Le tennis ne donne pas de deuxième chance. Une fois que la petite balle jaune a franchi le filet, et fonce droit vers vous, un seul contact doit suffire à poursuivre la partie. Tout est question de contrôle.

Puisqu'il a passé une bonne partie de sa jeunesse sur les courts, Charles De Ketelaere semble connaître mieux que personne l'importance de la première touche. Souvent, le longiligne milieu offensif brugeois claque un passing-shot en plein coeur dès son premier contact avec le ballon. Une déviation, un contrôle ou une feinte de corps, tout est prétexte à se mettre dans le sens du jeu en s'ouvrant le chemin du but.

Le mètre 91 et les jambes fines ont beau être des atouts peu propices à l'élimination d'un adversaire, la morphologie de CDK ne l'empêche pas d'être l'un des milieux offensifs les plus audacieux du haut de tableau en un-contre-un. Seules la technique raffinée de Selim Amallah et les espaces offerts à Massimo Bruno dans le football de transition de Charleroi font mieux que lui.

Dribbles et through passes réussis par 90 minutes, Chiffres : Wyscout
Dribbles et through passes réussis par 90 minutes © Chiffres : Wyscout

De Ketelaere combine ses dribbles avec une faculté à trouver les espaces en glissant le ballon dans le dos de la défense adverse. Le registre d'un dix à l'ancienne, qui fait forcément naître des comparaisons avec Hans Vanaken. La prouesse est d'autant plus remarquable qu'elle se réalise au coeur de la domination sans partage de Bruges, qui force souvent l'adversaire à réduire presque à néant l'écart entre sa ligne arrière et son but. L'espace est presque inexistant, encore plus quand on doit s'installer dans le duo d'attaquants, comme le jeune Brugeois a souvent dû le faire dans le 3-5-2 de Philippe Clement.

Sa science du démarquage et son sens du premier contact avec le ballon lui permettent d'être l'un des joueurs qui touche le plus souvent le ballon dans la surface adverse en Belgique.

"Il évalue bien la situation autour de lui, et il a beaucoup de perspicacité", résume Pascal De Maesschalck, directeur de la formation brugeoise, dans les colonnes d'Het Laatste Nieuws. Comme sa carrure l'a souvent forcé à s'éloigner du duel pour exister, De Ketelaere a naturellement appris à trouver les espaces, même là où ils n'existent presque pas. Une science du démarquage et un sens du premier contact avec le ballon qui lui permettent d'être l'un des joueurs qui touche le plus souvent le ballon dans la surface adverse par match en Pro League, avec 5,74 possessions dans la zone de vérité. Le frêle Charles a su s'adapter pour survivre. Une icône du darwinisme en crampons.

Plus célèbre Flaco de l'histoire, Johan Cruyff affirmait que "les moins robustes développent une intelligence spéciale, une habileté à trouver des alternatives. On apprend sur base de son propre corps." La morphologie de Charles De Ketelaere l'oblige à gagner du temps sur la puissance physique de ses adversaires en se plaçant mieux qu'eux. C'est sans doute ce qui explique aussi qu'il soit, à Bruges, l'un des joueurs offensifs dont les positions de frappe sont les meilleures, avec 0,18 expected goal par tir. "Plus infiltreur que distributeur", selon son ancien sélectionneur Thierry Siquet dans la DH, CDK trouve l'espace là où il n'existe presque plus.

Nombre et qualité de tirs par 90 minutes, Chiffres : Wyscout
Nombre et qualité de tirs par 90 minutes © Chiffres : Wyscout

Gaucher loin d'être exclusif, auteur de deux passes décisives du pied droit, Charles De Ketelaere doit désormais transformer sa présence offensive en statistiques. À terme, ses qualités lui permettent de rêver de saisons bouclées avec un nombre à deux chiffres dans les cases "buts" et "passes décisives". "Quand il commence une action, il sait ce qu'il veut atteindre", détaille Gert Verheyen dans le Nieuwsblad, distinguant le jeune Brugeois des joueurs offensifs qui dribblent de plus en plus souvent tête baissée.

