Même dans une saison où tout semble rose, il y a des soirs où ça ne veut pas. Et des semaines qu'on préférerait oublier. Le premier acte du mois d'octobre 2020 fait partie de ceux-là. Éliminé aux portes d'une aventure inédite en poules de l'Europa League par les Polonais du Lech Poznan le jeudi (1-2), le Sporting de Charleroi connaît quatre jours plus tard sa première défaite en championnat de la saison contre le Standard (1-2), sept jours après avoir perdu ses deux premiers points de l'exercice à Mouscron (1-1). Suffisant pour que les suiveurs réguliers des Zèbres parlent de la semaine la plus compliquée de l'ère Karim Belhocine à Charleroi. Suffisant aussi pour voir Dorian Dessoleil enfiler son costume de donneur de leçons et sortir de sa coquille au micro de Christine Schréder pour Eleven en après match. "Aujourd'hui, certains joueurs ont oublié qu'ils jouaient un derby. Dans un derby, on n'a pas le droit de se relâcher, on n'a pas le droit de faire les choses à moitié." Dans l'empressement, le capitaine carolo prend le choc wallon pour un derby, mais nie aussi l'évidence d'un sixième match en trois semaines qui aura fini par peser sur la grinta carolo en fin de match.
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Même dans une saison où tout semble rose, il y a des soirs où ça ne veut pas. Et des semaines qu'on préférerait oublier. Le premier acte du mois d'octobre 2020 fait partie de ceux-là. Éliminé aux portes d'une aventure inédite en poules de l'Europa League par les Polonais du Lech Poznan le jeudi (1-2), le Sporting de Charleroi connaît quatre jours plus tard sa première défaite en championnat de la saison contre le Standard (1-2), sept jours après avoir perdu ses deux premiers points de l'exercice à Mouscron (1-1). Suffisant pour que les suiveurs réguliers des Zèbres parlent de la semaine la plus compliquée de l'ère Karim Belhocine à Charleroi. Suffisant aussi pour voir Dorian Dessoleil enfiler son costume de donneur de leçons et sortir de sa coquille au micro de Christine Schréder pour Eleven en après match. "Aujourd'hui, certains joueurs ont oublié qu'ils jouaient un derby. Dans un derby, on n'a pas le droit de se relâcher, on n'a pas le droit de faire les choses à moitié." Dans l'empressement, le capitaine carolo prend le choc wallon pour un derby, mais nie aussi l'évidence d'un sixième match en trois semaines qui aura fini par peser sur la grinta carolo en fin de match. Et en tire les conclusions d'usage avant de sermonner: "On est battus en n'ayant pas tout donné. À partir du moment où les onze ne font pas les efforts comme d'habitude, on voit qu'on redevient une petite équipe (...) Après, je sais bien qu'il y a beaucoup d'internationaux, donc qu'il y a pas mal de joueurs qui vont nous quitter cette semaine. Ça va leur faire du bien, aussi mentalement. Ils vont revenir avec pas mal de fraîcheur. Et nous, on va essayer de se reposer et d'enchaîner au mieux." Le tacle est soigneusement adressé aux nombreux internationaux qu'évoque ici Dessoleil, et qui composent en effet le noyau carolo. Des onze titulaires présents ce soir-là contre le Standard, ils seront six à faire leurs bagages dès le lendemain pour rejoindre leur sélection. Un drame cyclique pour un joueur qui s'estimerait lui aussi en droit de goûter à ses bonheurs ponctuels avec la crème nationale, mais dont Roberto Martinez le prive depuis quatre ans. La première fois que le nom de Dorian Dessoleil s'est retrouvé accolé à la catégorie de ces Diables virtuels dont la presse abreuve souvent ses pages quand se rapproche l'annonce d'une sélection pour un grand tournoi, c'était à l'automne 2017. Tout pile, tiens tiens, après le début de saison canon des hommes de Felice Mazzù en championnat et le fameux quinze sur quinze qui ouvrira, plus tard, la porte des PO1. Tentée, la presse carolo avait cru voir dans ce début de saison encourageant les signaux avant-coureurs d'un destin à la Laurent Ciman pour Dorian Dessoleil. Trois ans plus tard, la fumée blanche n'a toujours pas envahi les nasaux zébrés et la fenêtre de Roberto Martinez reste toujours bien fermée aux ambitions du désormais capitaine hennuyer. