Longtemps, presque désespérément, Eupen s'est cherché un buteur. Les départs conjoints de Mamadou Sylla et Henry Onyekuru, à l'été 2017, dans la foulée d'une saison bouclée avec trente-quatre buts à eux deux, ont vidé les Cantons de l'Est de leur puissance offensive. Ni Mbaye Leye ni Yuta Toyokawa ne parviendront à franchir la barre des dix buts, pas plus que Nicolas Verdier, Jon Bautista ou Jonathan Bolingi après eux.
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Longtemps, presque désespérément, Eupen s'est cherché un buteur. Les départs conjoints de Mamadou Sylla et Henry Onyekuru, à l'été 2017, dans la foulée d'une saison bouclée avec trente-quatre buts à eux deux, ont vidé les Cantons de l'Est de leur puissance offensive. Ni Mbaye Leye ni Yuta Toyokawa ne parviendront à franchir la barre des dix buts, pas plus que Nicolas Verdier, Jon Bautista ou Jonathan Bolingi après eux. La réalité germanophone contraint donc le très organisé Claude Makélélé, puis le tacticien basque Beñat San José, à construire une équipe plus soucieuse d'éviter de concéder un but plutôt que de risquer de se désorganiser démesurément pour en marquer un. Spectaculaires lors du règne de Jordi Condom, les rencontres des Pandas deviennent alors parmi les plus pauvres en buts de l'élite. La tendance semble se poursuivre cette saison, mais c'est plutôt un manque de réussite devant le but adverse qui prive le Kehrweg de filets qui tremblent. Souvent conclues par le très dynamique, mais encore brouillon Julien Ngoy, les offensives d'un Eupen désormais organisé autour du cerveau de Stef Peeters et des coups de reins de ses ailiers sont plus élaborées qu'efficaces. Et puis, Smail Prevljak est réapparu. En 2021, il a déjà marqué huit fois en neuf apparitions. Comme tout buteur qui se respecte, le Bosnien est un homme de moments. L'an dernier, déjà, ses quatre buts en cinq apparitions après son arrivée lors du mercato hivernal avaient contribué au maintien d'Eupen. Aurait-il tenu ce rythme sur la durée? L'histoire de son deuxième épisode germanophone laisse penser l'inverse. Prevljak a quelque chose d'emprunté aux parquets de NBA, là où on aime parler de hot hand ("main chaude", en VF) pour évoquer ces joueurs qui traversent des périodes où n'importe quel lancer semble voué à finir sa course dans l'anneau. "Dès que vous avez une fenêtre de tir, la balle va dedans", explique Stephen Curry à Sports Illustrated pour décrire un phénomène aux airs paranormaux. Si Smail Prevljak donne souvent cette impression que le moindre ballon atterri dans ses pieds à proximité de la cible a de fortes chances de finir au fond des filets, c'est avant tout parce que ses pieds de buteur le trahissent rarement. Plus de la moitié de ses tirs sont cadrés, une moyenne rare sur les pelouses belges. Peut-être parce que le Bosnien est capable d'armer très rapidement sa gâchette droite, une qualité souvent sous-estimée chez les attaquants, mais qui permet souvent à des profils sans atout technique d'exception de surprendre l'adversaire en profitant du moindre centième de seconde d'avance. Parce que dans une surface où les défenseurs ne lâchent pas leur opposant direct d'une semelle, tirer plus vite que son ombre peut souvent être utile.