient, Jess Thorup est toujours à la tête des Buffalos., BELGAIMAGE
Contrairement à ce que beaucoup pensaient, Jess Thorup est toujours à la tête des Buffalos. © BELGAIMAGE

Anderlecht peut compter sur le capitaine le plus charismatique du pays, mais reste dans le flou. Le staff, le noyau, et même le comité des transferts sont pléthoriques, dans une logique de reprise où on accumule les talents pour ensuite faire le tri et ne garder que l'essentiel. Marc Coucke semble encore chercher la bonne formule, comme Bart Verhaeghe ou Bruno Venanzi l'ont fait avant lui. À Bruges comme au Standard, le retour au sommet a pris du temps, et l'impact d'un rachat après de longues décennies de règne de la famille Vanden Stock a probablement été sous-estimé par tous les acteurs et suiveurs du football belge. À l'heure actuelle, imaginer un Sporting bruxellois impliqué dans la lutte pour le prochain titre semble donc illusoire. Mais tous les gens amenés à évoquer son nom et sa future fonction, en privé comme en public, sont catégoriques : impossible n'est pas Kompany.

JESS ET LES DOUTES

Certains le voyaient déjà prendre la porte en fin de saison. D'autres voyaient dans le choix de Gino Caen comme préparateur physique un premier pas vers un retour d'Hein Vanhaezebrouck. Pourtant, à l'heure de reprendre les entraînements, c'est bien Jess Thorup, accompagné de son inséparable short, qui dirige les entraînements gantois. Les Buffalos ont maintenu leur coach, apprécié du public et des joueurs, alors que certains dirigeants s'imaginaient bien entamer l'année avec un autre mentor pour la troisième fois en trois ans. En cas de faux départ, un sort à la Yves Vanderhaeghe semble déjà menacer le Danois.

Pas de quoi amener une continuité sereine dans un été gantois qui s'annonce à nouveau mouvementé. Mis à part Giorgi Chakvetadze et Jonathan David, qui ne quitteront le club qu'en cas d'offre extravagante, tout le monde semble à vendre du côté de la Ghelamco Arena. Dylan Bronn, l'une des rares certitudes du secteur défensif, espère ainsi décrocher son bon de sortie dans les mois qui viennent, désertant un secteur qui a causé de nombreux soucis aux Buffalos la saison dernière. Pourtant, c'est surtout à l'autre bout du terrain que doivent se concentrer les efforts gantois. Depuis le départ de Laurent Depoitre puis, dans une moindre mesure, celui de Kalifa Coulibaly, les hommes du président De Witte n'ont plus jamais brillé par leur efficacité devant le but adverse, et les nombreux ratés de Roman Yaremchuk ou d'Alexander Sorloth ont rythmé les derniers play-offs à Gand.

Depuis sa défaite contre Wolfsburg en huitièmes de finale de Ligue des Champions, il y a bientôt quatre ans, La Gantoise semble vivre dans une éternelle période de transition. Les transferts sont toujours plus nombreux, au point de ne bientôt plus avoir que le seul Nana Asare comme survivant de la folle année 2015 (vu le départ probable de Brecht Dejaegere), mais les Buffalos paraissent reculer inexorablement dans la hiérarchie, année après année. Troisièmes en 2016 et en 2017, quatrièmes en 2018 et cinquièmes l'an dernier, les Gantois peinent à inverser le cours de l'histoire. Et au sein même des bureaux du club, d'aucuns sont sceptiques quant à la capacité de Jess Thorup à renverser la vapeur.

Sur les bords de l'Escaut comme ailleurs, dans les places fortes du Royaume, l'année semble faite de doutes et de questions. Une saison de transition est en vue. De quoi faire le bonheur d'un outsider, pour une histoire à la Leicester ? Les Foxes avaient su profiter d'une année maigre chez les ténors anglais pour créer la surprise du siècle. Mais en Premier League, il n'y a pas de play-offs.

