Si le ballon avait voulu faire passer un message, il n'aurait sans doute pas pu mieux s'y prendre. Quand Philippe Clement décide de remonter sur la pelouse de Sclessin sans Emmanuel Dennis, malgré une ouverture du score partie du pied du Nigérian et conclue par Krepin Diatta, Noa Lang profite d'un Sclessin clairsemé mais bouillant pour faire ses débuts en public sur le sol belge. Le coup d'envoi de la seconde période est rouche, mais la sphère ne met que quatre secondes à venir se magnétiser contre le pied du Néerlandais, au bout d'une passe mal calibrée par Noë Dussenne.
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Si le ballon avait voulu faire passer un message, il n'aurait sans doute pas pu mieux s'y prendre. Quand Philippe Clement décide de remonter sur la pelouse de Sclessin sans Emmanuel Dennis, malgré une ouverture du score partie du pied du Nigérian et conclue par Krepin Diatta, Noa Lang profite d'un Sclessin clairsemé mais bouillant pour faire ses débuts en public sur le sol belge. Le coup d'envoi de la seconde période est rouche, mais la sphère ne met que quatre secondes à venir se magnétiser contre le pied du Néerlandais, au bout d'une passe mal calibrée par Noë Dussenne. La magie opère en un instant. Le ballon semble déterminé à obéir à ce corps élastique, qui paraît sans cesse soutenu par des bras écartés comme ceux d'un funambule. Chez Noa Lang, tout se joue sur un fil, au bord de la chute sans jamais perdre le contrôle. Les promenades balle au pied sont ainsi un contraste saisissant. D'un côté, il y a la violence des coups de reins qui déstabilisent l'adversaire, souvent à partir d'un départ quasiment arrêté. De l'autre, la symbiose entre le pied qui gouverne et le ballon qui exécute. Le cocktail appartient aux plus grands, à ceux qui sont capables de renverser un match sur n'importe quelle touche de balle, et qui en ont à ce point conscience qu'ils en viennent à demander le ballon sans relâche. Dans la Venise du Nord, le débarquement du Néerlandais a provoqué un changement de régime. L'équipe d' HansVanaken est devenue celle de Noa Lang. L'homme aux deux Souliers d'Or a vu son nouveau numéro 10 s'installer dans sa zone de prédilection, désertant souvent le flanc pour occuper l'intervalle axe-gauche depuis lequel le Limbourgeois aime distribuer les passes décisives. Cette saison, Clement a même poussé un cran plus loin la liberté de son homme fort, confirmant sa faculté à mettre dans les meilleures dispositions offensives ses game changers. Accompagné de CharlesDeKetelaere, Lang peut désormais occuper tout le front de l'attaque à sa guise. Tant pis si les choix ne sont pas toujours les meilleurs. Parce que c'est finalement logique pour un joueur de 22 ans. Et surtout, parce que Noa Lang semble toujours entamer chaque nouvelle action avec l'insouciance de celui qui ne pense déjà plus à son échec précédent. Au sein de l'Ajax à l'occupation de terrain pourtant très liquide d' EriktenHag, pas franchement réputé pour être un maniaque du jeu de position, le Néerlandais paraît se sentir à l'étroit. Sa créativité se marie à merveille avec les idées offensives de Philippe Clement, un jour résumées par RyotaMorioka: "Avec lui, on n'avait pas vraiment de tactique. Enfin, on en avait défensivement mais avec le ballon, on pouvait créer des choses. On avait de la liberté." Un paramètre indispensable pour tirer le meilleur de Noa Lang, qui ne semble jamais aussi fort que quand il a le ballon au bout du pied et un monde à conquérir. Souvent, c'est vers la gauche que le Batave se libère pour demander le ballon, parfois très bas sur le terrain. Après tout, les adversaires ne sont que des obstacles qui se contournent avec aisance pour celui qui affiche 9,21 dribbles tentés par rencontre depuis le coup d'envoi de la saison, avec un taux de réussite au-dessus de la moyenne (58%) qui en fait le deuxième dribbleur le plus concret du Royaume dans le sillage du spectaculaire Louvaniste MousaAl-Tamari. La suite est illisible. "Il peut rentrer dans le jeu ou prendre l'extérieur", explique JurSchryvers, victime des changements de direction intempestifs de Lang la saison dernière. "Et quel que soit son choix, il a une fameuse accélération et il est vraiment solide techniquement." Si l'on distingue souvent les dribbleurs qui se dégagent du marquage et ceux qui débordent l'adversaire, la panoplie de l'ancien Ajacide lui permet de faire les deux