Le parcours laborieux de Genk n'a rien de surprenant. Quelle équipe peut continuer à prester à un haut niveau après avoir perdu les joueurs créatifs qui lui ont permis de décrocher le titre ? Et quand c'est un nouvel entraîneur qui est aux commandes, ça ne facilite pas les choses. Donc, il ne faut pas condamner Felice Mazzù, on doit seulement lui accorder du temps.

Mais j'imagine la frustration qu'il a dû ressentir après le match à Salzbourg. Une claque pareille ne s'explique pas simplement par le départ de quelques cadres. Dans le cas de ce match, les statistiques sont révélatrices. Elles illustrent parfaitement l'étonnant manque de grinta, le trop peu d'envie, l'absence totale de révolte.

À la mi-temps, c'était 5-1 avec une équipe autrichienne qui survolait la rencontre et mettait une pression infernale. Mais à la mi-temps, Genk... n'avait pas commis une seule faute. Comment est-ce possible ? Comment peut-on laisser jouer à ce point un adversaire qui s'amuse ?

En fin de match, c'était à peine mieux : Genk avait fait en tout et pour tout quatre fautes. Pas une seule n'avait été commise par un des quatre défenseurs ou un des deux médians défensifs ! Il a fallu Ally Samatta, Théo Bongonda et Dieumerci Ndongala, des purs offensifs, pour mettre le pied et provoquer des coups francs. Cette statistique précise est aussi incompréhensible que le score final du match.

Les fatigues européennes, on peut en parler... On a quatre équipes qui ont joué la semaine dernière, trois qui ont bien fait le boulot, et au final quatre qui n'ont pas montré de signes d'essoufflement dans leur match du week-end. Genk s'est bien repris, c'était important d'un point de vue mental. Le Standard continue à dérouler, on a là un club qui passe ses week-ends à confirmer son bon niveau. On pourrait tiquer sur le nul de Gand à Zulte Waregem, moi pas. Parce que l'équipe de Francky Dury a tout pour jouer une place dans le top 6, sans faire beaucoup de bruit.

J'en arrive à Bruges, et donc indirectement à Anderlecht. Une fois de plus mais c'est obligé ! Si on ne voit que le score, on peut avoir l'impression que le Club a dû ferrailler pour gagner ce topper. Mais il suffit de jeter un oeil sur le résumé pour comprendre que ça a été tout l'inverse. Mais quelle différence de niveau... Depuis le début, je défends le projet et la philosophie de Vincent Kompany. Mais maintenant, il est urgent de revoir les priorités.

Quand on parle d'un gros rendez-vous, d'un match hyper important pour Anderlecht, on parle en général d'un match contre un cador du foot belge. Aujourd'hui, on en est à parler d'un rendez-vous crucial pour les Mauves, et ce fameux rendez-vous crucial, c'est un affrontement avec Waasland-Beveren pour éviter la dernière place. Il y a le feu. Pour les Mauves, il n'est plus midi moins cinq. Il est midi !

La philosophie de Vincent Kompany a été complètement bazardée dans le match à Bruges. Fini, le jeu en possession. Du blanc, on est passé au noir avec un tas de longs ballons vers l'avant. Comme s'il était impossible de trouver un juste milieu. Ça n'a pas de sens. Et puis, il y a ce manque total de stabilité et de réflexion dans les compos, match après match. Par exemple, Derrick Luckassen et Adrien Trebel n'avaient pas encore joué cette saison. Mais on les a lancés au feu dans ce tout gros match. Et je peux citer plein d'autres exemples, plein d'autres choses que je n'arrive pas à comprendre.

Ça bouge tout le temps. Elias Cobbaut commence la saison au back gauche, il passe dans l'axe, puis on le replace à gauche pour affronter le Club. Killian Sardella n'est tout simplement pas prêt pour un match pareil. Il n'y avait aucune communication, aucun automatisme entre les défenseurs. Trebel ne pouvait pas subitement casser la baraque, Pieter Gerkens devait tenir Hans Vanaken alors qu'on l'a habitué à jouer en pointe.

Tout l'entrejeu a été étouffé, c'est beaucoup trop léger. Francis Amuzu a subitement dû changer de flanc. Tu ne peux pas parler d'une équipe, c'est du bricolage. Anderlecht est arrivé à un point où il faut gagner, à tout prix, peu importe la manière. Le trou avec le top 6 se creuse. Un peu plus de semaine en semaine.