Les mots jaillissent sans hésiter. Dans la foulée d'un succès contre Ostende, arraché grâce à un but de Selim Amallah aux frontières de la VAR, Mbaye Leye débarque en conférence de presse avec le sourire des vainqueurs. Quand un journaliste lui demande si battre Ostende est une satisfaction particulière, au vu des soucis posés aux Rouches par les hommes d' Alexander Blessin la saison dernière, la réponse fuse: "L'année passée, j'ai quand même pris un point là-bas en phase classique. Après, c'est vrai qu'en play-offs 2, on avait été ridicules." Un jonglage pronominal qui incarne l'un des reproches principaux d'un vestiaire qui finit par lâcher prise: une tendance à tirer la couverture à lui quand les victoires s'enchaînent, et surtout à laisser les joueurs à découvert les soirs de contre-per...

Les mots jaillissent sans hésiter. Dans la foulée d'un succès contre Ostende, arraché grâce à un but de Selim Amallah aux frontières de la VAR, Mbaye Leye débarque en conférence de presse avec le sourire des vainqueurs. Quand un journaliste lui demande si battre Ostende est une satisfaction particulière, au vu des soucis posés aux Rouches par les hommes d' Alexander Blessin la saison dernière, la réponse fuse: "L'année passée, j'ai quand même pris un point là-bas en phase classique. Après, c'est vrai qu'en play-offs 2, on avait été ridicules." Un jonglage pronominal qui incarne l'un des reproches principaux d'un vestiaire qui finit par lâcher prise: une tendance à tirer la couverture à lui quand les victoires s'enchaînent, et surtout à laisser les joueurs à découvert les soirs de contre-performance. Une manière de communiquer surprenante pour un homme rôdé aux plateaux télévisés et éduqué au banc de touche par un Michel Preud'homme qui savait choisir ses mots et leurs destinataires avec soin. À Sclessin, certains en étaient d'ailleurs très vite persuadés: l'ego de Mbaye Leye ne pouvait que l'envoyer au crash. La marche était indéniablement trop haute. Un coach sans expérience, mis à part quelques mois dans un costume de T2, pour redonner un cap au navire le plus houleux du football belge. Un débutant à la tête d'une équipe de novices. Le numéro d'équilibriste mené depuis un an et demi chez le grand rival mauve au moment de l'arrivée de Leye aurait pu mettre la puce à l'oreille. Avec une aura toute autre que celle du Sénégalais, et un statut légendaire à Saint-Guidon, Vincent Kompany a tellement vacillé qu'il a fallu le flanquer de Franky Vercauteren pour ne pas le faire tomber. Les jeunes joueurs ont besoin de coaches qui leur transmettent des certitudes, et les anciens qui deviennent entraîneurs dès qu'ils raccrochent les crampons et par la grâce de quelques heures de cours sont encore des T1 qui se cherchent. Derrière les déclarations pleines d'assurance, dans un jeu médiatique où il aime autant les reprises de volée que dans les surfaces adverses, Mbaye Leye est forcément un entraîneur qui doute. S'il refuse de l'avouer lui-même, le terrain le dit pour lui. Son équipe est sans cesse tiraillée entre plusieurs idées, plusieurs schémas. Et à force de vouloir un peu tout faire, elle finit par ne jouer à rien. Après la défaite contre Anderlecht, c'est avec un discours assuré, presque paternaliste, que Vincent Kompany a pris la défense d'un Mbaye Leye qui s'égarait dans les explications de ses choix défensifs. Une marque appuyée de la différence de certitudes et de statut. Encore joueur, Vince The Prince avait déjà pris l'habitude de distribuer son discours avec la parcimonie de ceux qui savent que leur parole a de l'impact. D'augmenter le poids de ses interventions en les rendant moins fréquentes. De peser ses mots aussi, quitte à parfois en faire des tonnes quand il parle du rôle qu'il joue dans l'avenir du football belge en mettant de jeunes joueurs en vitrine sur la pelouse du Lotto Park. Avant de se tourner vers le futur, qu'il soit teinté de mauve, de rouche ou d'ailleurs, la Belgique retrouve son présent dans la Botte, à l'occasion d'un Final Four de la Ligue des Nations dont il sera probablement de bon ton de déprécier la valeur en cas de victoire, sans oublier de se lamenter sur l'absence de trophée de la génération dorée en cas de défaite. Serait-ce une génération échouée pour autant? Question de perspective. Parce que ce n'est pas parce que la Belgique a la plus belle confluence de talents de son histoire que les géants mondiaux ont cessé d'en produire à un rythme industriel. Et qu'un arrêt de gardien ou une tête décroisée au premier poteau peut certes sceller le sort d'un match ou d'un tournoi, mais pas les jugements portés sur près de dix années de frissons endiablés.