Il y a des rires, des noms d'oiseaux, des comparaisons folles et pas mal de stupéfaction. L'espace d'un instant, concentré sur une grosse minute le 29 août dernier, Didier Lamkel Ze suscite un étrange mélange de sentiments et étale l'ensemble de sa panoplie. Un but de la tête, synonyme de qualification pour l'Antwerp, une célébration sur les grilles du Roi Baudouin, égale à un deuxième carton donc à une sortie prématurée, et un maillot brandi au nez de l'arbitre, comme pour lui rappeler qui est le patron de ce jeu.

Un héros déchu en un éclair qui redescend alors aux vestiaires en laissant ses potes à neuf, trop peu pour résister aux assauts d'Alkmaar, finalement qualifié à leurs dépens. Soit, du grand art proposé par un génie pour le moins incompris. " Le problème, c'est que je ne sais pas s'il se comprend lui-même ", taquine Tristan Lahaye, ancien coéquipier à Niort et adroit pour résumer l'ambiguïté du personnage. " Si quelqu'un dit qu'il est méchant, c'est que cette personne est malhonnête. "

D'autres préfèrent parler de " naïveté ", si ce n'est de " bêtise ", quand tous se rejoignent sur le talent du bonhomme, que certains comparent sans pression à Zlatan, EricCantona ou Mario Balotelli. Pour le caractère, les coups d'éclats par intermittence, le besoin de reconnaissance ou l'arrogance, c'est selon.

" S'il est discret dans la vie, il est aussi imposant, par sa taille. On le juge beaucoup là-dessus. Ce visage un peu sévère, cette barbe... On a l'impression qu'il y a une forme d'agressivité. Dans son cas, elle se reflète parfois sur le terrain, mais en dehors, ce n'est pas quelqu'un d'extravagant ", dépeint François Vitali, directeur du développement sportif du centre de formation de Lille lorsque Didier le longiligne y sévit. Et d'ajouter : " Il ne faut pas juger quelqu'un sans connaître son parcours. " Dont acte.

" Il y avait lui et puis tout le reste "

Treize bougies, un gabarit d'allumette et des pieds en feu. Le gamin voyage léger. En 2009, Didier Lamkel Ze se tape les six cent bornes qui séparent Bertoua, son bled natal dans l'est du Cameroun, de Douala, la capitale économique. Repéré lors d'un tournoi mettant aux prises les meilleurs jeunes du pays, il rallie l'école des Brasseries du Cameroun et sa génération 96.

L'endroit est réputé. Rigobert Song, puis Samuel Eto'o en sortent majors de promo, avant lui. Didier part s'y faire les crocs, seul. Laurent D'Jaffo, ex-international béninois devenu agent, observe l'évolution d'un ado déjà plus grand que ses congénères, par les centimètres. " C'était un joueur talentueux parmi d'autres ", tempère le responsable du transfuge de Clinton N'Jie de la pépinière de Lions indomptables à l'académie de l'Olympique Lyonnais.

Le problème, c'est que je ne sais pas s'il se comprend lui-même. " Tristan Lahaye, ancien coéquipier à Niort

Lyon, justement, se positionne assez tôt sur ce milieu de terrain élancé mais élégant, évoluant principalement derrière l'attaquant, en numéro dix à l'ancienne. Anderlecht et Bordeaux se manifestent à leur tour. Tous lui font visiter leurs installations, le temps d'un essai d'une semaine. Mais tous sont conscients des règles : aucun mineur africain ne peut signer en Europe avant sa majorité. Christophe Jeannot, lui, est déjà séduit. Recruteur pour Lille, où sa première recrue s'appelle Kevin Mirallas, il tombe définitivement sous le charme de celui qui évolue avec des joueurs plus âgés, pour casser les lignes et scorer en lucarne. " Pour moi, il y avait lui et puis, tout le reste ", rembobine-t-il. " Il avait la maîtrise technique d'un petit gabarit. Physiquement, il était en déficit musculaire... Mais bon, c'était un garçon extrêmement intelligent dans le jeu. Comme je dis toujours : il est né footballeur. "

