Débarqué à la Côte en début d'été, Alexander Blessin (47 ans) était alors un illustre inconnu dans le petit monde du football belge. Un peu plus de sept mois plus tard, l'Allemand n'a pourtant déjà plus grand monde à convaincre.
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Débarqué à la Côte en début d'été, Alexander Blessin (47 ans) était alors un illustre inconnu dans le petit monde du football belge. Un peu plus de sept mois plus tard, l'Allemand n'a pourtant déjà plus grand monde à convaincre. KEVIN VANDENDRIESSCHE: Pour tout vous dire, au début, c'était beaucoup d'appréhension. D'ordinaire, quand tu as un nouveau coach qui débarque, tu sais que les règles vont changer. Et là, vu qu'on savait que c'était un coach allemand qui arrivait, on s'était imaginés tous les clichés. Moi, typiquement, je pensais qu'on allait courir comme des fous... FRANÇOIS MARQUET: Moi aussi, j'avais des a priori sur la méthode allemande. Et je pensais aussi qu'on partirait courir dans les bois tous les matins, alors qu'en vrai ce n'est pas arrivé souvent. Et quand ce fut le cas, ça n'a jamais été dans le but de nous tuer. Quand on court, c'est en fractionné, autour d'une piste. C'est assez vite fait et mentalement, ça fait du bien de te dire que tu vas courir, mais que ça ne va pas durer une heure. MAXIME D'ARPINO: Je m'attendais aussi à faire un peu plus de physique parce qu'en France, j'étais habitué à beaucoup courir sans ballon en pré-saison. Avec Blessin, je crois qu'on a dû courir une fois, peut-être deux en préparation. Tout le reste se fait avec ballon, ce qui est plutôt agréable. VANDENDRIESSCHE: Honnêtement, je ne me souviens même pas d'une sortie de dix kilomètres dans les bois. Et dans l'ensemble, on a rarement fait du foncier. Ça change radicalement de ce que j'ai pu connaître dans le passé en Belgique. J'ai appris beaucoup de choses avec Yves Vanderhaeghe pendant deux ans par exemple, mais dans le fond, on touche à deux manières de travailler qui n'ont rien en commun. ARTHUR THEATE: Disons qu'ici, sur un entraînement, tu peux être amené à faire cent fois le même sprint avec la même intensité pour aller presser sur un mec. En fait, on fait en semaine ce qu'on est amenés à devoir faire en match. C'est mon premier entraîneur, je n'ai pas de point de comparaison, mais partant de ce principe, je ne verrais pas bien l'utilité d'aller courir dix bornes dans les bois sans changement de rythme. VANDENDRIESSCHE: Tout est là. Tout ce que Blessin veut nous inculquer. Autour d'un même fil rouge. Dès la première causerie, on avait compris. Il nous a dit: "On va bosser sur ça, ça, ça et ça. Et on va s'y prendre comme ça." Il n'y avait qu'un chemin, on ne pouvait pas se tromper de direction et on savait aussi que c'était à nous de nous adapter à son jeu. Heureusement pour moi, c'est un football qui me convient assez bien... Pour d'autres, ça a pu être plus compliqué à avaler... MARQUET: Dans mon cas, ça m'a demandé un vrai travail sur moi-même. Parce qu'en gros, on me demandait de changer la façon que j'avais de jouer au football depuis quinze ans. À certains moments, j'ai douté. Est-ce que moi, élevé depuis toujours au football de possession, à un type de football assez léché, j'allais pouvoir m'intégrer dans ce football hyper vertical? D'ARPINO: Moi, c'est un peu différent. Dans le sens où j'avais été recruté par Gauthier Ganaye pour mon profil et parce que je rentrais justement dans la philosophie du coach, grâce au fait que mon ancien entraîneur à Orléans, Didier Ollé-Nicolle, travaillait un peu de la même façon. Du coup, je n'ai pas été surpris. Même si ici, il y avait la rigueur allemande en plus. GUILLAUME HUBERT: L'intelligence qu'il a eue, c'est que quand il est arrivé, il nous a tout de suite montré des images de Leipzig. On n'a pas découvert le coach, on a découvert une méthode. Il savait