Le Standard devait forcément changer. Pas seulement parce que la possession soignée et méticuleuse mise en place par Emilio Ferrera devait faire place au football plus vertical de Michel Preud'homme, mais surtout parce que Razvan Marin, chef d'orchestre des partitions de Sclessin, allait tenter de se faire une place dans la symphonie ajacide.

Sans le Roumain, le football des Rouches est devenu celui de Samuel Bastien. Le Namurois s'est érigé en symbole footballistique de ses couleurs, recueillant notamment l'unique suffrage rouche du bulletin de son coach lors du dernier scrutin du Soulier d'or. Les trois matches de championnat disputés en son absence se sont soldés par autant de défaites. Autant de preuves que le milieu de terrain est devenu le nouveau moteur du jeu liégeois.

Les chevaux tournent à plein régime. "Le coach doit parfois me rappeler à l'ordre", explique-t-il un soir de victoire à la Côte. Parce que Bastien a le jeu qui casse les lignes de l'adversaire et les voix dans les tribunes. Électrique, dynamique, toujours vers le but adverse. À chaque match, il réalise 1,28 progressive run, ces courses balle au pied qui font gagner plusieurs mètres de terrain dans le camp adverse. "Il a une très bonne accélération balle au pied", souligne ainsi Johan Walem, son ancien sélectionneur chez les espoirs. Un atout sur mesure pour conquérir Sclessin.

INTENSITÉ ET INFILTRATION

Il y a les milieux qui caressent soigneusement le ballon, et ceux qui le maltraitent, comme s'ils voulaient l'obliger à aller plus rapidement vers ces zones où la sphère est aprement disputée. Bastien appartient à la deuxième catégorie, celle qui a pris le contrôle du football ces dernières années, quand le reste de l'Europe a ajouté l'énergie débordante aux recettes du toque à l'espagnole. Ses déplacements s'expriment à merveille dans le 4-3-3 progressivement mis en place cette saison par Preud'homme, laissant le seul Gojko Cimirot devant la défense pour permettre à Bastien de s'infiltrer, avec ou sans le ballon.

Le Namurois est le roi du "deuxième ballon", un expert du rebond toujours bien placé et plus vif que la concurrence aux alentours de l'anneau.

Le dynamiteur des Rouches sent les espaces, et parvient à les conquérir par son dynamisme. "Il sait enchaîner les kilomètres et les sprints", raconte Renaud Emond face aux micros du Grand Débrief. Héritage des rudes préparations italiennes, où les joueurs passent des semaines dans les montagnes sans voir l'ombre d'un ballon. Résultat : le jeu de Sam déborde d'intensité, ce qui lui permet de compenser sa technique pure parfois limitée. Si on arrive sur le ballon avant que l'adversaire referme l'espace, il n'y a plus besoin de le dribbler.

Ce style presque épileptique avait tapé dans l'oeil de Ralf Rangnick, apôtre du football énergique prôné par les écoles Red Bull. Un regard sur les chiffres du numéro 28 de Sclessin suffit à comprendre le coup de foudre de l'Allemand : cette saison, Bastien a récupéré 55 ballons dans le tiers offensif du terrain. 19 de ces récupérations ont immédiatement été suivies d'un tir, et deux ont fini au fond des filets. Le Namurois est le roi du "deuxième ballon", un expert du rebond toujours bien placé et plus vif que la concurrence aux alentours de l'anneau. Sur ses 55 récupérations, 42 ont eu lieu dans ce que les statisticiens appellent "la zone 14", à savoir le prolongement axial de la surface de réparation, entre la ligne du grand rectangle et celle, virtuelle, des trente mètres. Une zone où chaque ballon récupéré compte double.

VITESSE SANS PRÉCIPITATION

Aux abords de la surface, Samuel Bastien a pris le temps de soigner ses mouvements et ses frappes. S'il tire autant que la saison dernière (1,12 tir par match), il a fortement gagné en précision (de 33% à 43% de tirs cadrés), et inévitablement augmenté son rendement face au but adverse. Parmi les joueurs qui occupent des postes semblables au sien chez les concurrents principaux des Rouches, seul Albert Sambi Lokonga cadre plus souvent, sans toutefois trouver le chemin des filets.

Comparaison du nombre et de la précision des tirs de Samuel Bastien avec les chiffres de joueurs qui occupent des postes semblables parmi les concurrents du Standard., D.R.
Comparaison du nombre et de la précision des tirs de Samuel Bastien avec les chiffres de joueurs qui occupent des postes semblables parmi les concurrents du Standard. © D.R.

Là où beaucoup de joueurs ont tendance à frapper le plus fort possible, Bastien a décidé de mettre la dynamite de ses tirs au second rang pour se concentrer sur leur précision. Les tireurs d'élite ne s'encombrent pas d'un bazooka. Lors de son passage à Dortmund, Jürgen Klopp conseillait ainsi à Kevin-Prince Boateng de s'entraîner à cadrer, lui expliquant qu'il frappait tellement fort naturellement que le gardien ne saurait rien faire si la balle trouvait sa cible. Une consigne que semble appliquer Bastien, avec succès : en neuf tirs cadrés depuis l'extérieur de la surface cette saison, le Diablotin a fait trembler les filets à trois reprises.