Stéphane Dumont, coach des U19 du LOSC : " Il avait du mal à assimiler qu'il y a des règles de vie et qu'un centre de formation, c'est le respect des autres et de ces mêmes règles. Il a dû enregistrer pas mal de codes. ", belgaimage
Stéphane Dumont, coach des U19 du LOSC : " Il avait du mal à assimiler qu'il y a des règles de vie et qu'un centre de formation, c'est le respect des autres et de ces mêmes règles. Il a dû enregistrer pas mal de codes. " © belgaimage

Et Jeannot avait les mots. À Lamkel Ze et D'Jaffo, il explique le projet lillois. Le LOSC veut donner leur chance aux jeunes Africains, tout en leur permettant de se développer en restant un an de plus qu'ailleurs au centre de formation, jusqu'à dix-neuf ans. Le chemin vers l'équipe première sera ensuite plus facile à emprunter. En tout cas, c'est ce qu'assure le recruteur et c'est qui convainc le clan Ze.

" C'était un grand et gros bébé "

" Pour être honnête, j'avais très vite perçu le talent de Didier, mais aussi sa personnalité. Je voyais qu'il était un petit peu fantasque, que c'était un gamin qui pouvait manquer d'un peu de rigueur. Je ne savais pas si ça allait cadrer dans un club comme Lille, alors j'hésitais ", confie Jeannot, qui choisit de prendre le risque et de doubler Lyon, au passage, pourtant sûr de conclure le deal.

Né en septembre, dans une période bâtarde coincée entre deux fenêtres de transferts, Didier Lamkel Ze attend ainsi janvier 2015 pour rallier l'hiver du nord de la France, sans aucun test au préalable. Seul, à nouveau, le natif de Bertoua peine à s'acclimater. " C'était un grand et gros bébé. Il était un peu nonchalant, plutôt pataud, voire à la cool. Il a fallu le tourner vers le haut niveau ", pose Stéphane Dumont, ancien joueur du cru qui le coache chez les U19, au côté d'un certain Benjamin Pavard, futur champion du monde et actuel défenseur du Bayern.

" Il avait du mal à assimiler qu'il y a des règles de vie et qu'un centre de formation, c'est le respect des autres et de ces mêmes règles. Il a dû enregistrer pas mal de codes. " Sur le pré, Didier livre quelques bonnes perfs, atteint la finale du championnat de France et se retrouve surclassé avec la réserve des Dogues, active au cinquième échelon. Là, Rachid Chihab, très à cheval sur la discipline, ne porte pas vraiment le garçon dans son coeur et ne l'aligne pas beaucoup.

Aujourd'hui, l'ex-T1 de Mouscron botte en touche : " Je n'ai pas eu de problèmes de comportement avec lui. Je n'ai même jamais connu ça avec qui que ce soit au club. " En vérité, le talent est là, et lui permet même de monter s'entraîner chez les pros, mais Lamkel Ze ne parvient vraiment pas à se plier aux exigences fixées. Au centre, il enchaîne les petites bêtises et finit par en venir aux mains avec un membre du personnel. Pour le LOSC, c'est la goutte de trop.

" Il a fallu faire un choix et c'était celui de se séparer. Ce n'était pas en raison de ses qualités ", assure François Vitali, obligé de le sacrifier. " Il avait ce besoin de s'affirmer. Je ne sais pas si c'est de l'arrogance, mais il devait exprimer quelque chose qu'il n'avait sûrement jamais réussi à exprimer d'une autre manière. En d'autres termes, il avait un gros besoin de reconnaissance. C'était quelqu'un d'assez timide et pour lui, cela se matérialisait sous cette forme-là. "

" Il peut menacer l'équilibre d'un groupe "

Pressé de jouer, certain de ses qualités, Didier prend la porte pour mieux rebondir. Il atterrit aux Chamois Niortais, entité de Ligue 2 que Laurent D'Jaffo connaît bien pour y avoir porté les couleurs et placé quelques poulains. Lamkel Ze y signe son premier contrat pro, lors de l'été 2016. Débarqué sur la pointe des pieds, le Camerounais s'impose rapidement. 59 joutes, 11 pions et 3 assists suivent sur deux saisons. Quelques suspensions et plusieurs mises à l'écart, aussi.