Les plans de Mehdi Bayat ont tourné au vinaigre., BELGAIMAGE
Les plans de Mehdi Bayat ont tourné au vinaigre. © BELGAIMAGE

Charleroi suit le mouvement

Mehdi Bayat voulait frapper un grand coup. Vu les troubles que risquent de traverser ses concurrents, l'homme fort du Sporting carolo rêvait de construire une équipe qui l'installerait dans le top 3 la saison prochaine. C'est dans cette optique qu'il a sondé Hein Vanhaezebrouck, capable de transformer en douze mois un Gand moribond en champion de Belgique voici quelques années.

Les plans de l'administrateur-délégué des Zèbres ont cependant tourné au vinaigre, et même son plan B, Luka Elsner, a fini par lui filer entre les doigts. À Charleroi, c'est donc la tête pleine de questions que le vestiaire a repris le chemin des entraînements. Sans Victor Osimhen et Marco Ilaimaharitra, hommes les plus en vue du noyau, sélectionnés pour la CAN et probables attractions d'un mercato qui s'annonce une nouvelle fois ravageur. Un sacré contretemps pour le nouvel entraîneur, lancé dans une aventure dans laquelle les sceptiques semblent plus nombreux que les optimistes.

Laszlo Bölöni et l'Antwerp ont un coup à jouer., BELGAIMAGE
Laszlo Bölöni et l'Antwerp ont un coup à jouer. © BELGAIMAGE

L'année de l'Antwerp ?

Du côté du Bosuil, où Laszlo Bölöni a finalement conservé la confiance de ses patrons suite à la qualification européenne, on a fait les choses en grand pour prolonger l'aventure anversoise de Dieumerci Mbokani. À bientôt 34 ans, et malgré un physique qui l'empêche de s'entraîner régulièrement, le Congolais reste l'un des meilleurs attaquants du championnat, et c'est autour de lui que se construira l'Antwerp version 2020, pour un plan forcément échafaudé à court terme.

Si le Great Old a fait décoller les enchères pour conserver son buteur, c'est parce que Lucien D'Onofrio, en connaisseur du championnat, est bien conscient que le G5 traditionnel s'apprête à vivre une saison tumultueuse. Pour l'Antwerp, c'est peut-être l'année ou jamais pour réussir un coup, avant que de nouveaux cycles ne soient bien installés chez la concurrence. Si l'essentiel du noyau devra être reconstruit dans la métropole anversoise, Bölöni a prouvé qu'il pouvait mettre rapidement en place un plan rémunérateur à défaut d'être spectaculaire. Et après une première saison finie sur les rotules, les Anversois ont montré lors des derniers play-offs qu'ils étaient capables de tenir la distance.

Au prix de quelques gros coups cet été, l'Antwerp pourrait devenir un outsider de taille dans la lutte pour le titre.

