Les supporters y croient toujours. Au début de la deuxième mi-temps contre Anderlecht, ils ont commencé à scander : " Nous serons champions. " Ça a duré quelques minutes. C'était un peu paradoxal, compte tenu du spectacle. Certes, le Club monopolisait le ballon mais se forgeait peu d'occasions face à un Anderlecht très défensif, manifestement venu dans la Venise du Nord avec une seule et unique intention : freiner des quatre fers et soigner son organisation.
...

Les supporters y croient toujours. Au début de la deuxième mi-temps contre Anderlecht, ils ont commencé à scander : " Nous serons champions. " Ça a duré quelques minutes. C'était un peu paradoxal, compte tenu du spectacle. Certes, le Club monopolisait le ballon mais se forgeait peu d'occasions face à un Anderlecht très défensif, manifestement venu dans la Venise du Nord avec une seule et unique intention : freiner des quatre fers et soigner son organisation. Karim Belhocine avait donc calqué sa tactique sur celle du Club, en se concentrant sur la défense. L'arrière droit Saelemaekers a joué au milieu gauche, l'ailier Bolasie en pointe, bien qu'il ait lui-même déclaré dans plusieurs interviews qu'il n'aimait pas ce poste ou qu'il n'y était pas très bon. Ce qu'il a prouvé. Finalement, le Club a obtenu ce qu'il méritait, sur un coup de coin mal géré, un des treize de la partie. C'est Wesley qui a ouvert la marque. Après six journées en PO1, le bilan est mitigé. Les chiffres sont excellents. Avec 13 points sur 18, le Club dispute ses meilleurs play-offs alors qu'il est sans doute confronté aux meilleurs adversaires possibles. Sur papier du moins car en pratique, Anderlecht et Gand, qui n'ont encore pris qu'un petit point, sont décevants et le Standard est trop irrégulier, surtout en déplacement. C'est Michel Preud'homme qui a obtenu le précédent meilleur bulletin (12 sur 18) l'année du titre, en 2016. Le Club fait mieux que la saison passée, celle de ses pires play-offs, avec 12 sur 30 et seulement trois victoires alors qu'il en compte déjà quatre maintenant. Ivan Leko a donc amélioré son approche mais Genk est plus performant : 15 sur 18, une seule défaite, contre l'Antwerp, qu'il reçoit vendredi soir. Le Club gère nettement mieux sa défense que la saison passée : il avait encaissé sept buts lors des six premiers matches de PO1 contre cinq cette année, mais il y a une nuance : Ethan Horvath a préservé ses filets dans quatre des six matches. La défense n'a été décevante qu'à Anderlecht (deux buts contre) et à Genk (trois). C'est lié au football audacieux qu'a choisi Ivan Leko. Avant le coup d'envoi des play-offs, il y a eu une évaluation interne de la saison et concertation quant à la stratégie à adopter. Le coach, qui a commencé à sentir en février qu'il entamait ses derniers mois de service à Bruges, a opté pour la fuite en avant. Pas pour se mettre lui-même en vitrine par son audace mais pour tenter de refaire un retard de quatre points sur le RC Genk. Le 17 février, il avait aisément pris sa mesure 3-1 après avoir arraché un nul au Limbourg. Bruges pensait donc qu'il était possible de rattraper Genk, même si Pozuelo restait. Surtout s'il était resté, en fait. Tout le monde n'était pas convaincu de sa plus-value, d'autant qu'en perte de balle, Genk n'était pas très bien équilibré quand Pozuelo jouait. En outre, Genk était plus prévisible avec un Espagnol qui réclamait tous les ballons. Compte tenu de tous ces éléments mais aussi parce qu'on mésestimait son travail alors qu'on vantait celui de Clement, Leko s'en était quelque peu pris à son rival limbourgeois, ce dimanche après-midi de février. Il avait ajouté : c'est nous qui développons le meilleur football. D'aucuns avaient trouvé la remarque arrogante. Quoi qu'il en soit, son plan de bataille ne laissait plus place au conservatisme. Mata avait déçu sur le plan offensif mais avait été récupéré pour remplacer le fragile Poulain, qui passe ses derniers mois à Bruges sur le banc, tandis que Dennis et Diatta sont chargés d'animer les flancs. Danjuma, lui, est devenu joker. Les supporters y croient toujours. Les joueurs, eux, semblent las de cette éternelle course-poursuite, durant laquelle Genk gère la pression avec beaucoup de maturité et ne perd guère de plumes. Pire, malgré la série-record du Club, l'écart s'est agrandi à six points. Genk est même encore plus imprévisible qu'en championnat régulier, sous l'impulsion d'un Trossard ressuscité et d'un Malinovskyi très serviable, sans oublier un brillant Berge devant la défense. Bruges, lui, est nettement plus prévisible. Difficile à endiguer une fois qu'il est lancé, comme lors des trois premiers matches des play-offs, mais ensuite plus facile à dérégler. Dans le Limbourg, le Club n'a pas trouvé de parade au pressing local, sa propre arme dans ses matches à domicile. À l'Antwerp, il a trimé face à l'organisation de l'équipe