" Didier, c'est un garçon qui a énormément de potentiel. Un potentiel qui lui permettrait d'aller jouer à un très bon niveau. Il est doté aujourd'hui d'un vrai pouvoir de décision qui peut faire basculer un match ", distille son entraîneur de l'époque, Denis Renaud. " Le seul truc, c'est qu'il va parfois oublier certains codes qui font la richesse d'un sport collectif et qui permettent de réussir au plus haut niveau. Il peut se mettre en danger et menacer l'équilibre d'un groupe. "

En janvier 2018, il est mis à pied pour une bagarre avec son capitaine, lassé de devoir le " remettre à l'endroit ". Le discours des cadres ne passe pas vraiment auprès d'un jeune souvent pardonné, puis gracié, parce que ses dirigeants voient en lui la meilleure plus-value du club. Un totem d'immunité qui a le don d'énerver, délivré notamment par le directeur sportif du club, capable de lui servir des tacos avant les rencontres, persuadé des bienfaits de la cuisine mexicaine sur ses performances.

" Didier est super gentil, super attachant. Pour qu'il s'énerve, il faut vraiment le pousser à bout. Il est assez calme normalement ", défend Romain Grange, parti à Charleroi juste avant sa mise à pied. " Il a besoin d'être bien entouré, d'avoir des joueurs proches de lui. De temps en temps, je le recadrais, mais avec mes mots à moi et je pense qu'il le prenait plus facilement, parce que j'avais un autre rapport avec lui. "

Fin août 2017, Lamkel Ze transforme un centre de l'ex-Carolo en but, à Valenciennes, à sept minutes du terme. Il fête l'événement en glissant sur les genoux, devant les supporters locaux. Sauf que c'est 4-1. " Il célébrait comme s'il avait donné la victoire. Je me suis dit : Il est malade ce type ", se marre encore Grange. " C'est vrai, il est un peu fou, mais c'est ce qui fait sa force. Il n'a pas de pression. "

" Le Balotelli de l'Aldi "

La scène en rappelle une autre, jouée début novembre 2018, à Sclessin. L'ailier, lancé en profondeur, crochète Memo Ochoa pour scorer sa première banderille en JPL et valider le succès de l'Antwerp (0-2). Pris par l'émotion, il enlève son maillot et court vers la T3 des ultras liégeois, pas vraiment ravis de l'affront. Peu importe, Didier est heureux.

" Ce qu'il fait actuellement avec l'Antwerp, ce n'est pas toujours très bien compris, parce que ce n'est pas quelqu'un de très expressif ", poursuit François Vitali, décidément doué pour la psychanalyse. " Il y a de l'incompréhension, à l'image d'un Cantona, qui était un très grand joueur, mais qui avait aussi ce besoin de communiquer par ce biais-là et surtout d'être dans un contexte particulier pour pouvoir s'épanouir. "

En France, le Lillois de formation semble avoir abattu ses dernières cartes. Pas effrayé pour autant, le matricule 1 avait couché un chèque de plus d'un million d'euros pour s'offrir l'élément perturbateur des Chamois Niortais, qui conservent un pourcentage sur la revente. Le Great Old tente désormais de récupérer sa mise. Quitte à fermer les yeux sur son altercation musclée avec Jelle Van Damme, en avril dernier, son boycott de la reprise pour réclamer une augmentation de salaire, son numéro du Roi Baudouin, qui prive l'Antwerp d' Europa League et de tout l'enjeu financier que cela comprend.

C'est vrai, il est un peu fou, mais c'est ce qui fait sa force. Il n'a pas de pression. " Romain Grange, ancien coéquipier à Niort

Deux jours après l'élimination anversoise, personnifiée par son " visage un peu sévère ", l'homme aux 23 printemps s'écharpe avec Sinan Bolat, dans les vestiaires. Le gardien belgo-turc n'aurait pas supporté que son collègue rigole avec ses partenaires, qui le chambrent en placardant son nouveau surnom dans les vestiaires : " le Balotelli de l'Aldi ".