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir, dans le chef du sélectionneur, ratissé large et de s'être souvent plaint, en interne du moins, de manquer de défenseurs centraux gauchers derrière les vieillissants Thomas Vermaelen et Jan Vertonghen. En un peu plus de quatre ans à la tête des Diables, l'Espagnol a enrôlé au service de la nation pas moins de quatorze défenseurs centraux, dont cinq gauchers ( Elias Cobbaut, Hannes Delcroix, Nicolas Lombaerts, Thomas Vermaelen et Jan Vertonghen), mais Dorian Dessoleil n'a jamais figuré dans la moindre de ses présélections. De quoi irriter quelque peu le principal intéressé, qui avoue sans fard ne pas trop comprendre ce qui lui manque pour intégrer le groupe élargi des Diables. Et qui aurait surtout pris un gros coup sur la tête suite à la première sélection de son coéquipier Joris Kayembe en octobre. Sur le fait, dans les couloirs du Mambourg, on l'a dit dépité, énervé, puéril, même, parfois. Face caméra et crampons aux pieds, le joueur n'a jamais rien laissé transparaître. Ou si peu. Le 24 septembre dernier, quelques jours avant l'annonce de la sélection de Joris Kayembe pour le rassemblement d'octobre, et toujours en pleine digestion de la déception d'avoir loupé le bon wagon pour celle de septembre, Dorian Dessoleil se livrait dans les colonnes du journal Le Soir. "On n'en parle pas beaucoup, même si forcément, il y a eu un peu de déception pour certains joueurs, pour moi aussi, de ne pas être repris. Certains disaient que je le méritais, mais je n'en fais pas une fixation. C'est déjà très bien qu'on en parle. Cela signifie que je fais de très bonnes prestations en club et si ça doit venir, j'en serai très heureux, sinon je continuerai à travailler." Et à la question de savoir ce qu'il lui manquait encore pour être appelé, le capitaine carolo dira: "C'est peut-être mon âge, peut-être mes caractéristiques, je ne sais pas, mais encore une fois, ce n'est pas une obsession. Je me sens bien, je fais mes matches avec de bonnes prestations depuis plus d'un an et demi. J'essaie de grandir en club et c'est le principal." L'amertume sera plus grande, mais médiatiquement silencieuse donc cette fois, après avoir vu Joris Kayembe se parer de rouge, même pour une minute, contre la Côte d'Ivoire en amical le 8 octobre. Dorian Dessoleil n'est pas jaloux, mais avec l'appel de son coéquipier sous la bannière nationale, c'est tout un argumentaire qui s'écroule. Celui qui voudrait que le petit club de Charleroi soit lésé par rapport aux grands historiques du Royaume. Et qui expliquait pour beaucoup, et lui le premier, la sélection surprise d'un Elias Cobbaut, par exemple, en novembre 2019. Une analyse sur la forme qui délaisserait alors le problème de fond, qui veut que contrairement à un Hannes Delcroix ou même un Elias Cobbaut, Dorian Dessoleil n'a pas pour lui l'argument de la polyvalence. "J'ai envie de dire que pour Dorian, malheureusement, le système qui est appliqué dans cette équipe nationale ne lui convient pas", explique à ce propos Samba Diawara, adjoint de Karim Belhocine, sur le plateau de LN24 au moment de débriefer le récent triptyque des Diables. "Dans le sens où les Diables jouent avec trois défenseurs centraux, et que bien évidemment, il doit alors y figurer un gaucher. Mais que c'est bien souvent un gaucher très mobile, qui doit aller sur les côtés et que Dorian est lui habitué à jouer dans une défense à quatre." Simple comme un argument massue censé clore le débat. Tant pis pour ceux qui pensent que c'est plus facile d'accrocher une sélection à son compteur quand on évolue dans le club dont le président de la fédération est aussi le grand manitou. "Mon rôle, ce n'est pas d'être sélectionneur", voulait lui clarifier récemment Mehdi Bayat ( voir Sport/Foot Magazine, n°47 du 18 novembre 2020). "Encore moins de demander à Roberto Martinez pourquoi il ne vient pas