"Je t'explique les détails de l'arrivée de Francis Amuzu en équipe Première d'Anderlecht, ce n'est jamais paru nulle part", commence Emilio Ferrera. La scène remonte à décembre 2017. Trois jours avant Noël. Le fils de Theophilus - qui reste le plus jeune joueur à avoir porté le maillot du Standard en championnat, c'était en 1997 avec Aad de Mos sur le banc et, sur le terrain, Gilbert Bodart, GuyHellers, Dimitri de Condé et les frères Mpenza - était lancé par Hein Vanhaezebrouck dans un match contre Eupen. Ce jour-là, le Ciske marquait le seul but du match.
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"Je t'explique les détails de l'arrivée de Francis Amuzu en équipe Première d'Anderlecht, ce n'est jamais paru nulle part", commence Emilio Ferrera. La scène remonte à décembre 2017. Trois jours avant Noël. Le fils de Theophilus - qui reste le plus jeune joueur à avoir porté le maillot du Standard en championnat, c'était en 1997 avec Aad de Mos sur le banc et, sur le terrain, Gilbert Bodart, GuyHellers, Dimitri de Condé et les frères Mpenza - était lancé par Hein Vanhaezebrouck dans un match contre Eupen. Ce jour-là, le Ciske marquait le seul but du match. Il y a bientôt quatre ans. Et entre-temps? Une étiquette indécollable d'avion qui ne parvient pas à vraiment décoller. Francis Amuzu joue. Chaque week-end. Mais très rarement un match complet. Et surtout, il n'arrive pas à présenter des vraies stats de joueur offensif. Pendant ce temps-là, il a un paquet de potes de la génération Youth League qui ont forcé un contrat dans un meilleur championnat: WoutFaes, OrelMangala, MileSvilar, AlexisSaelemaekers, SebastiaanBornauw, AlbertSambiLokonga. Un autre coéquipier de l'époque est dans le noyau élargi des Diables: YariVerschaeren. Et son grand pote JeremyDoku a lui aussi progressé dans son plan de carrière. C'est quoi le problème? Retour à l'anecdote impliquant Emilio Ferrera, qui était à l'époque son coach en Espoirs du Sporting. "Amuzu avait eu un coup de moins bien et je lui avais reproché son manque d'efficacité. Puis, il s'est bien repris et il a enchaîné des matches convaincants, en marquant plusieurs buts. À ce moment-là, Hein Vanhaezebrouck me dit qu'il va inviter quelques joueurs de mon groupe à aller s'entraîner avec le noyau A. Amuzu n'est pas dedans. On va jouer à Lokeren, il marque, on gagne. Et il est très bon. Après le match, j'avertis les joueurs en question qu'il vont aller avec la Première. Et je vais aussi trouver Amuzu... tu sais que ce n'est pas mon habitude, je parle très peu avec mes joueurs... Je lui dis: Pour moi, tu es prêt. Je vais essayer que tu ailles dans le groupe pro. Puis j'appelle Vanhaezebrouck et je lui dis: Tu ne prendrais pas aussi Amuzu? Il est en forme et ça le motiverait. Notre chance, c'est que Vanhaezebrouck ose tout! Il est d'accord. Amuzu commence contre Eupen et il fait gagner Anderlecht. Pour le même prix, si Vanhaezebrouck décide de ne pas le prendre, son destin est complètement différent." Un an plus tard, Jeremy Doku fait à son tour ses débuts en championnat de Belgique. Entre les deux, il y a une amitié énorme, mais pas seulement. Il y a aussi leur façon commune de démarrer en trombe et de maintenir une vitesse XXL sur la durée. Également un sens inné du dribble. Cultivé, par Amuzu, à l'académie de Jean-MarcGuillou où il jouait pieds nus en compagnie de JasonDenayer, ThéoBongonda et Benson Manuel notamment. Et entretenu dans une équipe malinoise de futsal où il était titulaire à quinze ans, dans un championnat d'adultes. Doku - actuellement blessé au genou et en rééducation - est aujourd'hui en Ligue 1 et dans le groupe des Diables. Amuzu a aussi suivi la filière des sélections, il a même disputé l'EURO Espoirs en Italie en 2019. Mais très loin de l'équipe belge A et pas titulaire systématique à Anderlecht. Allô Jeremy Doku? C'est quoi le problème de ton besta? Et pourquoi est-il aussi peu efficace (une dizaine de buts seulement en 110 matches)? Il commence par expliquer leur lien très fort. "On était ensemble à l'internat puis on a fait la route ensemble. J'habitais à Anvers, lui à Malines. Directement, il y a eu une connexion. On a des amis en commun, on a les mêmes délires, on est en contact presque tous les jours. On ne parle pas trop de foot, plutôt de musique, de posts sur Instagram, de trucs qui se passent dans nos quartiers." Et ces soucis de concrétisation, alors? "C'est marrant, j'ai connu exactement le même problème. Je suppose que c'est encore une raison