locale, comme ce dimanche. La réponse, du coup, doit souvent venir des flancs. Si ceux-ci ne sont pas dans le match et que les espaces sont trop réduits, faute de rythme, le Club est à la peine. Depuis le Nouvel-An, Vanaken trouve moins facilement un partenaire démarqué - il n'a délivré que trois assists - ou suffisamment de champ pour inscrire lui-même un but. Ses statistiques restent phénoménales mais il n'est plus en forme. Comme lors des précédents play-offs, Leko tente de rendre vie à son équipe en lui infligeant un électrochoc. Le président ne veut pas en entendre parler mais par moments, le Club aurait besoin de Diaby, qui avait été performant en PO1. À l'Antwerp, Leko a essayé Openda dans ce rôle. Celui-ci a forcé un penalty mais l'arbitre ne l'a pas sifflé. La critique a été terrible alors que si le penalty avait été attribué, on aurait parlé de coup de génie. Principal reproche fait à Leko : il est un peu têtu, il manque de souplesse. Il possède une énorme personnalité. La semaine passée, quelqu'un l'a dépeint comme " la plus forte personnalité qu'il ait jamais rencontrée ". Donc, parfois, ça frotte. Comme avec Denswil, qui n'était nulle part en première mi-temps à Genk. La saison passée aussi, le Club a traversé une période difficile, durant laquelle il a encaissé beaucoup de buts et de critiques de l'entraîneur à cause de mauvais choix et de positions erronées. En pleine finale de la compétition, Vanaken a commencé sur le banc à Charleroi, pour prendre sa revanche en seconde mi-temps. Leko s'est aussi heurté à Vormer, moins performant en fin d'année. Quelques critiques ne faisaient donc pas de tort. À Nakamba, excellent la saison passée mais maintenant surclassé par MatsRits. Vossen, une garantie de buts, a été dépassé par Schrijvers dans la hiérarchie. Danjuma, très sûr de lui, a vu Diatta exceller pendant son absence. Le Néerlandais a vu son travail récompensé ces deux dernières semaines par deux titularisations - et le but de la délivrance à Anderlecht - mais en ce qui nous concerne, il peut retourner sur le banc. Sa touche de balle est belle à voir mais quand on voit l'énergie que met Diatta à négocier un centre de la droite au second poteau et qu'on la compare avec l'apathie de Danjuma dans le rectangle, sur des actions similaires, on ne peut que constater qu'il a encore de gros progrès à faire. Mais Leko ne s'intéresse pas aux noms. Ceux qui prestent jouent. Quand les noms de Rits et Schrijvers ont été évoqués, le Croate n'était pas vraiment convaincu. Leko veut des joueurs couillus : les vidéos qu'il fait passer en interne pendant les play-offs, sous le titre We never walk alone, sont éloquentes. Leko trouvait les deux Flamands bons mais n'était pas convaincu qu'ils aient assez de personnalité sur le terrain. Oseraient-ils appeler suffisamment le ballon ? Il a eu sa réponse durant ces PO1. Rits a été à la base d'un but contre à Genk et a été promptement remplacé à l'issue d'un pâle première mi-temps. Schrijvers a transpiré à l'Antwerp mais globalement, les deux hommes ont signé une première année plus forte qu'espéré. Leko n'a pas besoin d'aide ni de conseils. On peut discuter avec lui mais il prend seul ses décisions. Il suit sa voie avec entêtement, soutenu par les chiffres, et il ne consulte qu'un cercle restreint auquel il voue une confiance totale. Il n'est pas facile d'y pénétrer car Leko ne fraie pas avec tout le monde. Il n'a pas non plus besoin de psychologue, il peut se charger de cet aspect lui-même. Il a très mal pris le fait qu'on le remette en question en février. Les supporters y croient toujours, les observateurs moins. Genk a disputé son 53e match de la saison le week-end dernier, le Club son 46e mais on dirait qu'il est plus fatigué que son rival. Épuisé mentalement. Genk joue vendredi. Il a donc l'occasion d'accentuer la lassitude du Club, qui se rend à Gand, son ennemi, deux jours plus tard, et qui sera donc obligé de gagner. Ensuite, le stade Jan Breydel sera le théâtre du duel entre les deux rivaux. Dimanche, Martin Van Geel était un observateur attentif à Bruges, nous ont signalé des sources néerlandaises. Les managers avancent depuis longtemps Giovanni van Bronckhorst comme successeur possible du Croate. C'est un jeune entraîneur, l'homme qui a offert un nouveau titre et deux coupes à Feyenoord, un autre club qui aime suer dans sa quête de gloire. Il a joué aux Glasgow Rangers, à Arsenal et à Barcelone. Il aura 45 ans l'année prochaine et après quatre saisons à Rotterdam, l'heure est venue pour lui de relever un nouveau défi. Il est un bon people manager, il a un profil international et il possède l'ADN que recherchait le Club il y a deux ans et qu'il a trouvé en Leko. Bruges abrite déjà une jolie petite colonie néerlandaise, donc un de plus ne déparerait pas. Reste à voir si les rumeurs aboutiront à un contrat dans les prochaines semaines.