Comme si le nom de l'enceinte avait été choisi pour eux, le Canonnier a pris l'habitude de s'enflammer pour les hommes qui font parler la poudre. D' Emile Mpenza à Taiwo Awoniyi, en passant par Nenad Jestrovic, Abdoulay Diaby ou même Jonathan Bolingi, le stade des Hurlus est un repaire prisé par les attaquants désireux de faire tourner la machine à buts à plein régime. Ici, ceux qui font trembler les filets agitent toujours les tribunes.
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Comme si le nom de l'enceinte avait été choisi pour eux, le Canonnier a pris l'habitude de s'enflammer pour les hommes qui font parler la poudre. D' Emile Mpenza à Taiwo Awoniyi, en passant par Nenad Jestrovic, Abdoulay Diaby ou même Jonathan Bolingi, le stade des Hurlus est un repaire prisé par les attaquants désireux de faire tourner la machine à buts à plein régime. Ici, ceux qui font trembler les filets agitent toujours les tribunes. Déjà monté au perchoir du kop alors qu'il n'avait que quelques minutes hennuyères dans les jambes, Aleix Garcia a séduit les gradins sans pour autant s'être installé à la pointe du dispositif de Bernd Hollerbach. Le Catalan, prêté par Manchester City au bout du mercato, a immédiatement appuyé sur l'accélérateur, pour présenter une note salée de quatre buts après trois sorties seulement. Le tout dans un rôle de milieu offensif qu'il avait pourtant rangé dans les placards du vestiaire de la cantera de Villarreal, pour s'installer devant la défense et dans le groupe professionnel du sous-marin jaune. Lancé sur les pelouses de Liga par Marcelino Garcia Toral, qui le pose aux côtés de l'expérimenté Bruno Soriano au coeur de son immuable 4-4-2, le Catalan cesse alors de faire parler sa vista et sa frappe puissante, armes qui en avaient fait l'un des joyaux du centre de formation de Villarreal, pour apprendre à devenir un organisateur de jeu. L'écolage est tellement réussi que les pieds de Garcia arrivent jusqu'aux yeux les plus riches du continent. Quelques mois après avoir inauguré sa City Football Academy, au bout de 270 millions d'euros d'investissements et de travaux, Manchester City dépose quatre millions supplémentaires sur la table pour faire du milieu de terrain espagnol l'un des fers de lance de son avenir. Marcelino déplore un coup dur pour Villarreal pendant que les crampons d'Aleix atterrissent sur les pelouses mancuniennes. En pleine barcelonisation de leur football, eux qui préparent déjà l'arrivée de Pep Guardiola finalisée dans les premiers mois de l'année 2016, les Citizens ont débauché Txiki Begiristain (ancien directeur technique du Barça) depuis 2012, et attiré dans leur Academy un certain Rodolfo Borrell, ex-formateur réputé du club catalan connu pour avoir été le premier entraîneur européen de Lionel Messi. Dès l'arrivée de Pep de l'autre côté de la Manche, le duo lui conseille d'intégrer à son noyau ce jeune milieu de terrain espagnol, à qui Manuel Pellegrini a offert ses premières minutes chez les pros au bout de l'hiver 2016, à l'occasion d'un match de FA Cup à Stamford Bridge conclu par une victoire spectaculaire des Blues (5-1). Associé à Fernando devant la défense dans le 4-2-2-2 traditionnel du manager chilien, Garcia goûte à un parfum que Guardiola lui fera déguster à plusieurs reprises la saison suivante. Aleix gratte une petite dizaine d'apparitions sous le maillot bleu ciel, faisant ses débuts en Premier League en prenant la place de Kevin De Bruyne lors d'un match contre Bournemouth. Conscients qu'une saison bouclée avec 368 minutes dans le moteur est insuffisante pour développer le talent d'un des joueurs-phares du centre aux côtés de l'ailier Brahim Diaz (aujourd'hui au Real), les Citizens décident alors d'envoyer Garcia en Catalogne, dans un club de Gérone aux mains du City Group et tout juste remonté en Liga. Au stade de Montilivi, tout juste agrandi pour accueillir une affluence digne des matches de Primera División, le milieu de terrain croise la route de Pablo Machín, et souffre pour se faire une place dans le onze de son nouveau coach, plutôt enclin à faire confiance aux routiniers qu'il a installés autour du terrain et qui lui ont offert la montée. Si la saison historique des Catalans lui donne raison, avec une dixième place et une victoire à la maison face au grand Real, elle laisse de côté le joyau de City. " Le coach a des idées très claires, et les joueurs plus anciens les ont vraiment bien assimilées ", justifie Garcia pour raconter ses absences répétées du onze de base. " Le point positif, c'est qu'être dans une équipe inférieure m'a permis de progresser au niveau physique et défensif. " Malgré un temps de jeu insuffisant et des incompatibilités philosophiques avec le football de son coach, Aleix fait parler de lui lors de ses apparitions devant la défense, suscite des comparaisons élogieuses avec Sergio Busquets pour sa faculté à sortir le ballon aisément et proprement sous pression, et s'offre une sélection avec la Rojita, occupant le milieu de terrain lors d'un match de qualifs face à l'Estonie, en soutien de Fabián Ruiz (Napoli) et Dani Ceballos (Arsenal, prêté par le Real). Au bout de la saison, Machín est débauché par Séville, et l'arrivée sur le banc de Gérone d' Eusebio Sacristán, ancien milieu de terrain de la DreamTeam de Johan Cruyff forcément converti aux idées du Hollandais, incite Garcia à prolonger d'une saison son expérience catalane. Si le deuxième épisode des aventures d'Aleix à Gérone se conclut par une relégation, il est surtout celui de la révélation personnelle pour le milieu de terrain. La presse catalane s'intéresse à son chien Ronnie - baptisé en hommage à Ronaldinho - à son amour pour le jeu de passes de Xavi et à son avenir chez les Citizens. Sur le terrain, Eusebio lui permet de s'exprimer un peu plus haut qu'en numéro 6, dans un style de jeu qui tourne rapidement à l'histoire d'amour mutuelle : " C'est un coach qui aime beaucoup qu'on traite bien le ballon, comme moi. " Moins amoureux de la balle, mais déjà sous le charme de l'efficacité de sa recrue, Bernd Hollerbach est donc le dernier coach en date à façonner le football d'Aleix Garcia. Avant cette rencontre improbable entre un Allemand et un Catalan à Mouscron, rendue possible par son agent qui avait déjà amené Joan Campins dans le Hainaut, le milieu de terrain a suivi Manchester City sur les pelouses chinoises, à l'occasion de la tournée asiatique des Citizens. Sur le gazon du Nanjing Olympic Stadium, Aleix a même eu droit à un fameux Pep Talk, après le coup de sifflet final d'un match amical contre West Ham. En tête-à-tête avec Pep Guardiola, le futur Mouscronnois ouvre de grands yeux qui s'agitent dans tous les sens, pour suivre les mouvements de bras incessants du Profesor Pep, en pleine leçon de football face aux caméras. Le genre d'étudiant qu'on ne s'attend pas vraiment à retrouver un mois et demi plus tard en Erasmus au Canonnier.