Il suffit que quelqu'un prenne la peine d'allumer la musique. Souvent, c'est Vincent Kompany qui s'y colle. Le Prince augmente le volume d'une transversale millimétrée, et tout porte à croire que Jérémy Doku ne sait pas résister. Sans attendre, il jaillit sur la piste de danse, entraînant dans son sillage un partenaire rarement consentant. La chorégraphie a des airs de premier épisode de Danse avec les Stars, quand la fluidité d'un jeune danseur professionnel contraste avec le jeu de jambes emprunté d'une personnalité has-been.

Doku a le rythme du dribble dans la peau. Et son beat est loin d'être langoureux. Les mouvements sont brusques. Presque brutaux. L'adversaire doit souvent se contenter de courir après la musique. "Généralement, nos adversaires courent après nos latéraux. Là, c'était l'inverse", témoigne Thomas Kaminski un vendredi de février à la Ghelamco Arena, spectateur ébahi d'une salsa à quatorze dribbles tentés. Victime du soir, Alessio Castro-Montes ne peut que confirmer: "Franchement, je n'avais jamais rencontré un joueur aussi rapide en Pro League."

Pour l'instant, Jérémy Doku a beaucoup plus de sens du rythme que du jeu.

En 1.500 minutes passées sur les pelouses belges, Doku a fait parler son coup de reins ravageur. Que la feinte soit une semelle ou un crochet, la suite ressemble systématiquement au départ d'une F1. Doku déborde son adversaire plus qu'il ne le dribble. Et repart à l'assaut à chaque prise de balle. Avec 13,2 dribbles tentés par 90 minutes, il survole le championnat en la matière, ses premiers poursuivants n'atteignant même pas la barre des dix dribbles.

Le tout, avec une efficacité impressionnante (60% de dribbles réussis) vu le volume de ses tentatives. Même l'intenable Mehdi Carcela du début 2018 (10,8 dribbles avec 45% de réussite) ou le meilleur José Izquierdo (11,2 dribbles avec 52% de réussite en 2016-17) n'ont jamais affiché de tels chiffres.

Le nombre de dribbles par match de Jérémy Doku relègue la concurrence à très longue distance., D.R.
Le nombre de dribbles par match de Jérémy Doku relègue la concurrence à très longue distance. © D.R.

APPARITIONS PONCTUELLES

S'il a, pour l'instant, beaucoup plus de sens du rythme que du jeu, Jérémy Doku n'en est pas moins un atout déjà précieux pour le football de Vincent Kompany, inspiré par ses années sous les ordres de Pep Guardiola et le rôle confié à ses ailiers par le coach des Citizens. Une mission détaillée dans La Métamorphose, ouvrage de Marti Perarnau consacré à Guardiola: "Dans ma conception du jeu, l'ailier est quelqu'un qui doit passer beaucoup de minutes seul, sur un côté, pratiquement sans bouger ni toucher le ballon, sans intervenir. Attendre. Et soudain, il doit faire une intervention quasi miraculeuse. Dans mes équipes, un ailier est comme un gardien."

Même si ses miracles sont plus rares que ceux d'Hendrik Van Crombrugge, témoin des difficultés rencontrées par les Mauves cette saison pour dominer le rythme du match sans subir, Doku a compris le principe d'attendre son heure avant de dynamiter son couloir. "Avec lui, il se passe toujours quelque chose", résume l'ancien Mauve Jan Mulder. Et malgré son rôle précis, le prodige de Neerpede fait en sorte que ça se produise le plus souvent possible.

Dans les dix meilleurs championnats d'Europe aussi, Doku est une référence du dribble cette saison., BELGA / David Pintens
Dans les dix meilleurs championnats d'Europe aussi, Doku est une référence du dribble cette saison. © BELGA / David Pintens

Avec 23,2 duels offensifs disputés par match, il est la référence nationale en la matière. La fréquence de ses dribbles l'emmène même à proximité du firmament continental. Parmi les joueurs actifs dans les dix meilleurs championnats d'Europe (selon le coefficient UEFA), Doku est le quatrième meilleur dribbleur. En ne comptant que les dribbles réussis par rencontre, il grimpe même sur le podium, seulement devancé par le surpuissant Adama Traoré mais laissant derrière lui Neymar.