très clairement ce qu'il voulait. Travailler avec un T1 qui a une vraie identité de jeu, c'est plus facile... D'ARPINO: Il nous a pris à part, poste par poste, pour nous montrer ce qu'il attendait de nous à partir d'images de Leipzig. Pour un joueur, ça aide à se projeter. D'autant qu'il n'y a pas que l'aspect théorique. Dans la foulée, il a directement enchaîné avec de la pratique. MARQUET: Il a le mérite d'avoir compris que nous, les joueurs de foot, on ne sait pas se concentrer pendant plus de trente minutes ( Il rit). Donc, la théorie, ça ne dure jamais longtemps. Il nous montre concrètement ce qu'il veut, mais très vite, ça se matérialise par un exercice. MARQUET: Sa force, c'est aussi de toujours adapter ses exercices en fonction des lacunes de ses joueurs. THEATE: Oui, dès qu'il voit quelque chose qu'il peut améliorer chez quelqu'un, une marge de progression quelque part, il fonce. Il y a des exercices pour tout le monde. D'ARPINO: Pour les milieux, par exemple, il insiste énormément sur les déplacements sans ballon, le pressing et le positionnement. En gros, l'exercice de base, c'est de se retrouver au milieu de quatre cages avec chacune une chasuble de couleur à l'intérieur. Tu reçois des ballons et au dernier moment, il te donne un code couleur. Si tu réussis à mettre la balle dans le but, l'exercice continue, si tu rates, tu te retrouves à devoir sprinter jusqu'à un cône situé à une vingtaine de mètres. THEATE: Dans tous les cas, j'ai l'impression que ce qui lui importe, c'est qu'on mette de l'intensité dans tout ce qu'on fait. Moi, souvent, quand les autres ont fini, il me garde un peu avec lui. Il se met à côté de moi en défense centrale. Au préalable, il a pris le soin de mettre des chasubles de couleurs dans des petits buts à des postes-clés du terrain. Une fois que c'est fait, il se place à mes côtés et il me met des ballons sur mon gauche en me criant une couleur à chaque fois. Si c'est bleu, je dois appuyer une passe tendue au sol dans le petit but avec la chasuble bleue. Comme si je cassais des lignes. D'ARPINO: Tout ça, c'est un résumé global de sa philosophie. En gros, à la perte de balle, tu as cinq secondes pour récupérer le ballon. À partir de là, on travaille par thèmes, par petits jeux. THEATE: L'idée, c'est de travailler sur la zone la plus petite possible. C'est du pressing, des sprints, de l'intensité. Tout le temps et dans des petits espaces ultras réduits. Il veut renfermer l'équipe un maximum, c'est un truc de fou! VANDENDRIESSCHE: Ça ne dure jamais très longtemps, mais c'est très intensif. Il répète tout le temps "pressing, pressing". Il ne nous lâche pas là-dessus. Ça fait partie de ses basics. Pour être franc, c'était vraiment chiant par moment. Surtout au début. Alors oui, c'est souvent avec ballon, mais quand on sortait de l'entraînement, on restait quand même sur notre faim. On se disait: "Punaise, on n'a pas tiré une fois au but..." THEATE: C'est vrai que ça ne plaît pas à tout le monde. Et qu'on sort parfois d'une séance en n'étant pas trop satisfait. Un joueur de foot, ça aime bien quoi? Des frappes au but et des petits matches. Pas faire du pressing. MAKHTAR GUEYE: C'est vrai que parfois, ça fait chier, parce qu'on passe beaucoup de temps à s'entraîner sur des petits espaces. Que c'est hyper spécifique, que ça ne nous permet pas de nous défouler. Mais la récompense, on l'a chaque semaine au moment du match, quand on voit la tête de nos défenseurs apeurés au moment où on arrive pour les presser. Presque comme des morts de faim. BRECHT CAPON: Le problème, c'est que moi qui ne joue pas beaucoup, je n'ai pas cette récompense dont parle Makhtar. En plus, ce n'est pas facile de prouver à l'entraînement que je suis meilleur que les autres à partir du moment où on fait assez peu d'opposition. THEATE: Oui, ça c'est sûr que le coach, il s'en fout