Les deux hommes se retrouvent privés de la sortie du week-end, prévue à Zulte, avant de faire leur retour à Anderlecht, une fois la trêve internationale clôturée. En interne, on en rigole presque : " On pourrait écrire un livre sur lui ". Par la voix du responsable presse, aussi team manager, on se veut plus sérieux : " Notre intention est actuellement de protéger le joueur et nous estimons qu'il n'est pas opportun d'épiloguer [...] sur lui pour le moment ", écrit Frédéric Leidgens, sur WhatsApp, arguant le " bien de tous ". Et question de bonheur, les pensionnaires du Bosuil ne risquent certainement pas de mourir d'ennui avec Didier Lamkel Ze.

Il y a des rires, des noms d'oiseaux, des comparaisons folles et pas mal de stupéfaction. L'espace d'un instant, concentré sur une grosse minute le 29 août dernier, Didier Lamkel Ze suscite un étrange mélange de sentiments et étale l'ensemble de sa panoplie. Un but de la tête, synonyme de qualification pour l'Antwerp, une célébration sur les grilles du Roi Baudouin, égale à un deuxième carton donc à une sortie prématurée, et un maillot brandi au nez de l'arbitre, comme pour lui rappeler qui est le patron de ce jeu. Un héros déchu en un éclair qui redescend alors aux vestiaires en laissant ses potes à neuf, trop peu pour résister aux assauts d'Alkmaar, finalement qualifié à leurs dépens. Soit, du grand art proposé par un génie pour le moins incompris. " Le problème, c'est que je ne sais pas s'il se comprend lui-même ", taquine Tristan Lahaye, ancien coéquipier à Niort et adroit pour résumer l'ambiguïté du personnage. " Si quelqu'un dit qu'il est méchant, c'est que cette personne est malhonnête. " D'autres préfèrent parler de " naïveté ", si ce n'est de " bêtise ", quand tous se rejoignent sur le talent du bonhomme, que certains comparent sans pression à Zlatan, EricCantona ou Mario Balotelli. Pour le caractère, les coups d'éclats par intermittence, le besoin de reconnaissance ou l'arrogance, c'est selon. " S'il est discret dans la vie, il est aussi imposant, par sa taille. On le juge beaucoup là-dessus. Ce visage un peu sévère, cette barbe... On a l'impression qu'il y a une forme d'agressivité. Dans son cas, elle se reflète parfois sur le terrain, mais en dehors, ce n'est pas quelqu'un d'extravagant ", dépeint François Vitali, directeur du développement sportif du centre de formation de Lille lorsque Didier le longiligne y sévit. Et d'ajouter : " Il ne faut pas juger quelqu'un sans connaître son parcours. " Dont acte. Treize bougies, un gabarit d'allumette et des pieds en feu. Le gamin voyage léger. En 2009, Didier Lamkel Ze se tape les six cent bornes qui séparent Bertoua, son bled natal dans l'est du Cameroun, de Douala, la capitale économique. Repéré lors d'un tournoi mettant aux prises les meilleurs jeunes du pays, il rallie l'école des Brasseries du Cameroun et sa génération 96. L'endroit est réputé. Rigobert Song, puis Samuel Eto'o en sortent majors de promo, avant lui. Didier part s'y faire les crocs, seul. Laurent D'Jaffo, ex-international béninois devenu agent, observe l'évolution d'un ado déjà plus grand que ses congénères, par les centimètres. " C'était un joueur talentueux parmi d'autres ", tempère le responsable du transfuge de Clinton N'Jie de la pépinière de Lions indomptables à l'académie de l'Olympique Lyonnais. Lyon, justement, se positionne assez tôt sur ce milieu de terrain élancé mais élégant, évoluant principalement derrière l'attaquant, en numéro dix à l'ancienne. Anderlecht et Bordeaux se manifestent à leur tour. Tous lui font visiter leurs installations, le temps d'un essai d'une semaine. Mais tous sont conscients des règles : aucun mineur africain ne peut signer en Europe avant sa majorité. Christophe Jeannot, lui, est déjà séduit. Recruteur pour Lille, où sa première recrue s'appelle Kevin Mirallas, il tombe définitivement sous le charme de celui qui évolue avec des joueurs plus