QUESTIONS D'EFFICACITÉ

Le tableau aurait des allures idylliques si le jeu de Doku n'avait pas ses faiblesses. Son sélectionneur chez les U17 de l'équipe nationale, Bob Browaeys, les pointait du doigt dans les colonnes d'Het Laatste Nieuws en rappelant l'EURO disputé en Irlande en 2019, bouclé par l'Anderlechtois sans le moindre geste décisif à se mettre sous la dent: "Ce n'est pas évident pour lui de donner un bon centre ou de rester calme devant le but. Il va si vite que ça devient difficile d'être précis."

Avec 5,3 centres par match, Jérémy Doku est l'ailier le plus prolifique de Pro League en la matière.

Jérémy Doku semble, à l'heure actuelle, avoir besoin des repères donnés par la ligne de touche pour s'exprimer. Quand son dribble l'emmène vers l'immensité du milieu, le choix suivant est rarement le bon. La bombe mauve s'exprime bien mieux le long de la craie, quand il élimine son adversaire puis envoie un ballon vers la surface. Avec 5,3 centres par match, Doku est l'ailier le plus prolifique du championnat en la matière, et ses 29% de réussite dans l'exercice sont dans la moyenne du poste, non loin des 32% d'un Junya Ito qui fait office de référence parmi les ailiers. Fidèle aux préceptes guardiolesques de son coach, le numéro 49 opte généralement pour le centre tendu au sol. 59 de ses 79 centres ont été donnés au ras de la pelouse. Seuls treize ont trouvé preneur.

C'est donc au moment de devenir efficace que la machine s'enraie. Ses expected goals (0,1/90 minutes) sont largement inférieurs à ceux de ses concurrents parmi les équipes du haut de tableau, la faute à une frappe rarement exploitée, et souvent dégainée en dernier recours depuis des positions ne facilitant pas la réussite. Si ses chiffres de dernier passeur sont meilleurs (0,21 expected assist par match), ils n'ont concrètement abouti qu'à trois passes décisives cette saison.

Les buts et passes décisives "attendus" des ailiers des meilleures équipes de Pro League., D.R.
Les buts et passes décisives "attendus" des ailiers des meilleures équipes de Pro League. © D.R.

Parce que ses centres sont rarement bien donnés, ou parce qu'Anderlecht manquait d'un renard des surfaces capable de se trouver au bon endroit pour faire trembler les filets? Peut-être, tout simplement, parce que Jérémy Doku n'a que 17 ans.