La salle de presse de la Luminus Arena est presque trop étroite pour ces encombrantes caméras qui surplombent les ordinateurs installés face au pupitre. Venus en nombre, les claviers installent en fond sonore un cliquetis qui couvre presque les voix qui résonnent dans les baffles. C'est un peu comme si tout le monde avait voulu voir de ses propres yeux que l'info diffusée quelques heures plus tôt sur les réseaux par le champion en titre était bien réelle. " Quand j'ai entendu son nom, ça a vraiment été une surprise ", glisse un ancien adversaire du nouveau coach des Limbourgeois. " Je m'attendais plutôt à ce qu'ils aillent chercher un Bernd Storck ou un Marc Brys. " Pourtant, c'est bien Felice Mazzù qui s'installe sur le banc de Genk, à l'aube d'une saison qui oscillera entre confirmation et transition. Avec son étiquette de coach défensif et sa méconnaissance du néerlandais qui, au vu des questions posées à la direction du Racing, ressemble à une affaire d'état (alors que son prédécesseur donnait tous ses entraînements en anglais), Mazzù réalise que son droit à l'erreur est réduit. Il doit convaincre, et l'opération séduction commence face à ces médias devant lesquels il glisse quelques mots dans la langue de Shakespeare avant de passer à celle de Dante. Tout ça entre deux éclats de rire. Surtout, le Carolo a faim, et sait transmettre son appétit à un groupe. " On sait que c'est un motivateur ", explique Dimitri De Condé. " Et il a travaillé pendant six ans à Charleroi, c'est un symbole de stabilité. C'est important pour Genk qui, par le passé, a souvent chuté après avoir atteint le sommet. " Huitième en 2000, dans la foulée de son premier titre, le Racing n'a effectivement jamais confirmé ses exploits aux airs de one-shot : champion en 2002 mais sixième en 2003, encore sacré en 2011 et tout juste sur le podium l'année suivante, à plus de dix points du sacre. Le challenge de Mazzù est posé, et l'équation devra probablement se résoudre sans l'aide de Sander Berge, Ruslan Malinovskyi et Leandro Trossard. C'est sans doute à eux que pense De Condé quand il dit espérer limiter l'exode à trois transferts sortants. Pour entamer sa reconstruction, Mazzù pourra compter sur les arrivées de Theo Bongonda et de Benjamin Nygren, hot prospects qui doivent encore confirmer au plus haut niveau. S'il pourra probablement compter sur l'appui de Sébastien Dewaest, son ancien soldat carolo devenu l'un des piliers du vestiaire limbourgeois, Mazzù devra convaincre rapidement et réaliser l'un des rêves du club en décrochant un premier succès historique en Ligue des Champions. Là, son football zébré et sa faculté à reconstruire rapidement un projet de jeu avec un groupe décapité de ses leaders pourraient rendre de fiers services à un Genk qui semble chercher la continuité dans la tempête du mercato. Au coup d'envoi du carrousel des coaches, Genk campait le rôle de la victime. Cinq petits jours après le dernier coup de sifflet de la saison, Philippe Clement mettait un terme au secret le moins bien gardé du championnat en faisant son retour au Jan Breydel. Inquiet de l'état dans lequel se retrouverait le vestiaire de Genk après la grande saignée de l'été, le coming-man des deux dernières saisons a pris la décision de retourner dans la Venise du Nord, devenue la référence nationale au bout d'un cinquième championnat consécutif conclu dans le top 2. Le Club se plonge donc volontairement dans un lifting complet. Après deux saisons sportivement irréprochables sous la conduite d' Ivan Leko, Bruges décide de faire un retour aux recettes de Michel Preud'homme en nommant son ancien bras droit, qui avait déjà pris du galon lors de la dernière année de MPH chez les Blauw en Zwart, profitant des libertés hebdomadaires que lui offrait son T1. Clement retrouve donc un groupe qu'il connaît, mais qui reste sur deux saisons de succès et de progrès individuels marquants dans un système à trois défenseurs qui, selon toute vraisemblance, devrait être classé dans les archives brugeoises. De la même manière que le changement de système instauré par le Croate avait mis au frigo des joueurs du titre acquis sous Preud'homme, comme Laurens De Bock ou Lior Refaelov, l'arrivée de Clement pourrait réduire les possibilités ou le rendement de Mats Rits, de Siebe Schrijvers ou de Brandon Mechele. Certains principes de jeu devraient aussi évoluer sous les ordres du coach champion en titre, qui a déjà prouvé à Beveren et à Genk sa capacité à