Pierre François élargit le débat ! Quand on lui demande s'il n'a pas l'impression de vivre une année de galère sur son siège de CEO de la Pro League, à cause du Covid et de ses conséquences dans le monde du foot, il fait un retour arrière : " On est dans la difficulté depuis pas mal de temps. Ça a commencé à l'automne 2018 avec le déclenchement de l'opération Mains Propres. Elle a laissé des traces, il y a eu des décisions disciplinaires, des suspensions. Puis il y a eu le débat sur le régime social pour les joueurs professionnels et une levée de boucliers du côté flamand. Après ça, le Covid, l'arrêt des championnats, l'affaire Waasland-Beveren, le dossier Virton. Tout ça ne donne évidemment pas la meilleure image de la Pro League. " À côté de ça, il y a eu de gros dossiers qui ont eu une issue favorable, on va y revenir.
...

Pierre François élargit le débat ! Quand on lui demande s'il n'a pas l'impression de vivre une année de galère sur son siège de CEO de la Pro League, à cause du Covid et de ses conséquences dans le monde du foot, il fait un retour arrière : " On est dans la difficulté depuis pas mal de temps. Ça a commencé à l'automne 2018 avec le déclenchement de l'opération Mains Propres. Elle a laissé des traces, il y a eu des décisions disciplinaires, des suspensions. Puis il y a eu le débat sur le régime social pour les joueurs professionnels et une levée de boucliers du côté flamand. Après ça, le Covid, l'arrêt des championnats, l'affaire Waasland-Beveren, le dossier Virton. Tout ça ne donne évidemment pas la meilleure image de la Pro League. " À côté de ça, il y a eu de gros dossiers qui ont eu une issue favorable, on va y revenir. L'homme est à un an de l'âge légal du départ à la retraite. Il a eu une vie bien remplie. Il pourrait s'occuper avec des activités bien plus emballantes, où il aurait moins de contraintes et moins d'ennemis. Mais non, il espère carrément recevoir un nouveau mandat après celui qui expirera en juin de l'année prochaine. Explications. Qu'est-ce qui fait toujours courir Pierre François ? PIERRE FRANÇOIS : C'est une vraie bonne question. J'ai toujours envie de travailler. Et je n'avais jamais eu le sentiment de pouvoir exercer une fonction avec autant de bons contacts et autant d'expérience. Donc, je trouverais dommage d'arrêter. Et puis je voudrais finir sur un happy end, et pas partir simplement parce que certains éditorialistes estiment qu'il est temps que je m'en aille. Arrêter en plein Covid, je ne trouve pas ça très sexy. Dans Le Soir, vous avez dit : " Je suis nécessairement un CEO sur la sellette. " Comme si c'était une fatalité. Pourquoi ? FRANÇOIS : Depuis que j'ai été choisi en 2015, je pense avoir donné un certain relief à la fonction. Mais ce relief implique nécessairement des critiques. Je vis parfaitement avec ça, aussi longtemps qu'on ne porte pas atteinte à mon honnêteté. Je suis sur la sellette parce que dans certains dossiers, l'équipe de management doit prendre, ou en tout cas proposer des solutions qui ne plaisent pas à tout le monde. Le monde du foot reste un monde de compétition. Je prends un exemple concret. Tout le monde sait que j'entretiens de très bonnes relations avec Mehdi Bayat. Un jour, j'ai dû imposer de reporter un Charleroi - Bruges parce que le Club devait préparer un match européen important. La décision ne lui plaisait pas, on s'est retrouvés dans une situation provisoire d'opposition. Mais quand on est en opposition avec lui, ça passe. Alors que ça passe peut-être moins bien avec d'autres personnes. C'est normal, c'est propre à ma fonction. Justement, le fait d'avoir des ennemis, c'est propre à la fonction de CEO, ou propre à votre personnalité ? FRANÇOIS : Peut-être que c'est en partie dû à ma personnalité aussi. J'affirme mon point de vue, je ne me gêne pas, même quand ça risque de ne pas plaire. Je vous prends un autre exemple. Après un match entre Bruges et Anderlecht, j'ai dit que la prestation d'un jeune arbitre de 27 