et démultiplie le casse-tête vécu par son vis-à-vis. Parce qu'il n'y a pas que le dribble. Derrière son coup de reins, Noa Lang a encore de la suite dans les idées. En plus d'un sang-froid et d'une aisance pour manier le ballon qui le rendent redoutable face aux filets adverses, le serpent hollandais peut faire briller ses coéquipiers en partant vers l'extérieur, via un centre précis, ou en cherchant l'espace vers le coeur du jeu. C'est sans doute ce mouvement qui étale le plus ostensiblement sa palette. Une course presque latérale, ballon au pied, comme un voleur qui examinerait méticuleusement une façade sans se préoccuper du danger, juste à la recherche de la faille qui lui permettra d'entrer. L'infraction dans la défense adverse peut se faire en un changement de rythme et de direction, grâce à un bas du corps à l'élasticité hors normes, mais aussi en une passe qui cisaille l'espace entre deux adversaires. S'il s'est présenté à la Belgique comme un dribbleur capable de faire trembler les filets, prédateur flashé à seize buts en championnat la saison dernière, le Batave brillait déjà, mais plus anonymement sans doute, à l'heure de faire la différence par la passe. En volume de passes qui percent la défense ou qui éliminent plusieurs adversaires, il n'était ainsi devancé que par l'intouchable XavierMercier et le duo de créateurs buffalos formé par VadisOdjidja et RomanBezus. Depuis le coup d'envoi de la saison 2 de ses aventures brugeoises, son volume de tir a drastiquement diminué, passant de 3,3 à 1,7 frappe au but par rencontre, et met en lumière son volume créatif hors du commun. Au-delà des trois passes tentées dans le dos de la défense par match, avec une réussite exceptionnelle de 57% dans un exercice pourtant très délicat, il fait également mieux que la référence Mercier en termes de passes qui éliminent un nombre conséquent d'adversaires: plus de trois par rencontre, avec 57% de réussite également, là où le Français d'OHL peine à atteindre les 40%. Aux côtés d'un Charles De Ketelaere qui tire au but plus souvent que jamais, le Néerlandais a pris la création à son compte, et cantonne Vanaken dans un rôle à nouveau majeur à la finition via ses infiltrations dans la surface, tout en lui enlevant une bonne partie du poids de la création du jeu brugeois. "Il est lucide, audacieux, doué techniquement et il lit bien le jeu", résume CoenvanderHoeven, l'un de ses coaches lors de ses classes de jeunes à l'Ajax. Des traits ajacides importés sur le sol belge, avec l'arrogance footballistique de ceux qui savent qu'ils font gagner des matches. Parce que les rencontres se gagnent avec des buts, le premier contrôle de Noa Lang est presque magnétiquement attiré vers l'avancée du jeu. Avant même d'appuyer sur l'accélérateur, l'enfant du Toekomst prend déjà la peine de tourner le volant dans la bonne direction. L'orientation de son corps est instinctivement braquée vers les filets adverses, et lui permet de prendre un temps d'avance quasiment irrattrapable pour son vis-à-vis quand il décide de faire parler ses jambes. Un atout indispensable pour un gabarit encore frêle, dont les dribbles ressemblent parfois à un faufilage d'enfant au milieu d'une piste de danse remplie d'adultes. Un sens de l'évitement qui le mène très fréquemment dans la surface adverse, qu'il occupe mieux que personne. La saison dernière, aucun joueur de Pro League n'a ainsi fait mieux que ses 6,08 ballons joués dans la zone de vérité de l'adversaire par rencontre. Toujours en cherchant à réunir le ballon et les filets. Là où son compatriote ArjenRobben est devenu la référence mondiale du crochet vers l'intérieur suivi d'une frappe enroulée au second poteau, Noa Lang s'est pourtant offert une marque de fabrique distincte. Comme si les filets l'appelaient trop fort, le Brugeois privilégie souvent la frappe sèche au premier poteau quand il sort de son crochet de l'extérieur du pied droit. Un art du contre-pied doublé d'une personnalité affirmée, au sein d'un esprit qui semble s'épanouir quand il ne fait pas les choses comme les autres. Une manière, aussi, d'affirmer encore plus un instinct libéré par sa rencontre avec les idées de Philippe Clement. Très vite, le coach a compris qu'en confiant les clés à son numéro 10, son Club s'ouvrirait beaucoup de portes. Parce qu'il n'y a que pour partir vers le but que le ballon semble accepter de se décoller des pieds magnétiques de Noa Lang.