Le football de transition installé par Michel Preud'homme est une aubaine pour exprimer ses qualités. Le schéma rouche passe souvent par lui, partant d'un jeu long de Laifis vers l'attaquant qui lui permet de rôder là où aboutira la déviation, ou d'un décrochage de Mehdi Carcela qui lui permet de plonger dans l'espace libéré par le déplacement de son coéquipier et de se rapprocher du but adverse. Plus les lignes s'étirent, plus son besoin d'espace est assouvi et son dynamisme mis en valeur. "Il est très fort dans les transitions", détaille Emond. Notamment grâce à une faculté à déclencher ses gestes plus vite que les autres.

BASTIEN FACE AU BUT

Dans la zone de vérité, Samuel Bastien a appris à utiliser ses atouts pour se mettre en lumière. Il est ce que les Espagnols appellent "un llegador", littéralement "quelqu'un qui arrive". Ses qualités d'infiltraton s'expriment surtout sans ballon, par des appels de balle toujours verticaux qui malmènent l'adversaire dans les zones les plus chaudes. Les rêves de numéro 10 ont progressivement été rangés au placard, quand les qualités du Belge ont semblé incompatibles avec la vie dans une zone du terrain où il faut une maîtrise technique hors du commun pour transformer les passes reçues dos au jeu en occasions créées, dans la densité des lignes défensives adverses. Bastien n'a pas les atouts requis pour attendre le ballon, donc il va le chercher. Le plus haut possible. De quoi, forcément, le rendre plus décisif.

Nombre de buts et de passes décisives par tranches de 90 minutes jouées en Pro League cette saison., D.R.
Nombre de buts et de passes décisives par tranches de 90 minutes jouées en Pro League cette saison. © D.R.

Avec 0,15 but et 0,15 passe décisive par match, Bastien fait partie des références nationales en termes d'efficacité à son poste. Parmi les milieux du haut du tableau, seul Ryota Morioka marque plus souvent que lui, aidé par une saison entamée au poste de numéro 10 et quelques penalties transformés. En termes de passes décisives, derrière l'intouchable Ruud Vormer, il vogue dans les mêmes eaux que Sambi Lokonga, Morioka et Vadis Odjidja.

Le tout avec une qualité qui le fait surperformer, puisque Bastien se montre décisif 0,3 fois par match avec un total d'expected goals + expected assists par 90 minutes qui grimpe "seulement" à 0,19. Parmi les joueurs avec lesquels il a été comparé, il est le seul à être dans ce cas. Et quand de tels chiffres s'étalent tout au long d'une saison, cela commence à ressembler à autre chose qu'à de la chance.