ans, qui venait d'être désigné semi-pro, justifiait qu'on ait mis en place une structure semi-professionnelle. Il avait parfaitement gardé la maîtrise du match. Ça pouvait heurter ceux qui n'étaient pas d'accord avec certaines décisions qu'il avait prises. Il faut que le CEO de la Pro League puisse s'exprimer. Il y a quelques mois, j'étais un peu sur la réserve, je ne me sentais pas aussi bien qu'en temps normal. Je trouve que je me montre à nouveau plus libre de mes opinions depuis la fin juillet. Et je me sens mieux. Pourquoi vous étiez devenu moins direct ? FRANÇOIS : Je dois avouer que toutes les discussions post-première vague, avec une multiplication excessive de conseils d'administration et de groupes de travail, des changements de cap et in extremis un revirement de position, c'était un peu pesant. À la fin, je me suis dit que j'allais redevenir plus direct, affirmer mes choix. On a l'impression que la Pro League est très difficile à gouverner. FRANÇOIS : C'est très compliqué, oui. Parce qu'on a 25 clubs professionnels qui ont un intérêt général à poursuivre, mais aussi des intérêts propres. Tout ça sur un marché relativement limité, donc avec un petit nombre de bonnes places. Il y aura prochainement un audit, réalisé par une société externe, qui aura pour objectif notamment la recherche d'une meilleure gouvernance. On verra ses conclusions. Avec mon expérience, je me dis que dix membres dans le conseil d'administration, c'est trop. C'est presque la moitié des clubs, et ceux qui n'y sont pas représentés estiment - à tort ou à raison - qu'ils sont dans une deuxième catégorie. C'est un sentiment qui divise et qui crée de l'incompréhension, la conviction de ne pas être écouté. Alors, il y a des petits groupes qui se créent, avec des clubs qui ne sont pas au conseil. Par exemple, Saint-Trond, le Cercle, le Beerschot et des clubs de D1B ont formé un groupe. On doit s'orienter vers une refonte complète du CA avec un nombre restreint de membres et vers une implication plus grande de tous les clubs. Cet audit doit analyser le fonctionnement de la Pro League, mais aussi du foot belge en général. FRANÇOIS : Surtout l'avenir du football professionnel sur les cinq ou dix prochaines années. Il y aura trois grands piliers de réflexion : la gouvernance, l'inévitable question du meilleur format possible du championnat avec une étude de faisabilité d'une BeNeLeague, et l'aspect business et digital. On imagine que le dossier des doubles casquettes sera analysé ? FRANÇOIS : Si vous voulez parler de la double casquette des membres du conseil d'administration de la Pro League qui sont aussi dirigeants de clubs, tout est logique et d'ailleurs imposé par nos statuts. Pour être au CA, il faut être président ou CEO d'un club professionnel. Et je ne suis pas persuadé qu'on doive modifier cette règle. Ces dirigeants siègent au conseil de l'association appelée à défendre les intérêts de leur secteur, ça me paraît normal. C'est plus la double casquette de Mehdi Bayat qui fait débat. FRANÇOIS : C'est autre chose. Je ne suis pas le bon interlocuteur pour en parler parce que je ne suis pas directement concerné par le fonctionnement de la fédération, mais j'entends que, sur proposition de Mehdi Bayat, deux administrateurs indépendants vont faire leur entrée au conseil d'administration de la fédération en juin 2021. Et l'objectif, à court terme, est aussi que le président ne soit pas lié à un club. Je ne suis pas persuadé que le fait qu'il soit à Charleroi diminue l'énergie qu'il consacre à son rôle de président. Simplement, en termes de perception, c'est un argument offert à ses opposants pour le critiquer. Avec le recul, vous ne regrettez pas que le championnat n'ait pas repris en juillet ? On l'a fait pratiquement partout ailleurs et ça s'est bien passé. FRANÇOIS : À titre personnel, oui, je le regrette. J'aurais voulu qu'on attende un peu avant de décider l'arrêt définitif. Mais il ne faut pas viser uniquement les dirigeants des