âgés, pour casser les lignes et scorer en lucarne. " Pour moi, il y avait lui et puis, tout le reste ", rembobine-t-il. " Il avait la maîtrise technique d'un petit gabarit. Physiquement, il était en déficit musculaire... Mais bon, c'était un garçon extrêmement intelligent dans le jeu. Comme je dis toujours : il est né footballeur. " Et Jeannot avait les mots. À Lamkel Ze et D'Jaffo, il explique le projet lillois. Le LOSC veut donner leur chance aux jeunes Africains, tout en leur permettant de se développer en restant un an de plus qu'ailleurs au centre de formation, jusqu'à dix-neuf ans. Le chemin vers l'équipe première sera ensuite plus facile à emprunter. En tout cas, c'est ce qu'assure le recruteur et c'est qui convainc le clan Ze. " Pour être honnête, j'avais très vite perçu le talent de Didier, mais aussi sa personnalité. Je voyais qu'il était un petit peu fantasque, que c'était un gamin qui pouvait manquer d'un peu de rigueur. Je ne savais pas si ça allait cadrer dans un club comme Lille, alors j'hésitais ", confie Jeannot, qui choisit de prendre le risque et de doubler Lyon, au passage, pourtant sûr de conclure le deal. Né en septembre, dans une période bâtarde coincée entre deux fenêtres de transferts, Didier Lamkel Ze attend ainsi janvier 2015 pour rallier l'hiver du nord de la France, sans aucun test au préalable. Seul, à nouveau, le natif de Bertoua peine à s'acclimater. " C'était un grand et gros bébé. Il était un peu nonchalant, plutôt pataud, voire à la cool. Il a fallu le tourner vers le haut niveau ", pose Stéphane Dumont, ancien joueur du cru qui le coache chez les U19, au côté d'un certain Benjamin Pavard, futur champion du monde et actuel défenseur du Bayern. " Il avait du mal à assimiler qu'il y a des règles de vie et qu'un centre de formation, c'est le respect des autres et de ces mêmes règles. Il a dû enregistrer pas mal de codes. " Sur le pré, Didier livre quelques bonnes perfs, atteint la finale du championnat de France et se retrouve surclassé avec la réserve des Dogues, active au cinquième échelon. Là, Rachid Chihab, très à cheval sur la discipline, ne porte pas vraiment le garçon dans son coeur et ne l'aligne pas beaucoup. Aujourd'hui, l'ex-T1 de Mouscron botte en touche : " Je n'ai pas eu de problèmes de comportement avec lui. Je n'ai même jamais connu ça avec qui que ce soit au club. " En vérité, le talent est là, et lui permet même de monter s'entraîner chez les pros, mais Lamkel Ze ne parvient vraiment pas à se plier aux exigences fixées. Au centre, il enchaîne les petites bêtises et finit par en venir aux mains avec un membre du personnel. Pour le LOSC, c'est la goutte de trop. " Il a fallu faire un choix et c'était celui de se séparer. Ce n'était pas en raison de ses qualités ", assure François Vitali, obligé de le sacrifier. " Il avait ce besoin de s'affirmer. Je ne sais pas si c'est de l'arrogance, mais il devait exprimer quelque chose qu'il n'avait sûrement jamais réussi à exprimer d'une autre manière. En d'autres termes, il avait un gros besoin de reconnaissance. C'était quelqu'un d'assez timide et pour lui, cela se matérialisait sous cette forme-là. " Pressé de jouer, certain de ses qualités, Didier prend la porte pour mieux rebondir. Il atterrit aux Chamois Niortais, entité de Ligue 2 que Laurent D'Jaffo connaît bien pour y avoir porté les couleurs et placé quelques poulains. Lamkel Ze y signe son premier contrat pro, lors de l'été 2016. Débarqué sur la pointe des pieds, le Camerounais s'impose rapidement. 