Il suffit que quelqu'un prenne la peine d'allumer la musique. Souvent, c'est Vincent Kompany qui s'y colle. Le Prince augmente le volume d'une transversale millimétrée, et tout porte à croire que Jérémy Doku ne sait pas résister. Sans attendre, il jaillit sur la piste de danse, entraînant dans son sillage un partenaire rarement consentant. La chorégraphie a des airs de premier épisode de Danse avec les Stars, quand la fluidité d'un jeune danseur professionnel contraste avec le jeu de jambes emprunté d'une personnalité has-been.Doku a le rythme du dribble dans la peau. Et son beat est loin d'être langoureux. Les mouvements sont brusques. Presque brutaux. L'adversaire doit souvent se contenter de courir après la musique. "Généralement, nos adversaires courent après nos latéraux. Là, c'était l'inverse", témoigne Thomas Kaminski un vendredi de février à la Ghelamco Arena, spectateur ébahi d'une salsa à quatorze dribbles tentés. Victime du soir, Alessio Castro-Montes ne peut que confirmer: "Franchement, je n'avais jamais rencontré un joueur aussi rapide en Pro League."En 1.500 minutes passées sur les pelouses belges, Doku a fait parler son coup de reins ravageur. Que la feinte soit une semelle ou un crochet, la suite ressemble systématiquement au départ d'une F1. Doku déborde son adversaire plus qu'il ne le dribble. Et repart à l'assaut à chaque prise de balle. Avec 13,2 dribbles tentés par 90 minutes, il survole le championnat en la matière, ses premiers poursuivants n'atteignant même pas la barre des dix dribbles. Le tout, avec une efficacité impressionnante (60% de dribbles réussis) vu le volume de ses tentatives. Même l'intenable Mehdi Carcela du début 2018 (10,8 dribbles avec 45% de réussite) ou le meilleur José Izquierdo (11,2 dribbles avec 52% de réussite en 2016-17) n'ont jamais affiché de tels chiffres.S'il a, pour l'instant, beaucoup plus de sens du rythme que du jeu, Jérémy Doku n'en est pas moins un atout déjà précieux pour le football de Vincent Kompany, inspiré par ses années sous les ordres de Pep Guardiola et le rôle confié à ses ailiers par le coach des Citizens. Une mission détaillée dans La Métamorphose, ouvrage de Marti Perarnau consacré à Guardiola: "Dans ma conception du jeu, l'ailier est quelqu'un qui doit passer beaucoup de minutes seul, sur un côté, pratiquement sans bouger ni toucher le ballon, sans intervenir. Attendre. Et soudain, il doit faire une intervention quasi miraculeuse. Dans mes équipes, un ailier est comme un gardien."Même si ses miracles sont plus rares que ceux d'Hendrik Van Crombrugge, témoin des difficultés rencontrées par les Mauves cette saison pour dominer le rythme du match sans subir, Doku a compris le principe d'attendre son heure avant de dynamiter son couloir. "Avec lui, il se passe toujours quelque chose", résume l'ancien Mauve Jan Mulder. Et malgré son rôle précis, le prodige de Neerpede fait en sorte que ça se produise le plus souvent possible. Avec 23,2 duels offensifs disputés par match, il est la référence nationale en la matière. La fréquence de ses dribbles l'emmène même à proximité du firmament continental. Parmi les joueurs actifs dans les dix meilleurs championnats d'Europe (selon le coefficient UEFA), Doku est le quatrième meilleur dribbleur. En ne comptant que les dribbles réussis par rencontre, il grimpe même sur le podium, seulement devancé par le surpuissant Adama Traoré mais laissant derrière lui Neymar.Le tableau aurait des allures idylliques si le jeu de Doku n'avait pas ses faiblesses. Son sélectionneur chez les U17 de l'équipe nationale, Bob Browaeys, les pointait du doigt dans les colonnes d'Het Laatste Nieuws en rappelant l'EURO disputé en Irlande en 2019, bouclé par l'Anderlechtois sans le moindre geste décisif à se mettre sous la dent: "Ce n'est pas évident pour lui de donner un bon centre ou de rester calme devant le but. Il va si vite que ça devient difficile d'être précis."Jérémy Doku semble, à l'heure actuelle, avoir besoin des repères donnés par la ligne de touche pour s'exprimer. Quand son dribble l'emmène vers l'immensité du milieu, le choix suivant est rarement le bon. La bombe mauve s'exprime bien mieux le long de la craie, quand il élimine son adversaire puis envoie un ballon vers la surface. Avec 5,3 centres par match, Doku est l'ailier le plus prolifique du championnat en la matière, et ses 29% de réussite dans l'exercice sont dans la moyenne du poste, non loin des 32% d'un Junya Ito qui fait office de référence parmi les ailiers. Fidèle aux préceptes guardiolesques de son coach, le numéro 49 opte généralement pour le centre tendu au sol. 59 de ses 79 centres ont été donnés au ras de la pelouse. Seuls treize ont trouvé preneur.C'est donc au moment de devenir efficace que la machine s'enraie. Ses expected goals (0,1/90 minutes) sont largement inférieurs à ceux de ses concurrents parmi les équipes du haut de tableau, la faute à une frappe rarement exploitée, et souvent dégainée en dernier recours depuis des positions ne facilitant pas la réussite. Si ses chiffres de dernier passeur sont meilleurs (0,21 expected assist par match), ils n'ont concrètement abouti qu'à trois passes décisives cette saison.Parce que ses centres sont rarement bien donnés, ou parce qu'Anderlecht manquait d'un renard des surfaces capable de se trouver au bon endroit pour faire trembler les filets? Peut-être, tout simplement, parce que Jérémy Doku n'a que 17 ans.