clubs qui poussaient pour stopper parce que ça allait leur permettre de garder leur bon classement. Beaucoup de petits voulaient aussi arrêter parce qu'ils avaient peur de devoir garder une machine en fonctionnement, sans savoir combien de temps ça allait durer. Ils préféraient économiser des frais, et donc ils demandaient à ce qu'on prenne le plus vite possible la décision d'arrêter définitivement. Surtout qu'on préconisait de ne pas avoir recours au chômage. De toute façon, la décision d'arrêter a dû être prise au moment où les autorités politiques l'ont imposée pour cause sanitaire. Si vous n'aviez pas été aussi pressés pour prendre la décision de stopper, le championnat aurait finalement pu continuer, il n'y aurait pas eu le dossier Waasland-Beveren et pas de passage de la D1A à 18. Tout aurait quand même été plus simple. FRANÇOIS : À qui le dites-vous... Mais nous n'avons pas eu le choix. Le foot amateur est déjà à l'arrêt. Vous tenez compte d'un scénario où les pros devraient aussi stopper ? FRANÇOIS : On prend des précautions énormes, on fait tout pour qu'on n'en arrive pas là. Il y a notamment notre procédure de testing. Que vos lecteurs le sachent : un test coûte 48 euros. On teste les joueurs, le staff, les accompagnants, le responsable des équipements, le chauffeur du bus,... Dans certains clubs, ça représente une soixantaine de personnes. Dans d'autres, jusqu'à une centaine. Il y a une ou deux séances de tests par semaine. Faites le calcul. C'est énorme. La Pro League paie les factures aux labos, puis facture aux clubs. De notre côté, on prend en charge les honoraires de deux médecins qui coordonnent la procédure. On paie aussi les tests des joueurs de clubs amateurs qui jouent contre des pros en Coupe de Belgique. Il faut les tester, eux aussi, parce qu'ils risquent de ruiner toute notre politique si on ne le fait pas. On sait que tout peut aller très vite. Vendredi dernier, des décisions fortes ont été prises par les responsables politiques et la révision des protocoles qui est en cours cette semaine aura des impacts à nouveau sur nos clubs à nouveau durement touchés économiquement. Le secteur du football professionnel n'est pas privilégié comme je l'entends dire mais il est - comme beaucoup d'autres - gravement touché et je crains le pire à ce sujet d'ici les prochains mois. Il y a eu pas mal de cas après la trêve internationale de septembre, on a entendu que ça s'expliquait par le fait que des joueurs étaient sortis de la bulle du club et avaient pris moins de précautions. Vous ne craignez pas une nouvelle vague après la trêve internationale de la semaine passée ? FRANÇOIS : Le World League Forum, qui est l'association mondiale des ligues professionnelles nationales, est occupée à faire une étude là-dessus. Elle essaie de voir si les trêves internationales provoquent un plus grand nombre de cas positifs. C'est intéressant. Du côté de la Pro League, on met toutes les cartes sur la table pour pouvoir continuer les compétitions. Mais on n'est pas à l'abri d'un virus plus fort que tous les protocoles. Les clubs ont tenu compte d'un arrêt du championnat quand ils ont fait leur budget pour cette saison ? FRANÇOIS : Je ne suis pas sûr que les budgets aient retenu cette option. Mais on a pris des initiatives réglementaires pour que les effets du Covid puissent être neutralisés. Par exemple, la perte des recettes du ticketing est prise en considération dans les critères du fair-play financier. On ne veut pas que le Covid tue deux fois : au niveau économique et en matière de licences. Prenons du recul... Avoir autorisé 10.000 personnes dans des stades alors qu'on ne pouvait pas être à plus de quatre à une table de café, c'était incohérent, non ? FRANÇOIS : Non, parce qu'on a imposé des règles de distanciation, le port du masque, des contrôles en cours de match, avec des sanctions pour les clubs qui ne respecteraient pas les protocoles à la lettre. Tous nos protocoles ont été validés par les