installer dans des délais relativement courts un plan de jeu fonctionnel et efficace. Si le marché d'été ne devrait pas trop bouleverser le noyau brugeois, et qu'on se dirige vraisemblablement vers un bail prolongé dans la Venise du Nord pour Hans Vanaken et Ruud Vormer, le cerveau et le coeur du Club, Clement devra toutefois composer avec le départ de Wesley Moraes, auteur d'une saison avec des doubles chiffres dans les cases " buts " et " passes décisives ". Le choix opéré dans la quête de son remplaçant pourrait être capital dans la lutte pour le titre, que Bruges abordera une nouvelle fois dans la peau du favori. Vingt ans après Aimé Antheunis, le nouveau coach du Club semble être le favori pour parvenir à enchaîner un second titre de rang à la tête de deux équipes différentes. Au bout d'un voyage qui traverse le pays en diagonale, on découvre un projet dont la tête n'a pas changé. À Liège, Michel Preud'homme est toujours là. Pour une deuxième année toujours meilleure, selon l'adage qu'il aime répéter au sujet de sa carrière. Autour du coach omnipotent, pourtant, les visages ne sont plus les mêmes. Emilio Ferrera a cédé sa place à Mbaye Leye sur le terrain, et Benjamin Nicaise remplace Olivier Renard dans les bureaux. Le vestiaire aussi est bouleversé. Après Razvan Marin et Moussa Djenepo, d'autres départs majeurs sont attendus, celui de Guillermo Ochoa en tête, et la saison devra démarrer sans Zinho Vanheusden, pilier de la défense depuis le départ de Christian Luyindama. Quatorze mois après le dernier match joué sous les ordres de Ricardo Sa Pinto, le onze de base qui entamera le championnat dans la Principauté n'aura plus que de rares éléments en commun avec celui que le Portugais avait emmené aux portes d'un doublé inattendu. Pour avoir plus d'emprise sur le football des siens, Preud'homme et sa méticulosité tactique pourraient se séparer des talents irréguliers de Mehdi Carcela ou Paul-José Mpoku, remplacés par des profils plus disciplinés et enclins à tout donner pour progresser individuellement et amener, par la même occasion, leur club à faire un pas en avant collectivement. " J'avais espéré pouvoir le faire progresser davantage, et ça n'a pas été possible. Je ne pense pas non plus que ce sera le cas la saison prochaine ", avait récemment déclaré Preud'homme au sujet de Carcela. " Mehdi a choisi une structure de carrière dans laquelle il n'a peut-être pas spécialement encore envie de gagner trois ou quatre pourcents. " Arrivés au Standard avec la ferme intention de prouver qu'ils méritent la confiance que le club leur accorde, Selim Amallah ou Aleksandar Boljevic n'ont peut-être pas le même talent que le Marocain, mais pourraient atteindre un rendement statistique de nature à faire oublier les dribbles de Carcela. Quant au départ de Marin, devenu le véritable maître du jeu liégeois lors de ses derniers mois en Principauté, il pourrait être compensé par un jeu plus direct, parti du front d' Obbi Oulare pour survoler un milieu de terrain plus accrocheur que créatif. Le pressing, devenu l'une des armes-clés des grosses cylindrées du championnat, pourrait ainsi être déclenché par les milieux rouches, alors que celui des adversaires serait contourné par la voie des airs. Reste à savoir qui s'installera derrière le géant belge. Car dans le 4-2-3-1, les hommes placés autour de l'attaquant de pointe sont souvent ceux qui font gagner des matches et des titres. Anthony Limbombe, dynamiteur du dernier titre brugeois revenu en Belgique après son échec nantais, pourra-t-il faire décoller ses stats pour devenir un influenceur de la lutte pour le podium ? " On doit parvenir à être à nouveau dominant. " Le discours de Simon Davies, qui semble effectuer le tirage du lotto dans un salon feutré à l'occasion d'une vidéo de présentation sur les réseaux sociaux mauves, place l'accent sur le jeu. " On veut construire depuis l'arrière et imprimer un pressing agressif sur l'adversaire ", ou encore : " On veut proposer un football offensif parce que c'est le meilleur moyen d'arriver à ses fins. " Le chantier mauve est encore trop flou pour parler de résultats. La première mission du nouvel Anderlecht semble être de retrouver son attractivité. Pour les supporters, mais aussi pour les joueurs, qui ne cochent plus obligatoirement la case mauve quand l'intérêt des plus grands clubs du pays se pose simultanément sur leur nom. Pour contrer la morosité d'une année sans Europe, Marc Coucke a déroulé un tapis