Quand les pieds s'arrêtent au bord de la longue pièce d'eau rectangulaire qui sert d'esplanade au Bosuil, le regard ne peut que se figer sur le gigantesque bloc vitré qui sert de monumentale tribune principale au stade du Great Old. La nouvelle puissance du matricule 1 s'encaisse en un coup d'oeil vers ces cinq étages partagés entre bureaux et tribunes. Depuis les fenêtres du quatrième ou du cinquième, le panorama sur la Métropole permet aux têtes pensantes de l'Antwerp de mesurer leur pouvoir, au sommet d'une hiérarchie marquée par les étages. En bas, le rez-de-chaussée est le domaine de ceux qui parlent avec leurs pieds. Tout en haut, on trouve le repaire des patrons, Paul Gheysens et Lucien D'Onofrio en tête. Deux mondes seulement séparés par un ascenseur et quelques longs couloirs aux airs d'hôpital, mais qui vivent presque sans se côtoyer. L'hermétisme est tel que c'est souvent en plongeant le nez dans les journaux que les "gens d'en-bas" apprennent ce qu'il se passe quelques mètres plus haut.
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Quand les pieds s'arrêtent au bord de la longue pièce d'eau rectangulaire qui sert d'esplanade au Bosuil, le regard ne peut que se figer sur le gigantesque bloc vitré qui sert de monumentale tribune principale au stade du Great Old. La nouvelle puissance du matricule 1 s'encaisse en un coup d'oeil vers ces cinq étages partagés entre bureaux et tribunes. Depuis les fenêtres du quatrième ou du cinquième, le panorama sur la Métropole permet aux têtes pensantes de l'Antwerp de mesurer leur pouvoir, au sommet d'une hiérarchie marquée par les étages. En bas, le rez-de-chaussée est le domaine de ceux qui parlent avec leurs pieds. Tout en haut, on trouve le repaire des patrons, Paul Gheysens et Lucien D'Onofrio en tête. Deux mondes seulement séparés par un ascenseur et quelques longs couloirs aux airs d'hôpital, mais qui vivent presque sans se côtoyer. L'hermétisme est tel que c'est souvent en plongeant le nez dans les journaux que les "gens d'en-bas" apprennent ce qu'il se passe quelques mètres plus haut. En grattant le vernis de la réussite sportive, c'est surtout un flot presque ininterrompu d'incertitudes qui ressort des vestiaires du Bosuil. Entre les nombreux joueurs en prêt et ceux qui sont en fin de contrat au 30 juin prochain, rares sont ceux qui sont contractuellement assurés d'encore pouvoir franchir les portes vitrées de l'enceinte d'ici quelques semaines. À commencer par le coach Frank Vercauteren, arrivé avec un contrat de six mois en janvier dernier et pas encore assuré de prolonger son aventure anversoise au-delà de cette saison. La situation ne semble pas inquiéter démesurément un coach qui en a vu d'autres, mais commence à perturber le groupe de joueurs, orphelin d'un de ses leaders depuis que Lior Refaelov a été écarté par la direction du club suite à l'annonce de son départ pour Anderlecht. Quelques mois après avoir réservé le même sort à Simen Juklerød, parti s'engager avec Genk pour la saison 2021-2022 dans la foulée d'un entraînement au Great Old, l'Antwerp n'avait pas d'autre choix que de sanctionner de cette manière son Soulier d'Or israélien, au grand dam des patrons du vestiaire. Le contraste est effectivement saisissant avec les libertés offertes à un Didier Lamkel Zé auquel rien ne semble interdit. Protégé de longue date par la direction - surtout par Lucien D'Onofrio - et trop précieux dans le plan offensif de Vercauteren, le Camerounais s'entraîne à la carte, trouve fréquemment un prétexte pour quitter une séance, arrive en retard au petit-déjeuner après un passage par la boulangerie ou prolonge les temps libres en dégainant sa PlayStation dans la salle de presse du Bosuil. Le numéro 7, auquel la plupart de ses coéquipiers n'adressent presque plus la parole, est le symbole d'un club où le laisser-aller semble être devenu la norme. Difficile de faire plus grand écart avec le début de saison, quand les principes très stricts mis en place par Ivan Leko s'étaient installés à Deurne. Loin d'être adepte de libertés