bourgmestres et par les ministres des Sports, et je peux vous dire qu'ils ne prennent pas ça à la légère. Les supporters doivent prendre conscience que c'est une situation très difficile. Le foot comme on le vit aujourd'hui, ce n'est pas leur façon d'envisager le rôle du supporter. Ce n'est pas la mienne non plus. Mais c'est comme ça. Le dossier de la BeNeLeague semble fort compliqué. FRANÇOIS : La Pro League ne s'en occupe pas encore vraiment. Pour le moment, il y a dans les discussions l'Eredivisie, qui est l'équivalent de la Pro League aux Pays-Bas, l'Union Belge, représentée par Peter Bossaert, la fédération néerlandaise, cinq clubs belges et six clubs néerlandais. Nous nous tenons volontairement en retrait, dans un premier temps. Pourquoi ? FRANÇOIS : Parce qu'on estime qu'une étude approfondie sur la faisabilité doit d'abord être réalisée. La Pro League, ce ne sont pas uniquement les grands clubs. Au début du mois d'octobre, le project manager et Deloitte, le consultant payé par les onze clubs concernés, sont venus nous exposer l'état du dossier. Je les reverrai prochainement. J'entends que la BeNeLeague serait la solution pour ne pas perdre le fil par rapport aux grands championnats. Mais il y a encore pas mal de gros points à régler. Et je souhaite qu'ils soient réglés avant de soumettre éventuellement le dossier à la discussion, au débat et au vote. Notre but n'est évidemment pas d'opposer encore une fois des clubs à d'autres. Qu'est-ce qu'il faut régler en priorité ? FRANÇOIS : Trois points essentiels. La répartition des tickets européens, l'estimation de la possible majoration des droits médias et la compatibilité avec les règles de la concurrence. Certains clubs voudraient constituer un nouveau marché dont d'autres seraient exclus. Aujourd'hui, un club belge a une certaine valeur économique, notamment parce qu'il peut proposer des affiches à ses supporters. S'il n'a plus ces affiches parce que les meilleures équipes belges disputent une BeNeLeague, sa valeur diminue. C'est une question à résoudre et il faudra recevoir l'accord de l'autorité de la concurrence. Un chamboulement pareil peut être positif pour le football belge, mais il va inévitablement amener des recours, autant les anticiper. Il faut bien mesurer les impacts financiers pour tout le monde. Et envisager la façon dont les supporters réagiraient à l'instauration d'un championnat pareil. Les soucis judiciaires de plusieurs membres de la Belgian Federation of Football Agents vous confortent dans l'idée que vous avez eu raison de ne pas collaborer avec cette association ? FRANÇOIS : On les a reçus, Nenad Petrovic, Jesse De Preter et Patrick De Koster. À leur demande. Dès le début, j'ai dit que je n'étais pas persuadé de la représentativité de la BFFA. Si on prend les membres fondateurs, un sur deux n'a pas d'activité réelle, ou avait réalisé une seule ou zéro opération au cours des douze mois précédents. Entre-temps, il y a eu quelques affaires. Il faut être prudent, je ne spécule pas sur les problèmes judiciaires d'autres personnes. Mais je pense qu'on ne règle pas la question des agents en voulant autant tenir compte de l'avis des agents. Je crois qu'on doit tracer notre route en écoutant ce que les clubs nous disent et en nous basant sur notre connaissance des règles européennes. On a arrêté des règles ambitieuses telles que l'interdiction de pouvoir, comme agent, représenter à la fois le joueur et le club. On a créé la clearing house et on a eu l'accord des clubs. Les échos qu'on reçoit entre-temps sont positifs. Des agents sont contents, d'autres sont moins satisfaits, mais depuis début juillet, je n'ai pas reçu un seul mail d'un dirigeant de club me disant que c'est le foutoir et qu'il faut à nouveau modifier ce règlement. L'autorité de la concurrence l'a validé, moyennant certaines petites corrections dont on a tenu compte, et il a été approuvé ensuite par notre conseil d'administration et notre assemblée générale. Ça fonctionne.