Seuls Refaelov et Vlap, avantagés par les penalties, ont un meilleur ratio d'expected goals par match que De Ketelaere parmi les milieux offensifs du haut de tableau.

Dans la panoplie des meneurs de jeu, De Ketelaere n'est devancé que par Lior Refaelov et Michel Vlap en termes d'expected goals par match, alors que l'Israélien et le Néerlandais ont l'avantage d'avoir frappé quelques penalties, qui ont forcément dopé leur moyenne (un penalty vaut 0,78 expected goal). Par contre, les stats avancées montrent que le Brugeois est bien moins impliqué que ses concurrents dans des dernières passes de qualité. Paradoxal, pour un joueur dont la vista semble être l'atout majeur. Peut-être parce que son coup de reins et son contrôle de l'extérieur l'amènent plus naturellement vers son pied gauche, plutôt enclin à armer une frappe qu'à trouver un relais vu la hauteur à laquelle De Ketelaere reçoit généralement le ballon.

Expected goals et expected assists par 90 minutes, Chiffres : Wyscout
Expected goals et expected assists par 90 minutes © Chiffres : Wyscout

La frappe, déposée avec le mélange d'aisance et de violence des coups droits de Roger Federer, avait fait trembler deux fois les filets d'Heist lors d'une plantureuse victoire brugeoise en préparation. Une période estivale qui avait convaincu Philippe Clement d'offrir une titularisation à De Ketelaere en Coupe contre les Francs Borains, couronnée d'une passe décisive fouettée, dans le dos des défenseurs et la course de Percy Tau, pour l'ouverture du score. La présence suivante dans le onze était d'un autre calibre. Un soir de Ligue des Champions, pour pallier la suspension de Ruud Vormer, l'adversaire direct s'appelait soudain Marco Verratti.

Avant de dominer le temps, Charles profite de sa maîtrise de l'espace.

Toujours pas intimidé, Charles De Ketelaere joue avec l'audace de ceux qui veulent être décisifs. Ses 63,8% de passes réussies ou ses 42% de dribbles à l'issue favorable cette saison sont autant de témoins de son style à haut risque. Le rôle de meneur de jeu gestionnaire, ce sera pour plus tard. Avant de dominer le temps, Charles profite de sa maîtrise de l'espace pour s'installer en haut des plans brugeois. En 2020, il a été titulaire lors de huit des treize sorties brugeoises. Et décisif quatre fois. Sans s'enflammer, à son rythme. Probablement parce que Charles sait que le temps court pour lui.