individuelles excessives, le Croate s'était très vite lassé des excès comportementaux de Lamkel Zé, ouvrant indirectement un conflit avec D'Onofrio qui n'a jamais cessé de soutenir un joueur qui représente l'une des plus grandes valeurs marchandes du noyau. Si c'est bien l'homme d'affaires liégeois qui avait mené les négociations avec le coach champion de Belgique 2018 l'été dernier, leurs points de vue ont rapidement divergé à plusieurs niveaux. Entre les perches, Lucien était par exemple un fervent partisan d' Alireza Beiranvand, arrivé dans la cité portuaire via son large réseau, et ne manquait jamais une occasion de signaler à son entraîneur que l'Iranien méritait bien plus sa chance que Jean Butez, théorie qui n'a pas survécu aux prestations trop inégales de Beiranvand en fin d'année 2020. L'exemple du gardien, sans doute le plus symbolique de ces dissonances dans la direction sportive prise par le club, est le plus illustre, mais loin d'être le seul. Plutôt pragmatique, convaincu de longue date par les idées d'un Laszlo Bölöni qu'il aurait encore souhaité conserver au Bosuil, D'Onofrio goûtait très peu au jeu démesurément audacieux prôné par Leko. Le divorce idéologique était tel que, lorsque Leko s'est présenté face à son directeur sportif en évoquant les offres reçues de Chine, Don Luciano n'a jamais montré la moindre volonté de tenter de le conserver à la tête du projet anversois. Quant à Paul Gheysens, l'ambitieux président, il fait en sorte de ne pas se mêler plus que de raison de l'impact sportif, même s'il n'est jamais à l'abri d'un message envoyé sous le coup de l'émotion quand un match tourne mal. Quelques années après avoir offert à Lucien D'Onofrio le costume de responsable sportif, le patron de Ghelamco serait poussé par une partie de son entourage à envisager l'avenir différemment. Un changement qui s'orienterait inévitablement vers une plus grande modernité, face à laquelle le Don fait partie du clan des sceptiques. À l'image d'un Bölöni qui aimait faire le contraire de ce que lui recommandaient les statistiques physiques recueillies pendant les entraînements, il se dit ainsi que D'Onofrio refuse d'envisager le recrutement d'un joueur profilé sur base de datas. Quand le staff sportif espère la venue de Cyle Larin ou rêve de Junior Edmilson, ce sont donc finalement Guy Mbenza ou Nana Ampomah qui débarquent au Bosuil. Pour Birger Verstraete, par contre, c'est une volonté de Leko qui avait été entendue, sans convaincre D'Onofrio, et finalement sans parvenir à trouver grâce aux yeux du coach croate dans le travail quotidien. Moins frontal que Leko, beaucoup moins strict dans sa gestion du terrain et du vestiaire, Vercauteren s'est plus volontiers accoutumé des ingérences sportives venues des étages. Sa seule exigence se sera incarnée par le recrutement de José Jeunechamps, un adjoint qui l'avait déjà côtoyé au Cercle et lui permet de travailler avec un homme de confiance, connaissant sa personnalité et ses méthodes de travail. Ancien entraîneur de jeunes au Standard, l'homme n'est pas spécialement réputé pour la modernité de son coaching. La plupart du temps, c'est l'autre adjoint, Rudi Cossey, qui mène l'intégralité des séances sous les yeux d'un Vercauteren qui préfère rester dans une posture plus en retrait, comme il le faisait notamment avec Vincent Euvrard à OHL. Des pratiques qui, une nouvelle fois, contrastent avec l'omniprésence de Leko sur les terrains d'entraînement, et qui ont décontenancé des joueurs devenus subitement très libres sur le terrain après avoir longtemps été envahis de consignes. Dans la vie du vestiaire aussi, Vercauteren opte pour l'observation à distance. Une approche qui, combinée aux doutes survenus suite au départ d'un coach apprécié par la grande majorité du noyau, a quelque peu déséquilibré la stabilité du groupe anversois. Certains leaders ont quelque peu perdu de leur superbe, et d'autres en ont profité pour s'octroyer des libertés qui n'existaient plus sous la coupe du Croate. La confusion a augmenté, sans pour autant altérer