chercher Dorian Dessoleil s'il lui manque un défenseur. Ce n'est pas ma responsabilité." Gentiment rejeté par sa base, celui qu'on présente souvent comme "le capitaine emblématique des Zèbres" n'en reste pas moins irréprochable sur le pré depuis le début de saison. Dans un système qui lui convient à merveille et aligné à la gauche d'un Steeven Willems obligé de jouer plus régulièrement sur son pied droit, Dorian Dessoleil livre même probablement la meilleure saison de sa carrière. Buteur à Louvain en championnat et puis contre Belgrade en Europa League, son début de saison aurait encore pris une autre dimension auprès du grand public si sa fantastique reprise de volée avait été trouvé le cadre du but polonais lors du rush final carolo contre le Lech Poznan en barrage pour l'Europe. Un match disputé à 200 à l'heure par le capitaine de Karim Belhocine, et une rencontre signature qui, en d'autres temps, aurait, qui sait? , pu chatouiller la sensibilité d'un Marc Wilmots, plus émotionnel que son successeur. De fait, on peut imaginer sans trop fantasmer que l'ancien sélectionneur aurait été plus à même d'être réceptif aux prestations musclées et aux bonnes phases de Dorian Dessoleil. Et l'aurait, pourquoi pas, un jour ou l'autre gratifié d'une sélection avec ses Diables. Comme il l'avait d'ailleurs fait avec des joueurs comme Laurent Depoitre ou Sven Kums du temps de leur splendeur gantoise. Roberto Martinez a mis un terme à l'ère de ces sélections récompenses. Et se réfugie aujourd'hui derrière ses habits de directeur technique pour botter en touche. Parce que celui qu'on taxait encore avant le Mondial russe de sélectionneur conservateur s'est transformé ces deux dernières années en formateur à grande échelle. Ce que Samba Diawara, encore lui, traduisait avec ses mots sur le plateau de LN24. "Le sélectionneur se projette et Dorian a déjà 28 ans. C'était difficile pour lui de l'appeler et de laisser certains jeunes de coté. Dorian ne démérite pas au sein du Sporting, mais avec la génération actuelle, ça va être compliqué pour lui malheureusement." Promu capitaine suite au départ de Javier Martos à l'été 2019, Dessoleil n'en est pas moins, à 28 ans, le symbole du Charleroi qui gagne. Une brique arrière suffisamment solide pour que, quand Mehdi Bayat sort le chéquier pour s'offrir deux attaquants dans la dernière ligne droite du mercato le 5 octobre dernier, personne ne vienne chicaner sur l'absence de renforts défensifs susceptibles de venir bousculer la charnière centrale 100% gauchère composée de Steeven Willems et de l'éternel aspirant Diable. Il faut dire que les statistiques parlent d'elles-mêmes. Au soir de cette huitième journée de championnat, Charleroi pointe alors à la première place du classement avec un toujours un impressionnant bilan de 18 sur 24, mais s'offre aussi à égalité avec le Club Bruges, le titre très honorifique de défense la moins perméable de Pro League, avec seulement cinq buts concédés en 720 minutes de jeu. Un socle indispensable aux aspirations futures d'une équipe qui ne compte dans le même temps "que" la cinquième meilleure attaque du pays avec quatorze buts. Deux mois plus tard ou presque, Charleroi continue de secouer les ténors du Royaume, comme il le fait avec une régularité qui l'honore depuis l'arrivée de Karim Belhocine. La prochaine étape, le Sporting espère la franchir dans quelques mois en validant un ticket européen, peut-être même le seul directement qualificatif pour la reine des compétitions. Cela voudrait dire que Charleroi serait devenu champion de Belgique. Avec l'une des charnières centrales les moins bankables de Pro League, cela relèverait cette fois d'un exploit statistique. Cela ferait surtout bien marrer Dorian Dessoleil et sa réputation de joueur surcoté. Le Carolo sait peut-être qu'à 28 ans, il ne constitue pas plus l'avenir de l'équipe nationale que d'un Charleroi inexorablement appelé à grandir, mais peut déjà se targuer d'être le présent de son club de coeur. Quoi qu'en pensent ses détracteurs.