royal sous les pieds de Vincent Kompany, qui débarque dans un rôle de manager digne de la Premier League sans pour autant ranger les crampons. Jusqu'à la task list du nouveau leader de projet, les questions sont plus nombreuses que les certitudes. Plus que jamais, les Mauves partent à l'aventure. Avec une équipe à reconstruire, même si Michael Verschueren semble convaincu que cinq transferts suffiront pour entourer Vince The Prince dans sa quête du retour aux plus belles heures de l'histoire nationale des Anderlechtois. Amoureux du football qu'il a découvert depuis trois ans sous les ordres de Pep Guardiola, Kompany semble avoir retrouvé à City des traces d'ADN mauve, mais le retour du jeu léché dans la capitale risque d'être une opération trop coûteuse en temps pour permettre aux Bruxellois d'être efficaces dès le coup d'envoi de la saison. Pas si grave, à l'heure des play-offs ? Les deux dernières saisons ont prouvé que le titre se gagnait aussi entre juillet et mars. Anderlecht peut compter sur le capitaine le plus charismatique du pays, mais reste dans le flou. Le staff, le noyau, et même le comité des transferts sont pléthoriques, dans une logique de reprise où on accumule les talents pour ensuite faire le tri et ne garder que l'essentiel. Marc Coucke semble encore chercher la bonne formule, comme Bart Verhaeghe ou Bruno Venanzi l'ont fait avant lui. À Bruges comme au Standard, le retour au sommet a pris du temps, et l'impact d'un rachat après de longues décennies de règne de la famille Vanden Stock a probablement été sous-estimé par tous les acteurs et suiveurs du football belge. À l'heure actuelle, imaginer un Sporting bruxellois impliqué dans la lutte pour le prochain titre semble donc illusoire. Mais tous les gens amenés à évoquer son nom et sa future fonction, en privé comme en public, sont catégoriques : impossible n'est pas Kompany. Certains le voyaient déjà prendre la porte en fin de saison. D'autres voyaient dans le choix de Gino Caen comme préparateur physique un premier pas vers un retour d'Hein Vanhaezebrouck. Pourtant, à l'heure de reprendre les entraînements, c'est bien Jess Thorup, accompagné de son inséparable short, qui dirige les entraînements gantois. Les Buffalos ont maintenu leur coach, apprécié du public et des joueurs, alors que certains dirigeants s'imaginaient bien entamer l'année avec un autre mentor pour la troisième fois en trois ans. En cas de faux départ, un sort à la Yves Vanderhaeghe semble déjà menacer le Danois. Pas de quoi amener une continuité sereine dans un été gantois qui s'annonce à nouveau mouvementé. Mis à part Giorgi Chakvetadze et Jonathan David, qui ne quitteront le club qu'en cas d'offre extravagante, tout le monde semble à vendre du côté de la Ghelamco Arena. Dylan Bronn, l'une des rares certitudes du secteur défensif, espère ainsi décrocher son bon de sortie dans les mois qui viennent, désertant un secteur qui a causé de nombreux soucis aux Buffalos la saison dernière. Pourtant, c'est surtout à l'autre bout du terrain que doivent se concentrer les efforts gantois. Depuis le départ de Laurent Depoitre puis, dans une moindre mesure, celui de Kalifa Coulibaly, les hommes du président De Witte n'ont plus jamais brillé par leur efficacité devant le but adverse, et les nombreux ratés de Roman Yaremchuk ou d'Alexander Sorloth ont rythmé les derniers play-offs à Gand. Depuis sa défaite contre Wolfsburg en huitièmes de finale de Ligue des Champions, il y a bientôt quatre ans, La Gantoise semble vivre dans une éternelle période de transition. Les transferts sont toujours plus nombreux, au point de ne bientôt plus avoir que le seul Nana Asare comme survivant de la folle année 2015 (vu le départ probable de Brecht Dejaegere), mais les Buffalos paraissent reculer inexorablement dans la hiérarchie, année après année. Troisièmes en 2016 et en 2017, quatrièmes en 2018 et cinquièmes l'an dernier, les Gantois peinent à inverser le cours de l'histoire. Et au sein même des bureaux du club, d'aucuns sont sceptiques quant à la capacité de Jess Thorup à renverser la vapeur. Sur les bords de l'Escaut comme ailleurs, dans les places fortes du Royaume, l'année semble faite de doutes et de questions. Une saison de transition est en vue. De quoi faire le bonheur d'un outsider, pour une histoire à la Leicester ? Les Foxes avaient su profiter d'une année maigre chez les ténors anglais pour créer la surprise du siècle. Mais en Premier League, il n'y a pas de play-offs.