pas mal des petits matches. Lui, il ne lâche jamais l'affaire: ce qui l'intéresse, c'est son pressing. À la limite, t'as l'impression qu'il veut qu'on soit comme des chiens sur un os. VANDENDRIESSCHE: Après, il faut être honnête, petit à petit, il a commencé à s'adapter un tout petit peu. Là, comme il voit qu'on a compris certaines choses, il travaille un peu plus sur d'autres axes et il lâche un peu du lest. La surface de jeu s'agrandit, par exemple... THEATE: Je vais encore faire une comparaison un peu foireuse avec les animaux pour illustrer ça, mais il s'y prend un peu comme il ferait avec des chevaux que tu débourrerais peu à peu ( Il rit). Du coup, aujourd'hui, ça reste rare qu'on fasse des petits matches à l'entraînement, mais ça commence à arriver. MARQUET: Il est arrivé avec une philosophie et a voulu nous l'inculquer. Forcément, ça prend du temps et ça demande de la répétition. Tout le monde savait que les résultats n'arriveraient pas directement. CAPON: D'ailleurs, la préparation n'a pas été facile. On avait notamment été battus contre l'Union. Un groupe expérimenté se serait peut-être mis à douter. Là, les jeunes n'ont pas baissé les bras. Ils ont cru dans le projet du coach. Sans doute parce que ce dernier est parvenu à rentrer dans leur tête. Et qu'un jeune est plus malléable qu'un vieux de la vieille. VANDENDRIESSCHE: C'est vrai, je ne sais pas si une autre équipe, avec d'autres joueurs, se serait montrée si coopérative après notre début de saison, disons, un peu difficile. CAPON: À cet égard, il faut noter qu'il y a eu un bon travail de détection des profils recrutés. Ils ont choisi des styles assez similaires. Jeunes d'une part, mais très sages aussi. Des gars qui avaient envie d'apprendre, de travailler. Il n'y a pas de joueurs difficiles dans le groupe. MARQUET: Je crois que c'était surtout une volonté du club plutôt que du coach de s'entourer de joueurs assez jeunes, mais c'est clair que ça facilite le travail d'un système. Si en tant qu'entraîneur, tu arrives dans un vestiaire avec une dizaine de joueurs expérimentés qui ne voient pas le foot de la même façon que toi et que derrière, tu n'as pas de résultats rapidement, ça peut vite tourner au vinaigre. VANDENDRIESSCHE: On le sait, à Ostende, les trentenaires seront de plus en plus rares. L'an prochain, il n'y en aura peut-être même plus du tout. Moi, on m'a proposé un an de plus, mais avec un gros pourcentage de mon salaire en moins. Le signal est clair, le club veut s'ouvrir à une nouvelle ère, en gardant la philosophie du coach actuel. Je peux le comprendre et je suis de toute façon déjà fier d'avoir fait partie à un moment de ce projet. D'avoir pu connaître ce coach-là. Je partirai en bons termes en fin de saison. CAPON: Moi, visiblement, je suis déjà trop vieux pour lui. C'est parfois difficile à gérer, parce qu'il me dit que je m'entraîne bien, qu'il est content de ma ponctualité. Mais je connais aussi ma situation. Le pire, c'est que je pense qu'il a raison de faire confiance aux jeunes. Ils ont plus de fraîcheur et il en faut beaucoup pour répondre à son niveau d'exigence. THEATE: Ce qu'il demande au quotidien, cette exigence qu'il met dans tout, c'est un truc de fou. Il est intransigeant sur la vie de groupe, sur la ponctualité, sur les remarques qu'on peut faire. Il est tellement à cheval là-dessus que personne n'arrive en retard. Jamais! Parce qu'on n'a pas envie de faire ça à un coach qui est systématiquement le premier au club. Qui ne dort jamais! VANDENDRIESSCHE: Les jours de matches, on s'entraîne le matin, par exemple. Ça, je n'avais jamais connu ailleurs. Et comme moi j'habite loin, en France, ça veut dire que ces jours-là, je les passe intégralement au club. Là ou avant, parfois, je me pointais à deux heures du coup d'envoi au stade quand on jouait à domicile... THEATE: Ici, si on a eu match à 21 