Ni le but tardif de Charles De Ketelaere ni le coup de sifflet final qui sanctionne la première défaite de la saison ne semblent altérer le plaisir des tribunes zébrées. Pendant que les visiteurs brugeois, témoins d'une vie au stade presque revenue à la normale, célèbrent leurs héros, le kop carolo l'affirme haut et fort: " We are Charleroi".
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Ni le but tardif de Charles De Ketelaere ni le coup de sifflet final qui sanctionne la première défaite de la saison ne semblent altérer le plaisir des tribunes zébrées. Pendant que les visiteurs brugeois, témoins d'une vie au stade presque revenue à la normale, célèbrent leurs héros, le kop carolo l'affirme haut et fort: " We are Charleroi". Si le goût de la défaite semble plus amer au bout de ses lèvres, le discours d' Edward Still n'oublie pas de mentionner cette fierté: "On déteste perdre. Mais là au moins, on perd la tête haute, en étant nous. Tout le monde a vu qui était Charleroi." À commencer par Philippe Clement, ouvertement impressionné par la partition adverse. Le triple champion de Belgique en titre salue le football offert par ses adversaires, et le travail d'un coach aux idées claires qui a transformé Charleroi, une équipe essentiellement construite sur sa défense en zone et ses reconversions rapides, en un groupe dominant, désireux de jouer le match selon le scénario qu'il aura choisi d'écrire. Les Zèbres bouclent d'ailleurs le match avec 46% de possession, mais leur entraîneur signale qu'il n'a pas eu le ballon autant qu'il l'aurait espéré. À défaut de rester invaincu, Edward Still aura au moins réussi un premier pas en direction de son public, et de l'objectif annoncé dès sa présentation: rendre à nouveau les supporters fiers de leur équipe. La fierté est aussi de mise à Sclessin, où des applaudissements saluent la défaite des hommes en rouge dans un Clasico décevant. Là, plus qu'un jeu dont on attend toujours de saisir le fil conducteur, ce sont les circonstances défavorables, les jambes qui tirent et les maillots qui dégoulinent que le public salue. Comme si la crainte de l'humiliation entrevue au quart d'heure, après le carton rouge d' Ameen Al-Dakhil et la promenade de Lior Refaelov, avait peu à peu laissé place à la fierté de voir que les Rouches gardaient la tête haute et le rêve de l'égalisation à portée de crampons. Du courage à défaut de jeu, dans un duel où Anderlecht a longtemps semblé chercher désespérément son fil conducteur. En sortie de mercato, le championnat belge se reconstruit. Il joue des matches de préparation qui valent des points, conclus par des entraîneurs qui demandent du temps ou de l'indulgence pour des joueurs déjà fatigués par l'accumulation des rencontres. Rares sont ceux qui semblent déjà avoir les idées claires. Le Genk de John van den Brom a toujours l'air d'un croquis brouillon aux traits égayés par de superbes crayons, l'Antwerp de Brian Priske se perd dans une accumulation de joueurs pas forcément compatibles, et les Buffalos d' Hein Vanhaezebrouck récitent un football qui semble figé dans le passé. Bien sûr, les noyaux ont changé. Mais qu'ont à répondre les entraîneurs qui demandent du temps face aux exemples, de plus en plus nombreux, de machines tactiques déjà savamment rodées en l'espace de quelques semaines? De l'autre côté de la Manche, quel supporter d'Arsenal accepte de voir Mikel Arteta jouer la montre quand Thomas Tuchel n'a mis qu'un temps négligeable à transformer Chelsea en monstre de jeu et d'organisation? Le dénominateur commun des clubs qui semblent avancer dans la bonne direction, c'est d'être dirigé par des leaders aux idées claires. À Malines, malgré des carences défensives importantes, Wouter Vrancken ne laisse aucune séquence de passes au hasard ; du côté de Saint-Gilles, Felice Mazzù fait confiance aux hommes et au système de la saison dernière, malgré le changement de division ; à Ostende, Alexander Blessin reconstruit son équipe autour d'autres hommes et d'un autre dispositif, mais toujours avec les mêmes principes. Ceux-là perdent parfois des matches, mais gardent toujours le fil. Celui qui permet aux supporters de reconnaître leur équipe d'un week-end à l'autre. Qui permet parfois de prendre une défaite avec l'esquisse d'un sourire.