démesurément les résultats qui ont emmené le club jusqu'aux Champions Play-offs. Peu à peu, toutefois, le jeu s'est étiolé, frustrant certains joueurs qui aimaient la dimension de duels intégrée aux plans de Bölöni et de Leko, beaucoup moins présente chez un Vercauteren qui préfère le bloc bas. Les résultats sont moins probants depuis que la forme de Didier Lamkel Zé, très sérieux lors des premières semaines de son retour avant de retomber dans ses travers, est bien moins étincelante et ne suffit donc plus à gagner des matches. Pris en grippe par les supporters, loin de l'avoir pardonné malgré ses buts pour prendre la mesure du Beerschot ou de Bruges, le Camerounais devrait quitter le Great Old l'été prochain, permettant au club d'enfin faire entrer de l'argent grâce à un transfert sortant. Reste à voir qui seront les acquéreurs potentiels pour un joueur dont les frasques sont essentiellement étalées aux yeux de tous les observateurs, malgré un talent indéniable. Il faudra sans doute compter pour cela sur tout l'entregent de Lucien D'Onofrio, pour autant que celui-ci soit encore à la barre du projet anversois. Pris dans la tourmente judiciaire, dans le sillage de ses amis et associés François Fornieri et Samuel Di Giovanni (PDG de Protection Unit) comme le révèlent nos confrères du Vif dans leur édition du jeudi 6 mai, l'ancien homme fort de Sclessin est dans le viseur des enquêteurs en même temps que dans celui de certains proches collaborateurs de Paul Gheysens. En interne, les révélations de la Gazet van Antwerpen ont ainsi coûté à Don Luciano la tête de l'un de ses plus proches collaborateurs, Frédéric Leidgens, qui cumulait les fonctions de team manager et d'attaché de presse du Great Old sans pour autant maîtriser le néerlandais. Le journal a mis sur la place publique des dossiers sensibles à son sujet, concernant notamment la réservation de vacances pour certains joueurs l'hiver dernier alors que le club avait interdit les voyages à l'étranger pour éviter la quarantaine et les contaminations potentielles. Des informations qui ne peuvent être venues que de sources internes, probablement désireuses de mettre un terme à l'omnipotence du clan D'Onofrio au sein de la gestion quotidienne du Bosuil. Cet article et ses conséquences sont le révélateur d'une véritable guerre des clans qui prend de plus en plus d'ampleur dans les coulisses du matricule 1. Le lundi suivant la publication, quand Frédéric Leidgens a débarqué à Deurne pour prendre place dans son bureau, certains employés du club avaient du mal à dissimuler leur sourire. Le Liégeois a ensuite disparu du jour au lendemain, se décommandant en dernière minute pour le déplacement prévu à Mouscron avant que le club n'annonce que la collaboration avec le team manager était terminée. C'est d'une manière semblable, une annonce faite un matin, que le vestiaire apprend que Lior Refaelov ne s'entraînera plus avec le groupe et ne participera pas aux play-offs. Si Simen Juklerød est reversé dans le noyau C et ne croise plus jamais l'un de ses coéquipiers depuis de longs mois, l'Israélien est quant à lui bien présent au Bosuil, mais travaille essentiellement en salle pour maintenir la forme et ne foule plus les terrains d'entraînement. Son départ annoncé est également l'un des symboles brandis par les adversaires du clan D'Onofrio pour montrer les limites d'une politique sportive démesurément basée sur le court terme. Un Soulier d'Or avec lequel on tarde à négocier une prolongation de contrat, et qui est donc libre d'entendre les propositions de la concurrence. Des paroles auxquelles Rafa est inévitablement sensible, d'autant plus qu'il faisait partie de ceux qui digéraient mal le retour en grâce de Lamkel Zé, après avoir été critiqué personnellement par le Camerounais sur ses réseaux sociaux en début de saison. L'incarnation d'un club dont les succès retentissants des dernières saisons semblent parfois reposer sur des sables mouvants, et où certains espèrent une révolution pour que le retour au sommet ne reste pas qu'une question de façade.