heures, qu'on a eu fini à minuit et qu'on a rendez-vous au club le lendemain pour 11 heures, on sait que toutes les vidéos seront prêtes. Du coup, c'est vrai que je me demande parfois quand est-ce que le coach dort. Et ce n'est pas une blague. VANDENDRIESSCHE: Lui n'est pas beaucoup chez lui, mais nous non plus du coup. Pour la vie de famille, ce n'est pas toujours évident. Depuis le début de ma carrière, c'est la première année où je passe autant de temps dans un club. Tant qu'il y a les résultats qui suivent ça va, mais c'est clair qu'on n'a quasiment jamais de jour libre. D'ARPINO: C'est vrai que tous les matins, on doit venir déjeuner au club. Après, tu as systématiquement une heure ou deux sur place entre les entraînements. Ça ne me choque pas, c'est comme ça dans les grands clubs. C'était comme ça à Lyon en tout cas. THEATE: On a très peu de jours de congé, mais de nouveau, le coach, il s'en fout ( Il rit). Il n'a pas de pitié pour nous et je crois qu'il ne doit pas en avoir. Deux jours après un match, il va retravailler son pressing comme si c'était la première fois. Avec lui, tu dois être aussi prêt mentalement que physiquement. HUBERT: Cette exigence-là, je l'avais déjà connue avec un gars comme Bernd Storck, qui nous en demandait beaucoup aussi. Mais ici, c'est vrai que même la récupération se passe au club. VANDENDRIESSCHE: Moi, j'en profite surtout pour les éclater au ping-pong. En bon capitaine, je montre l'exemple, hein ( Il rit). Honnêtement, s'il y en a un ici qui dit qu'il me bat au ping, c'est un menteur. D'ARPINO: On va dire que je suis numéro 2 mondial alors. Parce que c'est vrai que je perds plus souvent que je ne gagne contre Kevin. Mais derrière, avouons-le, la concurrence est faible. Kevin et moi, c'est un peu Roger et Rafa. Moi, j'ai le style et lui les victoires. MARQUET: Kevin et Maxime, c'est les classiques. Les plus beaux matches. Rien à dire là-dessus. THEATE: Kevin et D'Arpino, c'est très fort, c'est vrai. Moi, je joue tout le temps, mais je suis une catastrophe. Je ne gagne jamais un match, mais je dois dire que je me suis amélioré. Au teqball, je suis très fort par contre. Je fais des smashes de la tête. Ça fait toujours mouche ( Il rit). VANDENDRIESSCHE: Le teqball, c'est un genre de foot-tennis, mais sur une table de ping-pong. Là où on ne doit pas se plaindre, c'est qu'ils ont mis les moyens pour nous donner envie de passer tous ces temps libres au club. Il y a le ping et le teqball, les fléchettes aussi, le baby-foot... GUEYE: Moi, je privilégie les cours d'anglais pendant tout ce temps. Mais dans un sens, tout ce qu'ils font, les super infrastructures mises à disposition, ça nous permet de former une vraie famille. VANDENDRIESSCHE: C'est l'autre force du coach. De nous souder entre nous et de ne jamais lâcher personne. Il a su garder tout le groupe dans sa poche et ça a payé quand il a fallu faire tourner à cause des nombreux cas de Covid en janvier. THEATE: Ce qui me choque, c'est cette volonté de tout vouloir perfectionner. Tout contrôler. GUEYE: Par exemple, moi, j'ai pris deux kilos depuis que je suis arrivé. Mais c'est du muscle parce qu'on mange aussi très bien au club. Je sais de quoi je parle, je suis un bon cuisinier, mais je n'ai pas à me plaindre de devoir manger 85% de mes repas au club. Tout est très bon, très diététique. D'ARPINO: Quand j'ai signé ici, on a dit en France que je faisais un pas en arrière. Que j'allais jouer le bas de tableau d'un petit championnat. Mais Gauthier ( Ganaye, ndlr) a su me convaincre que beaucoup de choses allaient changer à Ostende. Il m'a aussi dit que je n'irais pas au terme de mon contrat, que ça allait être un formidable tremplin pour ma carrière. Moi-même, étant formé à Lyon, me retrouvant à Ostende, j'ai pu avoir des doutes. Mais grâce à Alexander Blessin, désormais, je me dis que c'est possible.