pour nous comparer. À l'entraînement, il marquait très facilement. Plus facilement que moi. Calmement. Mais en match, il était d'office moins calme. Comme moi. J'ai réussi à changer ça entre-temps, il doit aussi le faire. C'est surtout un manque de confiance. Les qualités, elles sont là, ça saute aux yeux. Le futsal lui a permis de développer une technique extraordinaire, de parfaire ses contrôles, de prendre les risques aux bons moments. Il ne faut surtout pas qu'on lui demande d'arrêter ses dribbles, ça le dénaturerait. S'il arrive à être plus décisif, il sera lancé pour de bon." 31 octobre 2017. PSG - Anderlecht en Youth League: 2-3 avec le but de la victoire marqué par Francis Amuzu à une dizaine de minutes de la fin. HannesDelcroix, Sebastiaan Bornauw, Alexis Saelemaekers, SiebenDewaele et Albert Sambi Lokonga participent aussi à ce petit exploit. C'est RenéPeeters qui est sur le banc mauve. Il est alors adjoint d'Emilio Ferrera en Espoirs, un poste qu'il occupe à nouveau aujourd'hui, avec le Néerlandais RobinVeldeman comme T1. Encore un homme bien placé pour commenter de l'intérieur ce qui va / ce qui ne va pas dans l'évolution de Francis Amuzu. "C'est le prototype du joueur qui prend beaucoup d'initiatives. Et il les prend dans le dernier tiers du terrain, là où peut se faire la différence. Le jeu d'Amuzu, c'est de la provocation d'actions dangereuses à haute intensité. Tu ne peux pas toutes les réussir, c'est impossible. Il n'est pas du tout dans le moule d'un Sambi Lokonga, par exemple. Lui, il avait un autre rôle, bien moins risqué, donc c'était normal qu'il rate moins de choses. Amuzu ne doit pas changer ça. À Anderlecht, on demande aux joueurs offensifs d'entreprendre, d'oser, de chercher les duels, un contre un, ou même un contre deux. Il y a forcément du déchet, mais il suffit que ça marche une seule fois pour qu'un match bascule. Dès qu'il a le ballon, il y a danger. Son jeu est une menace permanente pour l'adversaire. Et on ne peut jamais lui reprocher un manque d'engagement. Il ne se cache jamais." On repose la question: pourquoi le Ciske marque-t-il aussi rarement? "Tout est relatif", continue Emilio Ferrera. "Dès qu'on le voit, avec sa petite taille, ses mouvements spectaculaires, son côté virevoltant et déroutant, sa façon de traiter le ballon, on a l'impression que c'est un joueur individuel, un individualiste. C'est vrai pour Doku, qui est un individualiste pur et dur. Amuzu, c'est tout à fait le contraire. C'est un pur joueur d'équipe. Et un joueur d'équipe est rarement spectaculaire, mais lui, il combine les deux facettes. Il travaille, il revient, il se repositionne, il fait plein d'efforts, il n'a jamais peur de courir. Ce sens du collectif est même sa première qualité. Il a l'art de bien faire jouer les autres." Des statistiques offensives insuffisantes mais donc explicables, à écouter le coach avec lequel il a été champion en Espoirs. "Quand je te dis que tout est relatif... Alexis Saelemaekers a le même problèmes de statistiques que Francis Amuzu. C'est pour ça que je l'avais repositionné plus bas. Lui aussi, c'est un très bon joueur d'équipe. Pas un individualiste censé marquer beaucoup de buts. Amuzu n'en mettra jamais une quinzaine en une saison. Regarde les stats de Saelemaekers cette saison. C'est pauvre. Mais on n'en parle pas parce que Milan joue la tête du classement. Le jour où ça marchera moins bien pour eux, le débat viendra sur la table. On mettra le doigt sur les chiffres de Saelemakers comme on commente les stats d'Amuzu. Ces joueurs-là sont les premières victimes des commentaires dès que leur équipe tourne moins bien. Si Anderlecht était premier, on n'évoquerait pas le sujet." Parmi les reproches précis, il y a son manque de réalisme au dernier moment. "Il y a un manque de régularité, c'est sûr", reconnaît René Peeters. "C'est souvent le problème avec des joueurs de son style. Mais c'est compliqué à corriger parce que Francis Amuzu fait tout à haute intensité, à pleine vitesse. On a connu ça aussi avec Doku. Il a réussi entre-temps à améliorer cette faiblesse. Quand tu arrives à fond de balle devant le but, il y a de grandes chances pour que ta conclusion soit moins nette. Amuzu doit apprendre à devenir plus calme en fin d'action et à faire les bons choix aux bons moments. Parfois, il frappe fort et ça part à côté alors qu'il aurait marqué en mettant une petite balle. C'est mieux de prendre quelques fractions de seconde pour analyser la situation puis poser le meilleur choix."