Le Standard devait forcément changer. Pas seulement parce que la possession soignée et méticuleuse mise en place par Emilio Ferrera devait faire place au football plus vertical de Michel Preud'homme, mais surtout parce que Razvan Marin, chef d'orchestre des partitions de Sclessin, allait tenter de se faire une place dans la symphonie ajacide. Sans le Roumain, le football des Rouches est devenu celui de Samuel Bastien. Le Namurois s'est érigé en symbole footballistique de ses couleurs, recueillant notamment l'unique suffrage rouche du bulletin de son coach lors du dernier scrutin du Soulier d'or. Les trois matches de championnat disputés en son absence se sont soldés par autant de défaites. Autant de preuves que le milieu de terrain est devenu le nouveau moteur du jeu liégeois. Les chevaux tournent à plein régime. "Le coach doit parfois me rappeler à l'ordre", explique-t-il un soir de victoire à la Côte. Parce que Bastien a le jeu qui casse les lignes de l'adversaire et les voix dans les tribunes. Électrique, dynamique, toujours vers le but adverse. À chaque match, il réalise 1,28 progressive run, ces courses balle au pied qui font gagner plusieurs mètres de terrain dans le camp adverse. "Il a une très bonne accélération balle au pied", souligne ainsi Johan Walem, son ancien sélectionneur chez les espoirs. Un atout sur mesure pour conquérir Sclessin.Il y a les milieux qui caressent soigneusement le ballon, et ceux qui le maltraitent, comme s'ils voulaient l'obliger à aller plus rapidement vers ces zones où la sphère est aprement disputée. Bastien appartient à la deuxième catégorie, celle qui a pris le contrôle du football ces dernières années, quand le reste de l'Europe a ajouté l'énergie débordante aux recettes du toque à l'espagnole. Ses déplacements s'expriment à merveille dans le 4-3-3 progressivement mis en place cette saison par Preud'homme, laissant le seul Gojko Cimirot devant la défense pour permettre à Bastien de s'infiltrer, avec ou sans le ballon.Le dynamiteur des Rouches sent les espaces, et parvient à les conquérir par son dynamisme. "Il sait enchaîner les kilomètres et les sprints", raconte Renaud Emond face aux micros du Grand Débrief. Héritage des rudes préparations italiennes, où les joueurs passent des semaines dans les montagnes sans voir l'ombre d'un ballon. Résultat : le jeu de Sam déborde d'intensité, ce qui lui permet de compenser sa technique pure parfois limitée. Si on arrive sur le ballon avant que l'adversaire referme l'espace, il n'y a plus besoin de le dribbler. Ce style presque épileptique avait tapé dans l'oeil de Ralf Rangnick, apôtre du football énergique prôné par les écoles Red Bull. Un regard sur les chiffres du numéro 28 de Sclessin suffit à comprendre le coup de foudre de l'Allemand : cette saison, Bastien a récupéré 55 ballons dans le tiers offensif du terrain. 19 de ces récupérations ont immédiatement été suivies d'un tir, et deux ont fini au fond des filets. Le Namurois est le roi du "deuxième ballon", un expert du rebond toujours bien placé et plus vif que la concurrence aux alentours de l'anneau. Sur ses 55 récupérations, 42 ont eu lieu dans ce que les statisticiens appellent "la zone 14", à savoir le prolongement axial de la surface de réparation, entre la ligne du grand rectangle et celle, virtuelle, des trente mètres. Une zone où chaque ballon récupéré compte double.Aux abords de la surface, Samuel Bastien a pris le temps de soigner ses mouvements et ses frappes. S'il tire autant que la saison dernière (1,12 tir par match), il a fortement gagné en précision (de 33% à 43% de tirs cadrés), et inévitablement augmenté son rendement face au but adverse. Parmi les joueurs qui occupent des postes semblables au sien chez les concurrents principaux des Rouches, seul Albert Sambi Lokonga cadre plus souvent, sans toutefois trouver le chemin des filets.Là où beaucoup de joueurs ont tendance à frapper le plus fort possible, Bastien a décidé de mettre la dynamite de ses tirs au second rang pour se concentrer sur leur précision. Les tireurs d'élite ne s'encombrent pas d'un bazooka. Lors de son passage à Dortmund, Jürgen Klopp conseillait ainsi à Kevin-Prince Boateng de s'entraîner à cadrer, lui expliquant qu'il frappait tellement fort naturellement que le gardien ne saurait rien faire si la balle trouvait sa cible. Une consigne que semble appliquer Bastien, avec succès : en neuf tirs cadrés depuis l'extérieur de la surface cette saison, le Diablotin a fait trembler les filets à trois reprises.Le football de transition installé par Michel Preud'homme est une aubaine pour exprimer ses qualités. Le schéma rouche passe souvent par lui, partant d'un jeu long de Laifis vers l'attaquant qui lui permet de rôder là où aboutira la déviation, ou d'un décrochage de Mehdi Carcela qui lui permet de plonger dans l'espace libéré par le déplacement de son coéquipier et de se rapprocher du but adverse. Plus les lignes s'étirent, plus son besoin d'espace est assouvi et son dynamisme mis en valeur. "Il est très fort dans les transitions", détaille Emond. Notamment grâce à une faculté à déclencher ses gestes plus vite que les autres.Dans la zone de vérité, Samuel Bastien a appris à utiliser ses atouts pour se mettre en lumière. Il est ce que les Espagnols appellent "un llegador", littéralement "quelqu'un qui arrive". Ses qualités d'infiltraton s'expriment surtout sans ballon, par des appels de balle toujours verticaux qui malmènent l'adversaire dans les zones les plus chaudes. Les rêves de numéro 10 ont progressivement été rangés au placard, quand les qualités du Belge ont semblé incompatibles avec la vie dans une zone du terrain où il faut une maîtrise technique hors du commun pour transformer les passes reçues dos au jeu en occasions créées, dans la densité des lignes défensives adverses. Bastien n'a pas les atouts requis pour attendre le ballon, donc il va le chercher. Le plus haut possible. De quoi, forcément, le rendre plus décisif.Avec 0,15 but et 0,15 passe décisive par match, Bastien fait partie des références nationales en termes d'efficacité à son poste. Parmi les milieux du haut du tableau, seul Ryota Morioka marque plus souvent que lui, aidé par une saison entamée au poste de numéro 10 et quelques penalties transformés. En termes de passes décisives, derrière l'intouchable Ruud Vormer, il vogue dans les mêmes eaux que Sambi Lokonga, Morioka et Vadis Odjidja.Le tout avec une qualité qui le fait surperformer, puisque Bastien se montre décisif 0,3 fois par match avec un total d'expected goals + expected assists par 90 minutes qui grimpe "seulement" à 0,19. Parmi les joueurs avec lesquels il a été comparé, il est le seul à être dans ce cas. Et quand de tels chiffres s'étalent tout au long d'une saison, cela commence à ressembler à autre chose qu'à de la chance.