Le tennis ne donne pas de deuxième chance. Une fois que la petite balle jaune a franchi le filet, et fonce droit vers vous, un seul contact doit suffire à poursuivre la partie. Tout est question de contrôle.Puisqu'il a passé une bonne partie de sa jeunesse sur les courts, Charles De Ketelaere semble connaître mieux que personne l'importance de la première touche. Souvent, le longiligne milieu offensif brugeois claque un passing-shot en plein coeur dès son premier contact avec le ballon. Une déviation, un contrôle ou une feinte de corps, tout est prétexte à se mettre dans le sens du jeu en s'ouvrant le chemin du but.Le mètre 91 et les jambes fines ont beau être des atouts peu propices à l'élimination d'un adversaire, la morphologie de CDK ne l'empêche pas d'être l'un des milieux offensifs les plus audacieux du haut de tableau en un-contre-un. Seules la technique raffinée de Selim Amallah et les espaces offerts à Massimo Bruno dans le football de transition de Charleroi font mieux que lui.De Ketelaere combine ses dribbles avec une faculté à trouver les espaces en glissant le ballon dans le dos de la défense adverse. Le registre d'un dix à l'ancienne, qui fait forcément naître des comparaisons avec Hans Vanaken. La prouesse est d'autant plus remarquable qu'elle se réalise au coeur de la domination sans partage de Bruges, qui force souvent l'adversaire à réduire presque à néant l'écart entre sa ligne arrière et son but. L'espace est presque inexistant, encore plus quand on doit s'installer dans le duo d'attaquants, comme le jeune Brugeois a souvent dû le faire dans le 3-5-2 de Philippe Clement."Il évalue bien la situation autour de lui, et il a beaucoup de perspicacité", résume Pascal De Maesschalck, directeur de la formation brugeoise, dans les colonnes d'Het Laatste Nieuws. Comme sa carrure l'a souvent forcé à s'éloigner du duel pour exister, De Ketelaere a naturellement appris à trouver les espaces, même là où ils n'existent presque pas. Une science du démarquage et un sens du premier contact avec le ballon qui lui permettent d'être l'un des joueurs qui touche le plus souvent le ballon dans la surface adverse par match en Pro League, avec 5,74 possessions dans la zone de vérité. Le frêle Charles a su s'adapter pour survivre. Une icône du darwinisme en crampons.Plus célèbre Flaco de l'histoire, Johan Cruyff affirmait que "les moins robustes développent une intelligence spéciale, une habileté à trouver des alternatives. On apprend sur base de son propre corps." La morphologie de Charles De Ketelaere l'oblige à gagner du temps sur la puissance physique de ses adversaires en se plaçant mieux qu'eux. C'est sans doute ce qui explique aussi qu'il soit, à Bruges, l'un des joueurs offensifs dont les positions de frappe sont les meilleures, avec 0,18 expected goal par tir. "Plus infiltreur que distributeur", selon son ancien sélectionneur Thierry Siquet dans la DH, CDK trouve l'espace là où il n'existe presque plus.Gaucher loin d'être exclusif, auteur de deux passes décisives du pied droit, Charles De Ketelaere doit désormais transformer sa présence offensive en statistiques. À terme, ses qualités lui permettent de rêver de saisons bouclées avec un nombre à deux chiffres dans les cases "buts" et "passes décisives". "Quand il commence une action, il sait ce qu'il veut atteindre", détaille Gert Verheyen dans le Nieuwsblad, distinguant le jeune Brugeois des joueurs offensifs qui dribblent de plus en plus souvent tête baissée.Dans la panoplie des meneurs de jeu, De Ketelaere n'est devancé que par Lior Refaelov et Michel Vlap en termes d'expected goals par match, alors que l'Israélien et le Néerlandais ont l'avantage d'avoir frappé quelques penalties, qui ont forcément dopé leur moyenne (un penalty vaut 0,78 expected goal). Par contre, les stats avancées montrent que le Brugeois est bien moins impliqué que ses concurrents dans des dernières passes de qualité. Paradoxal, pour un joueur dont la vista semble être l'atout majeur. Peut-être parce que son coup de reins et son contrôle de l'extérieur l'amènent plus naturellement vers son pied gauche, plutôt enclin à armer une frappe qu'à trouver un relais vu la hauteur à laquelle De Ketelaere reçoit généralement le ballon.La frappe, déposée avec le mélange d'aisance et de violence des coups droits de Roger Federer, avait fait trembler deux fois les filets d'Heist lors d'une plantureuse victoire brugeoise en préparation. Une période estivale qui avait convaincu Philippe Clement d'offrir une titularisation à De Ketelaere en Coupe contre les Francs Borains, couronnée d'une passe décisive fouettée, dans le dos des défenseurs et la course de Percy Tau, pour l'ouverture du score. La présence suivante dans le onze était d'un autre calibre. Un soir de Ligue des Champions, pour pallier la suspension de Ruud Vormer, l'adversaire direct s'appelait soudain Marco Verratti.Toujours pas intimidé, Charles De Ketelaere joue avec l'audace de ceux qui veulent être décisifs. Ses 63,8% de passes réussies ou ses 42% de dribbles à l'issue favorable cette saison sont autant de témoins de son style à haut risque. Le rôle de meneur de jeu gestionnaire, ce sera pour plus tard. Avant de dominer le temps, Charles profite de sa maîtrise de l'espace pour s'installer en haut des plans brugeois. En 2020, il a été titulaire lors de huit des treize sorties brugeoises. Et décisif quatre fois. Sans s'enflammer, à son rythme. Probablement parce que Charles sait que le temps court pour lui.