59 joutes, 11 pions et 3 assists suivent sur deux saisons. Quelques suspensions et plusieurs mises à l'écart, aussi. " Didier, c'est un garçon qui a énormément de potentiel. Un potentiel qui lui permettrait d'aller jouer à un très bon niveau. Il est doté aujourd'hui d'un vrai pouvoir de décision qui peut faire basculer un match ", distille son entraîneur de l'époque, Denis Renaud. " Le seul truc, c'est qu'il va parfois oublier certains codes qui font la richesse d'un sport collectif et qui permettent de réussir au plus haut niveau. Il peut se mettre en danger et menacer l'équilibre d'un groupe. " En janvier 2018, il est mis à pied pour une bagarre avec son capitaine, lassé de devoir le " remettre à l'endroit ". Le discours des cadres ne passe pas vraiment auprès d'un jeune souvent pardonné, puis gracié, parce que ses dirigeants voient en lui la meilleure plus-value du club. Un totem d'immunité qui a le don d'énerver, délivré notamment par le directeur sportif du club, capable de lui servir des tacos avant les rencontres, persuadé des bienfaits de la cuisine mexicaine sur ses performances. " Didier est super gentil, super attachant. Pour qu'il s'énerve, il faut vraiment le pousser à bout. Il est assez calme normalement ", défend Romain Grange, parti à Charleroi juste avant sa mise à pied. " Il a besoin d'être bien entouré, d'avoir des joueurs proches de lui. De temps en temps, je le recadrais, mais avec mes mots à moi et je pense qu'il le prenait plus facilement, parce que j'avais un autre rapport avec lui. " Fin août 2017, Lamkel Ze transforme un centre de l'ex-Carolo en but, à Valenciennes, à sept minutes du terme. Il fête l'événement en glissant sur les genoux, devant les supporters locaux. Sauf que c'est 4-1. " Il célébrait comme s'il avait donné la victoire. Je me suis dit : Il est malade ce type ", se marre encore Grange. " C'est vrai, il est un peu fou, mais c'est ce qui fait sa force. Il n'a pas de pression. " La scène en rappelle une autre, jouée début novembre 2018, à Sclessin. L'ailier, lancé en profondeur, crochète Memo Ochoa pour scorer sa première banderille en JPL et valider le succès de l'Antwerp (0-2). Pris par l'émotion, il enlève son maillot et court vers la T3 des ultras liégeois, pas vraiment ravis de l'affront. Peu importe, Didier est heureux. " Ce qu'il fait actuellement avec l'Antwerp, ce n'est pas toujours très bien compris, parce que ce n'est pas quelqu'un de très expressif ", poursuit François Vitali, décidément doué pour la psychanalyse. " Il y a de l'incompréhension, à l'image d'un Cantona, qui était un très grand joueur, mais qui avait aussi ce besoin de communiquer par ce biais-là et surtout d'être dans un contexte particulier pour pouvoir s'épanouir. " En France, le Lillois de formation semble avoir abattu ses dernières cartes. Pas effrayé pour autant, le matricule 1 avait couché un chèque de plus d'un million d'euros pour s'offrir l'élément perturbateur des Chamois Niortais, qui conservent un pourcentage sur la revente. Le Great Old tente désormais de récupérer sa mise. Quitte à fermer les yeux sur son altercation musclée avec Jelle Van Damme, en avril dernier, son boycott de la reprise pour réclamer une augmentation de salaire, son numéro du Roi Baudouin, qui prive l'Antwerp d' Europa League et de tout l'enjeu financier que cela comprend. Deux jours après l'élimination anversoise, personnifiée par son " visage un peu sévère ", l'homme aux 23 printemps s'écharpe avec Sinan Bolat, dans les vestiaires. Le gardien belgo-turc n'aurait pas supporté que son collègue rigole avec ses partenaires, qui le chambrent en placardant son nouveau surnom dans les vestiaires : " le Balotelli de l'Aldi ". Les deux hommes se retrouvent privés de la sortie du week-end, prévue à Zulte, avant de faire leur retour à Anderlecht, une fois la trêve internationale clôturée. En interne, on en rigole presque : " On pourrait écrire un livre sur lui ". Par la voix du responsable presse, aussi team manager, on se veut plus sérieux : " Notre intention est actuellement de protéger le joueur et nous estimons qu'il n'est pas opportun d'épiloguer [...] sur lui pour le moment ", écrit Frédéric Leidgens, sur WhatsApp, arguant le " bien de tous ". Et question de bonheur, les pensionnaires du Bosuil ne risquent certainement pas de mourir d'ennui avec Didier Lamkel Ze.